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Full text of "Cours de médecine du Collège de France : Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux / vol. 1"

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COURS  DE  MÉDECINE 

DD  COLLÈGE  DE  FRANCE. 

LEÇONS 

LA  PHYSIOLOGIE  ET  LA  PATHOLOGIE 


SYSTÈME  NERVEUX, 


tion  des  connaissances  acquises.  Parmi  les  hommes  qui 
cultivent,  chaque  science,  les  uns  se  proposent  pour  but 
d’en  porter  plus  loin,  les  limites,  en  y  introduisant  des 
notions  nouvelles;  les  autres  s’attachent  plus  particu¬ 
lièrement  à  critiquer  les  découvertes  des  premiers  dans 
leurs  rapports  avec  les  idées  actuelles. 

La  nature  de  l’enseignement  du  Collège  de  France 


avec  les  théories  prématurées  qui  veulent  s’imposer 
comme  définitives. 

Nous  cherchons  donc  dans  nos  cours  à  remuer,  le  plus 
possible,  toutes  les  questions,  afin  de  faire  jaillir  de  cet 
examen  quelques  vues  Ou  quelques  résultats  inattendus 
qui  tiennent  la  science  en  éveil  sur  des  questions  qu’elle 
pouvait  croire  résolues. 

Pour  le  système  nerveux,  on  avait  pu  penser  que  les 
découvertes  considérables,  faites  dans  ce  siècle,  avaient 
établi  les  bases  définitives  de  la  névro-physiologie.  Ce¬ 
pendant  on  verra,  par  les  deux  volumes  de  leçons  que 
nous  publions  aujourd’hui,  que  dans  cette  direction  il 
y  a  encore  beaucoup  de  lacunes  à  remplir,  et  que  des 
questions  fondamentales  sont  encore  à  élucider.  Le 
meilleur  moyen  d’appeler  les  travaux  des  physiolo¬ 
gistes  et  des  médecins  pour  la  solution  de  ces  pro¬ 
blèmes  est  de  ne  pas  laisser  croire  que  la  science  est 
achevée  sur  ces  points. 

Dans  le  premier  volume,  où  sont  examinées  les  pro¬ 
priétés  générales  des  nerfs  et  des  centres  nerveux,  on 
trouvera  dès  recherches  très  étendues  sur  un  des  phé¬ 
nomènes  les  plus  importants  et  les  plus  controversés  du 
système  nerveux  :  la  sensibilité  récurrente.  Cette  ques¬ 
tion  neuvê^t  été  traitée  aussi  complètement  qu’elle  peut 
l’être  pour  le  moment. 


On  trouvera  sur  les  propriétés  électriques  des  nerfs, 
des  muscles  et  de  la  peau,  demême  que  sur  la  question 
si  débattue  des  rapports  fonctionnels  du  système  nerveux 
et  du  système  musculaire,  un  grand  nombre  de  résul¬ 
tats  et  d’arguments  nouveaux. 

Dans  le  premier  volume  sont  encore  rapportées  des 
expériences  qui  me  semblent  de  -  nature  à  donner  des 
idées  nouvelles  sur  l’action  des  centres  nerveux  dans 
les  fonctions  organiques.  Le  diabète  artificiel  produit 
par  la  piqûre  du  plancher  du  quatrième  ventricule  est 
dans  ce  cas,  ainsi  que  beaucoup  d’autres  expériences 
sur  la  moelle  épinière,  dont  les  résultats  sont  encore 
difficiles  à  expliquer. 

Dans  le  second  volume,  où  les  nerfs  sont  considérés 
dans  leur  histoire  particulière,  il  semblerait  que  notre 
tâche  ait  dû  être  beaucoup  plus  facile,  parce  qu’on  croit 
généralement  que  l’histoire  topographique  des  nerfs 
périphériques  est  très  bien  connue.  Si  cela  est  vrai  pour 
certains  nerfs,  il  y  en  a  d’autres,  comme  on  le  verra,  sur 
les  fonctions  desquels  règne  encore  une  très  grande 
obscurité. 

Plusieurs  nerfs  de  la  face,  ainsi  que  le  pneumo¬ 
gastrique,  ont  été  pour  nous  le  sujet  d’expériences  très 
multipliées.  Nous  avons  également  traité  avec  beau¬ 
coup  de  détails  le  nerf  spinal  ou  accessoire  de  Willis. 


AVANT-PROPOS. 


Pour  le  grand  sympathique,  nous  avons  également 
réuni  un  grand  nombre  d’expériences  et  beaucouprde 
résultats  nouveaux:  et  définitifs,  quoique  cependant 
Phistoire  d’ensemble  de  ce  nerf  soit  loin  d’ètre  terminée. 
C’est  particulièrement  sur  son  influence  circulatoire  on 
sur  ses  actions  vaso-motrice  et  calorifique  qu’ont  porté 


nos  investigations.  ■ 

Enfin,  j’ajouterai  que  daus  toutes  ces  leçons  j’ai,  à 
propos  des  questions  qui  sont  restées  à  l’état  d’ébauche, 
donné  le  plus  grand  nombre  de  détails  expérimentaux 
possibles,  afin  qu’ils  puissent  servir  de  point  de  départ 
à:  ceux  qui  voudraient  poursuivre  ces  recherches.  .  . 

Le  but  que  je  me  suis  toujours  proposé  et  que  j'ai  la 
satisfaction  d’avoir  déjà  atteint  autant  que  cela  a  été  en 
moi,  c’est  de  découvrir  des  faits  et  de  poser  ou  de  faire 
naître  des  questions  nouvelles.  Ces  dernières,  parcou¬ 
rant  ensuite,  au  milieu^  de  la  discussion,  comme  tou¬ 
jours,  leur  évolution  scientifique,  ont  pour  effet  de  pro¬ 
voquer  un  mouvement  de  travaux  ,  éminemment  utile 
aux  progrès  de  la  science. ... 

Ces  leçons  ont  été  recueillies  et  rédigées  par  mon 
élève  et  ami  M.  le  docteur  À.  Tripier. 


Claude  BERNARD. 


LEÇONS 


LA  PHYSIOLOGIE  ET  LA  PATHOLOGIE 

SYSTÈME  NERVEUX. 


PREMIÈRE  LEÇON. 


Le  système  nerveux,  qui  sera  cette  année  le  sujet  de 
nos  leçons,  est  de  tous  les  systèmes  de  l’organisme  celui 
que  la  nature  et  la  variété  de  ses  fonctions  semblent 
placer  au  premier  rang;  à  tel  point  qu’on  a  pu  dire 
avec  raison  que  les  animaux  étaient  d’autant  plus  parfaits 
que  leur  système  nerveux  était  plus  développé.  C’est  lui 
qui  met  enjeu  et  régularise  non-seulement  tous  les  phé¬ 
nomènes  de  la  vie  de  relation  ;  mais  nous  retrouvons 


2  OBJET  DD  CODES. 

encore  son  influence-dans  les  phénomènes  de  la  vie  orga¬ 
nique,  dans  tous  les  actes  de  nutrition,  sécrétions,  produc¬ 
tion  de  chaleur,  etc.  Il  n’y  â  plus  de  doute  aujourd’hui 
sur  la  réalité.  4e  ce,  rôle  général  :  en  effet,  nous,  pouvons, 
pàr  dés'hctîôns'sür  lé  système  nervéuïj  troubler  non- 
seulement  les  actes  dé  la  vie  de  relation,  mais  modifier 
encore  les  phénomènes  de  sécrétion,  de  calorification  ; 
ces  phénomènes,  qubique  d’ordre  purement  physique  ou 
chimique,  sont  cependant  dans  une  dépendance  étroite 
de  l’ififluence  nerveuse,  qurlmbrasse  ainsi  tous  les  actes 
de  la  vie  et  assure  le  rang  le  plus  élevé  au  système  orga¬ 
nique  qui  est  chargé  de  l'exercer. 

Les  progrès- dans  la  physiologie  du  système  nerveux 
sont  de  date  récente.- G’-ést  dans  lé'commencement  de  ce 
siècle  seulement  que  les  travaux  de  Ch.  Bellet  de  Ma¬ 
gendie  ont  montré,  dans  les  nerfs,  des  Conducteurs;  dîs- 
pucts  pour  le  mouvement  et  pour  le  sentiment.  Bien 
que  les  anciens  eussent  reconnu  l’importance  de  ce 
système,  ils  n’avaient  que  des  notions  asséi  confuses'  sur 
les  propriétés  et  l’agencement  de  ses  diverses  parties. 
L’importante  découverte  de  la  distinçtion,des  nerfs,  en 
nerfs  sensitifs  et  nerfs  moteurs,  est  devenue  le  point  de 
départ  de  tontes  les  recherches  faites  depuis  dans  cette 
branche  de  la  physiologie.  La  nature  sensitive  oii  motrice 
de  presque  tous  les  nerfs  a  été  déterminée  par  un  même 
procédé  expérimental  quiconsiste  à  opérer  la  section  d’un 
fierî  et  à  voir  ensuite  laquelle  des  facultés  motricè1  du 
sensitive  est-aholiè:  On  a  ainsi  Constitué  Une  physiologie 
topographique  du  système  nerveux.  Cette  étude  est  au¬ 
jourd’hui  en  grande  partie  faite  ;  elle  à  seulement  laissé 


SYSTÈME  NERVEUX. 


des  points  obscurs  sur  les  nerfs  que  l’expérimentation 
n’a  pas  pu  atteindre. 

Cette  analyse  expérimentale  des  nerfs  par  la  soustrac¬ 
tion  de  leur  influence  à  J’aide  de  la  section,  et  parla 
restitution  de  cette  influence  par  certains  excitants  -3  pai  ■' 
le  galvanisme  en  particulier,  a  indiqué  l’usage  de  chaque!  Sÿ 
partie  ;  elle  a  permis  de  localiser  les  phénomènes,  maid  i 
elle  n’apprend  rien  Sur  la  nature  et  les  propriétés  spé-WS^" 
çiales  de  l’agent  nerveux.  \  »  v 

L’fiistoire  générale  de  cet  agent  est  encore  inconnue  ; 
mais  cependant  on  a  commencé  de  nouvelles  études  qui 
ont,  conduit  à  des  résultats  remarquables  sur  Ja  régéné¬ 
ration  des  nerfs  et  sur  les  courants  divers  qui  peuvent 
s’y  développer. 

Les  anciens  avaient,  sur  la  nature  du  fluide  nerveux, 
des  idées  qu’il  n’est  pas  sans  intérêt  de  rappeler  dans  ce 
rapide  aperçu  sur  l’histoire  du  système  nerveux.  Elle 
était  en  réalité,  pour  eux,  aussi  satisfaisante  que  celles  que 
nous  avons  aujourd’hui.  En  effet,  comme  toutes  les  théo¬ 
ries,  ces  idées  n’étaient  que  l’expression  d’une  manière 
de  voir  destinée  à  expliquer  les  faits,  et  il  est  remar¬ 
quable  de  voir,  combien  leur  théorie  des  esprits  animaux 
semblait  eq  rendre  compte  d’un 


et  parfaitement  lucide.  Ainsi  Willis  parie  des  esprits  ani¬ 
maux  qui,  sécrétés  dans  la  partie  corticale  du  cerveau, 
descendent  dans  la  moelle  allongée  qui  leur  sert  de  ré¬ 
servoir  ;  en  piquant  ce  point,  on  donne  issue  aux  esprits 
animaux,  ce  .qui  cause  subitement  la  mort  . . 

Pans  les  idées  de  Willis  et  des  anciens,  ce  fluide,  au¬ 
quel  on  donnait  le  nom  d’esprits  animaux,  représentait 


la  quintessence  du  sang  et  du  chyle.  Le  cerveau  en 
séparait  les  parties  les  plus  ténues,  qui  circulaient  en¬ 
suite  dans  le  système  nerveux. 

Ces  vues  rendaient  très  bien  compte,  avons-nous  dit, 
des  faits  observés  :  en  effet,  si  l’on  empêche  le  sang  d’ar¬ 
river  au  cerveau,  les  fonctions  de  cet  organe  sont  anéan¬ 
ties;  l’agent  nerveux  n’existe  plus.  On  trouve  d'autre 
part,  dans  les  effets  d’une  alimentation  suffisamment  ré¬ 
paratrice  et  fortifiante,  la  preuve  que  les  qualités  du  sang 
sont  pour  beaucoup  dans  la  réparation  de  l’activité 
nerveuse. 

Willis  explique  avec  détail  ses  idées,  et  il  dit  comment 
il  se  fait  que  l’on  paralyse  le  diaphragme  pour  une  liga¬ 
ture  posée  sur  le  nerf  phrénique:  on  empêche,  dit-il,  les 
esprits  animaux  dedescendre  ducerveau.  Que  l’on  vienne 
ensuiteàexciterlenerfphréniqueâu-dessus  de  la  ligature, 
on  ne  déterminera  aucun  mouvement  du  diaphragme, 
parce  que  les  esprits  animaux  ne  peuvent  plus  passer; 
qu’au  contraire  on  porte  l’excitation  au-dessous  de 
la  ligature,  on  déterminera  encore  des  contractions, 
parce  que  la  petite  quantité  d’esprits  animaux  que  la 
partie  inférieure  du  nerf  peut  tenir  en  réserve  agis¬ 
sent  encore.  Si  je  vous  rappelle  ces  idées  qui  n’ont 
plus  cours  depuis  longtemps,  c’est  pour  vous  montrer 
qu’on  a  pu  changer  les  mots,  remplacer  les  esprits  ani¬ 
maux  par  un  fluide  impondérable,  sans  réaliser  pour 
cela  un  véritable  progrès.  Tant  qu’on  n’a  fait  que  sub¬ 
stituer  une  théorie  à  une  théorie  sans  preuve  directe, 
la  science  n’y  a  rien  gagné  ;  celle  des  anciens  en  vaut 
une  autre.  Aujourd’hui  les  esprits  animaux  ne  sont  plus 


AI'ERÇÜ  HISTORIQUE.  5, 

en  cause;  les  progrès  de  la  physique  et  quelques  ana¬ 
logies,  assez  séduisantes  d’ailleurs,  leur  ont  faitsubsti- 

plus  avancées  sur  ce  sujet,  ce  n’est  pas  que  nos  théories 
valent  mieux  :  c’est  que  nous  avons  la  connaissance  d’un 
grand  nombre  de  faits  qu’on  ignorait.  Pour  ce  qui  est 
de  la  théorie  moderne  basée  sur  les  analogies  de  l’agent 
nerveux  avec  l’électricité,  nous  aurons  à  y  revenir  bien¬ 
tôt,  et  nous  veiTons  que  la  force  nerveuse,  bien  qu’elle 
soit  liée  à  l’accomplissement  des  phénomènes  chimiques 
de  l’organisme,  diffère  essentiellement  de  la  force 
électrique;  aussi  a-t-on  proposé  de  lui  donner  un  autre 

Haller  avait  réellement  commencé  l’étude  des  pro¬ 
priétés  nerveuses  en  les  examinant  dans  leurs  relations 
avec  les  propriétés  des  autres  tissus;  c’est  ainsi  qu’il  avait 
pu  déjà  considérer  que  la  contractilité  musculaire  était 
due  à  un  agent  distinct  de  l’excitabilité  nerveuse.  Depuis 
Haller,  ces  idées  ont  été  longuement  discutées  ;  mais  nous 
verrons  que  ces  questions  sont  élucidées  aujourd’hui 
par  des  expériences  concluantes. 

Les  deux  ordres  de  points  de  vue  que  nous  venons  de 
rappeler  nous  tracent  le  programme  que  nous  avons  à 

D’une  part,  nous  aurons  à  envisager  les  propriétés 
générales  des  nerfs  et  les  rapports  de  ces  propriétés  gé¬ 
nérales  avec  celles  des  autres  tissus.  Ce  que  nous  pour¬ 
rons  savoir  du  fluide  nerveux  en  lui-même,  de  ses  ana¬ 
logies  avecle  fluide  électrique,  etc. ,  trouvera  là  sa  place. 

Ensuite,  passant  à  l’application  de  ces  notions,  nous 


interrogerons  chaque  nerf  en  particulier;  dans  cette 
étude,  les  Observations  pathologiques  interviendront  plus 
directement  et  nous  seront  souvent  un  précieux  moyen 
de  montrer  l’application  à  l’homme  des  faits  que  nous 
Observerons  directement  chez  lés  animaux  soumis  à  notre 
expérimentation.  Nous  vous  exposerons  les  résultats  lès 
plus  récents;  lès  Conséquences  qu’on  en  a  tirées,  cher¬ 
chant  dans  là  discussion  de  ces  faits,  dans  la  critique  de  ces 
cônséquênèes  le  point  de  départ  d’expériences  qui  puis 
éènt  ajouter  à  nos  connaissances  sur  ce  sujet. 

Quant  à  la  méthode  que  nous  suivrons  dans  les  re¬ 
cherches  auxquelles  nous  nous  livrerons,  je  n’âi  plus  à 
vous  en  parler.  L’expérimentation  seule  dans  notre  sciëncê 
peut  conduire  à  des  résultats  sérieux  ;  il  n’y  a  donc  pas 
à  choisir.  Si  nous  ne  l’avons  vue  intervenir  que  tardive» 
ment  en  physiologie,  c’est  qu’elle  avait  besoin  du  sëcô'urs 
incessant  de  sciences  qui,  comme  la  physique  et  la  chimie, 
n’étaient  pas  dans  Un  état  assez  avancé  pour  lui  fournir 
les  instruments,  les  moyens  de  mesure  ou  d’appréciation 
qui  lui  sont  indispensables.  Les  conquêtes  nombreuses 
et  variées  de  la  physiologie  moderne  montrent  suffisam¬ 
ment  aujourd’hui  que  les  entraves  tenant  à  l'insuffisance 
dé  moyens  d’observation  vont  én  diminuant  de  plus  en 
plus  :  nous  avons  maintenant  de  meilleurs  instruments, 
il  nè  faut  plus  que  savoir  s’en  servir. 

Mais  ici,  messieurs,  je  veux  particulièrement. voté 
signàléf  dès  écueils  qui  nè  tiennent  ni  à  la  méthode,  ni 
aux  moyens  dont  èlle  dispose,  mais  à  l’expérimentafeUr 
lüi-même. 

Tout  lé  monde  croit  être  apte  à  interroger  la  nature 


fiance  avec  laquelle  on  aborde  les  questions  les  plus  com¬ 
pliquées  ne  se  rencontre  gtièré  que-  dans  les  choses  du 
domaine  de  la  médecine  ét  de  la  physiologie!  Lors¬ 
qu’une  personne  compétente  traite^  un  sujet  spécialdfe 
chimie  ou  de  physique ,  Ceux  qui  ne  sont  ni  physiciens 
ni  chimistes,  se  tâisent  et  évitent  de  se  mêler  à  une 
-discussion  pour  laquelle  ils  se  sentent  incompétents. 
Eh  bien ,  la  même  chose  n’a  plus  lieu  qîiand  il  s’agit  de 
médecine;  tout  le  monde  croit  pouvoir  en  parler  et  en 
■parle.  En  raison  même  de  leur  obscurité  ,  les  sujets  qui 
touchent  à  la  vie  ne  sont  donc  pas  de  nature  à  rebuter 
Ceux  qui  les  abordent  sans  Une  préparation  suffisante;; 
aussi  voyons-nous  tous  les  jours  les  expériences  les  plus 
incomplètes  se  produire. 

Ayant  à  vous  amener  à  mon  point  de  vue,  je  dois 'vous 
Signaler  lés  vices  de  méthode  et  d’appréciation  qui 
frappent  dé  nullité  des  résultats  auxquels  il  né  faudrait 
pas  accorder  la  valeur  des  faits  bien  observés,  nous  le 
prétexte  qu’on  a  eu  la  prétention  d’interroger  la  nature. 

■  Ènéffet,  quand  on  parle  d’expériences,  il  y  a  deux 
Choses  à  considérer  :  i‘  l’art  expérimental,  .2°  l’esprit 
expérimental. 

-  L’art  expérimental,  qu’il  ne  .faut  pas  confondre  avec 
■l’esprit  expérimental ,  consiste  dans  la  manière  plus  ou 
moins  ingénieuse  de  préparer  un  appareil,  de  conduire 
Une  série  d’épreuves.  Il  s’acquiert  dans  les  laboratoires, 


habitude  des  manipulations,  mais  il  ne  s’enseigne  pas. 

L’esprit  expérimental  est  tout  autre  chose:  son  his- 
toire  mériterait  d’être  faite  et  offrirait  matière  à  des 
considérations  qui,  indiquées  çà  et  là  par  les  philoso¬ 
phes,  formeraient  un  des  chapitres  les  plus  curieux  de 
l’histoire  de  l’esprit  humain. 

Dans  toute  expérience  il  faut  avoir  un  point  de  départ, 
et  ce  point  de  départ  doit  donner  naissance  à  une  idée 
préconçue  qu’on  soumet  ensuite  à  la  vérification  expéri¬ 
mentale;  c’est  toujours  ainsi  que  procède  l’expérience 
proprement  dite.  On  comprend,  d’après  cela,  que 
l’observation  doive  toujours  précéder  l’expérimentation, 
et  que  souvent  même  une  expérience  première  n’ait 
pasd’autre  but  que  de  fournir  matière  à  une  observation, 
que  l’esprit  interprétera  de  façon  à  en  tirer  une  idée 
préconçue,  qui  sera  ensuite  vérifiée  par  une  expérience 
ou  même  par  une  observation  nouvelle.  Ce  dernier  cas 
se  voit  en  astronomie,  où  l’on  ne  peut  pas  expérimenter 
cela  arrive  encore  pour  les  observations  pathologiques. 

Onacherchéà  définirl’expérimentation  en  disant  que 
c’était  une  observation  provoquée ,  ou  bien  encore  que 
l’observation  n’était  que  la  contemplation  des  phéno¬ 
mènes  tels  qu'ils  se  montrent  dans  l’ordre  naturel  des 
choses,  tandis  que  l’expérience  serait  leur  observation 
dansdescünditionspartieulièresplusoumoinsartificielles 
ou  perturbatrices.  Or,  comme  je  le  disais,  il  y  a  des 
sciencesoù,  d’après  cette  définition,  on  ne  peut  qu’obser¬ 
ver  sans  expérimenter.  En  astronomie,  par  exemple,  on 
observe  le  cours  des  astres,  mais  on  ne  peut  pas  le  trou¬ 
bler  artificiellement.  On  exécute  seulement  l’observation 


Il  est  vrai  que  dans  une  expérimentation  il  y  a  géné¬ 
ralement  trouble  des  phénomènes,  tandis  que  dans  l’ob¬ 
servation  cela  n’a  pas  lieu  ordinairement;  mais  cependant 
il  serait  fort  difficile  de  délimiter  ainsi  l’observation  de 
l’expérimentation.  Je  pense,  quant  à  moi,  que  le  procédé 
expérimental  est  beaucoup  plus  dans  le  but  quel’espritse 
propose,  que  dans  lesmoyens  dont  on  fait  usage.  On  doit, 
en  effet,  d’abord  cherchera  bien  constater  un  fait  et  ses 
conditions  par  l’observation ,  et  ensuite  on  remonte  à  la 
recherche  de  la  cause,  c’est-à-dire  de  la  loi  du  phénomène 
pardes  expériences  instituées  dans  cebut, ou  même  pardes 
observations  qui  peuvent  aussi  quelquefois  en  tenir  lieu. 

En  résumé ,  l’observation  n’est  que  le  résultat  d’une 
application  des  sens,  pour  la  constatation  d’un  fait  ou  d’un 
phénomène,  tandis  que  l’expérience  suppose  une  idée 
préconçue  et  une  série  d’opérations  intellectuelles,  avec 
l’emploi  d’un  raisonnement  logique  pour  arriver  à  une 
conclusion. 

Ici,  comme  nous  faisons  des  recherches  qui  reposent 
sur  des  faits  déjà  observés,  nous  ferons  beaucoup  d’ex¬ 
périences.  Mais  je  vous  prie  de  ne  pas  confondre  une 
idée  préconçue  avec  une  idée  fixe.  C’est  toujours  en 
prenant  ce  dernier  terme  en  mauvaise  part  que  l’on 
parle  des  gens  à  idées  préconçues  ;  je  vois  là  une  erreur 
de  mots.  Les  idées  préconçues  sont  nécessaires,  indis¬ 
pensables:  on  ne  fonde  rien  sans  elles;  il  faut  savoir  seu¬ 
lement  les  abandonner  lorsqu’elles  n’ont  plus  de  raison 
d’être.  A  ce  moment,  sil’on  s’y  rattachait,  elles  cesseraient 


1.0  IDÉES  PRÉCONÇUES 

d’être,  idées  préconçues  pour  devenir  idées  fixes,  et  con¬ 
stituer  une  véritable  infirmité  de  l'esprit.  L’idée  pré¬ 
conçue  est  toujours  interrogative  ;  c’est  une  question 
adressée  à  la  nature.  Il  faut-ëCOüteï  froidement  la  réponse 
et  cesser  dé  Faire  là  question ,  quand  la  réponse ,  quelle 
qu’elle  soït;  a  été  donnée. 

Il  nous- serait  facile  de  VOUS  montrer  que  tous  les 
grands  expérimentateurs,  Harvey,  Spallanzaui ,  Réau- 
mur,  etc. ,  ont  eti  des  idées  préconçues  :  C’est  avec  des 
idées  qu’ils  Ont  interrogé  l’expérience  qui  leur  a  répondu; 

Les  hommes  à  idées  fixes  n’interrogent  que  pour  là 
Forme  ;  ils  ont  fait  d’avance  lâ  demande  ét  la  réponse. 
Semblables  à  ces  gens  qui,  bien  décidés  sur  ce  qu'ils 
doivent  faire,  vous  demandent  dés  conseils  qu’ils  ne  sui¬ 
vront  pas,  s’ils  Sont  contraires  à  leurs  idées, :câî  au  fond 
ils  cherchent  une  approbation  et  non  un  conseil;  - 

Les  recherchés  que  l’on  entreprend  sur  un  sujet  ont 
toujours  pour  point  de  départ  une  hypothèse  pure  où 
bien  une  induction ,  c’est-à-dire  une  hypothèse-  qtiba 
un  fait  pour  origine,  comme  je  vous  le  disais  tout  à 
l’hèure.  Si  l’expérimentateur  se  trouvé  sans  aucune 
"donnée,  il  fera  Une  expérience  à  tout  hasard,  observera 
Ct  cherchera  date  ce  qu’il  aura  VU  matière  à  imê  hypo¬ 
thèse  qui  puisse  lui  fournir  une  idée  pour  établir  un 
système  préconçu  de  recherches  ;  ce  n’est  que  dü  mo¬ 
ment  que  l’hypothèse  oU-PinduCtioh  à  été  formulée  que 
l’expérimentation  à  un  but  ;  avant  ce  ne  pouvait  être 
que  de  l'observation.  Je  né  puis  mieux  vous  faire  com¬ 
prendre  la  liaison  dés  observations  et  des  expériences, 
ainsi  quetesopérattons  ïntellèctueltes  qui  les  coor donnent 


00  HYPOTHÈSE  PROBABLE.  11 

ét  leur  donnent  un  sens,  qu’en  vous  rappelant  l’histoire 
de  la  grande  découverte  dont  je  vous  parlais  au  com¬ 
mencement  de  cette  leçon. 

Les  anciens  avaient  eu  l’idée  de  l’existence  distincte 
possible  de  nerfs  moteurs  et  de  nerfs  sensitifs.  Galien 
avait  observé  des  paralysies  distinctes  de  Cês  deux  ordres 
de  fonctions. 

Lorsque  Cb.  Bell  ,  disséquant  lés  nerfs  dé  la  face,  vit 
que  les  filets  du  facial  allaient  presque  tous  dans  les 
muscles,  et  que  les  filets  de  la  cinquième  paire  allaient 
à  la  peau,  il  faisait  une  simple  Observation  ;  mais  ensuite 
if  fit  une  hypothèse  et  sè  demanda  s'il  B’était  pas  pos¬ 
sible  que  le  herf  facial  fût  moteur  eh  le  trijumeau  sen¬ 
sitif.  —  Ch.  Bell ,  qui  était  plus  anatomiste  qu’expéri¬ 
mentateur,  fit  vérifier  la  supposition  par  Schaw,  qui 
'opéra  sut  des  ânes  :  l’expérience  donna  raison  à  sa 
supposition.  Cette  expérience,  vous  le  voyez,  ne  fut  pas 
entreprise  d’emblée  et  sans  but. 

•Ch.  Bell  observa  ensuite  alors  avec  soin  les  nerfs  de 
la  face  sur  lesquels  il  avait  expérimenté  :  il  vît  què  le 
nerf  de  la  cinquième  paire  avait  sur  son  trajet  Un  gan¬ 
glion,  et  que  le  facial  tfên  avait  pas  de  Semblable.  Ce 
caractère  faisait  ressembler  le  nerf  de  la  cinquième  paire 
aux  racines  postérieures  des  nerfs  rachidiens,  et  %  fa¬ 
cial  aux  racines  antérieures.  Lès  racines  postérieures 
n’étaient-elles  pas  sensitives?  les  racines  antérieures 
«étaient-elles  pas  motrices?  Telle  fut  la  question  ou 
l’hypothèse  qui  se  déduisit  d’une  observation  et  qui 
devint  rindièation  d’une  nouvelle  expérience.  :  ’ 

Il  arrive  sauvent  qu’à  une  même  époque,  Une  même 


12  l’idée  préconçue  doit  toujours  être  soumise 
question  est  à  l’étude  dans  différents  pays,  et  plusieurs 
hommes  alors  suivent  la  même  idée,  L’expérience  fut 
faite  par  Magendie,  et  donna  raison  à  l’induction  de  Ch. 
Bell  ;  mais  comme  dans  les  cas  les  plus  heureux,  et  celui- 
ci  est  du  nombre,  l’expérience  a  toujours  de  l’imprévu. 
Les  expériences  deMagendie  rectifièrent  différents  points 
de  l’idée  préconçue  du  physiologiste  anglais  :  ainsi  Ma¬ 
gendie  prouva,  par  exemple,  que  la  cinquième  paire 
avait  sur  les  phénomènes  de  nutrition  de  la  face  une  in- 
fluence  que  n’avait  pas  soupçonnée  Ch.  Bell;  son  ex¬ 
périence  sur  les  racines  rachidiennes  a  fait  disparaître  les 
nerfs  respirateurs  supposés  par  Ch.  Bell,  et  a  montré 
l’existence  de  la  sensibilité  des  racines  antérieures  que 
Ch.  Bell  avait  été  amené  à  nier  par  la  théorie.  De  sorte 
que,  ici  même  où  l’expérience  a  été  très  heureusement 
d’accord  avec  l’idée  préconçue,  elle  a  cependant  en  de¬ 
hors  de  cette  idée,  et  même  en  contradiction  avec  elle, 
apporté  des  connaissances  qui  sont  aujourd’hui  acquises 
à  la  science.  Aussi,  dans  cette  grande  découverte,  la  jus¬ 
tice  exige  qu’on  ne  sépare  pas  le  nom  de  Magendie  de 
celui  de  Ch.  Bell. 

Lorsqu’on  se  propose  de  résoudre  expérimentalement 
une  question,  on  doit  s’attendre  à  tous  les  cas  possibles  : 
il  arrive  quelquefois  que  l’expérience  répond  à  la  ques¬ 
tion;  souvent  elle  répond  autre  chose.  Je  viens  de  vous 
montrer  des  inductions  en  partie  justifiées  par  l’épreuve 
expérimentale;  je  vais  maintenant  vous  donner  un 
exemple  d’un  résultat  contraire. 

Quand  autrefois  je  voulus  couper  le  nerf  grand  sym¬ 
pathique  dans  la  tête,  je  supposais,  d’après  les  idées 


phénomènes  nutritifs  dans  la  partie,  y  produirait  un 
abaissement  de  température.  Je  fis  l’expérience,  et  c’est 
exactement  le  contraire  qui  eut  lieu;  je  dus  donc  aban¬ 
donner  cette  première  idée,  mais  j’eus  soin  de  garder  le 
fait.  Dans  cette  circonstance,  tous  voyez  l’expérience 
donner  un  résultat  opposé  à  celui  qu’on  en  attendait. 

La  lecture  des  grands  expérimentateurs  vous  montre¬ 
rait  qu’en  physiologie  il  en  est  presque  toujours  ainsi, 
et  que  le  plus  souvent  la  réponse  de  l’expérience  n’a 
aucun  rapport  avec  la  question  qu’on  s’était  posée.  On 
peut  dire  alors,  comme  cela  arrive  souvent  en  effet, 
qu’en  cherchant  une  chose  on  en  trouve  une  autre. 

Quand  on  étudie  les  mathématiques,  chaque  pas  que 
l’on  tente  en  avant  part  d’un  axiome  ou  d’une  vérité 
démontrée  :  en  raisonnant  juste,  on  arrive  certaine¬ 
ment  à  des  conclusions  irréfutables.  Dans  les  sciences 
naturelles  il  n’en  est  plus  de  même ,  parce  que  nous 
n’avons  jamais  la  certitude  de  la  valeur  de  notre  point 
de  départ,  qui,  au  lieu  d’être  un  axiome,  est  toujours 
une  hypothèse  plus  ou  moins  probable. 

Le  critérium  des  sens,  précieux  quand  on  raisonne  au 
point  de  vue  de  l’utile  ou  de  l’agréable,  fait  défaut  lors¬ 
qu’on  aborde  la  science  purement  spéculative.  La  vérité 
ne  peut  être  connue  que  par  une  expérience  établissant, 
suivant  l’expression  deGœthe,  entre  le  moi  et  le  non-moi 
un  intermédiaire  dans  lequel  les  opérations  de  l’esprit  ont 
une  trop  large  part  pour  ne  pas  exercer  sur  l’apprécia¬ 
tion  des  faits  une  influence  trop  souvent  fâcheuse.  C’est 
alors  que  les  idées  préconçues  prennent  un  empire  quiles 


constitue  àl’étatdevéritables hallucinations  ;  elles  devien¬ 
nent  les  idola  que  Bacon  a  décrites  aü  nombre  de  quatre, 
et  parviennent  souvent  à  plier  les  faits  à  leurs  exigences. 

Je  ne  vous  parlerai  pas  ici,  messieurs,  de  ceux  qui 
n’ont  pas  du  tout  recours  à  l’expérience  pour  confirmer 
ou  modifier  leurs  idées  ;  il  s’en  rencontre  cependant,  é 
D’autres,  et  ceux-ci  sont  extrêmement  nombreux,  de¬ 
mandent  à  l’expérience  la  confirmation  d’une  idée  fixé, 
et  ne  lui  demandent  pas  autre  chose.  Ils  expérimentent, 
non  pour  chercher,  mais  pour  prouver  :  leurs  conclusions 
sont,  posées  avant  que  leur  travail  soit  commencé.  Tout 
ce  qui  ne  rentre  pas  dans  leurs  idées  est  considéré  comme 
non  avenu,  comme  expérience  mal  faite,  etc.  Ces 
réflexions  me  mettent  en  mémoire  une  conversation 
qii’eut  autrefois  M.  Magendie  avec:  nn  membre  de 
l’Académie  des  sciences  célèbre;  mais  pas  en  physiologie 
expérimentale.  Ce  dernier,. parlant  à  Magendie  d’un 
mémoire  qu’il  préparait  sur  un  point  intéressant  de 
physiologie,  disait  :  «  Je  serai  incessamment  en  mesure 
de  lire  mon  travail  ;  le  mémoire  est  terminé,  il  ne  reste 
plus  à  faire  que  les  expériences.  » 

Ceux  qui  veulent  ainsi  plier  les  résultats  de  l’expé¬ 
rience  à  leurs  vues,  et  malheureusement  ils  sont  nom¬ 
breux  ,  sont  très  dangereux  parce  qu’ils  sont  ordinai¬ 
rement  très  logiques  et  qu’on  se  laisse  aller  au  charme 
de  leur  raisonnement,  sans  s’inquiéter  suffisamment  de 
leur  point  de  départ  ou  de  la  réalité  des  faits  qui  leur 


bruit  tant  qu’ils  sont  là  pour  les  faire  valoir  ;  mais  ils  ne 
sauraient  rien  dépouvrir  et,  en  définitive,  ne  laissent 


rien-  L’histoire  des  sciences  médicales  vous  offre  mal¬ 
heureusement  bien  des  hommes  de  cet  esprit.  Ils  n’ont 
pas  du  tout  la  conscience  de  ce  que  c’est  qu’une  notion 
scientifique;  ils  veulent  que  tout  soit  clair,  que  tout 
s’explique,  et  qu’il  ne  reste  pas  un  coin  obscur  dans  un 
travail.  On  peut  dire,  quand  un  travail  se,  présente  avec 
ces  apparences  de  clarté  universelle  et  de  logique,  qu’il 
est  faux  et  en  partie  une  œuvre  d’imagination  plus  que 
d’expérience.  En  effet,  quelque  heureux  que  l’on  puissg 
être  dans  des  recherches  expérimentales,  on  ne  peut 
jamais  arriver  qu’à  éclairer  partiellement  un  ordre  de 
phénomènes;  mais  il  ,y  a  toujours  à  côté  des  questions 
plus  ou  moins  connexes  qui  restent  encore  obscures.  Si 
tout  était  éclairé  d’un  coup ,  la  science  serait  finie;  cela 
ne  sera  jamais,  et  chaque  question  résolue  laisse  tou¬ 
jours!  côté  d’elle  des  questions  nouvelles!  résoudre, 


pas  compte,  des  faite,  et  sont  entièrement  impropres  à 
tirer  profit  de  l’expérimentation,  vous  trouverez  des  ob¬ 
servateurs  qui,  dans  la  crainte  d’être  systématiques,  ne 
raisonnent  pas  assez  et  concluent  directement  d’après  un 
fait  brut.  ... 


EXPERIENCES 


Mais  ici  une  nouvelle  difficulté  se  présente  :  il  ne  suffit 
pas  de  voir,  il  faut  savoir  juger  et  conclure.  Les  observa¬ 
tions,  pour  être  fructueuses,  doivent  être  non-seulement 
vérifiées  par  l'expérience,  mais  encore  conduites  suivant 
certaines  règles  que  l’expérimentateur  le  plus  intègre  ne 
saurait  négliger  sans  s'exposer  à  des  méprises  regret¬ 
tables  sur  les  relations  de  cause  à  effet. 

H  faut  d’abord,  lorsqu’on  observe,  n’être  pas  trop 
crédule  et,  quand  on  a  obtenu  un  résultat,  le  vérifier 
toujours  par  une  expérience  contradictoire. 

Quelle  que  soit  la  perspicacité  de  l’observateur,  il  ne 
peut,  quand  il  ne  fait  pas  d’expériences  comparatives, 
voir  qu’un  côté  de  la  question.  Bacon,  qui  donnait  le  nom 
à'idola  tribus  àl’erreur  des  esprits  qui  concluent d’  après 
les  faits  isolés  et  sans  la  contradictoire,  en  cite  comme 
exemple  un  homme  qui /  conduisant  un  voyageur  dans 
le  temple  d’Esculape,  lui  montrait,  comme  preuve  de  la 
confiance  qu’on  pouvait  avoir  dans  Esculape,  les  nom¬ 
breux  ex-voto  suspendus  à  ses  autels.  —  Je  voudrais, 
dit  l’autre,  voir  à  côté  les  portraits  de  ceux  qui  ont  fait 

d’exemples  de  ce  vice  de  raisonnement  en  médecine,  si 
nous  voulions  puiser  dans  les  observations  données  à 
l’appui  des  méthodes  thérapeutiques,  qu’on  préconise  en 
ne  citant  que  les  malades  guéris,  sans  tenir  plus  compte 
de  ceux  qui  sont  morts  avec  le  médicament  que  de  ceux 
qui  ont  guéri  sans  lui. 

11  faut  donc  toujours,  dans  notre  science,  être  dans  une 
disposition  d’esprit  assez  désintéressée  pourètre  apte  à  re¬ 
garder  le  pour  et  le  contre.  En  médecine,  les  circonstances 


favorisent  assez  rarement  cette  double  observation  con-; 
tradictoire  pour  qu’on  s’explique  ra  tendance  générale  à 
s’en  passer  ;  et  la  fréquence  des  jugements  erronés  qui, 
n’ayant  pas  la  ressource  de  se  baser  sur  une  comparaison 
ou  une  expérience  comparative,  partent  seulement  des 
relations  de  succession  pour  conclure  à  la  relation.de 
cause  à  effet:  Post  hoc,  ergopropler  hoc. 

Dans  les.  expériences  physiologiques,  où  l’observateür 
dispose  jusqu’à  un  certain  point  des  circonstances,  il 
devient  de  précepte  d’éviter  cette  cause  .d’erreur,  la  plus 
facile  de  toutes.  Pour  cela,  il  faut  faire  l’expérience 
contradictoire,  car  il  ne  suffit  pas  de  prouver  qu’une 
chose  existe,  dans  certaines  circonstances  ;  il  faut  encore 
prouver  que,  dans  des  conditions  opposées,  le  contraire 
a  lieu.En  outre,  il  faut  souvent,  pour  la  simple  con¬ 
statation  d’un  phénomène,  faire  ce  que  nous  appellerons 
des  expériences  parallèles,  c’est-à-dire  faire  deux  expé¬ 
riences  semblables  qui  ne  diffèrent  entre  elles  que  par 
une  seule  condition,  afin  qu’on  soit  bien  sûr  que  l’on  ne 
se  trompe  pas  dans  la  relation  que  l’on  a  établie  entre 
le  phénomène  et  sa  cause  prochaine. 

Un  autre  principe  expérimental  consiste  à  réduire  là 
décision  d’une  question  au  moins  grand  nombre  d’ex¬ 
périences  possibles  ;  car  sans  cela  on  est  exposé  à  voir  les 
expérimentateurs  discuter  sur  des  expériences  diversès 
sans  s’entendre.  La  méthode  expérimentale  physiolo¬ 
gique  est  en  général  la  soustraction  des  organes  pour  ana¬ 
lyser  la  fonction  et  savoir  le  rôle  de  l’organe  qu’on 
enlèye.  Nous  ne  pouvons  pas,  en  physiologie,:,  faire,  la 
synthèse.  U’est  cette  méthode  d’ablation  que  nous.  em- 


t8  .  EXPÉSIENCÉS  PHYSIOI.OOinrâS. 

ploierons  dans  l’étude  du  système  nerveux,  et  elle 
est  plus  simple  là  que  partout  ailleurs.  La  décision  de' 
la  question  se  réduira  en  général  aune  seule  eip'érîèrice^ 
sur  laquelle  toutlemonde  discutera.  Dans  d’autres  partiel 
de  là  physiologie,  il  n’en  est  pas  ainsi;  on  ne  peut  pas 
enlever  les  organes,  parce  que  les  désordres  que  Ton 
produirait  seraient  tels,  qu’il  deviendrait  impossible !dë 
démêler  Cé  qui  appartient  au  procédé  opératoire  où  à 
l’organe  enlevé.  Alors  on  est  obligé  de  faire  beaucoup 
dlèxpériences  indirectes  dont  on  tire  la  conclusion  gêiiëh 
raie:  Alors,  il  faut  voir  cet  ensemble  si  l’on  veut  juger  la 
question,  autrement  si  l’on  ne  prend  que  les  résultats 
isolés.  On  peut  arriver  aux  conclusions  souvent  les  plus 
opposées. 

-  Resterait  à  vous  parler  des  obstacles  tenant  à  l’insu® 
sance  des  moyens;  quelques-uns  peuvent  être  surmontés 
par  une  meilleure  institution  des  expériences,  par  dés 
procédés  opératoires  plus  ingénieux  ;  d’autres  tiennent 
à  Pétât  trop  peu  avancé  des  sciences  qui  prêtent  leur 
secours  à  la  physiologie  :  ces  difficultés  expliquent  Ira 
rapports  étroits  qui  lient  les  progrès  de  la  physiologie  ad 
développement  général  dés  sciences  physiques. 

-  En  résumé,  j’ai  voulu  vous  montrer  qu’il  ne  suffit  pas 
de  dire  qu’on  est  expérimentateur,  car  il  y  a  deux  classes 
^expérimentateurs  :  les  uns  qui  sacrifient  les  faits  à 
leurs  idées,  les  autres  qui  sacrifient  leurs  idées  aux  faits 
qu’ils  trouvent.  Les  premiers  sont  systématiques  pas-* 
sionnés,  veulent  imposer  leurs  idées  aux  faits  et  par  consdi 
quent  aux  hommes  ;  ils  sont  les  promoteurs  de  discussions 
inutiles  et  souvent  même  .nuisibles:  Ils' argumentent 


comme  des  avocats,  cherchent  à  trouver  leurs  adver¬ 
saires  en  défaut  plutôt  qu’à  trouver  la  vérité,  etc.  C’est 
en  parlant  d’eux  que  Bacon  a  pu  dire'  que  la  science  avait 
souvent  l’œil  humecté  et  obscurci  par  toutes  les  passions 
humaines.  Les  autres,  vrais  expérimentateurs  et  vrais 
savants,  ont  l’esprit  calme,  parce  qu’ils:sont  tenus  en 
doute  dans  cette  indifférence  philosophique  qui  leur 
permet  de  sacrifier  toutes  leurs  idées  à  la  vérité.  Ils 

vaux  dans  une  voie  féconde  en  découvertes  où  ils  sont 
à  l’abrf  des  mesquinès  jalousies ,  car  ils  cherchent  à 
agrandir  le  champ  de  là  science  sans  se  soucier  beair- 
coupdes  agitations  qui  se  passent  àutoür  d’eux. 

Je  ne  m’arrêterai  pas  davantage  sur  lës  principes' 
expérimentaux  desquels  mon  enseignement  s’efforcera 
de  ne  pas  dévier;  et  que  vous  trouverez  appliqués  dans 
l’étude  des  phénomènes  généraux  du  systèmë  nerveux 
que  nous  commencerons  dans  la  prochaine  leçon! 


DEUXIÈME  LEÇON. 


■  Nous  avons  vu,  dans  la  leçon  précédente,  que  toutes, 
les  études  dont  le  système  nerveux  a  été  l’objet  ,  ont. 
été  faites  dans  deux  directions.  Tantôt  on  s’est  attaché  à  ' 
observer  les  phénomènes  généraux  qui  expriment  le 
mode  d’activité  de  ce  système,  et  on  aétudié les  propriétés 
spéciales  du  tissu  nerveux  comme  celles  des  autres  tissus, 
en  cherchant  à  se  faire  une  idée  aussi  exacte  que  -pos¬ 
sible  dp  la  nature  même  de  l’agent  nerveux;  tantôt, 
prenant  chaque  nerf  en  particulier,  on  a  eu  en  vue  son 
influence  sur  le  fonctionnement  d’un  appareil,  d’un  or¬ 
gane.  Je  vous  ai  dit  que  dans  chacune  de  ces  directions, 
des  observations,  chez  l’homme,  de  paralysies  générales 
ou  localisées  avaient  souvent  apporté  à  l’expérimentation 
physiologique  l’aide  de  vérifications  pathologiques  pré- 

C’est  par  l’étude  des  propriétés  générales  que  nous 
commencerons,  nous  réservant  ainsi  de  n’aborder  l’his¬ 
toire  particulière  des  nerfs,  que  suffisamment’  édifiés 
sur  les  notions  que  Ton  a  aujourd'hui  sur  leurs  propriétés 
communes. 


les  moyens  d’investigation  dont  elle  dispose,  il  est  rare 
que  l’intérêt  qui  s’attache  au  moyen  employé  ne  fasse 
pas  un  peu  perdre  de  vue  le  but  que  l’on  devait  pour¬ 
suivre.  C’est  ce  qui  arrive  souvent  dans  les  recherches 
physiologiques  entreprises  par  les  physiciens  et  les  chi¬ 
mistes.  Elles  sont  en  général  très  exactes,  mais  les  con¬ 
ditions  physiologiques  ont  généralement  été  négligées. 
€ë  n’est  donc  qu’après  avoir  fait  les  réserves  né¬ 
cessaires  pour  conserver  au  phénomène  son  caractère 
physiologique,  qu’il  est  possible  dé  l’étudier  fructueuse¬ 
ment  avec  les  moyens  que  la  physique  met  en  notre 

Quelque  variés  que  soient  les  phénomènes  dans  les¬ 
quels  il  a  sa  part  d’action,  le  système  nerveux  ne  se  ma¬ 
nifeste  que  par  des  expressions  de  deux  ordres:  sensi¬ 
bilité  et  mouvement.  Il  y  a  des  nerfs  conducteurs  du 
mouvement,  d’autres  du  sentiment;  ces  nerfs  ne  sau¬ 
raient  se  remplacer  mutuellement.  Il  ne  faudrait  cepen¬ 
dant  pas  conclure  de  là  que  les  propriétés  sensitives  et 
les  -propriétés  motrices  soient  séparables  les  unes  des 
antres;  partout  Où  il  y  a  mouvement,  il  y  a  sentiment. 
Sans  doute,  l’esprit  peut  pour  une  abstraction  séparer 
ces  deux  propriétés;  mais  voir  là  autre  chose  qu’une 
abstraction,  serait  reconnaître  une  chose  qui  ne  se  ren¬ 
contre  pas  chez  les  êtres  doués  de  la  vie.  Aussi  Cuvier 
faisait-il  remarquer  que,  lorsque  les  poètes  ont  voulu 
impressionner  par  des  images  émouvantes,  ils  n’ont  rien 
trouvé  de  plus  saisissant  que  d’enfermer  des  êtres  hu¬ 
mains  sensibles  dans  une  forme  immobile,  dans  un  arbre, 


22  SENSIBILITÉ  ET  MOUVEMENT. 

lin  rocher.  Si  doup  l’expérimentateur  analyste  peut  à 
.volonté  considérer  ensemble  ou  séparément  ces  deux 
ordres  île  manifestations,  la  chose  n’existe  pas  physio¬ 
logiquement;  un  phénomène  de  sentiment  ne  se  manj,T 
l'estera  jamais  que  par  le  mouvement. 

_  Voyons  maintenant  quels  sont  les  nerfs  moteurs,  quels 
sont  les  nerfs  sensitifs  et  quels  rapports  ils  affectent  entre 
eux.  Dans  cet  exposée  nous  prendrons  nos  types  de  des¬ 
cription  chez.l’homme.  ; 

.  C’est  ,  surtout  dans  les  nerfs  rachidiens  que  la  dis¬ 
tinction  anatomique  entre  les  nerfs  moteurs  et  les  nerfs 
sensitifs  est  nettement  établie."  Ces  nerfs  forment  trente- 
une  paires,  constituées  chacune  par  deux  racines  dis- 
.tinçtes  qui  se  réunissent  ensuite  pour  former  un  nerf 
mixte,  auquel  la  racine  postérieure  donne  ses  propriétés 
sensitives,  tandis  que  la  racine  antérieure  lui  donne  ses 
.propriétés  motrices. 

.  On  comprend  à  priori  la  relation  qui  peut  exister 
entre  la  sensibilité  et  le  mouvement.  Sous  l’influence  * 
d’une  sensation,  il  ÿ  atantôt  mouvement  réflexe,  tantôt 
volontaire;  mais  ce  n’est  pas  sur  cette  relation  générale 
.du  nerf  de  sentiment  avec  le  nerf  de  mouvement  que  je 
yeux  aujourd’hui  appeler  votre  attention. 

_.  Nops  avons  dit  que,  dans  chaque  tronc  nerveux,  à 
.un, élément  moteur  correspond  un  élément  sensitif;  il£  I 
forment  une  véritable  paire.  Un  nerf  moteur  ou  un  nerf 
sensitif  n’existe  pas  plus  physiologiquement  à  l’état  isolé  ' 

point  de  vue  électrologique.  Dans  une  pile  il  n’v  a  que 


PAIRE  NERVEUSE.  1  23 

des  couples  de 

.saurait  voir  que, la  réunion  d’un  certain'noinbre  de  paires 


élémentaires  de  nerfs. 

La  paire  nerveuse  est  l’ensemble  constitué  par  deux 
racines  correspondantes,  l’une  antérieure,  l'autre  posté- 

En  examinant  une  paire  rachidienne,  plus -propre  à 
montrer  clairement  lés  origines  et  la  solidarité  des  deux 
racines,  on  voit  la  rapine  antérieur  naître  par  un  che¬ 
velu  du  sillon  antérieur  de  la  moelle  (fig.  1)  ;  la  racine 
postérieure  naît  brusquement  du  sillon  postérieur  par 
des  filets  qui  se  réunissent  bientôt  (fig.  2).  - 

Mais  ce  qui  les  fait  distinguer  plus  facilement  encore 
que  leur  origine,  c’est  la  présence  sur  le  trajet  de  la  ra¬ 
cine  postérieure  d’un  ganglion  g  quj  manque  à  là  racine 
antérieure.  (C’est  immédiatement  après  ce  ganglion  que 

Le  nerf  mixte  se  distribue  à  tous .  les  systèmes  de 
l'économie.  Car  tous  les  appareils  sont  constitués  à  la  fois 
par  des  parties  motrices  ou  sensibles;  auxquelles  se  dis¬ 
tribuent  les  filets  nerveux  provenant  des  racines  anté¬ 
rieure  et  postérieure,  qui  se  terminent  finalement  soit 
dans  des  parties  contractiles,  soit  dans  des  parties  sen¬ 
sibles.  Mais  il  y  a  deux  espèces  de  mouvement,  l’un 
volontaire,  l’autre  involontaire  ;  on  trouvé  dans  la  paire 
nerveuse,  les  éléments  excitateurs  de  ces  deux  systèmes 
dé  mouvements.  En  effet,  à  chaque  racine  se  rattachent 
•(nous '  ne  parlons  ici  que  des  connexions)  de  petits  filets 
qui  eh  partent  ou  y  "'arrivent.  Ces  filets  se  rendent^  un 


SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE.  25 

ou  sensibles,  aux  muscles  de  la  vie  organique  et  aux 
muqueuses.  Le  système  nerveux  sensitif  et  moteur  des 
organes  splanchniques  est  ce  qu’on  appelle  le  grand 
sympathique.  Dans  le  système  de  la  vie  de  relation,  les 
nerfs  se  distribuent  à  des  organes  de  mouvement  volon¬ 
taire  et  à  des  surfaces  pourvues  d’une  sensibilité  con¬ 
sciente.  Le  système  cérébro-spinal  agit  par  la  volonté 
sur  les  mouvements  qui  sont  sous  sa  dépendance;  les 
phénomènes  soumis  à  l’action  du  grand  sympathique 
sont  en  dehors  de  la  conscience  et  de  la  volonté. 

Mon  but  pour  aujourd’hui  est  de  vous  faire  voir  que 
la  paire  nerveuse  forme  un  tout,  malgré  les  rôles  diffé¬ 
rents  auxquels  sont  destinés  ses  filaments,  et  de  vous 
montrer  queles  deux  racines  qui  sémblent  se  séparer  par 
leurs  aptitudes  fonctionnelles,  sont  cependant  étroite¬ 
ment  liées  par  des  propriétés  communes.  Je  fonderai  mes 
arguments  sur  une  vue  qui  n’avait  pas  été  soupçonnée 
lorsqu’on  découvrit  les  propriétés  différentes  des  nerfs. 
Ch.  Bell  avait  cru  à  tort,  et  on  l’a  répété  après  lui,  que  les 
nerfs  moteurs  étaient  complètement  insensibles,  tandis 
que  les  nerfs  sensitifs  seuls  avaient  la  propriété  d’être 
doués  de  sensibilité.  Aujourd’hui  on  sait  que,  malgré  leur 
rôle  différent,  les  deux  ordres  de  racines  sont  sensibles, 
et  que  cette  sensibilité  leur  vient  de  la  même  source. 
Ce  fait,  découvert  et  démontré  par  Magendie,  a  reçu  de 
lui  le  nom  de  phénomène  de  la  sensibilité  récurrente  ou 
en  retour.  Je  crois  pouvoir  vous  démontrer  que  cette 
sensibilité  des  racines  antérieures  est  le  lien  qui  les  unit 
physiologiquement  aux  racines  postérieures  correspon¬ 
dantes,  dé  manière  à  accoupler  en  quelque  sorte,  paire 


p.ar  . paire,  lés  deux  ordres  de  racines.  C’est;:  je  crbisj  là 
la  signification  qu’il  faut  donner  à  ce  phénomène  de  là 
sensibilité  récurrente. 

Voici  d’abord  le  fait  sur  lequel  s’établit  cette' sensibi¬ 
lité  commune  aux  deux  racines.  Lorsque,  sur  un  animal 
vivant  dont  Je  canal  rachidien  a  été  ouvert  elles  racines 
nerveuses  mises  à  nu  dans.de  bonnes  conditions ,  on 

la  racine  antérieure,  on.  voit  que. toutes  deux.sont.sem 
siblesrCette  sensibilité  se  reconnaît  aisément  aux  cris  de 
l’animal. 

Si  alors  on  coupe  la  racine  antérieure la  postée- 
rieure  p  étant  intacte,  on  constate  que  le  bont  ccntral  i 
de  la  racine  antérieure  coupée  est  complètement  insen¬ 
sible,  tandis  que  le  bout  périphérique  s  est  resté  sem 
sible. 

IVou  vient  donc  cette  sensibilité  qui  persiste  dans  un 
bout  de  nerf  séparé  du  centre,  nerveux?  Eu  analysant 
le  fait,  on  peut  le  voir.  Si,  en  effet,  l’on  vient  à  couper  à 
son  tour  la  raçine.postérieure,  on  ne  retrouve  plus  cette 
sensibilité  potée  précédemment  dans  le  bout  périphéri¬ 
que  4é  la  racine  antérieure  correspondante  coupée.  A 
ce  moment  de  l’expérience ,  lés  deux  racines  étant  corn 
pées,  si  l’op  interroge  la  sensibilité  des  quatre  bouts  qui 
résultent  de  cette  double  section,  ou  trouve  que  le  bout 
central  de  la  racine  antérieure  a"  est  insensible  ainsi 
que  son1  bout  périphérique,  que  le  bout  périphérique  de 
la  racine  postérieure  est  insensible;  seul,  le  bout  central 

donc  de  là  que  venait  la  sensibilité  de  toute  la  paire. 


28  LA  SENSIBILITÉ  BÉCUBBESTE 

Mais  comment  se  transmet  cette  sensibilité  entre  les 
deux  racines? 

Est-ce  par  la  moelle  ?  —  L’insensibilité  du  bout  cen¬ 
tral  de  la  racine  antérieure  fait  prévoir  qu’il  n’en  est 

Est-ce  par  la  partie  périphérique  ?  Le  point  de  joui*- 
tion  anatomique  des  deux  racines  serait-il  leur  point  dé 
réunion  physiologique,  ou  bien  la  sensibilité  arriverait- 
elle  à  la  racine  antérieure  en  parcourant  un  circuit,  pas¬ 
sant  des  dernières  ramifications  des  nerfs  sensitifs  aux 
filets  terminaux  des  nerfs  moteurs,  et  revenant  par  eux 
à  la  moelle? 

On  avait  pensé  d’abord  que  cette  sensibilité  se  trans¬ 
mettait  de  la  racine  postérieure  à  la  racine  antérieure, 
au  point  ou  les  deux  racines  se  réunissent  pour  former 
le  nerf  mixte  ;  que  des  filets  récurrents,  appartenant  à  la 
racine  postérieure,  se  réfléchissaient  un  peu  après  le  gan¬ 
glion  et  venaient  donner  leur  sensibilité  à  la  racine 

L’expérience  a  donné  tort  à  cette  supposition,  ài  elle 
était  exacte,  la  section  du  nerf  mixte  à  une  certaine  dis¬ 
tance  après  la  jonction  des  racines  rachidiennes  respec¬ 
tant  ces  filets  devrait  laisser  sa  sensibilité  à  la  racine 
antérieure.  Or,  ce  n’est  pas  ce  qui  s’observe  :  la  section 
du  nerf  mixte  prive  la  racine  antérieure  de  sa  sensibi¬ 
lité,  cé  qui  n’aurait  pas  lieu  si  elle  la  tenait  de  filets 
récurrents  venant  de  la  racine  postérieure  au  niveau  de 
leur  point  de  réunion.  La  communication  physiologi¬ 
que  se  fait  donc  beaucoup  plus  loin  :  probablement  à  la 
périphérie. 


De  ce  qui  précède  il  résulté  donc  :  qu’il  y  a  commu¬ 
nication  de  propriétés  entre  les  racines  postérieure  et 
antérieure; 

Que  toutes  deux  sont  sensibles,  mais  que  la  sensibilité 
de  la  racine  antérieure  lui  rient  de  la  racine  postérieure 
non  par  la  moelle,  mais  par  la  périphérie. 

Mais  le  point  sur  lequel  je  veux  surtout  appeler  votre 
attention,  c’est  que  cette  communication  des  propriétés 
de  la  racine  postérieure  à  la  racine  antérieure  est  spé¬ 
ciale  et  n’établit  la  solidarité  physiologique  qu’entre  les 
deux  racines  correspondantes  de  la  même  paire.  La 
section  des  racines  postérieures  situées  au-dessus  ou 
au-dessous  n’enlèvera  pas  sa  sensibilité  à  une  racine 
antérieure,  tant  qu’on  respectera  la  racine  postérieure 
qui  lui  correspond  ;  il  y  a  donc,  entre  les  deux  racines 
correspondantes,  une  communauté  de  propriétés  qui  fait 
de  la  paire  nerveuse  une  unité  physiologique  qu’on  doit 
ne  pas  oublier  toutes  les  fois  qu’on  veut  rester  dans  l’ap¬ 
préciation  exacte  des  phénomènes  dans  lesquels  inter¬ 
vient  le  système  nèrveux. 

Nous  concluons  encore  de  ce  qui  vient  d’être  dit  que, 
toutes  les  fois  donc  qu’une  racine  postérieure  donnera 
sa  sensibilité  à  une  racine  antérieure,  c’est  elle  qui  lui 
correspondra  et  qui  formeraavec cette  racine  antérieure 

J’ai  vu  que  la  sensibilitése  propage  toutefois,  avec  une 
intensité  décroissante,  de  la  racine  postérieure  à  la  ra¬ 
cine  antérieure,  et  lorsqu’elle  disparaît,  elle  se  retire  de 
l’antérieure  vers  la  postérieure. 

Il  est  une  manière  de  faire  l’expérience,  qui  montre 


âô  LA  SENSIBILITÉ  BÉCUKKENTE 

ce  résultat  sans  qu’eu,  soit  obligé  dé  couper,,  la  racine 
postérieure,:  ce,  procédé,  que  j’ai  signalé  déjà  depuis 
longtemps,  permet  en  outre  d’assister  au  retour  dé  la 
sensibilité  après  l’avoir  une:  fois  supprimée  et  de  la  siip- 

Pour  cela,  après  avoir  ouvert  le  canal  vertébral,  de 
l’animal  sur  lequel  on  opère,  on  le  soumet  à  des  inhala¬ 
tions  d’éther  ou  mieux  de  chloroforme.  -On  voit  alorSp 
à  mesure  que  les  effets  de  l’anesthésie  se  prononcent,  la 
racine  antérieure  devenir  insensible,,  puis  la  peau,  puis 
la  racine  postérieure,  et  enfin  la  moelle.  Lorsqu’on  cesse 
les  inhalations,  la  sensibilité  revient,  dans  un,  ordre  fins 
verse  à  celui  qui  .  a  signalé  sa  disparition  :  c’est-à-dire 
qu’on,  la.retrouved’abord  dans  la  moelle,  puis  à  la  peau;- 
enfin  la  racine  antérieure.redevient  sensible  à  son  tour, 

.  La  même  chose  peut  avoir  lieu  sous  Î’influenee,  de 
causes  épuisantes  très  variées,  et  dont  quelques-unes 
p_euvent  naître,  des  . circonstances,  mêmes  de  l’opération 
quand  on  a,  par  exemple,  affaire  à  un  animal  épuisé,- 
Or,  il  est  réel  que  [l’épuisement  qui  suit  une  opération 
on  une  grande  fatigue  quelconque,  produit  une  sorte 
d’ahesthésie  comparable  à  celle  qui  détermine  l’éthéri¬ 
sation.  Dans  ces  cas  encore,  on  peut  trouver  la  racine, 
antérieure  insensible  ou  beaucoup  moins  sensible  que. 

la  perte  de  sensibilité  a  commencé  à  s’effectuer  en  sui¬ 
vant  l’ordre  habituel,  en  se  manifestant  d’abord  dans  la 


Ce  phénomène  de.  la  sensibilité  récurrente  est  le  fait 
plus  important  de  l’histoire  générale,  du  système  ner¬ 
veux,  en  ce  qu’il  montre  le  lien  qui  ■  unit  deux  éléments 
associés  dans  leurs  fonctions,  et  qu’il  établit  l’unité  phy* 
siologique  de  la  paire  nérveuse,  unité  que  les  ten¬ 
dances  analytiques  de  la  .  nevrologie  topographique 
auraient  pu  faire. méconnaître.  C’est  à  ce  critérium 
nouveau  que  nous  aurons  recours  pôiir  distinguer,  parmi 
les  nerfs  crâniens,  ceux  qui  jouent  le  rôle  de  racines  an¬ 
térieures,  et  ceux  qui  jouent  le  rôle  de  racines  posté-, 
rieures,  et  le  mode  de  leur  association  pour  former  des 

ün  exemple  vous  fera  immédiatement  voir  comment 
une  expérience  fondée  sur  cette  donnée  peut  trancher 

Vous  savez  que,  dans  les  essais  qu’on  a  faits  pour 
grouper  par  paires  les  nerfs  crâniens,  on  regardait 
comme  formant  une  paire  le  pneumogastrique  et  le 
spinal  un  accessoire  deJSillis,  le  . pneumogastrique  re¬ 
présentant  l’élément  sensitif  et  le  spinal  l’élément  mo- 
téur.  Or,  il  n’en  est.  rien  :  en  examinant  quel  nerf 
fournit  au  spinal  la  sensibilité  récurrente,  on  voit  que 
ce  n’est  pas  le  pneumogastrique.  La  sensibilité  du  spinal 
lui  vient  de  la  racine  postérieure  de  la  deuxième  paire 

En  étudiant  cè  phénomène  sur  les  nerfs  rachidiens, 
nous  verrons  que  toujours  une  racine  postérieure  sen¬ 
sible  communiqué  la  sensibilité  à  une  seule  racine  mo¬ 
trice.  Mais  en  remontant  vers  la  tête,  les  choses  ne  se 
passent  plus  de  même,  et  l’on  voit  que  la  racine  sensi- 


32  SENSIBILITÉ  RÉCBHKENTE. 

tive  peut  communiquer  à  plusieurs  racines  motrices  la 
sensibilité  récurrente  :  ces  racines,  quoique  multiples, 
ne  représentent  donc  que  Pélémént  moteur  d’une  seule 
paire  nerveuse. 

Je  voulais,  avant  d’aborder  au  point  de  vue  physiolo¬ 
gique  l’étude  du  système  nerveux,  vous  signaler  seule¬ 
ment,  aujourd’hui  les  données  physiologiques  d’après 
lesquelles  nous  considérons  la  paire  nerveuse.  Au  com¬ 
mencement  de  la  prochaine  séance,  nous  vous  donnerons 
la  preuve  expérimentale  de  son  unité  physiologique  en 
vous  faisant  l’histoire,  aussi  complète  que  possible,  de  là 
sensibilité  récurrente. 


TROISIÈME  LEÇON. 


SOMMAIRE  :  Historique  de  la  découverte  de  la  sensibilité  récurrente. 
—  Vicissitude  de  cette  question.  —  Des  conditions  dans  lesquelles 
doit  être  observé  le  phénomène. 


Nous  avons  établi,  dans  la  dernière  leçon,  ce  qu’on 
doit  entendre  par  l’unité  nerveuse,  et  comment  elle  se 
compose  nécessairement  de  deux  éléments,  l’un  moteur, 
l’autre  sensitif,  qui  cependant,  malgré  leur  rôle  diffé¬ 
rent,  se  trouvent  constamment  associés  par  une  pro¬ 
priété  commune. 

Maintenant  que  nous  avons  indiqué  la  signification 
que  l’on  doit  donner  à  la  sensibilité  récurrente,  nous 
allons  vous  montrer  immédiatement  les  expériences  qui 
l’établissent.  Mais  comme  il  s’agit  ici  d’un  des  phéno¬ 
mènes  nerveux  les  plus  importants,  et  d’une  de  ces  pro¬ 
priétés  fugaces  qui,  par  son  absence  ou  sa  présence, 
dans  des  cas  différents,  a  amené  des  apparences  contra¬ 
dictoires  dans  les  résultats  des  expérimentateurs,  je  dé¬ 
sire  vous  faire  connaître,  par  l’évolution  même  de  la 
découverte,  toutes  les  difficultés  de  cette  question  im¬ 
portante.  Nous  aurons  en  même  temps  l’histoire  des 
autres  propriétés  nerveuses  dont  la  sensibilité  récur¬ 
rente  est  inséparable. 


SENSIBILITÉ  RÉCURRE 


3  h 

Je  vous  ai  déjà  dit  quelle  différence  existait  entre  les 
fondions  des  racines  postérieures  ,  chargées  de  trans¬ 
mettre  les  impressions  sensitives  et  les  racines  posté¬ 
rieures  chargées  de  transmettre  l’excitation  motrice. 

cernent  de  ce  siècle,  que  les  racines  postérieures  devaient 
être  sensitives,.,  et  les  racines  antérieures  motrices: 
Vous  savez  que  plus  tard  Magendie  trouva,  en  coupant 
séparément  les  unes  et  les  autres,  que,  sur  ce  point, 
les  vues  de  Ch.  Bell  étaient  exactes.  Voilà  pour  les 
fonctions.  Mais  Ch.  Bell  avait  été  plus  loin  et  avait  épis 
théoriquement,  sur  les  propriétés  de  ces  organes,  des 
vues  qui  ont  été  ensuite  reconnues  inexactes.  Or,  tandis 
que  personne  ne  discutait  plus  sur  le  rôle  fonctionné! 
des  racines  nerveuses,  leurs  propriétés  restaient  l'objet 
d’une  controverse  très  vive.  D’accord  avec  Çh.  Bell  sur 
le  rôle  des  racines  antérieures  et  postérieures,  Magendie; 
èn  découvrant  la  sensibilité  récurrente,  cessait  de  l’être 
sur  les  propriétés  de  l’élément  nerveux.  En  effet,  le 
physiologiste  aoglais  pensait  que  les  racines  postérieures” 
sensitives,  étaient  sénsibles,  tandis  que  les  racines 
antérieures,  motrices,  étaient  insensibles;  vue  théorique 
que  vous  savez  déjà  être  inexacte  :  les  deux  racines  sont 
sensibles;  seulement  leur  sensibilité  vient  d’une  même 
source.  En  1822,  Magendie,  voulant  soumettre  a  Vex- 
périmentation  les  vues  de  Ch.  Bell,  trquva  quelquefois 
lès  racinès  antérieures  sensibles,  quelquefois  à  peiné 
sénsibles,  quelquefois  complètement  insensibles  ;  quant 
aux  racines  postérieures,  elles  étaient  toujours  sensibles.’ 

Ces  expériences,  ayant  été  répétées  en  1839,  donné- 


r-ent  des  résultats  assez  constamment  positifs  pour  que 
Magendie  pût  conclure  que  les  racines  antérieures  étaient 
sensibles:  Depuis  1892  il  avait  fait  d’ailleurs  des  expé¬ 
riences  sur  les  nerfs  de  la  face,  et  vu  non-seulement  que 
le  facial  était  sensible,  mais  encore  qu’il  tenait  sa  sensi¬ 
bilité  de  la  cinquième  paire.  Buis,  trouvant  plus  tard 
que  la  racine  antérieure  était  sensible,  il  put  encore  re¬ 
connaître  qu’elle  tenait  sa  sensibilité  de  la  racine  postée 
rieure,  et  que  cette  sensibilité  lui  arrivait  non  par  la 
moelle,  mais  par  la  périphérie.  Bien  qu’une  série  d’ex¬ 
périences  eût  établi  parfaitement  la  réalité  des  faits  qu’il 
annonçait,  les  résultats  négatifs  antérieurement  observés 
existaient  toujours.  Plus  tard  ils  se  reproduisirent,  même 
avec  persistance  :  il  y  avait  là  une  singularité  qu’on  ne 
s’expliquait  pas. 

C’est  ici  même  qu’expérimentaitMagendie.M.  Longet, 
qui  suivait  alors  le  cours  du  Collège  de  France,  fréquen¬ 
tait  le  laboratoire  et  assistait  aux  expériences,  il  crut 
pouvoir  réclamer  l’idée  de  la  découverte,  dans  des  lettres 
adressées  à  la  Gazette  des  hôpitaux  du  temps. 

Quelque  temps  après,  M.  Longet,  après  avoir  voulu 
répéter  les  expériences  de  Magendie,  ne  réclamait  plus 
rien  ;  il  publiait,  au  contraire,  un  travail  dans  lequel  il 
établissait  que  la  sensibilité  récurrente  n’existait  pas.  Les 
résultats  contradictoires  qu’avait  obtenus  Magendie  en 
1822, 1829  et  1839  lui  furent  alors  reprochés  très  amè¬ 
rement  et  très  injustement.  Le  fait  est  que  Magendie  avait 
dit  toujours  pe  qu’il  avait  vu,  sans  se  préoccuper  des 
variétés  que  pouvait  offrir  le  phénomène,  et  que  l’aveu 
même  des  résultats  différents  de  l’expérience  témoignait 


SENSÏBUJTÉ  RÉCURRENTE. 


d’une  entière  bonne  foi  et  d’un  grand  amour  de  la  vé¬ 
rité.  Cependant,  chose  bizarre  et  bien  faite  pour  dérouter 
l’expérimentateur,  dans  des  expériences  postérieures 
à  1839  Magendie  et  d’autres  ne  purent  plus  rencontrer 
la  sensibilité  récurrente,  et  l’on  crut  même  que  sa  non- 
existence  devait  être  définitivement  admise. 

Pourtant  un  phénomène  que  l’on  g  observé  même  une 
seule  fois  existe.  Que  des  résultats  contraires  viennent 
ensuite  à  se  produire,  ils  ne  détruisent  en  rien  les  pre¬ 
miers,  et  en  présence  de  l’incertitude  qu’ils  peuvent  jeter 
sur  des  conclusions  trop  affirmatives,  le  moyen  d’arriver 
à  la  vérité  n’est  pas  de  nier  les  résultats  positifs  au  nom 
des  résultats  négatifs,  ou  réciproquement,  mais  bien  de 
chercher  la  raison  de  leur  divergence. 

A  cette  époque  (1839)  je  suivais  le  cours  de  Magendie, 
et  je  fréquentais  aussi  le  laboratoire.  J’avais  été  témoin 
des  faits  qu’il  avait  signalés,  je  les  avais  vus  de  près,  je  les 
avais  touchés,  et  bien  que  dans  ses  nouvelles  expériences 
Magendie  ne  retrouvât  plus  la  sensibilité  des  racines 
antérieures,  je  ne  pouvais  pas  pour  cela  admettre  que 
ce  que  j’avais  vu  n’existât  pas. 

Cependant,  plus  tard,  je  répétai  moi-même  à  diverses 
reprises  les  expériences  sur  la  sensibilité  récurrente  dans 
des  cours  de  physiologie  que  je  faisais,  et  pendant  plu¬ 
sieurs  années  je  ne  la  trouvais  pas. 

Je  m’arrêtai  dès  lors  à  l’idée  d’une  propriété  fugitive^ 
dont  les  conditions  d’existence  étaient  à  fixer.  Mais  ce 
ne  fut  que  quatre  ans  après,  alors  que.la  question  pou¬ 
vait  sembler  jugée,  et  que  les  racines  antérieures  étaient 
généralement  regardées  comme  -insensibles,  que  mon 


HISTORIQUE.  37 

attention  se  porta  sur  les  conditions  différentes  dans  les¬ 
quelles  les  expériences  avaient  été  faites. 

Je  me  rappelai  qu’en  Î839,  quand  je  suivais  le  cours 
de  Magendie,  on  préparait  l’expérience  dans  la  ma¬ 
tinée,  et  que  ce  n’était  que  dans  l’amphithéâtre,  après 
avoir  laissé  reposer  l’animal,  qu’on  interrogeait  la  Sensi¬ 
bilité  des  racines  antérieures,  sensibilité  qui  se  montrait 
toujours  très  évidente.  Dans  les  expériences  faites  depuis, 
on  pinçait  au  contraire  les  racines  antérieures  séance  te¬ 
nante,  immédiatement  après  les  avoir  mises  à  nu,  et  on  les 
trouvait  insensibles.  J’avais  pensé  même  que  la  promp¬ 
titude  était  dans  ce  cas  une  condition  dé  réussite.  D’après 
mes  dernières  réflexions  sur  la  situation  des  animaux  chez 
lesquels  j’avais  vu  la  sensibilité  récurrente  exister,  la 
condition  contraire  paraissait  être  la  raison  de  faits  ob¬ 
servés,  car  dans  ce  cas  l’animal  avait  pu  jouir,  après 
l’expérience,  de  quelques  heures  de  repos  ,  qui  en  faisant 
disparaître  la  fatigue  de  l’opération ,  avaient  dû  sensi¬ 
blement  rapprocher  le  phénomène  des  conditions  de  sa 
production  normale. 

'  Une  autre  considération  Venait  à  l’appui  de  cette  ma¬ 
nière  de  voir  :  le  facial  est  sensible  ;  lorsqu’on  le  coupe, 
le  bout  périphérique  accuse  une  sensibilité  récurrente 
qui  ne  manque  jamais.  Pourquoi  ? — Parce  qu’il  est  facile 
de  couper  le  facial  sans  fatiguer  l’animal  ;  qu’une  simple 
incision  permet  d’arriver  sur  ce  nerf,  opération  qu’on 
ne  saurait  comparer  à  l’ouverture  du  canal  vertébral. 
Mon  attention  s’étant  portée  sur  ce  point,'  je  reconnus 
que,  chez  un  animal  auquel  on  vient  d’ouvrir  le  canal 
vertébral,  le  bout  périphérique  du  facial  coupé  est  in- 


US  RÉCURRENTE. 


sensible.  Si  donc,  opérant  sur  les  nerfs  rachidiens,  ôn 
ne  trouvait  pas  lès  racines  antérieures  sensibles,  cela 
tenait  à  Ce  que  la  douleur  et  !a  fatigué  de  l’opération 
des  avaient  amenés  à  un  état  d’épuisement  qui  diminué 
considérablement  la  sensibilité. 

.  En  effet,  quand  on  commencé  l’opération,  on  entend 
d’abord  l’animal  crier  lorsqu’on  coupe  la  peau,  qu’on 
divise  les  muscles;  plus  tard,  quand  le  canal  vertébral  â 
.été  ouvert,  on  pince  la  peau,  oh  la  recoud,  sans  faire 
crier  l’animal.  Faut-il  en  conclure  que  la  peau  est 
.insensible?  La  sensibilité  disparaît  momentanément  chez 
un  animal  soumis  à  une  cause  intense  et  brusque  d’épui¬ 
sement  ;  certaines  parties  perdent  leur  sensibilité  avant 
les  autres  :  c’est  là  toute  l’explication. 

A  un  moment  donné,  suffisamment  rapproché  de 
J’opérafion,  la  sensibilité  récurrente  peut  donc  manquer 
complètement,  alors  qu’une  heure  après  elle  existe  très 
appréciable.  C’est  donc  une  propriété  mobile,  sujette  à 
de  telles  oscillations  qu’on  ne  peut  apprécier  les  con- 
'  ditions  du  phénomène,  à  Ijétat  normal,  qu’en  s’en  rap¬ 
prochant  le  plus  possible.  De  tous  les  systèmes  organi¬ 
ques,  le  système  nerveux  est  celui  qui  souffre  le  plus  de 
l’épuisement  que  cause  la  fatigue.  Le  chloroforme  agit 
dans  le  même  sens,  et  je  vous  ai  déjà  dit  que, sous 
son  influence,  la  sensibilité  récurrente  disparaissait  pour 
renaître ,  dès  que  les  effets  de  l’anesthésie  se  dissipent; 
Cette  influence  de  l’épuisement  est  aujourd’hui  bien 
établie,  et  nous  pouvons  prévoir  assez  exactement  si, 
dans  un  cas  donné,  on  doit  trouver  ou  ne  pas  trouver, 
les  signes  de  la  sensibilité  des  racines  antérieures.  , 


plus  facile,  les  résultats:  en 

.sont  d’autant  plus  nets,  qu’on 

a  affaire  à  un  animal  plus  : 

rigoureux,  mieux  nourri;  t’est 

surtout  sur  des  chieDS  qui 

3  nous  avons  fait  nos  constatât 

lions;  ils  se  prêtent  mieu: 

s  à  l’opération.  Les  chats  peu- 

vent  être  employés,  quo 

iqu’il  soit  déjà  plus  difficile 

chez  eux  d’isoler  les  raei 

nés.  Pas  une  seule  fois  je  n’ai 

réussi  chez  les  lapins  ;'c 

es  animaux  meurent  presque 

toujours  pendant  l’opérat 

ion  ;  il  en  est  de  même  des 

chevaux,  qui,, s  ils  ne  me 

surent  pas,  sont  toujours  trop 

épuisés  pour  conserver  la 

sensibilité  de  la  racine  anté- 

.  Nous  allons  maihtenaai 

t  vous  exposer  les  expériences 

par  lesquelles  nous  avons 

été  obligé  de  passer  pour  au¬ 

river  à  déterminer. les.  con 

ditions  d’existence  de  la  sensi- 

Siiité  récurrente.  Nous  ne 

vous  raconterons  pas  toutes  les 

expériences  que  nous  ave 

ins  faites,  nous  signalerons  les 

principales.  Malgré  cela,  b 

i  narration  sera  encore  longue. 

liais  nous  désirons,  vous  fi 

l’évolution  expérimentale 

de  la  question,  et  vous  mon- 

trer  l’immense  variété  a 

vec  laquelle  peut  s’offrir  un 

phénomène  physiologique 

Voici  une  première  série,  dans  laquelle  la  sensibilité 

récurrente  a  manqué,  parce  que  nous  la  cherchions  im¬ 

médiatement  après  l’opération,  sans  tenir  compte  de 

l’ébranlement  qu’a  éprou’ 

Les  expériences  de  Magendie  sur  la  sensibilité  ré- 

currente  furent  produite 

s  en  1839 ,  et  les  expériences 

contradictoires  de  M.  Loi 

îget  furent  faites  .en.,1840  et 

publiées  en  ts'/ii .  t’est  à 

cette  époque,  que  nous  entre- 

tôt  qu’elles  étaient  mises  à  découvert,  pensant  à  tort, 
ainsi  que  nous  l’avons  appris  plus  tard,  les  prendre  ainsi 
dans  les  conditions  les  plus  rapprochées  de  l’état  phy¬ 
siologique. 

Bxp.  (16  avril  18il.)  —  Chien  d’une  forte  taille, 
âgé  de  dix  à  douze  mois,  bien  portant.  La  région  lom¬ 
baire  de  la  moelle  épinière  est  largement  mise  à  nu; 
l’animal  a  perdu  beaucoup  de  sang.  Il  a  conservé  ce¬ 
pendant  la  mobilité  et  la  sensibilité  dans  les  membres 
postérieurs. 

On  isolé  alternativement  sur  quatre  paires  la  racine 
antérieure,  et  on  la  pince  sans  développer  la  moindre 
trace  de  douleur.  Lerésultat  est  constant  pour  les  quatre 
racines.  Les  racines  postérieures  correspondantes  sont 
douées  d’une  vive  sensibilité  qui  persiste  dans  le  bout 
central,  lorsque  la  racine  est  coupée. 

Exp.  (19  avril  18M.)  — Chien  de  forte  taille,  huit 
mois.  La  moelle  épinière  est  mise  à  nu  des  deux  Côtés 
dans  la  région  lombaire.  L’expérience  a  été  faite  rapi¬ 
dement.  Six  racines  antérieures  ont  été  mises  à  décou¬ 
vert  et  isolées,  trois  de  Chaque  côté. 

On  pince  successivement  chacune  de  ces  racines  anté¬ 
rieures:  sur  l’une  d’elles,  lé  pincement  ne  détermine 
aucune  douleur.  Seulement,  au  moment  où  l’on  pince 
la  racine  antérieure,  On  observe  un  léger  frémissement 
musculaire  dans  le  membre. 


feste.  Mais  il  y  a  eu  a  ce  moment  une  contraction  brus¬ 
que  dans  les  muscles  du  membre,  comme  si  elle  avait 
été  produite  par  l’excitation  électrique.  Les  deux  bouts, 
après  leur  section,  sont  successivement  pincés  et  trouvés 
complètement  insensibles. 

La  racine  postérieure  correspondante  est  très  sen- 

Sur  une  troisième  paire  rachidienne  ,  le  pincement 
de  là  rirnine  postérieure  manifesta  une  sensibilité  très 

cune.  On  fit  la  section  dé  cette  racine  :  il  y  eut  à  ce  mo¬ 
ment  une  contraction  brusque  dans  les  muscles.  Les 
deux  bouts  résultant  de  la  section  étaient  complètement 
insensibles. 

Sur  une  quatrième  paire  rachidienne,  la  racine  pos¬ 
térieure,  qui  était  comme  composée  de  deux  fais¬ 
ceaux,  était  très  sensible,  tandis  que  la  racine  antérieure 
était  complètement  insensible;  son  pincement  produisit 
seulement  un  léger  frémissement  dans  les  muscles  du 
membre. 

Sur  une  cinquième  paire,  on  fît  la  section  de  la  ra- 


pineement  des  deux  bouts  dè  la  racine  antérieure  ne 
manifesta  aucune  douleur.  Le  pincement  de  la  racine 
postérieure  provoqua  seulement  une  douleur  obtuse, 
ce  qui  tenait,  sans  doute,  au  long  temps  depuis  lequel  la 
moelle  épinière  était  mise  à  nu:  il  y  avait,  en  effet,  près 


42  SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE. 

d’une  heure  que  l’opération  était  commencées  L’animal 
était  pourtant  encore  vivace. 

Sur  une  sixième  paire  rachidienne,  la  racine  ahté- 
rieure  fut  trouvée  complètement  insensible,  etlaracinè 
postérieure  était  d’une  sensibilité  obtuse.  Avec  une  air 
guille  à  cataracte,  on  piqua  alors  les  faisceaux  antérieiiïs 
de  la  moelle,  qui  étaient  complètement  insensibles,  tandis 
que  la  sensibilité  des  faisceaux  postérieurs  persistaient 
encore,  mais  considérablement  émoussée. 

De  1841  à  1844,  nous  avons  répété  souvent  des  ex¬ 
périences  analogues  et  toujours  sans  trouver  la  sensibilité 
récurrente,  que  nous  cherchions  dans  les  mêmes  condi¬ 
tions  que  précédemment,  G’est  en  1844  qUe  l'idée  nous 
vint  que  les  conditions  dans  lesquelles  nous  nous  pla¬ 
cions  devaient  être  différentes  de  celles  dans  lesquelles 
Magendie  avait  observé  la  sensibilité  récurrente ,  et  que 
probablement  il  fallait  laisser  reposer  les  animaux,  au 
lieu  d'expérimenter  fout  de  suite  sur  leurs  racines  rachi¬ 
diennes.  D’après  ces  nouvelles  vues,  nous  entreprîmes 
d’autres  tentatives  qui  ne  réussirent  cependant  pas  humé, 
diatement ,  comme  on  peut  le  voir  par  les  deux  expé-r 

Exp.  (30  septembre  1844.)  —  Sur  un  chien  adultes 
assez  vigoureux,  à  jeun ,  la  portion  lombaire  du  canal 
vertébral  fut  largement  ouverte,  L’opération  ne  dura 
guère  qu’une  demi-heure,  mais  l’animal  perdit  une  assez 
grande  quantité  de  sang.  Toutefois  les  mouvements  du 
train  postérieur  étaient  assez  libres,  et,  aussitôt  qu’on 
délia  l’animal,  il  put.se  sauver. 

.  Une  heure  et  demie  après  l’opération,  l’animal  était 


dans  le  même  état;  mais  le  train  postérieur  paraissait 
peu  sensible,  et  il  fallait  que  les  pincements  fussent  ex¬ 
cessivement  énergiques  peur  provoquer  des  cris  de 
dôuleür.  On  examina  alors  l’état  des  racines  rachi¬ 
diennes,  On  pinça  légèrement  les  racines  postérieures 
qu’on  trouva  douées  d’une  vive  sensibilité;  Toutefois, 
quand  on  né  faisait  que  lés  toucher,  il  n’en  résultait  pas 
de  douleur,  comme  Cela  a  lieu  chez  beaucoup  d’ani¬ 
maux.  On  pinça  alors  une  racine  antérieure,  ayant  eu 
soin  de  laisser  la  racine  postérieure  correspondante  in¬ 
tacte.  On  la  trouva  complètement  insensible,  Il  faut 
ajouter  qu’avant  dé  pincer  cettè  racine  du  côté  droit, 
on  avait  coupé  préalablement  deux  ou  trois  des  racines 
lombaires  postérieures  du  côté  gauche.  L’animal  parais¬ 
sait  un  peu  affaibli  ,  et  il  n’y  avait  pas  de  réaction  dans 

LP.  (34  septembre  1844.)  —  Sur  un  chien  adulte, 
de  taille  moyenne,  très  vigoureux,  la  moelle  épinière 
lombaire  fut  mise  à  découvert-.  Aussitôt  après  l'expé¬ 
rience,  le  train  postérieur  de  l’animal  était  un  peu  en¬ 
gourdi,  et  il  fléchissait  sur  ses  membres-,  spécialement 
sur  le  membre  droit.  Cependant  les  deux  paires  étaient 
restées  sensibles,  Peu  à  peu  l’engourdissement  disparut  ; 
l’animal  se  soutenait  bien  sur  ses  membres  et  se  sauvait, 
quoique  la  patte  droite  postérieure  restât  toujours  évi¬ 
demment  plus  faible  que  la  gauche.  Quand  l’animal 
s’arrêtait  ensuite,  il.  ne  touchait  pas  le  sol  avec  cette 
patte  postérieure  droite ,  qu’il  tenait  fléchie  et  relevée. 

La  plaie  du  dos  fut  recousue  et  on  laissa  l’animal 
jusqu’au  lendemain.  Alors  (25  septembre)  l’animal 


RÉCURRE  TE 


était  couché  triste  et  morne;  il  n’avait  pas  mangé. 
Quand  il  marchait,  son  train  postérieur  était  roide  et 
les  mouvements  moins  faciles  que  la  veille.  La  faiblesse 
persistait  toujours  plus  grande  dans  la  patte  droite.  On 
décousit  la  plaie,  on  la  nettoya  et  on  examina  l’état  des 
racines:  On  constata  alors,  du  côté  droit,  que  la  racine 
postérieure  de  la  troisième  paire  lombaire  s’était  trouvée 
coupée  dans  l’opération,  très  près  de  son  ganglion;  la 
racine  antérieure  correspondante  était  intacte.  On 
broya  cétte  racine  antérieure,  ce  qui  ne  donna  aucune 
trace  de  sensibilité,  tandis  que  le  bout  de  la  racine 
postérieure  attenant  à  la  moelle  était  très  sensible/  c. 

En  soulevant  un  peu  la  moelle  épinière  par  un.pince- 
ment  de  la  dure-mère,  on  dégagea  du  côté  gauche  une 
racine  antérieure,  et  on  la  pinça  sans  obtenir  aucune 
trace  de  sensibilité,  tandis  que.la  racine  postérieure  corr 
respondante  ainsi  que  les  autres  étaient  très  sensibles. 

Alors  l’animal  fut  empoisonné  avec  l’extrait  alcoo¬ 
lique  de  noix  vomique,  introduit  avec  une  flèche  dans 
l’aisselle  du  côté  droit.  Au  bout  de  dix  minutes  les  con¬ 
vulsions  tétaniques  se  manifestèrent,  et  voici  ce  qu’on  ; 
observa  du  côté  de  la  moelle  et  des  racines  rachidiennes. 

Lorsque  les  convulsions  commencèrent  et  un  peu 
avant  leur  explosion,  la  sensibilité  de  la  moelle  et  des 
racines  postérieures  était  évidemment  exagérée,  et  le  plus 
léger  attouchement,  qui  avant  n’aurait  déterminé  qu’une 
très  légère  réaction,  déterminait  actuellement  des  cris 
et  des  mouvements  violents.  A  cause  de  cette  sensibilité 
excessive  des  parties,  il  fut  impossible  d’isoler  convena- 


bleraentles  racines  antérieures  pour  voir  si  elles  avaient 
acquis  de  la  sensibilité.  Au  moment  où  les  convulsions  et 
où  la  roideur  tétanique  existaient,  la  moelle  épinière,  les 
racines  postérieures,  touchées  ou  pincées,  paraissaient 
complètement  insensibles.  Peut-être  cela  tient-il  à  ce 
que  les  membres  convulsés  ne  pouvaient  plus  réagir  pour 
manifester  aucun  signe  de  douleur. 

De  1844  à  1846  nous  ne  pûmes  pas.  revenir  sur  ces 
expériences.  Ce .  n’est  qu’au  commencement  de  1846 
que  nous  recommençâmes  une  série  de  recherches  nou¬ 
velles  qui,  après  une  suite  de  tâtonnements  et  d’essais, 
nous  amenèrent  à  connaître  les  conditions  de  l’expé¬ 
rience,  et  nous  permirent  d’établir  alors  les  procédés 
d’apiès  lesquels  il  faut  se  diriger  pour  mettre  les  ani¬ 
maux  dans  les  conditions  telles  que  les  circonstances  de 
l’opération  elle-même  ne  nuisent  pas  au  développement 
physiologique  des  phénomènes  nerveux  que:  l’on  veut 

Comme  il  s’agit  ici  d’une  des  questions  les  plus  déli¬ 
cates  du  système  nerveux,  je  désire  que  cet  enseigne¬ 
ment  vous  soit  donné  comtné  nous  l’avons  acquis  nous 
même,  c’est-à-dire  par  l’observation  directe  des  faits  ;  et 
c’est  pour  cela  que  je  vais  vous  rapporter,  bien  qu’elle 
soit  un  peu  longue,  la  série  des  expériences  que  nous 
avons  faites  pour  arriver  à  la  détermination  des  con¬ 
ditions  d’existence  de  cette  propriété  nerveuse,  qui  pré¬ 
sente  cette  particularité  singulière  d’avoir  été  entière¬ 
ment  perdue,  après  avoir  été  trouvée  et  bien  constatée. 

Nous  suivrons,  dans  ce  récit,  l’ordre  chronologique, 


RÉCURREYTE. 


sultats  obtenus,  et  en  cherchant  leurs  rapports  avec  les 
conditions  dans  lesquelles  nous  nous  trouvions,  que  nous 
avons  pu  en  déduire  les  conclusions  définitives,  j  s 
Exp.  (40  janvier  1846.)  ^  Sur  un  jeune  chien  de 
deux  mois  environ,  très  vif,  en  pleine  digestion,  on  ou¬ 
vrit  le  canal  vertébral  dans  la  région  lomhaire.  L’opéra¬ 
tion  dura  environ  vingt  minutes,  mais  l’animal  perdit 
beaucoup  de  sang. 

■  Dn  instant  après  l’opération,  on  pinça  successivement 
les  racines  antérieures,  qui  se  montrèrent  bien  sensibles, 
Toutefois  cette  sensibilité  était  plus  vive  dans  les  pre, 
mières  racines  pincées ,  et  l’animal,  perdant  toujours  du 
sang,  allait  s’aflàiblissant  :  la  sensibilité  était  devenue 
très  obtuse,  et  même  douteuse,  vers  la  fin  de  l’opération. 
Peu  de  temps  après,  l’animal  finit  par  mourir  d’épui¬ 
sement,  ou  plutôt  par  hémorrhagie. 

:  Exp.  (23.  janvier  4846.) Sur  un  chien  adulte  » 
jeun ,  on  ouvrit  le  canal  vertébral  dans  la  région  lom¬ 
baire;  l’opération  fut  assez  longue  ;  l’animal  en  parut 
affaibli .  Aussitôt-  après  l'opération,  on  pinça  la  racine 
antérieure,  et  l’animal  sembla  éprouver  une  sensation, 
mais  assez  confuse,  Les  racines  postérieures  étaient,  au 
contraire,  douées  d’une  vive  sensibilité, 

Exp.  (26  janvier  1846.)  —  Sur  ira  chien  adulte  ep 
digestion,  on  découvrit  la  moelle  épinière.  L’expérience, 
tort  laborieuse,  dura  une  heure; l’animal,  qui  en  était 
très  fatigué,  resta  couché  sur  le  flanc.  On  le  laissa  reposer, 
après  ayoir  fermé  la  plaie  ;  il  revint  peu  à  peu,  et  ce 
n’est  que  deux  heures  après  que  Top  examina  l’état  des 
racines,. 


gué,  quoiqu’il  n’eût  pas  perdu  une  grande  quantité  de 
sang.  Les  racines  antérieures,  examinées  aussitôt  après, 
ne  jouissaient  d'aucune  sensibilité,  tandis  que  les  racines 
postérieures  offraient  les  signes  d’une  sensibilité  très 
évidente,  mais  cependant  moins  vive  qu’à  l’ordinaire. 

L’épuisement  de  l’animal  augmenta  encore,  et  la  sen¬ 
sibilité.  devint  de  plus  en  plus  obtuse  dans  les  racines 
postérieures.  Quand  on  les  pinçait,  l’animal  ne  poussait 
plus  de  cris  et  ne  se  livrait  pas  aux  mouvements  généraux 
par  lesquels  se  manifeste  la  douleur. 

D’après  les  expériences  ci-dessus  rapportées,  nous 
pouvons  déjà  remarquer  que ,  chez  les  derniers  chiens 
affaiblis  soit  par  des  expériences  antérieures,  soit  par  la 
longueur  de  l’opération,  soit  par  l’abstinence  qui  leur 
permet  moins  de  résister  à  l’opération ,  la  sensibilité 
récurrente  émoussée  ne  se  voyait  que  tardivement  ou 
pas  du  tout;  tandis  que  nous  l’avons  rencontrée  presque 
de  suite  chez  un  chien  jeune,  vif ,  en  digestion,  et  qui 
avait  mieux  résisté  à  l’affaiblissement  qui  suit  l’opération. 

.Mais  nous  devions  nous  demander  si,  chez  les  ani- 


SENSIBILITÉ  EÉCDRBENTE. 


maux  où  nous  n’avons  pas  constaté  la  sensibilité,  elle  . 
n’avait  pas  disparu  simplement  par  le  fait  de  l’épuise¬ 
ment  provoqué  par  l’ouverture  du  canal  vertébral. 

11  était  difficile  de  juger  la  question  directement,  parce 
qu’il  aurait  fallu  pour  cela  pouvoir  examiner  la  sensi¬ 
bilité  récurrente  d’une  même  racine,  avant  d’avoir  ou¬ 
vert  le  canal  vertébral  et  après  son  ouverture. 

Cependant  on  pouvait  arriver  à  juger  la  question 
indirectement  et  savoir  si  l’ouverture  du  canal  vertébral 
pouvait  par  elle-même  rendre  le  nerf  moteur- insensible: 
et  cela  en  prenant  un  autre  nerf,  le  nerf  facial,  par  exem¬ 
ple,  dont  on  examinerait  la  sensibilité  récurrente  avant 
l’ouverture  du  canal  vertébral  et  après  l’opération.  C’est 
pour  cette  raison  que,  dans  les  expériences  qui  suivent, 
nous  avons  quelquefois  examiné  la  sensibilité  du  facial 
concurremment  avec  celle  des  racines  rachidiennes. 

•  Exp.  (12  février  1846.)  —  Sur  un  jeune  chien  de 
deux  mois,  eu  digestion,  très  vif,  on  fit  l’ouverture  du 
canal  vertébral,  en  l’ouvrant  aussi  peu  largement  que 
possible  et  en  enlevant  seulement  deux  arcs  de  vertèbres: 
Aussitôt  après  on  pinça  une  racine  antérieure,  en  ayant 
eu  soin  de  laisser  intacte  la  racine  postérieure  corres¬ 
pondante.  Le  pincement  de  la  racine  antérieure  mani¬ 
festa  très  évidemment  de  la  douleur,  que  l’on  put  con¬ 
stater  fort  nettement  à  deux  reprises  différentes.  , 

Sur  ce  même  animal,  on  découvrit  ensuite  le  nerf 
facial,  et  on  pinça  sur  la  face  les  trois  branches  de  ce  nerf, 
qui  toutes  furent  trouvées  sensibles.  Ensuite  on  les 
divisa  et  on  pinçasuccessivement  les  bouts  périphériques. 
Deux  bouts,  l’inférieur  et  le  moyen,  paraissaient  plus 


HISTORIQUE  EXPÉRIMENTAL .  49 

sensibles  que  le  supérieur,  qui  ne  l’était  que  d’une  manière 
douteuse. 

Exp.  (30  mai  1846.)  —  Sur  deux  jeunes  chiens  bar¬ 
bets,  vifs,  et  très  bien  portants,  en  pleine  digestion, - 
âgés  de  deux  à  trois  mois,  on  fit  les  deux  expériences 
suivantes  : 

1°  Sur  l’un  d’eux,  le  canal  vertébral  fut  ouvert  dans 
une  petite  étendue  dans  la  région  lombaire.  L’opération 
rapidement  faite  dura  tout  au  plus  dix  minutes  ;  mais 
l’animal  perdit' une  assez  grande  quantité  de  sang,  ce  qui 
l’affaiblit  très  vite  comme  cela  se  voit  chez  les  jeunes 
animaux.  On  avait  épongé  la  plaie  avec  de  l’eau  tiède 
pour  ne  pas  refroidir  la  moelle.  Aussitôt  après  l’expé¬ 
rience,  une  racine  antérieure  fut  pincée,  et  au  moment 
du  pincement  l’animal,  qui  était  calme,  poussa  un 
gémissement,  qui  dénota  la  douleur  qu’il  éprouvait. 
On  pinça  ensuite  la  même  racine  plus  près  de  la  moelle 
épinière,  et  l’animal  n’éprouva  pas  la  moindre  douleur. 
Puis  on  la  pinça  du  côté  de  la  périphérie,  au-dessous 
du  premier  point  contondu,  et,  cette  fois,  on  provoqua 
le  même  gémissement,  c’est-à-dire  la  même  douleur. 
De  sorte  qu’on  put  constater  :  1°  que  la  racine  anté¬ 
rieure  était  sensible  ;  2*  qu’ après  le  premier  pincement 
le  bout  périphérique  était  sensible,  tandis  que  le  bout 
central  était  insensible.  Toutefois,  sur  la  fin  de  l’expé¬ 
rience,  l’animal,  qui  perdait  toujours  du  sang,  était  tel¬ 
lement  épuisé,  que  d’autres  racines  antérieures  exami¬ 
nées  ne  manifestaient  aucune  trace  de  sensibilité.  A  ce 
moment,  on  mit  à  découvert  le  nerf  facial.  L’animal 

ne  manifesta  aucune  douleur  quand  on  lui  coupa  la 


50  SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE, 

peau  ;  de  même  que  quand  on  divisa  les  trois  branches 
du  nerf.  En  pinçant  ensuite  les  trois  bouts  périphériques 
du  nerf,  on  ne  vit  pas  la  moindre  manifestation  dou- 

2"  Sur  l’autre,  chien ,  également  en  digestion,  et  dans 
les  mêmes  conditions ,  mais  un  peu  plus  vif.  ôn  ouvrit 
la  moelle  épinière  dans  la  région  lombaire  en  se  Ser¬ 
vant  d’eau  tiède  pour  éponger  la  plaie.  Aussitôt  après 
l’ouverture  du  canal,  On  pinça  une  racine  antérieure,  la 
postérieure  étant  restée  intacte.  Au  moment  du  pince-  ',; 
ment,  l’animal  éprouva  une  douleur  vive,  qu’il  manifesta 
très  évidemment. 

On  pinça  de  suite  la  racine  au-dessus  du  point  pressé 
d’abord  :  il  n’y  eut  aucune  douleur  perçue.  Puis,  oii  la 
pinça  au-dessous,  plus  près  de  la  périphérie,  et  alors 
une  douleur  très  évidente  se  manifesta. 

Dans  toutes  les  épreuves,  la  racine  antérieure  était 
très  bien  séparée  et  nullement  tiraillée. 

On  répéta  l’expérience  sur  deux  autres  racines  ant& 
Heures  sur  lesquelles  on  trouva  une  sensibilité  très  mar- 
quée  persistant  uniquement  dans  le  bout  périphérique-; 
au-dessous  du  point  où  elles  avaient  été  pincées  d’abord! 

A  Ce  moment,  on  découvrit’  la  moelle  épinière  dans 
une  plus  grande  étendue,  en  remontant  et  ouvrant  plus 
largement  le  canal  vertébral,  ce  qui  épuisa  encore  l’ani¬ 
mal.  J’examinai  alors  les  racines  antérieures  sur  les 
parties  récemment  mises  à  découvert,  et  le  pincement 
n’y  détermina  aucune  manifestation  douloureuse.  3 

Il  faut  remarquer  qu’avànt  l’ouverture  du  canal  ver¬ 
tébral;  on  avait  mis  à  découvert  sur  ce  chien  les  trois 


HISTORIQUE  EXPÉRIMENTAL.  51 

Branches  du  nerf  facial.  L’animal  avait  manifesté  une 
vive  douleur  à  l’incision  de  là  peau.  Les  trois  branches 
du  nerf  étaient  sensibles  Iorsqu’ellesétaient  intactes,  et, 
après  leur  division,  lé  pincement  des  trois  boutspériphé- 
riquéS,  produisait  une  douleur  très  évidente. 

Après  l’Ouverture  du  canal  vertébral,  on  vérifia  dg 
nouveau  la  sensibilité  des  bouts  périphériques  du  facial, 
qui  existait  toujours,  quoique  moins  prononcée.  Après 
qü’On  eut  Ouvert  le  canal  vertébral  plus  largement,  et  . 
lorsque  l’animal  était  très  épuisé,  on  vérifia  de  nouveau 
la  sensibilité  des  trois  bouts  périphériques  du  nerf  facial,’ 
et  on  trouva  qüe  leur  sensibilité  avait  complètement 
disparue.  De  sorte  que ,  dans  cette  expérience,  il  y  a  eu 
un  rapport  évident  entre  la  disparition  de  la  sensibilité 
dans  les  racines  antérieures,  et  dans  les  bouts  périphé¬ 
riques  du  nerf  facial. 

Exp.  (13  juin  1846.)  -  Sur  Un  chien  de  six  mois 
environ  ,  de  taille  moyenne,  bien  nourri,  ayant  bu  du 
lait  une  heure  avant.  L’ouverture  du  canal  vertébral  fut 
assez  difficile;  les  os  étaient  durs,  et  la  moelle-épinière 
fut  découverte  un  peu  au-dessus  du  renflement  lom¬ 
baire,  un  peu  plus  haut  qu’à  l'ordinaire.  Ensuite  ,  en 
voulant  séparer  la  dure-mère  dé  la  graisse  qui  f  en¬ 
toure,  l’animal  fit  un  mouvement  à  la  suite  duquel  la 
dure-mère  fut  piquée.  Une  certaine  quantité  de  liquide 
céphalo-rachidien  s'écoula  par  la  piqûre.  H  sembla 
qu’après  cet  écoulement  du  liquide  céphalo-rachidien , 
l’ânimal  fut  plus  irritable  qü'avant. 

Alors  on  isola  une  racine  antérieure,  en  laissant  la 
postérieure  intacte  et  en  la  pinçant  ;  il  y  eut  une  douleur 


52  SENSIBILITÉ  RÉCUKK1NTE. 

très  évidente  perçue  par  l’animal,  n  devint  très  diffi¬ 
cile  ensuite  de  reproduire  l’expérience  sur  la  même  ra¬ 
cine:  l’animal,  turbulent,  était  devenu  très  difficile  à 
maintenir.  Cependant  on  put  constater  que  la  racine 
antérieure,  sensible,  avait  conservé  sa  sensibilité  dans  le 
bout  périphérique,  au-dessous  du  point  primitivement 

On  fit  ensuite  des  essais  infructueux  pour  arrivera 
constater  les  propriétés  de  la  racine  antérieure  du  côté 
opposé,  parce  que  l’agitation  de  l’animal  y  mettait  ob¬ 
stacle.  Alors  on  se  décida,  pour  rendre  l’opération  plus 
facile,  à  ouvrir  plus  largement  le  canal  vertébral  en 
enlevant  les  arcs  de  deux  vertèbres  de  plus.  Aussitôt 
après  cette  nouvelle  opération,,  l’animal  faiblit  rapide¬ 
ment,  et,  au  lieu  d’être  turbulent  comme  avant,  il  de¬ 
vient  parfaitement  calme.  Alors  les  racines  antérieures 
purent  facilement  être  isolées  ;  mais,  lorsqu’on  les  pinçait, 
elles  ne  manifestaient  pas  la  moindre  trace  de  sensibilité. 
Alors  on  mit  à  nu  les  branches  du  nerf  facial,  et  on 
trouva  qu’elles  étaient  complètement ,  dépourvues  de 
sensibilité,  tes  racines  postérieures  lombaires  avaient 
toujours  conservé  leur  sensibilité. 

Messieurs,  toutes  les  expériences  que  nous  vous  avons 
fait  connaître  jusqu’à  présent  nous  amènent  graduel¬ 
lement  à  la  connaissance  des  conditions  sous  l’influence, 
desquelles  la  sensibilité  récurrente  peut  disparaître  et 
reparaître,  et  nous  voyons  combien  ces  notions  sont  diffé¬ 
rentes  de  celles  que  nous  avions  supposées  à  priori.  En 
effet,  nous  avions  pensé  qu’il  fallait  agir  aussitôt  après 
l’ouverture  du  rachis,  tandis  qu’il  faut  au  contraire 


QUATRIÈME  LEÇON. 


Par  toutes  les  expériences  qui  ont  été  exposées  jus¬ 
qu’ici,  vous  avez  pu  voir  combien  il  est  quelquefois  diffi¬ 
cile  de  saisir  lés  conditions  exactes  d’une  expérience.  Ici 
les  difficultés  de  l’expérimentation  physiologique  sont 
incomparablement  plus  grandes  que  celles  qu’on  rem 
contre  dans  la  physique  ou  dans  la  chimie,  par  exemple. 
Dans  ces  dernières  sciences,  en  effet,  à  l’aide  de  certains 
instruments,  tels  que  le  baromètre,  le  thermomètre, 
etc.,  on  peut  toujours  se  placer  dans  des  conditions  à 
peu  près  identiques,  et  reproduire  les  phénomènes  que 
l’on  veut  étudier.  Mais  quand  il  s’agit  de  la  nature  vivante, 
l’extrême  complexité  de  ses  actes,  la  grande  mobilité  dé 
ses  manifestations,  s'opposent  à  ce  qu’on  puisse  examiner 
d’une  manière  complète  toutes  les  conditions  du  phéno¬ 
mène,  afin  de  pouvoir  le  reproduire  à  volonté.  Vous  avez 
vu,  en  effet,  qu’il  ne  suffit  pas,  pour  trouver  la  sensi¬ 
bilité  récurrente,  de  prendre  un  animal  de  même  espèce, 
et  en  apparence  dans  le  même  état;  mais  une  foule  d’au¬ 
tres  conditions,  telles  que  l’affaiblissement  de  l’animal, 
les  pertes  de  sang,  le  refroidissement  de  la  moelle,  etc., 


constituent  des  circonstances  dont  il  faut  encore  tenir 
compte,  et  auxquelles  s’attache  un  caractère  d’exactitude 
tout  spécial  que  ne  peut  donner  pour  le  moment  aucun 
instrument  physique  ou  chimique;  c’est  une  pure  appré¬ 
ciation  physiologique. 

Ge  sont  là  des  notions  fondamentales,  qu’il  ne  faut 
jamais  oublier  quand  on  s’occupe  de  recherches  appli¬ 
quées  aux  êtres  vivants;  c’est  pourquoi  je  crois  utile 
d’insister  encore,  par  de  nouveaux  exemples,  sur  l’in¬ 
fluence  que  peuvent  avoir  certains  états  de  l’organisme 
sur  la  sensibilité  récurrente. 

Constatons  encore,  par  plusieurs  exemples,  que  l’on 
trouve  toujours  la  sensibilité  récurrente  quand  on  n’ouvre 
pas  largement  lé  canal  vertébral,  et  quand  l’on  attend 
quelque  temps  pour  laisser  reposer  l’animal. 

Eoçp-  (2  juin  1847.)  —  Chien  adulte,  vivace,  en  di¬ 
gestion.  On  ouvrit  la  colonne  vertébrale  du  côté  droit, 
de  façon  à  isoler  les  racines  antérieures  des  dernières 
paires  lombaires. 

Au  bout  de  quelque  temps  de  repos,  les  racines  furent 
•trouvées  très  sensibles;  mais  les  bouts  périphériques  ne 
présentaient  cependant  pas  la  turgescence  particulière 
qui  a  été  observée  dans  certains  cas. 

Exp.  —  Dans  le  courant  du  mois  de  juin,  je  fis 
l’expérience  sur  quatre  chiens  adultes,  en  découvrant 
toujours  la  moelle  du  côté  droit.  Dans  les  quatre  cas, 
je  constatai  toujours  la  sensibilité  récurrente  du  bout 
périphérique  de  la  racine  antérieure  coupée,  Seulement, 
pour  voir  cette  sensibilité  bien  développée,  il  a  fallu 
attendre  quelque  temps. 


56  SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE. 

Exp.  —  Chez  un  autre  chien,  jeune,  très  vivace, 
très  bien  nourri,  j’ai  constaté  une  sensibilité  très  vive  de 
la  racine  antérieure  avec  cette  turgescence  particuliêr| 
déjà  observée  dans  le  bout  périphérique.  J  ai  crurtdvj 
marquer  que  cette  particularité  s’observait  chez  les  chiens 
les  plus  vivaces,  et  qui  se  trouvaient  en  général  opérés 
vers  la  fin  dé  leur  digestion  ,  c’est-à-dire  sept  ou  huit 
heures  après  leur  repas.  ’ 

-“Nous  vous  avons  dit  que  les  pertes  de  sang  sont  utté. 
cause  d’insensibilité  de  la  racine  antérieure.  Voici  une 
expérience  qui  vous  en  offrira  une  preuve  directe.  " 

Exp.  — Sur  trois  chiens  adultes,  chez  lesquels  la 
sensibilité  récurrente  des  racines  antérieures  existait  très 
manifestement,  on  retira  par  la  carotide,  au  moyen 
d’une  seringue,  une  quantité  de  saDg  assez  considérable 
de  sang  pour  affaiblir  l’animal.  Sous  cette  influence,  la 
sensibilité  récurrente  des  racines  disparut  bientôt,  tandis 
que  celle  des  racines  postérieures  persistait  toujours. 

Alors,  pour  faire  réapparaître  la  sensibilité,  on  essaya 
dé  réinjecter  le  sang ,  sans  déplacer  la  seringue  ;  mais 
les  trois  chiens  moururent  sur-le-champ  de  cette  réinjec¬ 
tion.  Surpris  de  ce  résultat,  je  fis  l’autopsie  du  troisième 
chien  aussitôt  après  la  mort,  pour  en  rechercher  là 
cause,  et  je  trouvai  dans  le  tissu  du  cœur  des  ecchymoses 
nombreuses.  Alors  je  pensai  que  là  mort  avait  pu  être 
causée  par  le  refoulement  du  sang  du  côté  du  cœur,"- 
refoulement  qui  avait  déterminé  l’occlüsiôn  des  valvules 
sigmoïdes,  en  produisant  une  injection  violente  du  sang 
dans  les  artères  cardiaques,  qui  naissent  au-dessus  de 
ces  valvules. 


Ces  accidents,  du  reste,  avaient  été  produits  parce  qu 
l’injection  avait  été  faite  par  la  carotide  droite.  Par  1 
carotide  gauche,  cet  accident  ne  saurait  avoir  lieu,  parc 
que  le  sang,  arrivant  par  ce  vaisseau,  ne  va  pas  contre  1 
courant  qui  sort  du  cœur,  mais  suit  au  contraire  le 
courant  qui  va  dans  l’aorte. 

Il  peut  arriver  quelquefois  aussi  qu’en  ouvrant  le  canal 
vertébral,  on  vienne  à  contondre  une  ou  plusieurs  racines 
postérieures.  De  là  résulte  nécessairement  une  insensibi¬ 
lité  de  la  racine  antérieure,  qui  tire  sa  sensibflité  de  la 
racine  postérieure  contendue  ou  froissée.  Toutefois 
cette  simple  contusion,  qui  a  fait  disparaître  momenta¬ 
nément  la  sensibüité,  peut  plus  tard  permettre  aux  phé¬ 
nomènes  nerveux  de  se  rétablir,  ainsi  que  le  prouve 
l’expérience  suivante  : 

Exp.  (16  juillet  1817.)  — Un  chien  de  taille  moyenne 
âgé  de  huit  mois,  ayant  fait  son  avant-dernier  repas 
vingt-quatre  heures  avant  et  son  dernier  deux  heures 
avant  l’opération.  Le  canal  vertébral  ouvert  comme  à 
l’ordinaire  dans  la  région  lombaire,  les  racines  anté¬ 
rieures  furent  isolées  et  trouvées  sensibles  d’une  manière 
évidente,  aussitôt  après  l’opération.  On  attacha  les  extré¬ 
mités  des  nerfs  avec  un  fil,  on  recousit  la  plaie  et  on  laissa 
reposer  l’animal  pendant  une  heure.  Après  ce  temps, 
la  sensibilité  du  bout  périphérique  delà  racine  antérieure 
était  considérablement  exaltée,  au  point  que  son  attou¬ 
chement  produisait,  en  apparence,  autant  de  douleur 
que  l’attouchement  de  la  racine  postérieure  elle-même. 

Ce  bout  périphérique  de  la  racine  antérieure  était 
gonflé  et  turgide. 


Alors  on  coupa  une  racine  postérieure  de  la  paire 
nerveuse  située  au-dessous  de  celle  dont  la  racine  ante¬ 
rieure  avait  été  reconnue  sensible.  Puis  on  tirailla  je 
bout  central  de  cette  racine  postérieure,  de  manière  à 
faire  éprouver  une  vive  douleur  à  ranimai,  afin  de 
savoir  s’il  en  résulterait  un  affaiblissement  de  la  sensi¬ 
bilité  de  la  racine  antérieure  située  au-dessus;  mais  il 
p’en  fut  rien,  car  aussitôt  que  l’animal  fut  calmé,  on 
pinça  le  bout  périphérique  de  la  racine  antérieure 
préalablement  examinée ,  et  on  le  trouva  très  sensiljljj 
encore.  A  ce  moment,  on  aplatit,  en  la  comprimant  avec 
les  pinces,  la  racine  postérieure  correspondant  à  la 
racine  antérieure  sensible.  Par  cette  contusion,  la  sen¬ 
sibilité  se  trouva,  abolie  instantanément  dans  la  racine 
antérieure.  On  recousit  la  plaie,  et  pn  laissa  l’animal  en 
repos. 

Le  lendemain,  vingt-quatre  heures  après,  on  examina 
le  bout  périphérique  de  la  racine  antérieure ,  qui  était 
devenu  insensible  au  moment  même  du  pincement  dg 
la  racine  postérieure  correspondante,  et  on  trouva  qu'il 
était  extrêmement  sensible,  de  sorte  que  le  passage  delà 
sensibilité  s’était  rétabli  à  travers  la  partie  comprimée  de 
la  racine  postérieure. 

Enfin ,  il  se  rencontre  des  cas  dans  lesquels  les  ani¬ 
maux  ,  sans  perdre  en  apparence  plus  de  sang  que 
d’autres,  subissent  une  sorte  d’épuisement  rapide  de  la 
sensibilité.  H  y  a  même  certains  animaux  qui  semblent 
mourir  de  la  douleur  que  produit  l’opération  :  tels  sont 
parfois  les  lapins,  les  chevaux,. etc;;  ce  qui  est  remar¬ 
quable,  c’est  que  l’on  peut,  en  éthérisant  ces  animaux? 


INDIVIDUELLES. 


pratiquer  la  même  opération  à  laquelle  ils  résistent, 
alors  qu’on  a  supprimé  l’impression  douloureuse  à  la¬ 
quelle  ils  auraient  succombé  sans  cela. 

Nous  dirons  encore  qu’il  y  a  des  chiens  beaucoup 
plus  sensibles  qqe  d’autres,  suivant  certaines  espèces,  et 
cela  se  rencontre  même  chez  des  chiens  d’une  même 
portée,  comme  on  va  le  voir  par  les  expériences  qui 

Exp.  (15  mars  1847.)  —  On  eut  deux  chiens  de  la 
même  portée,  âgés  de  deux  mois  et  demi;  tous  deux 
étaient  bien  nourris. 

1°  Sur  le  plus  vivace,  des  deux,  on  ouvrit  avec  les 
précautions  que  nous  avons  appris  à  connaître  le  canal 
vertébral  dans  la  région  lombaire,  et  on  mit  la,moelle 
épinière  à  nu.  On  souleva  avec  précaution  et  on  isola 
trois  racines  antérieures,  du  même  côté  ;  puis  sans  les 
avoir  coupées,  on  pinça  chacune  d’elles,  et  on  trouva  que 
le  pincement  donnait  dans  toutes  lieu  à  des  signes  dp 
sensibilité  bien  évidents. 

Ensuite  on  coupa  les  racines ,  on  examina  les  deux 
bouts,  et  on  constata  que.  le  bout  central  était  complète¬ 
ment  insensible,  tandis  que  le  périphérique  avait  conservé 
sa  sensibilité. 

Du  côté  opposé,  on,  constata  aussi  la  même  sensibilité 
sur  plusieurs  racines  antérieures,  et  on  s’assura  que  cette 
sensibilité  du  bout  périphérique  de  la  racine  antérieure 
disparaissait  quand  on  coupait  là  racine  postérieure  cor¬ 
respondante. 

L’animal  était  très  vivace  au  début  de  l’expérience; 
mais  toutes  ces  épreuves  furent  longues  et  durèrent  plus 


SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE. 


d’une  heure  et  demie.  Pendant  tout  ce  temps  la  moelle 
épinière  de  l’animal  avait  été  nécessairement  mise  à 
nu,  aussi  la  sensibilité  s’était-elle  peu  à  peu  émous¬ 
sée:  si  bien  que  les  racines  postérieures  devinrent  de 
moins  en  moins  sensibles  et  finirent  par  ne  plus  l’être 
du  tout. 

La  moelle  épinière  était  refroidie  et  ne  manifestait 
plus  qu’une  sensibilité  obtuse  lorsqu’on  l’essuyait  avec 
l’éponge.  Néanmoins  le  chien  robuste  avait  conservé 
encore  beaucoup  de  vivacité  et  de  vigueur.  La  perte  de 
sensibilité  de  la  moelle  parut  être  le  résultat,  non  dé 
l’épuisement  de  l’animal,  mais  de  l’action  toute  locale 
du  contact  prolongé  de  l’air  et  de  l’abaissement  de 
température. 

En  effet,  vers  la  fin  de  l’expérience  qui  avait  duré 
plus  d’une  heure  et  demie,  on  découvrit  le  facial  sur 
ce  même  animal,  et  on  constata  que  les  branches  étaient 
sensibles.  Après  l’avoir  divisé,  on  constata  que  les  deux 
bouts ,  aussi  bien  le  périphérique  que  le  central,  étaient 
doués  d’une  vive  sensibilité,  ce  qui  prouva  que  la  sen¬ 
sibilité  récurrente  existait  encore  dans  ce  nerf  qui  n’avait 
pas  été  mis  à  l’air. 

2"  Sur  l’autre  chien,  on  ouvrit  également  la  portion 
lombaire  du  canal  rachidien  ;  mais  cet  animal  résista 
très  peu  à  l’expérience  :  il  faiblit  très  rapidement  et 
-tomba  dans  un  état  d’insensibilité  qui  résultait  évi¬ 
demment  de  son  épuisement. 

On  pourrait  “pousser  les  recherches  plus  loin  sür  ce 
sujet.  Toutefois  vous  pouvez  remarquer,  messieurs, 
par  ce  seul  exemple,  qu’il  peut  y  avoir  de  grandes  diffé-l. 


rences  entre  les  chiens  sous  le  rapport  de  la  résistance 
qu’ils  peuvent  offrir  aux  opérations. 

Le  dernier  chien  n’avait  pourtant  pas  paru  perdre; 
plus  de  sang  que  l’autre;  néanmoins  l’opération  l’a 
affaibli  immédiatement  et  l’a  jeté  dans  un  état  de  pro¬ 
stration  très  grande:  c’est  parce  qu’on  ne  peut  pas  tou- 

sang  perdue,  que  certains  médecins  ont  dit  que,  l’orga¬ 
nisme  peut  être  affaibli  par  des  pertes  d’influx  nerveux 
comme  par  les  pertes  de  sang.  Toutefois  on  avait  re¬ 
marqué  que  le  premier  chien ,  qui  a  bien  résisté ,  s’était 
toujours  montré  plus  méchant  et  plus,  vorace,  d’où  l’on 
pourrait  être  porté  à  conclure  qu’il  faut  ,  pour  ces  expé¬ 
riences ,  choisir  les  animaux  les  plus  vigoureux  et  les 
plus,  voraces.  Du  reste,  j’ai  remarqué  aussi  qu’il  y  a  des 
races  de  chiens  qui  résistent  mieux  les  unes  que  les 
autres  aux  expériences. 

En  général,  on  peut  dire  encore  que,  toutes  choses 
égales  d’ailleurs,  les  chiens  eh  digestion  résistent  mieux 
que  ceux  qui  sont  à  jeun quoiqu’il  m’ait  semblé 
remarquer  que  ces  derniers  perdent  en  général  beau¬ 
coup  moins  de  sang.  Enfin,  quoiqu’il  soit  difficile  de 
déterminer  rigoureusement  toutes  les  conditions  dans 
lesquelles  doit  se  trouver  l’organisme,  on  peut  dire  qu’il 
doit  être  placé  autant  que  possible  dans  des  conditions 
de  bonne  alimentation  les  plus  propres  à  favoriser  le 
développement  de  la  vigueur  de  l’animal.  _  . 

D’après  les  expériences  nombreuses  qui  ont  été  expo¬ 
sées  jusqu’ici,  on  a  vu  combien  de  conditions  variables 
pouvaient  s’introduire  dans  l’expérience  et  en  rendre  les 


62  SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE. 

résultats  difficiles  à  obtenir.  Maintenant,  nous  mettrons 
à  profit  toutes  les  remarques  que  nous  avons  pu  faire 
jusqu’ici,  et  nous  en  déduisons  déjà  pour  l'expérience 
des  règles  de  conduite  que  nous  pouvons  résumer  de  !  .■ 
manière  suivante  : 

1“  Choisir  pour  l’expérience  des  animaux  vigoureux, : 
bien  nourris  et  jeunes  autant  que  possible  ; 

2°  Lorsque  l’animal  n’a  pas  été  épuisé  ni  affaibli  par 
l’opération ,  aussitôt  après  on  trouve  la  sensibilité  récUr- 
rente-des  racines  antérieures  ; 

3”  Mais  si  l’ânimal  a  été  épuisé  pendant  l’expérience, 08 
qui  est  le  cas  le  plus  ordinaire,  il  peut  se  faire  qu’auSsitût 
après  l’expérience ,  les  racines  antérieures  soient  corn 
plétement  insensibles.  Alors;  en  recousant  la  plaie  pOiir 
mettre  la  moelle  à  couvert,  et,  attendant  que  l'animal 
reprenne  un  peu  ses  forces,  On  voit  revenir  la  sensibi¬ 
lité  récurrente.,  C’est  ce  que  prouveront  les  expériences 
types  qüe  nous  vous  exposerons  plus  tard ,  expériences 
dans  lesquelles  jamais  la  sensibilité  récurrente  ne  mau- 
quera,  soit  qu’on  l'ait  trouvée  immédiatement  après 
l’opération ,  soit  qu’on  ait  dû ,  pour  la  rencontrer,  laisser 
reposer  l’animal  ; 

h‘  Le  procédé  opératoire  régulier  consistera  désor¬ 
mais  à  n’ouvrir  qu’une  moitié  latérale  de  la  coloaêd 
Vertébrale  pour  mettre  à  nu  une  ou  deux  racines  jus¬ 
qu’au  ganglion.  De  cette  manière  la  moelle  ne  se  refroi- 

5°  H  convient  d’agir  sur  les  racines  antérieures  les 
plus  volumineuses. 

Il  m’a  semblé  que  cette  sensibilité  des  racines  anté- 


Heures  était  d’autant  plus  développée  que  les  racines 
postérieures  correspondantes  étaient  elles-mêmes  plus 
volumineuses. 

Chez  l’homme  et  chez  le  chien ,  les  racines  posté¬ 
rieures  rachidiennes  sont  généralement  plus  grosses  que 
les  racines  antérieures.  Chez  les  grenouilles,  les  racines 
antérieures  sont,  au  contraire,  plus  grosses  relativement 
que  les  racines  postérieures.  Peut-être  est-ce  à  cela  qu’il 
faut  attribuer  l’impossibilité  de  constater  chez  ces  ani¬ 
maux  les  phénomènes  de  la  sensibilité  récurrente,  si  ce 
n’est  par  un  moyen  indirect ,  comme  nous  le  verrons 
plus  loin.  A  cette  cause  viendrait  se  joindre  le  peu  de 
sensibilité  propre  de  l’animal. 

Comme  le  plus  grand  nombre  de  nos  expériences  sur 
la  sensibilité  récurrente  ont  été  faites  sur  des  chiens, 
comme  c’est  sur  ces  animaux  qu’ont  été  faites  égale¬ 
ment  le  plus  grand  nombre  des  expériences  destinées 
à  constater  les  fonctions  des  racines  rachidiennes,  il  est 
utile  de  bien  connaître  l’anatomie  des  nerfs  qui  se  dis¬ 
tribuent  dans  les  parties  sur  lesquelles  on  expéri- 
mente.Nous  allons  vous  donner  en  conséquence  quelques 
détails  anatomiques  qui ,  Une  fois  établis,  nous  serviront 
pour  toutes  nos  expériences  ultérieures. 

H  y  a  -chez  le  chien  7  vertèbres  cervicales,  13  dor¬ 
sales,  et  7  vertèbres  lombaires.  Il  y  a  conséquemment 
13  côtes.  D  y  a  8  paires  de  nerfs  cervicaux,  13  paires 
dorsales,  7  paires  lombaires  et  6  sacrées. 

Toutes  les  racines  des  nerfs  ,  sont  contenues  dans  le 
canal  vertébral  et  né  sortent  par  le  trou  de  conjugaison 
que  lorsqu’elles  sont  déjà  réunies  en  un  nerf  mixte.  La 


SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE. 


deuxième  paire  cervicale  fait  seule  exception  ;  et  nous 
avons  pu,  il  y  a  longtemps,  grâce  à  cette  particularité, 
constater  la  sensibilité  récurrente  de  la  racine  antérieure 
dans  la  région  cervicale.  Nous  verrons  également  que 
M.  Waller  a  utilisé  cette  disposition  encore  exagérée 
chez  le  chat,  dans  des  recherches  sur  le  système  nerveui 
dont  j’aurai  à  vous  entretenir. 

De  même  que  chez  l’homme,  les  racines  nerveuses 
chez  le  chien  ont  une  insertion  de  plus  en  plus  oblique 
sur  la  moelle  épinière  à  mesure  que  l’on  approche.de 
l’extrémité  de  la  moelle.  C’est  dans  la  région  lombaire 
que  cette  obliquité  est  la  plus  grande  et  que  la  longueur 
de  la  racine  se  trouve  conséquemment  la  plus  considé¬ 
rable.  C’est  encore  dans  cette  région  où  le  canal  vertébral 
se.  trouve  élargi,  et  l’espace  qui  sépare  la  moelle  épi¬ 
nière  des  parois  du  canal  est  plus  considérable,  de  sorte 
que  les  expériences  sont  les  plus  faciles  à  exécuter.  ,;ij  ■ 

Chezle.chien,  comme  chez  le  chat ,  les  racines  ner¬ 
veuses  sont  non-seulement  isolées  au  dedans  des  mem¬ 
branes  de  la  moelle,  mais  cet  isolement  continue  encore 
au  delà,  chaque  racine  étant  revêtue  par  une  gaine 
spéciale  de  la  dure-mère.  C’est  cette  disposition  qui 
permet  d’agir  isolément  sur  les  racines  rachidiennes^ 
sans  Ouvrir  la  dure-mère.  Cet  isolement  des  racines 
ne  se  rencontre  pas  chez  l’homme  ni  chez  le  lapin .  :  < 

Toutefois,  quoique  isolées  chez  le  chien  ,  les  deux 
racines  sont  collées  l’une  à  l’autre  par  Un  tissu  cellu-, 
laire  assez  lâche  qu’il  faut  briser  pour  lés  séparer,  et 
dans  lequel  rampe  ordinairement  un  vaisseau  artériel . 

Lorsqu’on  ouvre  chez  le  chien  la  colonne  vertébrale 


en  arrière,  on  aperçoit  seulement  la  racine  postérieure, 
et  au-dessous  d’elle  se  trouve  la  racine  antérieure,  que 
l’on  peut  isoler  en  passant  entre  les  deux  racines  un  petit 
crochet  mousse  qui  seradécrit  plus  loin  (fig.  6).  On  sou¬ 
lèvera  alors  la  racine  antérieure  ainsi  isolée ,  tantôt  en 
dedans,  entre  la  moelle  et  la  racine  postérieure,  tantôt 
en  dehors,  entre  la  racine  postérieure  et  les  parois  du 
canal  vertébral.  L’isolement  de  la  racine  est  en  général 
plus  difficile  pour  les  dernières  paires  sacrées,  où  l’acco- 
lement  devient  très  intime.  H  y  adeux  faisceaux  qui  con¬ 
stituent  en  général  la  racine  postérieure,  ce  qui  rappelle 
la  disposition  qui  se  rencontre  normalement  chez  le 
bœuf  et  chez  le  cheval,  où  non-seulement  la  racine 
postérieure  est  multiple,  mais  où  chacune  de  ses  divi¬ 
sions  porte  un  petit  ganglion.  Cette  dernière  disposition 
pourrait  amener  des  difficultés  sans  causer  toutefois 
de  confusion,  car  il  serait  toujours  très  facile  de  dis¬ 
tinguer  à  ces  réactions  sensitives  une  racine  postérieure 
d’une  racine  antérieure. 

Chaque  racine  nerveuse  se  dirige  avec  celle  qui  lui 
correspond  vers  le  trou  de  conjugaison,  et,  au  niveau 
de  celui-ci,  se  trouve  le  ganglion  intervertébral,  im¬ 
médiatement  après  lequel  les  deux  racines  se  réunissent. 
Le  nerf  mixte  se  trouve  ainsi  constitué,  non-seulement 
par  cette  union  des  deux  racines,,  mais  aussi  parce  que 
dans  ce  point  les  nerfs  rachidiens  communiquent  avec 
le  grand  sympathique. 

Actuellement,  il  est  important  pour  nous  de  con¬ 
naître  les  paires  nerveuses  qui  entrent  dans  la  constitu¬ 
tion  des  différents  nerfs  qui  émanent  du  plexus  lombo- 


sacré,  afin  de  pouvoir  analyser  les  phénomènes  ner¬ 
veux  par  les  troubles  qu’on  apportera  dans  le  ineinbré 
où  les  nerfs  se  distribuent. 

il  va,  avons-nous  dit,,  sept  paires  lombaires:  la 
première  lombaire  sortant  entre  la  première  èt'lâ 
seconde  vertèbre  lombairejet  la 
vJÈgMIr^  septième  lombaire  sortant  entré 

xP^ijSx'  *a  ^ern'^re  vertobre  lombaire  et 

yasixpairessacréesilapremière 
ix  fe&ftBÜsrT  /v  sortant  par  le  premier  trou  du 


MK irnMBÎratL  La  dernière  paire  lombaifé(7) 

t\  est  ordinairement  la  plus  vof 

''vi"'  :;!h  lumineuse  et  l’une  des  pins 

\CSilv  \'l  \\  l°DSlies  i  c’est  S”  eHe  fi116  1® 

\\ 'W  |\  \  expériences  de  SensibiiitèJ!J&i 

|j\  |\  *B  currente  sont  le  plus  faciles  à 

»1  |j)  exécuter.  Les  racines  des  paires 

®  _  30  sacrées  vont  en  diminuant  dè 

■  fig.  4  (1);  la  première 'a  la  dernière.  '  '  ^ 
Le  plexus  lombo-sacré  ést  constitué  par  lès  quatrS 


dernières  paires  lombaires  (4,’5,  6p‘7)ret  les  ;deux  on 
trois  premières  sacrées,  et  principalement  les  deux 
premières. 

Du  plexus  lombo-sacré  émanent  : 

i  Le  nerf  crural,  à  la  formation  duquel  concourent 
plus  spécialement  les  4%  5”  et  6’  paires  lombaires; 

2"  Le  nërf  obturateur,  qui  résulte  particulièrement 
des  5'  et  6*  lombaires: 

3°  Le  nerf  sciatique  ;  constitué  surtout  par  les  6‘  et 
T  paires  lombaires  et  la  première  sacrée  ; 

4’  Le  nerf  honteux,  formé  par  les  dernières  paires 
sacrées. 

11  résulté  de  la  que  les  trois  premières  paires  lombaires 
et  les  quatre  dernières  sacrées  ne  concourent  en  rien  pour 
donner  le  mouvement  et  le  sentiment  au  membre  pos¬ 
térieur.  Mais  si  l’on  veut  détruire  tout  le  mouvement 
et  le  sentiment  dans  le  membre  postérieur,  il  faudra 
couper  nécessairement  les  quatre  dernières  paires  lom¬ 
baires  et  les  deux  premières  sacrées.  Lorsqu’ après  avoir 
ouvert  le  canal  vertébral,  on  voudra  distinguer  les 
différentes  paires  les  unes  des  autres, on  pourra  prendre 
pour  point  de  repère  la  crête  de  l’os  des  iles,  ou  bien, 
ce  qui  serait  plus  facile,  le  volume  de  la  dernière  paire 
lombaire.  Cette  paire,  la  plus  volumineuse,  peut  en  effet 

pour  compter  les  autres. 

Procédé  opératoire.  — Le  chien  -étant;  fixé  sur  une 
table,  un  billot  placé  sous  le  ventre  pour  faire  saillir  un 
peu  la  colonne,  vertébrale  dans  la  région. lombaire,  on 
coupe  les  poils,1  puis  on  fait  à  la  peau  une  incision  le  long 


de  la  crête  des  apophyses  épineuses.  Le  milieu  de  céttè 


lu  de  la  crête  de  l’os  des 
iles,  et  sa  longueur  sera 
d’environ  1  décimètre  on 


taille  de  l’animal.  L’apo¬ 
névrose  qui  recouvre  les 
muscles  du  dos  sera  en¬ 
suite  divisée  par  une  se- 
conde  incision  qui  péné¬ 
trera  jusque  sur  la  lame 

Ides  vertèbres, en  rasantla 
face  latérale  des  apophy- 
ses  épineuses.  On  écar¬ 
tera  les  muscles  sur  ,[e. 
côté  autant  qu’on  le  pour- 


physes  articulaires.  H  est 
quelquefois  utile  de  se 


PROCÉDÉ  OPÉRATOIRE.  69 

vertèbres.  Puis,  à  l’aide  d’une  petite  soie  S  dont  l’extré¬ 
mité  est  arrondie  et  garnie  de  dents ,  on  donne  un  trait 
parallèlement  aux  apophyses  épineuses  et  aussi  près  de 
leur  base  que  possible.  On  divisera  ainsi  une  ou  deux 
lames  de  vertèbres  au  niveau  de  l’os  des  îles,  ce  qui 
correspond  aux  deux  dernières  vertèbres  lombaires;  on 
aura  soin  de  ne  pas  scier  aü  delà  des  lames  des  vertè¬ 
bres,  pour  ne  pas  blesser  la  moelle.  Un  second  trait  de 
scie,  parallèle  au  précédent,  est  porté  au  niveau  et  en 
dehors  des  tubercules  apophÿsaires.  Il  faut  toutefois 
éviter  de  porter  cé  dernier  trait  de  scie  trop  èn  dehors 
et  de  le  diriger  trop  verticalement,  dans  la  crainte  de 
couper  les  racines  au  moment  .où  elles  sortent  par  le 
trou  de  conjugaison ,  ou  de  blesser  les  sinus  veineux 
vertébraux. 

On  soulève  alors,  en  la  faisant  basculer  à  l’aide  d’un 
ciseau,  la  partie  osseuse  comprise  entre  ces  deux  traits  de 
scie,  et  on  l’enlève- ainsi  en  entier  ou  par  fragments. 
Quelquefois  on  ne  peut  pas  facilement  enlever  ainsi 
toute  la  lame  vertébrale,  surtout  quand  les  chiens  sont 
de  petite  taille.  Il  suffit  alors  d’avoir  pu  pratiquer  une 
ouverture  àü  canal  vertébral,  en  détachant  une  portion 
de  lame  de  vertèbre,  et  ensuite  on  achève  d’élargir 
l’ouverture  sur  les  côtés  à  l’aide  de  cisailles  B  très 
tranchantes  et  construites  pour  cet  usage. 

Pendant  qu’on  pratique  ce  premier  temps  de  l’opé¬ 
ration,  on  écarte  les  muscles  sur  les  parties  latérales  avec 
desérignes,  et  l’on  éponge  la  plaie  avec  de  l’eau  tiède 
On  agira  toujours  avec  la  plus  grande  précaution ,  pour 


RÉCURRENT 


.éviter:  de  blesser,  la  moelle  avec  les  instruments  dont 
on  fait  usage,  ce  qui  arrive  quelquefois  par  les  moine? 
ments  de  l’animal. 

.  Parfois  il  arrive  que  le  périoste  est  ménagé  quand  on 
enlève  les  lames  vertébrales.  Immédiatement  au-dessous 
de  lui,  on  trouve  ordinairement  beaucoup  de  graisse  qui 
entoure  la  moelle  et  les  racines.  On  enlève  cette  graise 
avec  des  pinces,  en  ayant  soin  de  ne  pas  blesser  les  anus 
veineux  rachidiens ,  qui  donneraient  une  hémorrhagie 
Considérable  et  difficile  à  arrêter. 

■  La  moelle,  étant  alors  mise  à  nu,  reste  néai 
complètement  .protégée,  par  les  enveloppes.  On  vo 

Obliquement  entourées  par  des  gaines  fibreuses  dis 


émanant  de  la  dure-mère  rachidienne. 

L’ouverture  du  canal  vertébral  peut  quelquefc 
faite  en  moins  de  dix  minutes,  et  l’opération  es 
très  rapide.  D'autres  fois,  lorsque  l’animal  s’agite 
coup,  elle  peut  durer  au  delà  d’une  demi-heure 
dans  tous  les  cas,  il  arrive  qu’ aussitôt  après  l’ouï 
du  canal  vertébral  ,  l’animal  .est  affaissé,  comme  en¬ 
gourdi,  au  point  que  l’on  peut,  ainsi  que  cela  résulte  de 
beaucoup  d’expériences  que.  nous  vous  avons  rapportées, 
toucher  les  racines  postérieures,  non-seulement  sans 
produire  une  .vive  douleur,  mais  quelquefois  sans  en 
produire  aucune.  Il  faut  alors  se  bâter,  et  profiter  de.  ce 
moment,  pour  isoler  les  racines  antérieures  ou  posté¬ 
rieures,  afin  de  pouvoir  les  examiner  plus  tard.  Avec  un 
crochet  mousse  et  fin  on  écarte  un  peu  }a  racine  pos¬ 
térieure,  et  l’on  plonge  plus  avant  pour  saisir  et  soulever 


fut  ni1! 


la  racine  antérieure,  sous  laquelle  on  passe  aussitôt  un 
fil  que  , l’on  laisse,. pour  la  ressaisir  plus  tard,  quand 
elle  sera,  redevenue  sensible.  , 

.  Voici  la  forme  du  petit  crochet  à  l’aide  duquel  on 
soulève  les  racines  nerveuses  (tig.  .6). 

L’opération  a  été  pratiquée  suivant  le  procédé 
que  nous  venons  de  décrire,  sur  l’animal  que  vous.  c  |> 
voyez  ici.  Depuis  deux-  heures,  il  se  repose,  et  | 
l’épuisement  dans  lequel  l’opération  l’avait,  mis  j| 
est  actuellement  réparé.  Il  marche  sur  ses  mem- 
bres  postérieurs  sans  trébucher.  La  peau,  qui  était  El 

insensible  à  la  fin  de  l’opération,  est  maintenant  .  '  “ 
sensible.  Nous  allons  chercher  devant  vous  si  la .  : 
racine  antérieure  rachidienne  est  sensible. 

Vous  voyez  qu’en  opérant  ainsi,  nous. avons 
laissé  à  la  colonne  vertébrale  assez,  de  solidité  pour 
que  l’animal  puisse  se  tenir  sur  ses  jambes, 

No,iis  avens,  au  moment,  de  l’opération ,  passé  ■ 
un  fil  sous  la  racine.antérieure  Pour  pouvoir  l’isoler 
maintenant;  si  nous  avions' attendu  jusqu’ici,  le,;  t 
succès  de  l’opération  eût  été  . rendu  plus  douteux, 
par  la  difficulté  qu’on  éprouve. à  isoler,  la  racine, 
antérieure  très. sensible,  masquée  par  la  posté¬ 
rieure,  et  par  ies  mouvements  de  l’animal  qui 


72  SENSIBILITÉ  BÉCURRENTE. 

l’opération  est  faite  depuis  assez  longtemps  pour  que 
l’animal  ait  pu  se  remettre  de  l’épuisement  qu’elle  lui  a 
causé,  nous  constaterons  que  cette  racine  est  sensible. 
Ensuite  nous  la  couperons,  et  ayant  ainsi  un  bout  cen¬ 
tral  et  un  bout  périphérique,  nous  verrons  que  le  bout 
central  sera  devenu  complètement  insensible,  tandis  que 
le  bout  périphérique  aura. conservé  toute  sa  sensibilité. 
Si  ensuite  nous  venons  à  couper  la  racine  postérieure, 
vous  verrez  que  la  sensibilité  aura  disparu  des  deux  bouts 
périphériques,  et  qu’elle  ne  se  rencontrera  plus  que 
dans  le  bout  central  de  la  racine  postérieure. 

Sur  cette  pièce'  venant  d’un  chien  qui  avait  subi  l’o-, 
pération  que  nous  venons  de  pratiquer  chez  celui-ci,  vous 
pourrez  voir  comment  ont  été  détachées  les  lames  de 
trois  vertèbres  par  deux  traits  de  scie  longitudinaux,  l’un 
médian,  l’autre  sur  les  parties  latérales,  vers  l’union  des 
lames  avec  les  masses  latérales  des  vertèbres. 

La  dure-mère,  qui  n’a  pas  été  ouverte,  apparaît  ici 
au  fond  de  la  plaie;  elle  est  soulevée  de  temps  en  temps 
par  les  oscillations  du  liquide  céphalo-rachidien.  - 

Chez  ce  chien,  on  voit  encore  ici  les  deux  racines  de 
la  paire  nerveuse,  chacune  dans  une  gaîne  bien  dis-, 
tincte  de  la  dure-mère;  comme  nous  vous  l’avons 
déjà  dit,  elles  ne  sont  pas  réunies  comme  chez  le  lapin 
ou  chez  l’homme ,  et  c’est  ce  qui  rend  l’opération  plus 
facile  chez  le  chien.  La  même  disposition  se  retrouve, 
quoique  moins  prononcée,  chez  le  chat,  dont  les  deux 
racines  sont  moins  séparées  que  celles  du  chien.  Au 
fond  de  la  plaie  profonde  que  vous  apercevrez,  et  que 
je  débarrasse  de.  caillots  provenant  de  l’hémorrhagie 


PROCÉDÉ  OPÉRATOIRE.  73 

fournie  par  un  sinus  veineux  qui  a  été  ouvert,  je  tiens, 
soutenue  par  ce  fil,  la  racine  antérieure.  A  peine  l’ai-je 
touchée  avec  le  mors  de  ma  pince,  que  l’animal  s’est 
plaint.  Il  suffit  pour  cela  du  moindre  attouchement;  on 
n’a  qu’à  soulever  la  racine  avec  le  fil  pour  qu’aussitôt 
l’animal  se  meuve  et  crie.  Dans  deux  heures,  cette  sen¬ 
sibilité  que  vous  voyez  bien  évidente  sera  encore  plus 
vive.  Je  pince  de  nouveau  cette  racine  antérieure;  les 
cris  de  l’animal  nous  montrent  encore  une  fois  qu’elle 
est  sensible.  La  sensibilité  de  la  racine  antérieure  n’est 
donc  pas  douteuse  ;  celle  de  la  postérieure  est  plus  grande, 
comme  vous  le  verrez  tout  à  l’heure,  quand  nous  la  pin- 

Maiutenant  nous  allons  couper  la  racine  antérieure, 
faisant  la  section  dans  le  point  où  elle  a  été  mâchée  par 
la  pince,  pour  conserver  le  plus  de  longueurpossible  aux 
bouts;  l’animal  ne  témoigne  pas  d’une  bien  vive  dou¬ 
leur  au  moment  de  la  section. 

Nous,  avons  maintenant  deux  bouts.  Je  soulève  avec 
un  crochet  le  bout  central,  je  le  tiraille  avec  la  pince-: 
l’animal  n’accuse  aucune  sensibilité. 

Je  saisis  maintenant  le  bout  périphérique  :  aussitôt  que 
je  le  touche,  en  ayant  soin  de  ne  pas  exercer  de  trac¬ 
tion  qui  pourrait  agir  sur  la  racine  postérieure ,  l’animal 
donne  des  signes  d’une  sensibilité  dont  les  manifestations 
sont  très  nettes.  Après  l’avoir  abandonné,  nous  repre¬ 
nons  de  nouveau  la  racine  ;  tous  les  signes  d’une  douleur 
perçue  se  montrent  encore  dans  le  bout  périphérique. 

Du  sang  qui  a  coulé  et  coule  encore  dans  la  plaie 
nous  masque  la  racine  postérieure.  Je  viens  cependant 


de  l'accrocher,  et  les  cris  de  ce  chien  vous  montrent 
combien  elle  est  sensible.  La  section  que  j’en  opère  après 
avoir  passé  les  ciseaux  dessous  produit  encore  une  dés- 
leur  vive. 

Nous  avons  maintenant  quatre  bouts  :  deux  apparte¬ 
nant  à  la  racine  antérieure,  et  deux  à  la  racine  posté¬ 
rieure,  Nous  allons  les  interroger  les  uns  après  les  autres, 
et  nous  n’en  trouverons  plus  qu’un  de  sensible  :  ce  sera 
le  bout  central  delà  racine  postérieure.  L’animal  est  fort 
agité  ;  les  cris  que  lui  a  arrachés  la  section  de  la  racine 
postérieure  ont  ramené  l’hémorrbagie,  cependant  il  est 
assez  facile  de  distinguer  au  fond  de  la  plaie  les  quatre 
boute  des  nerfs  coupés.  Voici  le  bout  périphérique  de 
la  racine  postérieure:  je  le  pince,  il  est  insensible.  Le 
bout  périphérique  de  la  racine  antérieure  est  insensible 
aussi;  le  bout  central  de  la  racine  antérieure  l’est  en¬ 
core;  quant  au  bout  central  de  la  racine  postérieure; 
vous  voyez  qu’il  est  d’une,  exquise  sensibilité,  , 

Dans  la  prochaine  séance,  nous  continuerons  à  traiter 


CINQUIÈME  LEÇON. 


SOMMAIRE  :  Suites  des  expériences  sur  la  sensibilité  récurrente.  — 


Après  avoir  fixé  les  règles  d’après  lesquelles  il  con¬ 
vient  d'opérer,  pour  rechercher  la  sensibilité  récurrente. 


nous  allons  vous  citer  les  expériences  très  nombreuses 
que  nous  avons  faites  sur  ce  sujet,  et  qui,  par  l’ensemblé 
de  leurs  résultats,  établissent  d’une  manière  définitive 
les  caractères  de  cette  sensibilité,  ainsi  que  quelques 
anomalies  apparentes  qu’elle  peut  offrir. 

Exp.  (8  avril  1817).  —  Un  chien  de  trois  à  quatre 
mois  était  depuis  environ  quinze  jours  dans  le  labora¬ 
toire,  où  il  avait  maigri  beaucoup,  quoiqu’il  ne  parût  pas 
malade.  L’animal  avait  fait  un  repas  de  viande  une  heure 
avant  l’expérience.  On, pratiqua,  d’après  le  procédé 
décrit,  l’ouverture  de  la  moitié  latérale  droite  du  canal 
vertébral  dans  la  région  lombaire.  On  mit  à  nu  les  deux 
dernières  paires  lombaires  du  côté  droit,  ainsi  que  les 
ganglions  intervertébraux,  qui  étaient  très  visibles.  On 
avait,  pendant  l’opération,  produit  un  ébranlement  dé  la 
moelle,  en  se  servant  d’un  rogne-pied  pour  enlever  une 
portion  d’os. 

Aussitôt  après  l’expérience,  on  isola  les  racines  enté- 


douloureuse  appréciable.  On  coupa  les  deux  racines,  et 
leurs  bouts,  aussi  bien  le  périphérique  que  le  central, 
étaient  insensibles.  H  sembla  à  peine,  en  pinçant  le  bout 
périphérique  de  la  plus  grosse  des  deux  racines,  qu’on 
obtint  quelques  traces  d’une  sensibilité  obscure.  , 

.■  On  découvrit  alors  le  facial  chez  cet  animal,  et- l’on 
coupa  ses  trois  branches.  On  trouva  que  les  trois  bouts 
périphériques  offraient  dans  les  trois  branches  une  in¬ 
sensibilité  complète. 

On  laissa  l’animal  en  repos  pendant  quinze  à  vingt 
minutes,  sans  toutefois  le  remettre  en  liberté  ;  après  quoi  - 
on  examina  de  nouveau  les  racines  rachidiennes,  ét  les 
bouts  du  nerf  facial.  La  sensibilité  n’était  revenue  dans 
aucun  de  ces  nerfs  ;  l’animal  était  assez  calme,  sans  cepen¬ 
dant  paraître  très  affaibli.  Alors  on  recousit  les  plaies  du 
dos  et  de  la  face,  et  l’on  détacha  l’animal,  qui  fut  mis  eu 
liberté.  Le  chien  se  sauva,  ce  qui  prouve  que  lès  mouve¬ 
ments  étaient  encore  assez  libres,  excepté  toutefois  ceux 
de  la  patte  postérieure  droite,  dont  deux  racines  avaient 
été  coupées,  et  que  l’animal  traînait  à  moitié  paralysée. 

Ce  chien  resta  en  repos,  couché  dans  un  coin  du 
laboratoire,  pendant  deux  heures.  Après  cê  temps  on 
décousit  les  plaies  des  lombes  et  de  la  face  et  l’on  exa¬ 
mina  les  nerfs  sur  lesquels  on  avait  précédemment 
expérimenté.  Les  plaies  étaient  chaudes,  fumantes, 
offrant  ce  qu’on  appelle  un  état  de  réaction,  et  la  peau 
était  très  sensible,  tandis  qu’elle  était  complètement 
insensible  quand,  après  l’opération,  on  avait  cousit  la 
peau.  Le  bout  périphérique  de  là  plus  grosse  des  deux 


racines  (la  septième)  présentait  une  sensibilité  excessi¬ 
vement  développée  lorsqu’on  vint  à  le  pincer.  Le  bout 
de  cette  racine  qui  précédemment  avait  été  pincé 
semblait  s’ètre  gonflé  dans  la  plaie  et  être  devenu  tur- 
gide,  de  telle  sorte  que  les  mâchures  déterminées  par  la 
pince  avaient  disparu  et  que  le  nerf  était  devenu  sen¬ 
sible,  même  dans  ces  points.  Le  bout  central,  par  oppo¬ 
sition  au  bout  périphérique,  était  resté  flasque  et  n’était 
le  siège  d’aucune  turgescence  analogue.  Lorsqu’on  le 
pinça,  il  ne  manifesta  aucune  trace  de  sensibilité. 

L’autre  racine,  plus  petite  (la  sixième),  ne  présentait 
pas  de  sensibilité  dans  son  bout  périphérique,  mais  nous 
devons  dire  que  celui-ci  avait  été  préalablement  mâché 
dans  toute  son  étendue.  Elle  ne  présentait  pas  non  plus  la 
turgescence  comme  l’autre  racine;  cependant  les  m⬠
chures  produites  par  la  pince  avaient  en  partie  disparu, 
et  le  nerf  avait  repris  à  peu  près  sa  forme  cylindrique. 

On  examina  ensuite  la  plaie  de  la  face,  et  l’on  décou¬ 
vrit  les  bouts  périphériques  du  nerf  facial,  qui  parais¬ 
saient  gonflés  et  un  peu  rougeâtres;  l’aplatissement  du 
nerf  résultant  de  l’action  de  la  pince  avait  disparu,  et 
l’extrémité  du  nerf,  seule  examinée,  paraissait,  gonflée. 
On  la  pincça  sans  produire  de  douleur.  II  faut  noter 
qu’on  agissait  sur  le  nerf  dans  les  points  où  il  avait 
été  préalablement  confondu  par  la  pince. 

Le  lendemain,  9  avril,  vingt-quatre  heures  après 
l’opération ,  l’animal  n’ayant  pas  mangé ,  on  ouvrit  de 
nouveau  la  plaie  du  dos,  dont  la  surface  grisâtre  était 
déjà  le  siège  d’un  commencement  de  suppuration.  Le 
bout  périphérique  de  la  racine  antérieure  de  la  septième 


paire,  qui  était  très  sensible  la  veille, 'était  affaissé  et 
collé  par  des  fausses  membranes  contre  la  surface  externe 
de  la  dure-mère.  Cette  extrémité  de  racine  était  rou¬ 
geâtre  et  enflammée,  mais  elle  n’offrait  plus  la  tuigeP1 
cencê  et  l’aspect  brillant  qu’elle  avait  le  jour  précédent.' 
On  là  pinça,  après  l’avoir  soulevée  doucement,  sans  qa’ü 
en  résulta  aucune  douleur  ;  cette  portion  du  nerf  était 
probablement  désorganisée  par  l’inflammation  et  par 
les  nombreux  pincements  qu’on  avait  exercés  sur  elle. 

La  racine  postérieure  correspondan  te,  qui  était  visihlê? 
dans  la  plaie,  présentait  une  vive  sensibilité  au  moindre 
attouchement. 

Vers  le  quatrième  jour  l’animal  mourut,  et  la  por¬ 
tion  de  rachis  qui  avait  été  ouverte  fut  conservée  pouf' 
préparer  îa  pièce  Osseuse. 

Eccp.  (8  avril  1847).  —  Sur  une  chienne  d’aSsez  forte 
taille,  âgée  de  quatre  mois  environ,  frèsvorace,  très  grasse 
et  fort  bien  nourrie,  ayant  fait  son  dernier  repas  ime 
heure  avant  l’opération,  on  ouvritia  moitié  droite  du  canal 
vertébral  dans  la  région  lombaire  par  le  procédé  ordi¬ 
naire.  Dans  l’avulsion  des  os,  le  périoste  avait  été  mé? 
nagé  ;  on  l’ouvrit  ensuite  et  l’on  enleva  une  grande  quart' 
tité  de  graisse  située  entre  lui  et  la  dure-mère.  Oh 
isolala racine  antérieure  de  la  septième  paire  lombaire; 
on  la  pinça,  et  l’on  obtint  Une  douleur  évidente  quoique,)' 
non  très  vive:  on  la  coupa  alors  rapidement  avec  des 
ciseaux  bien  tranchante,  sans  que  l’animal  manifestât  la 
moindre  douleur  au  moment  do  la  section.  Alors  On 
pinça  aussitôt  le  bout  périphérique  qui  accusa  une  dou¬ 
leur  très  nette. 


■  SBëMeSSs.  79 

Avant  d’ouvrir  le  rachis,  on  avait  mis  à  découvert  le 
nerf  facial,  etl’ôn  avait  pincé  la  branche  moyenne  de  Ce 
nerf  qui  offrait  dans  son  bout  périphérique  une  sensibilité 
sinon  très  vivéj  du  moins  bien  évidente.  Après  l’ouver¬ 
ture  du  rachis,  On  pinça  comparativement  le  bout  péri¬ 
phérique  du  nerf  facial  et  le  bout  périphérique  de  la 
racine  antérieure;  le  pincement  des  deux  nerfs  fit 
accuser  à  l’animal  une  douleur  sensiblement  égale. 

A  ce  moment  de  l’opération,  on  recousit  les  plaies 
et  on  laissa  reposer  l’animal  pendant  une  heure  environ. 
Après  ce  temps,  on  ouvrit  les  plaies,  et  l’on  trouva  lâ 
plaie  dorsale  fumante  et  chaude.  On  voyait  que  le  bout 
périphérique  de  la  dernière  paire  lombaire  était  tur- 
gide*  luisant  et  arrondi  par  son  extrémité.  Les  impres¬ 
sions  qii’y  avaient  faites  les  mors  des  pinces  avaient  en¬ 
tièrement  disparu.  On  pinça  ce  bout  périphérique,  et  l’on 
trouva  qu’il  possédait  une  sensibilité  exquise,  tellement 
exaltée,  qu’il  suffisait  de  serrer  avec  une  faible  pression 
l’extrémité  dé  ce  nerf  pour  provoquer  à  l’instant  même 
des  douleurs  vives  et  des  Cris  aigus.  Cependant  c’était 
dans  ce  point  que  le  nerf  avait  été  pincé  précédemment 
lorsqu’on  l’avait  examiné  d’abord.  Du  reste,  la  peau 
qui  bordait  la  plaie  était  beaucoup  plus  sensible  qu’au 
moment  de  l’opération,  et  ,  en  la  cousant  une  seconde 
fois,  l’animal  poussa  des  cris  aigus.' 

On  examina  alors  le  facial  ;  tous  les  bouts  périphé¬ 
riques  des  branches  coupées  étaient  rougeâtres  et  lui¬ 
sants.  Les  impressions  du  mors  des  pinces  avaient  dis¬ 
paru.  Eh  pinçant  ces  bouts  périphériques ,  même  dans 
ies  points  où  ils  avaient  été  précédemment  mâchés,  ils 


SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE. 


donnaient  des  signes  d’une  très  vive  sensibilité,  moins 
vive  toutefois  que  celle  de  la  racine  antérieure.  : 

H  faut  ajouter  que,  en  mettant  à  nu  les  branches 
du  facial  une  heure  après  leur  section ,  les  bouts  péri¬ 
phériques  bien  sensibles  étaient,  comme  il  a  été  dit, 
devenus  gonflés,  turgescents,  luisants,  tandis  que  les 
bouts  cérébraux  correspondants  étaient  restés  aplatis  et 
avec  leur  aspect  habituel,  bien  que  cependant  ceux-ci 
eussent. été  pincés  comme  les  autres.  Bu  reste,  la  sen¬ 
sibilité  de  ces  bouts  périphériquès  était  plus  grande  une 
heure  après  qu’au  moment  même  de  l’opération. 

Le  lendemain,  vingt-quatre  heures  après  l’opération, 
on  redécousit  les  plaies.  Dans  celle  du  dos,  la  peau  était 
déjà  recollée  ;  le  fond  de  la  plaie  était  enflammé,  grisâtre, 
et  dans  un  commencement  de  suppuration.  Le  bout 
périphérique  de  la  grosse  racine  antérieure  était  en¬ 
flammé,  collé  et  confondu  avec  les  tissus  voisins.  Quand 
on  l’isola  et  qu’on  le  pinça,  en  se  rapprochant  le  plus 
possible  de  la  périphérie,  il  parut  encore  légèrement  sen¬ 
sible.  Les  bouts  périphériques  du  facial,  examinés, 
étaient  tous  enflammés,  insensibles  dans  les  points  où 
ils  avaient  été  confondus  la  veille;  mais  ils  étaient  doués 
de  sensibilité  si  on  les  poursuivait  plus  loin  dans  les  par¬ 
ties  saines. 

Exj>.  (19  avril  1847).  —  Un  chien  blanc,  de  taille 
moyenne,  de  cinq  mois  environ,  assez  vif,  quoique  ayant 
un  peu  maigri  depuis  qu’il  est  dansle  laboratoire.  Quatre 
heures  après  l’avoir  fait  manger,  à  midi  et  demi,  on 
ouvrit  le  canal  vertébral  à  droite  par  le  procédé  ordi¬ 
naire.  On  enleva  une  seule  lame  vertébrale ,  et  l’on  at- 


EXPÉRIENCES. 


teignit  la  sixième  paire  lombaire  rachidienne.  On  isola 
la  racine  antérieure  avec  quelque  difficulté;  puis,  en 
la  pinçant,  on  ne  développa  pas  de  sensibilité  bien  évi- 
dente.  On  coupa  cette  racine  sans  produire  de  douleur, 
et  l’on  pinça  successivement  les  deux  bouts.  Le  bout  cen¬ 
tral  était  complètement  insensible  ;  le  bout  périphérique 
donna  des  signes  d’une  sensibilité  très  obtuse,  à  peine 
marquée.L’expérienceavait  duré  une  heure;  on  recousit 
la  plaie  et  on  laissa  reposer  l’animal. 

A  cinq  heures  du  soir,  on  redécousit  la  plaie  du  dos, 
qui  n’offrait  pas  une  réaction  très  marquée,  mais  qui  ce¬ 
pendant  paraissait  assez  sensible,  car  l’animal  s’agitait 
beaucoup.  On  examina  successivement  les  deux  boujs 
de  la  racine  ;  le  bout  central  ne  donna  aucun  signe  de 
douleur;  en  pinçant  le  bout  périphérique,  on  eut  une 
sensibilité  vive  et  très  nette.  Après  avoir  bien  constaté 
la  sensibilité  du  bout  périphérique ,  on  coupa  la  racine 
postérieure;  cette  section  détermina  des  cris  aigus. 
Après  cela  toute  trace  de  sensibilité  disparut  des  bouts 
périphériques  antérieurs  ou  postérieurs;  seul  le  bout 
central  de  la  racine  postérieure  conserva  une  sensibilité, 
très  vive. 

On  recousit  la  plaie  du  dos,  et,  à  chaque  coup  d’ai¬ 
guille,.  l’animal  donnait  des  signes  de  douleur,  ce  qui 
n’avait  pas  eu  lieu  lors  de  la  première  suture  de  la 

Le  20  avril  au  matin,  vingt-deux  heures  après  la  pre¬ 
mière  opération,  on  examina  la  plaie,  qui  était  chaude* 
fumante,  et  se  montrait  déjà  le  siège  de  suppuration.  On 
examina  les  bouts  des  racines  nerveuses. 


82  SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE. 

En  pinçant  les  bouts  périphériques,  où  le  ganglion 
rachidien  lui-même,  on  ne  détermina  aucune  sensation 
douloureuse  ;  mais,  en  comprimant  ces;  deux-bouts  ien 
masse,  on  produisit  à  chaque  pincement  des  contractions 
dans  le  membre  correspondant.  En  pinçant  les  bouts  céih 
traux,  on  trouva  que  celui  dé  la  racine  antérieure  était 
complètement  insensible,  tandis  que  celui  de  la  racine 
postérieure  avait  conservé  Une  sensibilité  exqüisèiH'W® 

Exp.  (19  avril  1847).  —  Un  .  chien  noir ,  de  taille 
moyenne,  de  cinq  mois  ëbviron,  amené  dans  le  labora¬ 
toire  depuis  trois  ou  quatre  jours,  bien  portant,  quoique 
ne  paraissant  pas  très  vif,  ayant  fait  son  dernier  repas  trois 
heures  avant  l'opération.  On  ouvrit  a  droite  une  moitié 
du  canal  vertébral  dans  la  région  lombaire,  et  l'on  n’ en¬ 
leva  qu’une  seule  lame  de  vertèbre  ,  afin  dé  mettre  la 
septième  racine  lombaire  à  nu.  On  enleva  ensuite  le 
périoste,  qui  était  resté  intact,  ainsi  que  la  graisse  qui 
environné  la  dure-mère.  Après  quoi  on  put  saisir  la 
racine  antérieure  avec  le  petit  crochet  et  la  soulever 
légèrement.  Dès  qu’on  la  pinçait  au  côté  externe  du  , Crce 
chét,  fânimal  accusait  une  sensibilité  évidente.  On  coupa 
ensuite  la  racine  sans  que  l’animal  éprouvât  de  douleur; 
puis  on  pinça  alors  les  deux  bouts,  et  l’on  constata 
une  insensibilité  parfaite  pour  le'bout  central,  et  une 
sensibilité  évidente  pour  le  bout  périphérique,  e!(f. 

On  recousit  ensuite  la  plaie  du  dos,  êt  on  laissa  mar¬ 
cher  l’animal,  qui  se  sauva  en  paraissant  peu  vif,quoi- 
qu’il  ne  fût  cependant  pas  beaucoup  affaibli. 

Quatre  heures  après  on  décousit  la  plaie  du  dos  pour 
reconnaître  l’état  de  la  racine  antérieure  coupée.  La 


plaie  n’était  pas  fumante,  et  n’offrait  pas  de  réaction 
marquée;  elle  était  baignée  au  fond  d’un  peu  de  sang 
fluideet  séreux  ;  ses  Lèvres  ne  paraissent  pas  douées  d’une 
sensibilité  bien  vive. 

On  pinça  le  bout  central  de  la  racine  antérieure,  qui 
se  montra  insensible,  tandis  que  le  bout  périphérique 
était  doué  d’une  vive  sensibilité  dans  les  points  ôù  il 
n’avait  pas  été  préalablement  mâché.  Ce  bout  périphé¬ 
rique  de  la  racine  antérieure  n’était  pâs  turgide,  et  ne 
différait  pas  sensiblement  par  son  aspeetdu  bout  central. 
On  constata  à  plusieurs  reprises,  et  très  facilement,  la 
sensibilité  du  bout  périphérique  ;  après  quoi  on  coupa 
la  racine  postérieure  correspondante. 

Au  moment  de  la  section  de  cette  dernière,  l’animal 
manifesta  une  douleur  très  grande.  Alors  on  pinça  de 
nouveau  le  bout  périphérique  de  la  racine  antérieure: 
toute  sensibilité  avait  disparu. 

On  constata  alors,  en  examinant  les  quatre  bouts  qui 
résultèrent  de  la  sectiondes  deux  racines,  que  tous  étaient 
insensibles,  excepté  le  bout  central  de  la  racine  posté¬ 
rieure,  qui  était  resté  doué  d’une  sensibilité  très  vive, 

On  recousit  alorsla plaie  sans  provoquer  aucun  cri  de 
l’animal;  elle  ne  paraissait  douée  que  d’une  sensibilité 
assez  obtuse. 

Le  lendemain ,  vingt-deux  heures  après  l’expérience, 
le  chien  était  triste  et  peu  vivace  ;  la  plaie ,  non  réunie, 
était  remplie  d’ une  sérosité  sanguinolente  dans  laquelle  il 
semblait  y  avoir  mélange  de  liquide  céphalo-rachidien. 
Cette  plaie  était  grisâtre,  d’une  odeur  fétide,  sans  réac¬ 
tion  et  sans  chaleur.  Desquatre  bouts  de  nerfs,  trois  étaient 


SENSIBILITÉ  BÉCURRENTE. 


insensibles  comme  la  veille;  seul ,  le  bout  central  de  la 
racine  postérieure  était  encore  doué  de  sensibilité,  mais 
d’une  sensibilité  bien  moins  vive  que  la  veille.  On  recousit 
la  plaie  sans  provoquer  aucune  douleur.  L’animal  mou¬ 
rut  dans  la  nuit. 

Exp.  (21  avril  18M).  —  Sur  un  chien  lévrier,  âgédjj 
quatre  à  cinq  mois,  vif  et  bien  portant,  ayant  fait  son 
dernier  repas  sept  heures  avant  l’expérience.  A  trois 
heures,  on  ouvrit  le  canal  vertébral  suivant  le  procédé 
indiqué  ;  l’opération  fut  très  facile,  grâce  à  la  maigreur 
habituelle  à  ces  animaux. 

Pendant  l’opération,  le  chien  rendit  des  matières  diar¬ 
rhéiques,  et  nous  ferons  remarquer  ici  que  ce  phéno¬ 
mène  se  manifeste  chez  presque  tous  les  chiens  auxquels 
on  pratique  cette  opération  sur  le  canal  vertébraklls 
rendent  généralement,  pendant  l’opération,  des  excrè 
ments  diarrhéiques  et  une  grande  quantité  de  gaz  fé; 
tides.  Nous  ajouterons  encore  que,  lorsque  les  animaux 
ont  mangé  depuis  peu,  cette  opération  arrête  leurdigefc 
tion,  et  que  le  lendemain  on.retrouve  les  aliments  dans 
l’estomac  de  l’animal  quand  il  meurt  ou  qu’on  le  sacrifie.- 

Aussitôt  après  l’ouverture  du  rachis,  ôn  isola  à  l’aide 
du  petit  crochet  la  racine  antérieure  de  la  quatrième' 
paire  lombaire.  Par  le-  pincement  cette  racine  manifesta 
une  sensibilité  qui,  sans  être  très  vive,  était  néanmoins 
évidente. 

On  coupa  cette  racine  sans  produire  de  douleur  ap¬ 
parente,  et  le  bout  périphérique,  étant  convenablement 
séparé  et  isolé,  fut  pincé,  et  l’animal  s’agita  peu,  de 
manière  à  laisser  difficilement  apprécier  si  ce  pincement 


au-dessous  de  la  racine  antérieure  de  la  troisième 
lombaire,  afin  de  pouvoir  plus  tard  soulever  eette  racine 
avec  facilité.  On  recousit  la  plaie  du  dos,  et  on  laissa 
l’animal  se  reposer  pendant  Une.  heure.  . 

Dès  que  ce  chien  fut  délié;  il  se  montra  très  agité  et 
turbulent,  puis  il  se  calma  peu  à  peu;  au  bout  d’une 
demi-heure  il  était  tranquille.  Une  heure  après  l’opéra¬ 
tion,  on  redécousit  la  plaie  du  dos,  qui  offrait  une  réac¬ 
tion  marquée,  quoique  peu  vive  encore.  Le  bout  péri¬ 
phérique  de  la  quatrième  lombaire  était  rougeâtre, 
arrondi  ,  turgescent.  Le  pincement  y  détermina  une 
sensibilité  vive,  que  l’on  constata  à  plusieurs  reprises. 
Le  pincement  du  bout  central  n’en  détermina  au¬ 
cune.  Alors  on  souleva  là  racine  antérieure  de  la  troi¬ 
sième  lombaire,  avec  lé  fil -passé  préalablement  aU- 
dessous  :  aussitôt  que  l’on  attira  eetté  racine ,  l’aiiimal 
poussa  dès  cris,  ce  qii’on  aurait  pu  attribuer  au  frotte¬ 
ment  de  là  racine  postérieure;  mais  cependant,  étant 
parvenu  à  pincer  la  racine  antérieure  bien  isolément, 
on  constata  que  le  pineementy  développa  une  sensibilité 
très  vivé.  Ou  coupa  ensuite  cetté  racine  sans  y  détermi¬ 
ner  de  douleur,  et  le  bout  périphérique  resta  très  sen¬ 
sible,  tandis  que  le  bout  central  ne  donna  plus  trace 
de  sensibilité.  Ces  derniers  résultats  furent  constatés  à 
differentes  reprises  et  d’une  manière  très  nette. 

Alors,  voulant  faire  disparaître  la  sensibilité  des  ra¬ 
cines  antérieures,  on  pratiqua  une  forte  ligature  sur  la 
cuisse,  aussi  haut  que  possible  et  très  serrée.  Après 
cette  ligature,  le  membre  était  comme  paralysé  et  com- 


lombaires,  on  les  trouva  toujours  sensibles.  On  laissa  la 
ligature  appliquée  pendant  environ  dix  minutes,  et, 
après  ce.  temps,  les  racines  antérieures  furent  encore 
trouvées  sensibles.  Alors  on  enleva  la  ligature ,  puis  ou 
coupa  le  nerf  crural  dans  le  pli  de  l’aine,  aussi  haut 
que  possible;  puis  on  pinça  la  racine  antérieure  de  fe 
quatrième  paire  lombaire  qui  entre  dans  la  composition 
du  nerf  crural  :  le  bout  périphérique  de  cette  racine  était 
toujours  sensible.  Je  coupai  ensuite  cette  racine  aussi 
haut  que  possible  dans  la  cuisse,  et  les  bouts  périphé¬ 
riques  des  deux  racines  antérieures,  troisième  et  qua¬ 
trième  lombaires,  restèrent  toujours  sensibles.  Après 
toutes  ces  opérations, 'le  membre  était  paralysé  et  com¬ 
plètement  immobile. 

Enfin,  on  coupa  la  racine  postérieure  de  la  cinquième 
paire  lombaire;  cette  section  détermina  une  douleur 
vive  et  de  longue  durée  ,  que  l’animal  accusa  par  des 
hurlements  prolongés.  Par  suite  de  cette  section,  le 
bout  périphérique  de  la  racine  antérieure  devint  com¬ 
plètement  insensible,  et  le  bout  central  de  la  racine 
postérieure  conserva  seul  sa  sensibilité  ;  on  recousit  la 

Le  22  avril,  dix-rhuit  heures  après  l’opération  j  le 
chien  était  encore,  vivant  ;  on  décousit  la. plaie,  qui  offrait 
une  vive  réaction  et  un  commencement  de  suppuration. 
Le  bout  périphérique  de  la  racine  antérieure  de  la  cin¬ 
quième  lombaire  était  rougeâtre  et  un  peu  gonflé.  Il  prér 


alors  on  essaya  Je  couper .  entre  les  deux  apophyses 
trausverses  le  nerf  crural,  dans  lequel  se  rend  cette  paire 
nerveuse;  mais  il  est  possible  que  cette  tentative  n’eût 
pas  réussi ,  car  .le  bout  périphérique  de  la  racine  anté¬ 
rieure  resta  toujours  sensible. 

Alors  on  coupa  la  racine' postérieure  correspondante, 
cette  section  détermina  une  douleur  vive  et  des  cris  pro¬ 
longés.  Après  quoi  on  constata  que  la  sensibilité  avait 
complètement  disparu;  dans  le  bout  périphérique  de  la 
racine  antérieure,  et  son  pincementne  déterminait  dans 
le  membre  que  des  contractions  et  pas  de  douleur.  Ces 
contractions  feraient  supposer  que  le  nerf  n’a  pas  été 
coupé  au  niveau  des  apophyses  transverses. 

Ea>p.  (11  juillet  1847)- — Un  chien  adulte,  à. jeun 
depuis  trente-sir  heures,  fit  un  repas  avant,  l'opération. 
On  mit  à  nu  les  racines  du  côté  droit  par  le  procédé 
ordinaire  ;  une  racine  antérieure  étant  convenablement 
isolée  au  moyen  d’un  fil  passé  au-dessous  d’elle,  on  la 
coupa  sans  que  l’animal  manifestât  de  la  douleur..  Ce¬ 
pendant  ,  en  pinçant  le  bout  périphérique ,  l’animal  res¬ 
sentit  évidemment  de  la  douleur,  On  recousit  la  plaie  du 
dos  ;  la  peau  était  insensible  aux  piqûres  de  l’aiguille.  Qn 
laissa  reposer  l’animal  pendant  une  heure.  Après  quoi 
oc  examina  la  plaie,  qui  était  devenue  . très  sensible, 
de  même  que  le  bout  périphérique  de  la  racine  antérieure, 
qui  était  gonflé,  sensible,  comme  érectile  et  doué  d’une 
sensibilité  très  vive. 

Avec  un  fil  de  fer  rougi  à  la  lampe  on  brûla  1e  bout 
périphérique,  qui  se  montra  très  sensible  à  cette  action. 


On  coupa  alors  une  portion  de  ce  bout  périphérique,  et 
l’on  constata  qu’à  ce  moment  la  section  provoquait  de  la 
douleur,  tandis  qu’au  moment  où  l’on  venait  de  faire 
l’opération  elle  n’en  avait  pas  donné. 

On  isola  une  autre  racine  antérieure,  située  au-dessus, 
et  on  la  trouva  beaucoup  moins  sensible  que  celle  dont 
il  vient,  d’être  question ,  sans  . pouvoir  se  rendre  compte 
de  cette  différence  de  sensibilité  entre  les  deux  racines. 
Mais,  à  l’autopsie,  on  constata  que  la  racine  postérieure 
correspondante  avait  été  en  partie  détruite  par  un  coup 
de  scie  auprès  du  ganglion  intervertébral. 

L’animal  était  en  pleine  digestion  et  les  chylifères 
bien' remplis. 

Exp.  (28  juillet  1817).  —  Chien  jeune,  ayant  faitun 
repas  trois  heures  avant  l’opération ,  après  un  jeûne  à 
trente-six  heures.  L’ouverture  du  canal  vertébral  fut 
un  peu  laborieuse  et  dura  longtemps. 

Après  l’ouverture  du  canal,  on  put,  à  l’aide;  du 
petit  crochet,  séparer  les  racines  les  unes  des  autres, 
sans  que  l’animal  témoignât  la  moindre  douleur.  Ou 
passa  un  fil  au-dessous  de  la  racine  antérieure  de  la 
Cinquième  paire  lombaire,  et  de  celle  qui  est  au-dessus 
(quatrième)  ;  on  serra  le  fil  sur  la  quatrième,  sansqùe 
l’animal  éprouvât  de  douleur;  on  coupa  ensuite  la  racine 
sans(qu’il  le  sentit  davantage. 

A  ce  moment,  on  découvrit  le  nerf  facial  sur  la  joue: 
labranehe  supérieure,  coupée  sans  douleur,  offrait  dans 
son  bout  central  une  sensibilité-  évidente,  tandis  que  son 
bout  périphérique  n’èn  présentait  qu’une  très  obtuse. 

Là  branche  moyenne  coupée  présenta  une  douleur 


vive.  Le  bout  périphérique  était  à  peu  près  insensible, 
tandis  qué  le  bout  central  était  très  sensible. 

La  branche  inférieure,  coupée  sans  douleur,  offrait  un 
bout  central  peu  sensible  et  un  bout  périphérique  d’une 
sensibilité  obscure.  A  ce  moment,  toutes  les  plaies,  celle 
du  dos  et  celle  de  la  face,  furent  recousues ,  et  l’animal 
fut  laissé  en  repos  pendant  trois  heures  et  demie. 

Examinées  après  ce  temps,  les  plaies  n’offraient  pas 
beaucoup  de  réaction.  Cependant  le  bout  périphérique 
de  là  racine  antérieure  de  la  quatrième  lombaire  fut 
trouvé  sensible  d’une  manière  évidente. 

La  racine  antérieure  de  la  cinquième  paire  lombaire 
non  divisée  étant  soulevée  sur  le  fil,  puis  pincée,  se 
montra  très  sensible  au  pincement,  puis  on  la  coupa 
entre  le  point  pincé  et  la  périphérie.  Cette  section  dé¬ 
termina  bien  évidemment  de  la  douleur.  Enfin,  on  con¬ 
stata  encore  que  le  bout  périphérique  de  la  racine  anté¬ 
rieure  était  bien  sensible,  tandis  que  son  bout  central' 
était  complètement  insensible. 

On  découvrit  ensuite  les  bouts  du  facial,  et  les  bouts 
périphériques  des  trois  branches  étaient  devenus  parfai¬ 
tement  sensibles.  Mais  le  bout  périphérique  de  la  branche 
moyenne  se  compose  de  deux  portions  :  l’une,  insen¬ 
sible,  qui  est  la  portion  du  rameau  auriculo-temporal  de 
la  cinquième  paire,  et  l’autre  sensible,  plus  petite,  qui 
appartient  au  tronc  même  du  facial. 

Exp.  (11  août  1817).  —  Chien  de  taille  moyenne; 
les  racines  sont  mises  à  nu,  comme  à  l’ordinaire,  du  côté 
droit.  Au  moment  de  l’expérience,  immédiatement 
après  la  dénudation  de  la  moelle,  on  examina  la  sènsi- 


RÉCURRENTE. 


bilité  de  la  raeiDe  antérieure  de  la  sixième  ou  septième 
lombaire.  Elle  était  obtuse  ;  on  recousit  la  plaie,  puis  m 
découvrit  le  facial  et  l’on  divisa  les  trois  branches.  Les 
bouts  périphériques  présentaient  tous  trois  une  sensi¬ 
bilité  obtuse  ;  on  distingua  très  bien ,  dans  le  bout  péri¬ 
phérique  de  la  branche  moyenne^  la  portion  qui  appar¬ 
tient  à  la  cinquième  paire  de:celle  qui  appartientai 
facial.  Quand  on  pinçait  la  première,  elle  était  insensible 
et  ne  donnait  pas  lieu  à  des  convulsions: dans  le  museau; 
tandis  que  quand  on  pinçait  la  seconde,  :  elle  avait  uùe 
sensibilité  obtuse  et  donnait  des  convulsions  violentes  de 
la  lèvre  supérieure. 

On  recousit  alors  les  plaies  du  dos  et  celles  de  la  face, 
et  pn:  laissa  l’animal  se  reposer  pendant  environ  vingt- 
cinq  minutes,  étant  toujours  fixé  sur  la  table.  Alors  ou 
trouva  le  bout  périphérique  de:  la  racine  antérieure  très 
manifestement  sensible. 

n  Alors  on  étbérisa  ce  chien,  #n  le  faisant  respireràta- 
vers  un  tube  qui  contenait  prie  éponge  imbibée  d’éther. 
L’animal  n’était  pas  complètement  éthérisé;  cependant 
la  sensibilité  récurrente  dubput  périphérique:  de  la  ra- 


iisparu,  tandis  que  la  racine  postérieure  correspondante 
était  encore-sensible. 

En  cessant  Pétbérisatipn,  la  sensibilité  récurrente 


reparut  dans  le  bout  périphérique  et  la  racine  antérieure 
précitée.. 

On  remarqua  en  outre  ce  fait  singulier  que,  pendant 
l’éthérisation  incomplète,  au  moment  où  le  bout  périphé¬ 
rique  de  la  racine  antérieure  lombaire  était  insensible, 


EXPÉRIENCES. 


l'animal  manifestait  encore  de  la  douleur  quand  on  pin¬ 
çait  les  bo,uts  périphériques  du  facial.  Il  faut  ajouter  que 
la  conjonctive  était  encore  sensible,  et  que  l’animal 
fermait  les  yeux  quand  on  la  touchait.  Ce  fait  sembler 
rait  prouver  que  la  sensibilité  nerveuse  récurrente  dp 
facial  s’éteint  plus  tard  que  celle  des  racines  lombaires, 
de  même  que  la  sensibilité  de  la  cinquième  paire  résiste 
plus  longtemps  à  l’éthérisation  que  celle .  des  racines 
lombaires. 

On  coupa  ensuite  chez  ce  chien  le  nerf  vague  du  côté 
gauche,  côté  où  le  facial  avait  été  dénudé.  Lorsque  le 
vague  n’était  pas  .divisé,  il  était  évidemment  sensible; 
il  fut  ensuite  coupé,  et  le  bout  supérieur  seul  se  montra 
sensible,  .tandis  que  l’inférieur  était  dépourvu  de  sènsibb- 
lité.  On  attacha  chacun  de  ces  bouts  de  nerfs  avec  un 
il  pour  pouvoir  les  retrouver  dans  la  plaie  le  lendemain. 

On  revint  alors  au  facial,  et  l’on  trouva  que  les  bouts 
périphériques  étaient  devenus  insensibles.  Comme  les 
nerfs  s’étaient  refroidis,  on  recousit  la  plaie  de  }a  face. 

On  versa  ensuite  de  l’éther  sur  les  racines  rachi¬ 
diennes,  afin  de  voir  si  le  froid  ou  l’action  de  l’éther  ferait 
disparaître  la  sensibilité  récurrente,  D  n’en  fut  rien,  car 
on  constata  aussitôt  après  de  la  sensibilité  dans  le  bout 
périphérique  de  la  racine  antérieure. 

Enfin,  on  ouvrit  les  membranes  delà  moelle,  on  donna 
issue  au  liquide  cephalo-rachidien,  et  l’on  versa  de  l’éther 
dans  la  cavité  des  membranes,  qui  se  trouva  ainsi  direc¬ 
tement  en  rapport  avec  les  nerfs  qui  constituent  la 
queue  de  cheval.  Après  cette  épreuve,  la  sensibilité  per¬ 
sistait  toujours  dans  le  bout  périphérique  de  la  racine 


antérieure.  On  examina  ensuite  de  nouveau  les  bonis 
périphériques  du  facial,  qui  étaient  insensibles,  de 
même  que  le  bout  périphérique  du  nerf  vague.  Toutes 
les  plaies  furent  refermées,  et  l’animal  laissé  en  repos 
jusqu’au  lendemain. 

Le  lendemain  (12  août),  on  examina  la  racine  lom¬ 
baire,  et  l’on  constata  très  nettement  que  le  bout  central 
de  la  racine  antérieure  était  insensible,  tandis  que  le  bout 
périphérique  fut  trouvé  sensible  tout  autant  qu’il  l’était 
la  veille.  On  divisa  alors  la  racine  postérieure  corres¬ 
pondante,  et  aussitôt  la  sensibilité  disparut  dans  la 
partie  périphérique  de  la  racine  antérieure. 

Exp.  (17  août.  18A7).  —  Sur  un  chien  adulte  et  de 
taille  moyenne,  ayant  en  le  canal  vertébral  ouvert  dans 
la  région  lombaire ,  on  trouva  les  racines  antérieures 
douées  de  peu  de  sensibilité  après  l’opération.  Bien® 
cette  sensibilité  devint  très  manifeste  et  put  être  con¬ 
statée  de  la  manière  la  plus  évidente. 

Exp.  (19  août  18i7).  —  Cette  expérience,  à  laquelle 
assistaient  M.  Flourens  etM.  le  docteur  Philipeaux,  fut 
faite  sur  un  vieux  chien  ayant  une  maladie  de  la  peau. 
On  mit  à  nu  la  moelle  épinière  comme  à  l’ordinaire. 
Lors  de  la  section  de  la  peau  et  même  de  l’ouverture 
du  canal  vertébral,  l’animal  resta  immobile  et  ne  poussa 
aucun  cri  ;  aussitôt  après l’ouvertUré  dû  canal,  On  sépara 
les  racines  antérieures  des  racines  postérieures  sans  que 
l’animal  poussât  aucun  cri.  Après  avoir  soulevé  sur  un 
fil  les  racines  de  la  sixième  et  de  la  septième  paire 
lombaire,  on  recousit  la  plaie,  et  on  laissa  l’animal  re¬ 
poser  pendant  deux  heures. 


>ment  où 


Alors  on  découvrit  la  plaie  et  l'on  pinça  la  rai 
rieure  de  la  septième  paire  lombaire,  Au  mi 
l’on  pinçait,  l’animal  fit  un  mouvement  généi 
mais  ne  poussa  aucun  cri.  En  pinçant  le  bout  central , 
l’animal  ne  fit  aucun  mouvement.  En  recommençant 
sur  le  bout  périphérique,  on  vit,  outre  la  simple  con¬ 
traction  des  muscles  auxquels  se  rend  la  racine ,  un 
mouvement  plus  général ,  qui  indiquait  évidemment  de 
la  douleur,  mais  l’animal  ne  poussa  aucun  cri. 

On  agit  alors  sur  la  racine  antérieure  de  la  sixième 
lombaire,. et  l’on  obtint  les  mêmes  résultats  que  ceux 
qui  ont  été  signalés  pour  la  septième.  Alors  on  coupa 
la  racine  postérieure,  ce  qui  produisit  chez  l’animal  une 
agitation  assez  grande ,  mais  à  peine  quelques  cris.  Le 
bout  périphérique  de  la  racine  postérieure  était  devenu 
par  suite  promptement  insensible ,  ainsi  que  le  bout 
périphérique  de  la  racine  antérieure  qui,  par  le  pin¬ 
cement  ,  né  produisit  plus  le  mouvement  précédemment 
indiqué.  Le  bout  central  de  la  racine  postérieure  avait 
conservé  sa  sensibilité. 

Ce  chiep  était  donc  par  sa  nature  excessivement  peu 
sensible,  comme  le  prouvèrent  d’autres  expériences 
faites  sur  lui  dans  le  but  d’étudier  l’influence  de  la 
moelle  épinière  sur  le  cœur. 

Exf.  —  Sur  un  chien  adulte ,  vigoureux,  à  jeun  de¬ 
puis  la  veille,  on  mit  à  découvert  la  moelle  épinière 
dans  la  région  lombaire,  comme  àl’ordioaire.  L’animal, 
sans  avoir  perdu  beaucoup  de  sang,  était  un  peu  abattu 
et  engourdi  immédiatement  après  l'Opération.  On  passa 
à  l’instant  même  un  fil  au-dessous  de  la  racine  antérieure, 


95  SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE, 

et  on  laissa  le  chien  reposer  pendant  huit  ou  dix  mi¬ 
nutes  ;  après  quoi  oh  constata  de  la  manière  la  plus 
nette  une  sensibilité  vive  dans  la  racine  antérieure, 
lorsqu’elle  était  intacte.  On  la  coupa  et  ranimai  bri'aau 
moment  de  la  séction  ;  des  deux  bouts ,  le  périphérique 
seul  resta  très  sensible;  alors  on  coupa  la  racine  posté¬ 
rieure  :  l’animal  poussa  des  cris  plus  longtemps  prolon¬ 
gés  que  ceux  que  lui  avait  arrachés  la  section  dë'la 
racine  antérieure.  Aussitôt  la  sensibilité  avait  disparu 
du  bout  périphérique  de  la  racine  postérieure ,  et,  des 
quatre  bouts  résultant  de  la  double  section  des  racines, 
le  bout  central  de  la  racine  postérieure  était  le  seul  qui 
fût  resté  sensible. 

Cette  expérience,  qui  a  présenté  une  très  grande 
netteté  dans  ses  résultats,  a  été  faite  devant  MM.  Melloni, 
de  Naples,  Magendie  et  Rayer. 

Exp.  (18  novembre  1847).  ■ —  M.  Mianowski,  dé 
Saint-Pétersbourg,  assistait  à  cette  expérience. 

Sur  un  chien  qui  avait  un  tic  convulsif  général  dans 
les  membres,  une  sorte  de  chorée,  on  mit  à  décoil- 
vért  la  moelle  dans  la .  région  lombaire ,  comme  à 
l’ordinaire.  Les  mouvements  choréiques  rendirent  l’ex¬ 
périence  un  peu  plus  longue  et  l’animal  perdit  beaucoup 
de  sang. 

-  Après  l’opération,  le  chien  était  affaibli,  mais  son  tic 
ne  parut  en  rien  modifié.  11  consistait  toujours  dans  des 
mouvements  convulsifs  survenant  simultanément  dans 
lés  quatre  membres,  dans  les  muscles  abdominaux  et 
dans  lés  oreilles. 

Alors  on  coupa  la  racine  antérieure  d’une  paire  lom- 


baire  mise  à  nu,  sans  que  l’animal  en  éprouvât  aucune 
douleur.  LepincemëntdU.boutpériphérique  détermina 
une  douleur  évidente,  mais  pas  très  développée.  En 
voulant  élargir  la  plaie ,  on  coupa  incomplètement  la 
racine  postérieure  de  la  paire  située  au-dessus;  l’ani¬ 
mal  poussa  des  cris.  Alors,  après  un  quart  d’heure  de 
repos,  on  pinça  de  nouveau  le  bout  périphérique  de  la 
racine  antérieure  précédemment  essayée,  et  l’animal 
éprouva  Une  douleur  très  nette,  plus  développée  que 
la  première  fois.  A  ce  moment  on  coupa  la  racine  pos¬ 
térieure  correspondante  ;  aussitôt  là  sensibilité  du  bout 
périphérique  de  la  racine  antérieure  disparut. 

Aussitôt  après  la  section  dé:  ces  deux  racines  le  tic 
çessa.dans  cette  jambe,  mais  bientôt  il  reparut. 

On  coupa  la.  racine  postérieure  d’une  autre  paire 
lombaire,  et.,  le  tic  disparut  de  même  pour  reparaître 
bientôt. 

Exp.  (15  décembre  1847).  —  Expérience  à  laquelle 
assistaient  MM.  de  Humboldt  et  Magendie. 

Sur  un  chien  adulte!  bien  portant,  les  racines  lom¬ 
baires  étaient  déjà  mises  à  découvert  depuis  quelque 
temps,  lorsqu’on  pinça  une  racine  antérieure;  on  la 
trouva  parfaitement  sensible.  Eell&fci  étant  coupée,  le 
bout  .périphérique  seul  resta  sensible. 

Lorsqu’on  coupa  ensuite  la  racine  postérieure  cor¬ 
respondante,  la  sensibilité  disparût  dans  la  racine  anté- 

•  -Bap,  [Il  février  18484, --  Sur  un.chien  encore  jeune, 
de  taiUet.ordiuaire ,  bien  nourri ,  on.  mit  à  découvert  les 
racines  lombaires  du  côté  droit,  et  l’on  constata  la  sensi- 


bilité  récurrente  des  racines  antérieures.  On  coupa  deux 
racines  antérieures;  leur  bout  périphérique  était  resté 
sensible.  Coupant  ensuite  les  deux  racines  postérieures 
correspondantes,  la  sensibilité  disparut  dans  la  racine 
antérieure  correspondante.  On  recousit  la  plaie  et  l’on 
garda  l’animal  afin  d’examiner  ultérieurement  ses  ra¬ 
cines  lorsqu’elles  seraient  cicatrisées. 

Le  22  mars ,  la  plaie  du  dos  était  complètement 
cicatrisée.  L’animal  était  bien  portant,  seulement  il 
avait  maigri.  L’animal  fut  . sacrifié  dans  d’autres  expé¬ 
riences,  et  l’on  fit  l’autopsie  de  la  moelle.  Les  racines 
étaient  dans  un  magma  de  tissu  cicatriciel  qui  en  ren¬ 
dait  l’examen  très  difficile.  Relativement  aux  racines 
coupées  dans  le  membre  postérieur  droit,  on  remarqua, 
aussitôt  après  l’expérience,  qu’il  y  avait  un  affaiblisse¬ 
ment  des  mouvements  dans  le  membre,  une  sorte  de 
paralysie  partielle.  Lorsque  le  chien  fut  guéri,  et  la 
plaie  cicatrisée,  il  n’y  avait  aucune  trace  de  paralysie 
apparente 

Exp.  (juin  1848).  —  Expérience  à  laquelle  assistait 
M.  Hornerj  de  Philadelphie. 

Sur  un  gros  chat,  la  colonne  vertébrale  fut  ouverte 
dans  toute  sa  largeur,  et  la  moelle  fut  mise  à  découvert 
dans  la  région  lombaire.  On  isola  les  racines  antérieures 
des  deux  dernières  paires  lombaires  gauches;  on  passa 
des  fils  au-dessous  d’elles ,  après  quoi  on  referma  la 
plaie  sans  vérifier  l’état  de  leur  sensibilité.  Au  bout1  de 
trois  quarts  d’heure,  on  examina  de  nouveau  lès  racines 
antérieures,  et  l’on  constata  qu’elles  possédaient  une 
sensibilité  très  évidente. 


Exp.  (1848). — Un  chien  auquel  on  avait  fait  l’ou¬ 
verture  du  canal  vertébral  et  chez  lequel  on  avait  constaté 
la  sensibilité  récurrente  des  racines  antérieures,  vécut 
environ  quinze  jours  après  l'opération.. On  le  sacrifia 
alors  pour  une  autre  expérience  et  on  examina  ce 
qu’étaient  devenus  les  bouts  des  nerfs  divisés.  H  fut  dif¬ 
ficile  de  distinguer  dans  la  plaie  les  bouts  périphériques 
des  racines;  mais  il  fut  facile  de  constater  sur  les  bouts 
médullaires  que  le  bout  central  de  la  racine  antérieure 
présentait  nn  renflement  nettement  indiqué,  tandis  que 
le  bout  central  de  la  racine  postérieure  paraissait  comme 
infiltré,  mais  sans'  présenter  le  renflement  caractéristi¬ 
que  de  la  racine  antérieure. 


Grâce  aux  nombreuses  expériences  rapportées  dans 
les  précédentes  leçons,  le  phénomène  dé  la  sensibilité 
recurrenxe  nous  est  actuellement  bien  connu ,  non-seu¬ 
lement  dans  les  conditions  variées  qui  peuvent  le  mo¬ 
difier,  mais  aussi  dans  son  caractère  essentiel.  Sous  ce 
dernier  rapport,  nous  voyons  que  là  sensibilité  rééuri 
rente  de  la  racine  antérieure  n’est,  en  quelque  sorte, 
qu’une  prolongation  de  celle  de  la  racine  postérieure 
correspondante.  Il  faut  concevoir,  en  tout  cas,  Insensi¬ 
bilité  comme  provenant  d’une  source  unique,  delà  ra¬ 
cine  postérieure  et  se  propageant  vers  la  périphérie^ 
non-seulement  jusqu’à  la  peau ,  mais  pouvant  revenir 
par  la  racine  antérieure  jusqu’à  la  moelle  elle-même, 
comme  nous  le  dirons  plus  tard. 

On  pourrait  se  représenter  cette  distribution  ëï  ce 
trajet  de  la  sensibilité  récurrente  de  la  manière  sui¬ 
vante  (voyez  fig.  7)  : 

On  pourrait  considérer  qu’en  divers  points  de  la  ra¬ 
cine  postérieure  se  rencontrent  des  filets  de  retour 


«St 


exact  où  il  s'opère ,  le 
ainer  rigoureusement 
est  près  de  ï’extrémit 
principalement  ce  re 


antérieures  qui  concourent  à  sa  formation.  Mais,,  dans 
ce  cas ,  il  restait  encore  beaucoup  de  branches  au-dessus 
de  la  section  qui  peuvent  expliquer  cette  persistance  de 
la  sensibilité. 

Mais  toutefois,  quand  on  coupe  comme  l’avait  déjà  fait 
Magendie ,  le  tronc  nerveux  mixte  peu  après  la  jonction 
des  deux  racines,  sans  laisser  aucun  rameau  qui  émane 
de  cette  portion  du  nerf  mixte,  on  constate  que  la  sen¬ 
sibilité  récurrente  a  disparu  de  la  racine  antérieure 
correspondante,  ce  qui  prouve  que  ce  n’est  pas  au 
niveau  même  de  la  jonction  des  deux  racines  que  s’opère, 
d’une  manière  absolue  au  moins,  le  retour  des  filets. 

Plus  tard  nous  verrons,  en  étudiant  la  sensibilité 
récurrente  sur  des  nerfs  moteurs  crâniens,  des  nerfs 
mixtes,  que  la  sensibilité  récurrente  revient  principa¬ 
lement  par  les  anastomoses  terminales  du  nerf  sensitif 
avec  le  nerf  moteur. 

Lorsque  la  sensibilité  se  propage,  elle  s’étend  donc 
du  centre  à  la  périphérie,  et  de  la  racine  postérieure 
à  là  racine  antérieure;  mais  lorsqu’elle  se  retire,  elle 
disparaît  d’abord  dans  les  parties  les  plus  éloignées,  et  se 
conserve  plus  longtemps  dans  les  troncs  les  plus  rappro¬ 
chés  de  la  source  même  de  la  sensibilité.  C’est  ainsi  quels 
sensibilité  disparaît  par  exemple  dans  la  peau  avant  de 
disparaître  des  troncs  nerveux  ou  dans  la  moelleépmière, 
et  on  comprend  que  la  sensibilité  doive  disparaître 
d’abord  dans  la  racine  antérieure,  qui  est  plus  éloignée 
du  centre  sensitif  que  la  peau  elle-même. 

Ainsi,  on  aurait  donc  la  succession  suivante  pour  la 
disparition  de  la  sensibilité:  1»  insensibilité  des  racines 


SA  PROPAGATION.  101 

antérieures,  2”  de  la  peau ,  3"  dé  la  racine  postérieure, 
4"  de  la  moelle;  au  contraire,  l’ordre  inverse  serait  suivi 
dans  son  retour.  Cette  marche  de  la  sensibilité,  que  nous 
avons  déjà  établie  par  nos  expériences,  se  démontre  de 
la  manière  la  plus  nette  et  la  plus  facile  au  moyen  de 
l’éthérisation.  Nous  vous  avons  déjà  signalé  une  expé¬ 
rience  à  ce  sujet  (page  90),  mais  nous  vous.en  rappor¬ 
terons  encore  une  pour  mieux  fixer  ce  fait  important. 

.  Exp.  (13  juillet  1847).  —  Un  chien  adulte,  vigou¬ 
reux,  de  taille  moyenne,  à  jeun  depuis  trois  jours,  pa¬ 
raissait,  malgré  cela,  vif  et  bien  portant. 

On  ouvrit  comme  à  l’ordinaire  le  canal  vertébral  en 
faisant  toutefois  une  ouverture  un  peu  plus  considérable 
et  en  enlevant  quatre  lames  vertébrales  d’un  seul  côté. 
Alors  on  isola  une  racineantérieure;  on  la  coupa  sans  que 
l’animal  manifestât  de  douleur  au  moment  de  la  section. 
Cependant,  quand  on  pinçait  le  bout  périphérique  de 
cette  racine,  l’animal  manifestait  une  sensibilité  très 
évidente,  quoique  un  peu  obtuse.  Le  bout  central,  au 
contraire,  était  ci  implétement  insensible  ;  on  lia  alors  avec 
un  fil  chacun  des  deux  bouts  de  la  racine,  afin  de  pou¬ 
voir  mieux  les  retrouver  plus  tard  ;  on  recousit  la  plaie 
et  on  laissa  reposer  l’animal.  Aussitôt  après  l’opératioü, 
le  chien ,  qui  depuis  trois  jours  n’avait  pas  bu ,  but  con¬ 
sidérablement. 

Après  deux  heures,  on  décousit  la  plaie  et  on  examina 
les  bouts  de  la  racine:  la  sensibilité  n’avait  pas  très 
sensiblement  augmenté  dans  le  bout  périphérique  de  la 
racine  antérieure,  où  cependant  elle  existait  toujours 
d’une  manière  bien  évidente. 


On  avait  remarqué,  chez  ce  chien  à  jeun,  qu’au  mo¬ 
ment  de  l’ouverture  du  canal  vertébral  les  chainrdm- 
sées  par  l’opération  saignaient  peu;  tandis  que,  chez  les 
animaux  en  digestion  et  bien  nourris,  elles  saignent 
abondamment. 

_  On  remarqua  de  plus  qu’aussitôt  après  l’ouverture  du 
rachis,  la  dure-mère  et  les  membranes  qui  enveloppent 
la  moelle  paraissent  flasques  et  vides  de  liquide  céphalo¬ 
rachidien  ;  tandis  que  deux  heures  après,  lorsque -.le. 
chien,  avait  bu,  en  ouvrant  de  nouveau  la  plaie  elles 
étaient  tendues  et  pleines  d’un  liquide  transparent:  - 

Dans  une  autre  expérience  analogue,  on  observa 
cette  tension  des  membranes  par  le  liquide  céphalo¬ 
rachidien  ,  quelque  temps  après  que  l’animal  eut  bte 
Est -ce  une  simple  coïncidence,  ou  y  a-t-il  eu  réellement 
une  influence  de  l’eau  ingérée? 

Chez  notre  animal ,  les  bouts  de  la  racine  divisée; 
n’étaient  pas  turgescents  ;  la  réaction  de  la  plaie  était 
faible  ;  ou  recousit  la  peau  et  on  laissa  reposer  l’animal. 

Le  lendemain ,  H  juillet ,  on  redécousit  la  plaie,  on 
examina  les  racines  et  on  retrouva ,  eu  isolant  le  bûût> 
périphérique  de  la  racine  à  l’aide  du  fil  qui  la  mainte¬ 
nait,  que  la  sensibilité  persistait  toujours  dans  le  bout 
périphérique.  La  plaie  offrait  peu  de  réaction  et  laissait 
couler  un  liquide  séro-sanguinôlent;  alors  on  soumit  lé 
chien  à  l’éthérisation,  et  voici  ce  qui  arriva  : 

.  La  sensibilité  récurrente  disparut,  bientôt  du  bout 
périphérique  de  la  racine  antérieure,  tandis  que  la  sen¬ 
sibilité  de  la  racine  postérieure  correspondante  était  en¬ 
core  très  vive.  A  ce  moment,  la  sensibilité  de  la  peau 


SA  PROPAGATION . 


avait  également  disparu  :  quand  on  pinçait  la  peau  de 
la  face,  l’animal  ne  manifestait  aucune  douleur  par  des 
cris,  quoiqu’il  y  eût  des  mouvements  réflexes.  •  < 

.  On  n’a  pas  examiné  s’il  y  avait  des  mouvements  ré¬ 
flexes  dans  les  membres. 

En  poussant  l’éthérisation  plus  loin,  les  racines  posté¬ 
rieures:  devinrent  insensibles  quand  on  les  pinçait;  en: 
les  pinçant  alors  très  légèrement,  il  y  avait  des  mouve¬ 
ments  réflexes,  quoique  l’animal  ne  manifestât  aucune 
douleur  par  les  cris.  Quand  on  pinçait  une  racine  anté¬ 
rieure,  il  y  avait,  comme  à  l’ordinaire,  des  contractions 
très  limitées  dans  le  membre. 

En  cessant  l’éthérisation  et  laissant  l’animal  revenir, 
voici  ce  qu’on  observa  :  la  sensibilité  revint  d’abord 
dans  les  racines  postérieures,  et  ce  n’est  que  plus  tard 
qu'elle  apparut  dans  le  bout  périphérique  de  la  racine 
antérieure;  où  elle  se  manifesta  aussi  vive  qu’avant 
l’éthérisation;  On  éthérisa  de  nouveau  l’animal,  et. 
dans  ce  second  cas,  la  sensibilité  disparut  comme  dans 
le  premier,  d’abord  des  racines  antérieures,  puis  des 
racines  postérieures.  Mais,  cette  fois,  l’animal  succomba 
pendant  cette  éthérisation  ;  peut-être  a-t-il  moins  bien 
supporté  cette  opération  parce  qu’il  était  à  jeun. 

Exp.  (13  juillet  .1847).  —  Chien  de  taille  moyenne, 
âgé  de  six  mois  environ ,  nourri  depuis  quelques  jours 
avec  profusion,  et  ayant  fait  le  jour  même  un  repas 
très  copieux,  cinq  heures  avant  l’opération. 

L’ouverture  du  canal  rachidien  fut  pratiquée  comme 
à  l’ordinaire.  Au  moment  même  où  l’opération  venait 
d’être  faite,  toutes  les  racines,  comme  engourdies, 


SENSIBILITÉ 


dOft 

pouvaient  facilement  être  touchées  sans  provoquer  de 
douleur;  on  passa  le  petit  Crochet  entre  elles  de  manière 
à  les  séparer.  On  isola  alors  la  racine  antérieure  de  là 
septième  paire  lombaire,  en  l’attirant  en  dehors  de  la 
racine  postérieure. 

On  coupa  la  racine  sans  que  l’animal  donnât  des  signes 
de  douleur.  On  lia  les  deux  bouts,  afin  de  les  retrouver 
plus  tard.  On  constata  cependant,  à  ce  moment  de  l’dpés 
ration,  que  le  bout  périphérique  de  la  racine  antériènre- 
avait  une  sensibilité  fort  appréciable  quoique  obtuse;  le 
bout  central  était  complètement  insensible.  La  plaie  do 
dos  fut  ensuite  recousue  sans  douleur,  et  deux  heilres 
après  ou  examina  de  nouveau  la  plaie,  qui  était  devenue 
plus  sensible  et  était  le  siège  d’une  réaction  bien  pliis 
nette,  chez  cet  animal  en  digestion,  que  chez  leprécè-' 
dent  opéré  comparativement  alors  qu’il  était  à  jeun 
depuis  trois  jours.  Le  bout  périphérique  de  la  racine 
antérieure  était  alors  devenu  très  sensible.  : 

Le  lendemain,  vingt-quatre  heures  après  l’opération, 
la  plaie  était  enflammée,  suppurait  ;  tandis  que,  chez  le. 
chien  à  jeun,  elle  était  blafarde  et  n’offrait  pas  une  réac¬ 
tion  franche.  Le  bout  périphérique  de  la  racine  anté¬ 
rieure' était  toujours  très  sensible,  tandis  que  le  bout 
central  était  complètement  insensible.  f 

Alors  on  éthérisa  l’animal.  On  observa  que,  comme 

disparut  d’abord  ;  puis,  après,  celle  des  racines  postée 
rieures.  Lorsque  l’éthérisation  cessa ,  la  sensibilité  des 
racines  postérieures  revint  la  première,  puis,  après, 
celle  des  racmes  antérieures.  Deux  fois  on .1  éthérisa 


.  CAS  EXCEPTIONNELS.  105  . 

l’animal  et  deux  fois  on  obtint  les  mêmes  résultats. 

On  voit  donc,  par  les  expériences  qui  précèdent,  que 
non-seulement  l’éthérisation  met  en  évidence  la  voie  que 
suit  la  propagation  de  là  sénsibilité  récurrente,  mais 
encore  qu’elle  n’eu  empêche  pas  du  tout  la  manifesta¬ 
tion.  Aussi  l’éthérisation  est-elle  un  moyen  qu’on  peut 
employer  avec  avantage  pour  faire  l’opération  sur  les. 
animaux  chez  lesquels  on  veut  rechercher  et  étudier 
la  sensibilité  récurrente.  Si  nous  n’avons  pas  indiqué  ce 
moyen  dans  le  procédé  opératoire,  cela  ,  tient  à  ce  que 
nous  avions  fait  nos  premières  opérations  dans  un 
temps  où  l’éthérisation  n’était  pas  connue.  M.  Schiff, 
dans  les  expériences  qu’il  a  faites  plus  récemment,  ex¬ 
périences  confirmatives  de  la  sensibilité  récurrente, 
s’est  constamment  servi  de  l’éthérisation. 

Actuellement ,  messieurs,  après  avoir  passé  par  une 
série  de  lougues  recherches,  nous  sommes  fixé  sur  la  si¬ 
gnification  du  phénomène  de  la  sensibilité  récurrente,  et, 
nous  sommes  arrivé  à  vous  montrer  qu’il  faut  voir  dans 
ce  phénomène  un  rapport  physiologique  unissant  entre 
elles  et  deux  à  deux  la  racine  antérieure  et  la  racine  pos¬ 
térieure  de  chaque  paire  rachidienne.  Dans  les  expé¬ 
riences  très  multipliées  que  nousavons  faites,  nous  avons 
constamment  trouvé  que  la  sensibilité  de  la  racine  anté¬ 
rieure  est  sous  la  dépendance  directe  et  exclusive  delà 
racine  postérieure  correspondante. 

Deux  cas  exceptionnels  seulement  se  sont  montrés  à 
notre  observation  ;  ces  faits  ne  changent  rien  au  -prin¬ 
cipe  général  du  phénomène,  mais  ce  sont  des  variétés 
rares  quj  méritent  de  vous  être  signalées. 


106 


SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE. 


Exp.  (12  août  1847).  —  Sur  un  chien  d’assez  forte 
faille,  encore  jeune,  on  mit  à  découvert,  par  le  pro¬ 
cédé  ordinaire,  les  sixième  et  septième  paires  lombaires 
et  première  sacrée  du  côté  droit;  aussitôt  après  l’opéra¬ 
tion,  on  put  lés  toucher  avec  la  pince ,  séparer  la  râcinë1 
antérieure  de  la  postérieure  avec  le  crochet,1  sans  que 
l’animal  accusât  de  la  douleur.  On  profita  de  cette  espèce 
d’engourdissement  des  nerfs  pour  passer  des  fils  au- 
dessous  des  racines  antérieures  de  la  sixième  paire  ét  dé 
la  septième  paire  lombaire  et  de  la  première  sacrée.  I 

Le  chien  fut  opéré  à  une  heure,  et  une  heure  et  demie 
après  il  fut  examiné;  on  trouva  une  sensibilité  très 
évidente  dans  les  racines  antérieures  des  paires  sixième, 
septième  lombaires,  et  première  sacrée;  on  souleva, ira 
isola  ces  racines  au  moyen  des  fils  préalablement  passés 
au-dessous.  Alors  on  coupa  la  racine  antérieure  de  la 
septième  lombaire  :  le  bout  central  devint  insensible, 
et  le  périphérique  conserva  sa  sensibilité.  On  divisa 
ensuite  la  racine  postérieure  correspondante,  ét  on 
observa  ce  fait  jusqu’alors  exceptionnel,  que  la  sensi¬ 
bilité  du  bout  périphérique  de  la  racine  antérieure  per¬ 
sistait  toujours. 

Ce  fait  était  trop  remarquable  pour  qu’on  le  laissât 
passer.  A  diverses  reprises,  on  le  vérifia  avec  soin,  et  on 
s’assura  que  le  résultat  constaté  ne  tenait  pas  à  une 
erreur  d’observation  ;  on  remarqua  pourtant  que  cette 
sensibilité,  qui  n’était  pas  douteuse,  paraissait  un  peu 
moins  vive  qu’avant  la  section  de  la  racine  posté¬ 
rieure.  Alors  on  coupa  la  racine  postérieure  de  la  pre¬ 
mière  paire  sacrée  lombaire  ,  et  on  trouva  qué  sa  racine 


107 


antérieure  correspondante  devint  immédiatement'  in¬ 
sensible,  mais  que  la  sensibilité  du  bout  périphérique  de 
la  racine  antérieure  de  la  septième  paire  lombaire  n’en 
persistait  pas  moins.  Alors  on  coupa  la  racine  posté¬ 
rieure  de  la  paire  rachidienne  située  au-dessus  (sixième 
lombaire)  :  aussitôt  la  sensibilité  disparut  complètement 
dans  le  bout  périphérique  de  la  racine  antérieure  de  la 
septième  paire  lombaire  :  ce  qui  prouve  que,  dans  Ce  cas, 
il  y  avait  deux  racines  postérieures  qui  tenaient  sous 
leur  dépendance  là  sensibilité  de  la  racine  antérieure  de 
la  septième  paire  lombaire. 

Dans  cette  expérience,  on  examina  après  l’opération 
la  disposition  anatomique  dès.  racines  dans  le  canal  ver¬ 
tébral,  et  on  n’y  vit  rien  d’anormal  en  apparence  ;  mais 
il  faut  ajouter  que  cette  dissection  fut  faite  trop  rapide¬ 
ment:  nous  expérimentions  ce  jour-là  à  . l’amphithéâtre 
des  hôpitaux  de  Clamart,  en  présence  de  MM.  Serres  et 
Deville. 

Dans  une  autre  occasion ,  je  retrouvai,  en  faisant  le 
cours  au  Collège  de  France,  le  même  fait  sur  la  même 
paire  rachidienne.  Je  disséquai  Cette  fois  avec  beaucoup 
de  soin  la  pièce,  et  je  trouvai  que,  tout  près  du  trou  de 
conjugaison,  dans  l’intérieur  du  canal  vertébral,  le  gan¬ 
glion  intervertébral  de  la  sixième  paire  était  soudé  et  en 
partie  confondu  avec  celui  de  la  septième  (fig.  8) . 

Ces  anomalies  que  nous  venons  de  vous  signaler,  et 
qui  sont  sans  doute  très  rares  dans  la  région  lombaire, 
représentent  un  état  plus  avancé  de  l’association  des  nerfs 
que  nous  retrouverons  plus  tard,  et  dans  lequel  nous 
verrons  qu’un  même  nerf  moteur  peut  recevoir  la 


RÉSUMÉ.  109 

et  qui  appartient  exclusivement  à  la  paire  nerveuse  élé¬ 
mentaire,  c’est  celui  où  une  racine  antérieure  reçoit  sa 
sensibilité  exclusivement  de  la  racine  postérieure  cor¬ 
respondante.  En  faisant  allusion  uniquement  à  ce  cas 
simple,  nous  dirons  quel'On  peut  résumer  ainsi  qu’il  suit 
les  caractères  des  deux  racines  d’une  paire  rachidienne  : 

1"  Lorsqu'on  examine  les  deux  racines  antérieure  et 
postérieure  ,  toutes  deux  sont  sensibles.Lorsque,  par  un 
moyen  quelconque,  on  épuise  la  sensibilitë;  de  l’animal, 
elle  disparaît  dans  l’ordre  suivant  :  racine  antérieure , 
peau,  racine  postérieure,  moelle,  pour  reparaître  dans 
un  ordre  inverse ,  lorsque  la  sensibilité  générale  vient  à 

2°  Lorsqu’on  coupe  la  racine  antérieure,  la  postérieure 
restant  intacte,  le  bout  central  de  cette  racine  antérieure 
devient  seul  insensible. 

3*  Lorsqu’on  coupe  la  racine  postérieure,  la  racine  an¬ 
térieure  devient  insensible,  ainsi  que  le  bout  périphérique 
de  la  racine  postérieure  coupée.  Ces  caractères  distin¬ 
guent  les  racines  nerveuses  pures  avant  leurs  anasto¬ 
moses.  S’il  s’agissait  des  rameaux  d’un  nerf  mixte,  les 
caractères  deviendraient  d’une  tout  autre  nature. 


HO  SENSIBILITÉ  RÉCURRENTE 

.  Quand  on  divise  le  tronc  d’un, nerf  mixte ,  les  deux 
bouts  seront  sensibles,  parce  qu’il  reste  des  anastomosa 
qui  peuvent  ramener  la  sensibilité  dans  le  bout  périphè 
rique.  Tel  est  le  cas  du  facial ,  comme  nous  l’avons  df 
vu,  et  tel  serait  sans  doute  le  cas  d’un  rameau  quelconque 
du  nerf  sciatique. 

Mais  la  sensibilité  récurrente  ne  s’arrête  toutefois  pas 
à  la  racine  antérieure  elle-même;  elle  se  propage  jus¬ 
qu’au  faisceau  antérieur  de  la  moelle,  où  nous  devons 
actuellement  la  poursuivre. 

Lorsqu’on  examine  la  moelle  épinière,  on  sait  qu’elle 
est  composée  de  deux  moitiés  symétriques;  chaque 
moitié  peut  être  considérée  comme  formée  de  trois  fais¬ 
ceaux  :  l’un  antérieur,  un  autre  latéral,  le  troisième  .pos- 
térieur.  Les  racines  postérieures  naissent  du  sillon  qui 
sépare  le  faisceau  postérieur  du  faisceau  latéral;  les 
racines  antérieures  naissent  du  sillon  qui  sépare  le  fais¬ 
ceau  antérieur  du  faisceau  latéral. 

Prenant  un  animal  dans  de  bonnes  conditions,  ç’est- 
à-dire  vigoureux,  bien  nourri,  et  offrant  aux  causes 
d’épuisement  qu’entraîne  l’opération  une  résistance  suf¬ 
fisante,  on  pourra  chercher  sur  lui  quelles  relations  exis¬ 
tent  ,  au  point  de  vue  de  la  sensibilité,  entre  les  diffé¬ 
rentes  parties  de  la  moelle  épinière.  Or,  lorsqu’on  vient 
à  piquer  la  moelle  avec  une  aiguille  à  cataracte,  on  la 
trouve  sensible  partout.  Si  l’on  coupe  alors  une  racine 
antérieure,  on  trouve,  tout  autour  de  l’insertion  du  bout 
central  coupé  une  zone  qui  est  devenue  insensible  dans 
une  hauteur  peu  étendue  :  cette  insensibilité  a  pour 
siège  le  faisceau  antérieur  et  une  partie  du  faisceau  Iaté- 


DANS  LA  MOELLE  ÉPINIÈRE.  111 

pal.  Nous  verrons  plus  tard  que  cette  zone  peut  être 
considérée  comme  un  centre  d’où  émane  la  racine  an¬ 
térieure.  Le  faisceau  antérieur  et  une  partie  du  faisceau 
latéral  recevraient  donc  leur  sensibilité  de  la  racine  pos¬ 
térieure  par  la  racine  antérieure. 

Quand  au  contraire  on  a  coupé  une  racine  postérieure 
de  la  paire  rachidienne ,  le  faisceau  postérieur  de  la 
moelle  reste  toujours  sensible. 

Si ,  au  lieu  de  couper  les  racines,  on  éthérisé  simple¬ 
ment  l’animal,  la  sensibilité  finit  par  disparaître  :  elle 
abandonne  d’abord  les  faisceaux  antérieurs  de  la  moelle, 
la  moitié  antérieure  du  faisceau  latéral  et  la  racine 
antérieure;  plus  tard  elle  disparaît  de  la  racine  posté¬ 
rieure,  de  la  partie  postérieure  du  faisceau  latéral  et  du 
faisceau  postérieur.  Toutefois  le  faisceau  postérieur  ne 
devient  pas  tout  entier  insensible,  et  la  sensibilité  m’a 
paru  persister  en  arrière  dans  la  partie  la  plus  rappro¬ 
chée  du  sillon  postérieur. 

Vous  voyez,  par  tout  ce  qui  précède,  que  la  moelle 
tout  entière  .est  sensible;  qu’il  faut  chercher  dans  le 
faisceau  postérieur  seul  l’origine  de  cette  sensibilité; 
que  la  sensibilité  du  faisceau  postérieur,  ne  se  transmet¬ 
trait  pas  directement  aux  autres  parties  de  la  moelle, 
mais  qu’elle  leur  arriverait  par  un  long  circuit. 

La  persistance  de  la  sensibilité  dans  une  partie  du 
faisceau  postérieur  montrerait  en  outre  qu’il  y  a,  au  point 
de  vue  des  propriétés,  communication  des  racines  pos¬ 
térieures  les  unes  avec  les  autres,  tandis  qu’il  n’y  a  pas 
communication  entre  les  racines  antérieures. 

Nous  avons,  messieurs,  insisté  longuement  sur  l’his¬ 
toire  de  la  sensibilité  récurrente,  non-seulement  parce 


112 


que  c’éSt  un  phénomène  nerveux  de  la  plus  haute  im¬ 
portance,  mais  parce  que  nous  voulions  vous  montrer 
parquellè  série  de  vicissitudes  peuvent  passerlesquestiors 
scientifiques  avant  d’arriver  à  l’état  de  vérité  démontrée. 

Aujourd’hui  la  sensibilité  récurrente  est  arrivée  à 
ce  point  de  son  développement,  que  c’est  un  fait  acquis 
pour  toujours  à  la  science,  et  que  personne  ne  saurait 
plus  la  nier  en  se  mettant  dans  les  conditions  convena¬ 
bles  pour  l’observer. 

Du  reste,  des  travaux  en  harmonie  avec  les  conclusions 
que  nous  vous  avons  données  relativement  à  celte 
propriété  nerveuse,  sont  venus  ajouter  leur  autorité  à 
celle  de  nos  propres  observations.  M.  Schiff,  ainsi 'que 
nous  l’avons  déjà  dit,' a  publié  sur  ce  sujet  des  expé¬ 
riences  plus  récentes  et  confirmatives. 

Enfin ,  messieurs,  nous  sommes  arrivé  au  but  que 
nous  nous  étions  proposé  d’atteindre  :  c’était  de  vous  dé¬ 
velopper  notre  argument  en  faveur  de  notre  manière  de 
considérer  la  paire  nerveuse.  Nous  vous  avons  fourni  la 
preuve  que  les  éléments  de  la  paire  nerveuse,  quoique 
doués  de  fonctions  différentes,  sont  cependant  unis 
physiologiquement  par  une  propriété  commune  qui  les 
lie  les  unes  aux  autres  pour  constituer  un  type  fonc¬ 
tionnel  que  nous  devrons  toujours  avoir  dans  l’esprit, 
afin  de  ne  pas  perdre  de  vue  l’association  des  phéno¬ 
mènes  nerveux  dans  l’analyse  physiologique  que  nous 
serons  obligé  d’en  faire.  Actuellement  que  nous  avons 
établi  la  nature  de  cette  solidarité  de  la  paire  nerveuse, 
nous  commencerons  dans  une  prochaine  leçon  l’étude  dés 
fonctionsetdes  propriétésdesélémentsquila  constituent. 


SEPTIÈME  LEÇON. 


Maintenant  que-  nous  sommés  édifiés  sur  la  constitu¬ 
tion  de  ce  qu’on  appelle  là  paire  nerveuse  ,  et  Sur  la 
propriété  (sensibilité  récurrente),  qui  unit  ses  deux  élé¬ 
ments,  je  fixerai  votre  attention  sur.  quelques  considéra¬ 
tions  générales  qui  Se  rattachent  aux  fonctions  des  dèux 

-  Vous  savez  qu’au  point  de  vue  de  leurs  Usages,  on  a 
distingué  les  nerfs  en  moteurs  et  sensitifs.  Cependant 
il'  ést  essentiel  d’indiquer  cé  qu’on  doit  entendre,  par 
un  nerf  moteur.  Ainsi y  on  se  tromperait  en  pensant 
qu’on  ne  peut  déterminer  le  mouvement  qu’en  agissant 
directement  sur  le  nerf  moteur  ;  le  nerf  moteur  est  sim¬ 
plement  conducteur  des  excitations  motrices  volontaires 
ou  involontaires,  Quant  à  la  racine  postérieure,  elle 
transmet  au  smsmium  commune  la  sensation  des. ex- 
citations  portées  sur  la  partie  à  laquelle  elle  se  .dis- 

Les  expériences  sur  les  fonctions  des  racines  Ont  été; 


114  FONCTIONS  DES  RACINES  RACHIDIENNES, 
faites  d'abord  par  Magendie  sur  des  animaux  supérieurs; 
Müller  les  a  instituées  sur  des  grenouilles,  qui  résistent 
mieux  aux  grandes  mutilations.. 

Expérience.  -^-  Voici  une  - grenouille  dont  la  moelle 
épinière  a  été  mise -à  nu.  D’un  côté,  j’ai  coupé  les 
patrp  raCine§  postérieures  pi  donnent  la  sensibilité 
au  membre  postérieur  correspondante  Vous  voyez  que 
cependant  les  deux  membres  postérieurs  sont  animés 
de  mouvement,  et  agissent  tous  deux  pour  sauter,  pour 
nager.  Si  l’on  vient  maintenant  à  pincer  les  deux  mem¬ 
bres  postérieurs,  on  voit  que,  du  côté  où  tous  les  nerfs  ont 
été  respectés,  on  ne  peut  y  toucher  sans  provoquer  line  i 
douleur  qui  se  traduit  par  un  retrait  du  membre  éSpat 
des  efforts,  pour  fuir;  tandis  que  l’on  peut-pincer  ta 
patte  dont  les  nerfs  sensitifs  ont  été  coupés  sans  pro¬ 
voquer  la  moindresensation,  sans  déterminer  lé  retrait 
du  membre. 

Voici  une  autre  grenouille  chez  laquelle  j’ai  coupé,  i 
droite,  les  racines  antérieures  qui  se  rendent  au  membre 
postérieur,  et  à  gauche,  les  racines  postérieures,  la 
patte  gauche,  qui  se  meut  enGoré  bien,  est  insensible, 
comme  le  montrent- les  excitations  portées  eu  vain  sur 
elle;  la  patte  droite  est  immobile,  mais  elle  est  restée 
sensible,  car  si  l’on  vient  à  la  pineer,  on  détermine  dès 
mouvements  par  lesquels  l’animal  cherche  à  fuir,  mouve¬ 
ments  auxquels  cette  patte  ne  saurait  d’ailleurs  prendra 
part.  Cette  expérience,  déjà  plus  compliquée, et  plus  dif¬ 
ficile,  nous  montre  un  membre  paralysé  du  mouvement 
qui  est  resté  sensible,  tandis  que  le  membre  opposé,  qui 
a  gardé  sa  motilité,  est  devenu  insensible.  '  .  f 


FONCTIONS  DES  R4CINES  -RACHIDIENNES:'.  1  15 

Des  résultats  analogues  s’observent  lorsqu’on  opère  sur 
les  animaux  élevés. 

Que  conclure  de  là?  —  Si  ce  n’est  que  les  racines 
antérieures  représentent,  dans  la  paire  nerveuse,  l’ élé¬ 
ment  moteur,'  et  les  racines  postérieures  l’élément  sen¬ 
sitif.  :  ■ 

Personne  ne  saurait  plus  nier  les  résultats  de  ces 
expériences  ,  mais  ils  ont  pu  cependant  être  diversement 
interprétés.  Ainsi  ,  Arnold  observant  qu’après  la  section 
des  racines  postérieures  Iapeau  est  insensible,  qu’après  la 
section  des  racines  antérieures  les  muscles  ne  se  meuvent, 
plus  volontairement,  n’y  voit  pas  la  preuve  que  [es  racines 
antérieures  soient  entièrement  dépourvues  de  seqsitivité . 

Ne  rencontrant  pas  seulement  du  mouvement  dans 
las  muscles,  mais  leur  reconnaissant  une  sensibilité; 
trouvant  d’autre  part  que  la  peau  elle-même  renferme 
dans  ,  certaines  proportions  des  éléments  contractiles  et 
qu’elle  est  le  siège  de  certains  mouvements,  Arnold  veut 
qu’on  regarde  lés  racines  postérieures  comme  peaus- 
sières,  et  les.  racines  antérieures  comme  musculaires, 
les  unes  et  les  autres  possédant ,  quoiqu’à  des  degrés 
divers,  les  deux  attributs  du  système  nerveux.  B  pense 
que  les  racines  antérieures  sont  molriées  et  sensitives 
pour  les  muscles,  et  que  les  racines  postérieures  sont 
sensitives  et  motrices  pour  la  peau. 

Vous  voyez  déjà  qu’il  n’y  a, dans  ces  idées,  qu’upe 
interprétation  théorique  qui  pourrait  à  la  rigueur 
rendre  compte  des  faits  observés  alors  qu’on  coupe  les 
racines  nerveuses  antérieures  ou  postérieures..  Cepen¬ 
dant  cette  opinion  n’est  pas  justifiée  par  les  faits. 


116  JONCTIONS  DES  RACINES  RACHIDIENNES. 

Le  muscle  qui  reçoit  un  filet  moteur  d’une  rame 
antérieure,  ne  reçoit  pas  de  la  même  racine  son  filet 
sensitif. 

Èn  effet,  vous  savez  que  les  manifestations  sensitives 
se  propagent  de  la  périphérie  au  centre.  Si  les  muscles 
tenaient  leur  sensibilité  de  la  racine  antérieure,  mixte, 
on  devrait,  lorsqu’on  coupe  la  racine  antérieure  retrouver 
un  peu  de  sensibilité  dans  son  bout  central.  Or,  il  n’eu 
est  rien  :  on  peut,  en  pinçant  ce  bout  central,  se  con¬ 
vaincre  qu’il  est  insensible  et  ne  renferme  pas  de  fibres 
sénsitives;  le  bout  périphérique  seul,  vous  le  savez,  coin 


D’ailleurs  on  peut  vérifier  que  les  racines  antérieures 

ne  sont  pas  mixtes 

par  les  expériences  dans  lesquelles 

ôn  a  coupé  les  raci 

nés  postérieures  seules.  On  voit  aloS 

que  les  mouvemen 

ts  de  l’animal  insensible  nesontplus 

calculés.  Leur  défa 

ut  d’harmonie  est,  dans  ce  cas,;uue 

preuve  de  la  perte 

:  de  cette  sensation  musculaire  qui 

les  coordonne  et  e 

in  règle  la  portée.  Chez  les  animaux 

rendus  insensibles 

par  la  section  des  racines  posté? 

verons  plus  tard  ce  défaut  de  coordi- 

nation  des  mouven 

lents  musculaires. 

■  D’après  les  faits, 

on  doit  donc,  admettre  que  les  racines 

antérieures  président  seulement  à  la  mobilité,  soit  des 

muscles,  soit  des 

éléments  contractiles  de  la  peau  ou 

d’autres  organes  telles  que  les  glandes,  etc. ,  etque  les  ra- 

cines  postérieures  r 

ecueillentles  impressions  sensibles  et 

delà  peau  et  des  mu 

iscles  et  de  toutes  les  parties  du  corps. 

Nous  verrons,  d 

'ailleurs,  que  cette  distinction  entre 

.FONCTIONS  DES  RACINES'  RACHIDIENNES.  117 
dans.le:  grand  sympathique,  où  elle  se  manifestera  par. 
des  phénomènes  beaucoup  plus  variés  que  dans  les 
organes. extérieurs. 

Lorsqu’on  a  constaté  dans  les  racines  nerveuses  les 
aptitudes  fonctionnelles  différentes  que  je  viens  de  vous 
signaler,  on  peut  reconnaître  que  ces  propriétés  spécifi¬ 
ques  persistent  encore  quelque  temps  .dans  le  nerf, 
après  qu’on  en  a  opéré  la  section.  Seulement,  comme 
les  propriétés  que  nous  avons  reconnues  aux  nerfs  se 
manifestent  dans  mi  ordre  qui  assigne  une  direction  fixe 
à  la  transmission  dont  ils  sont  chargés,  il  faudra  recher¬ 
cher  ces  propriétés  dans  le  bout  périphérique,  quand  on 
étudiera  les  racines  antérieures;  dans  le  bout  central, 
quand  il  s’agira  des  racines  postérieures. 

La  racine  antérieure  étant  coupée,  les  parties  aux¬ 
quelles  elle  sedistribue  ont  perdu  le  mouvement  volon¬ 
taire;  mais  le  nerf  est  encore  sensible  aux  excitations 
mécaniques,  et  l’on  peut,' grâce  à  ces  excitations,  pro¬ 
duire  le  mouvement  dans  des  parties  d’où  le  mouvement 
volontaire  a  disparu. 

Lorsqu’au  lieu  de  couper  la  racine  antérieure  on  coupe 
la  racine  postérieure,  on  peut  ensuite ,  sans  produire 
aucun  effet,  pincer  le  bout  périphérique;  mais  le  bout 
central  resté  sensible  peut  encore  .percevoir  les  impres¬ 
sions  douloureuses  lorsqu’on  agit  sur  lui,  et  même  réagir 
surk  faculté  motrice  de  la  racine  antérieure,  pour  dé¬ 
terminer  des  mouvements  réflexes. 

On  pourra  donc,  par  l’excitation  mécanique  portée  sur 
les  racines  rachidiennes  intactes  d’un  animal,  produire 

des  mouvements,  qui  pour  la  racine  antérieure  seront 


118  PROPRIÉTÉS  DES  RACINES  RACHIDIENNES. 

limitésdans  la  partie  à  laquelle  se  distribue  la  paire  ner¬ 
veuse,  et  pour  la  racine  postérieure  seront  plus  étendus» 
tendront  à  se  généraliser.  Il  suffira  ensuite  de  savoir  que 
si  la  racine  postérieure  sur  laquelle  on  agit  est  coupée, 
on  devra  pincer  le  bout  central ,  tandis  que  ce  seii  le 
bOiit  périphérique  pour  la  racine  antérieure, 

La  persistance  des  propriétés  des  nerfs  permet  ainsi 
de  distinguer  les  nerfs  moteurs  des  nerfs  sensitifs  sur  un 
animal  récemment  mort.  . 

Voici,  par  exemple,  une  grenouille  que  nous  décapw 
tons  ;  elle  ne  saurait  plus  avoir  de  mouvements  volon¬ 
taires;  mais,  en  pinçant  les  deux  ordres  de  racines  in¬ 
tactes,  on  a  des  mouvements  dans  les  deux  cas.  Puis,  si 
on  le  coupe,  on  reconnaît  la  racine  postérieure  à  Ce  que 
les  mouvements  se  produisent  par  le  pincement  du  bout 
central,  et  la  racine  postérieure  à  ce  qu’ils  se  produisent 
par  le  pincement  du  bout  périphérique.  .  vea 
Il  y  a  donc  persistance  de  ces  propriétés  nerveuks 
après  la  mort,  et  persistance  d’autant  plus  grande  que 
l’animal  occupe  un  rang  moins  élevé  dans  l’échêlle 
zoologique,  c’est-à-dire  que  ses  phénomènes  vitaux 
offrent  plus  de  lenteur. 

Il  nous  resterait  actuellement  à  envisager  le  jeu  des 
propriétés  motrice  et  sensitive  dans  l’individu  vivant. 
Nous  indiquerons  ,  avant  d’aborder  cette  étude,  cê 
qu’on  sait  de  l’anatomie  microscopique  du  système  ner¬ 
veux  ;  ensuite  nous  passerons  aux  propriétés  des  nerfc 
qu’il  nous  faudra  examiner  combinées  et  séparément. 

Mais,  avant  de  changer  de  sujet,,  et  pour  résumer 
ce  que  nous  avons  appris  sur  les  fonctions  des  nerfs, 


119 


nous  pouvons  dire  que  les-  résultats  des  expériences  dê 
section  des  racines  qui  établissent  les  fonctions  distinctes 
du  nerf  dé  mouvement  cl  du  nerf  dé  sentiment,  sont  au¬ 
jourd’hui  des  choses  qu’on  ne  discuté  plus.  Ce  Sont  dès 
faits  désormais  acquis  à  la  science,  et  ôn  a  Vérifié  qu’il  ên 
est  ainsi  chez  tous  lés  animaux  vertébrés,  tels  que  le  chien , 
chat,  lapin,  oiseaux ,  grenouilles ,  etc.  Chez  l’homme, 
des  cas  pathologiques  sont  Vénus  démontrer  cette  dis¬ 
tinction  fonctionnelle  entre  les  deux  ordres  dé  nerfs. 

D’après  ces  expériences ,  on  a  donc  reconnu: 

!•  Que  la  section  des  radines  antérieures  détruit  uni¬ 
quement  le  mouvement,  aussi  bien  chez  les  chiens  que 
chez  les  grenouilles  ; 

•  2*  Que  la  section  des  racines  postérieures  détruit 
complètement  la  sensibilités  aussi  bien  chez  les  chiens 
que  chez  les  grenouilles. 

Mais  cependant  il  semble  exister  une  différence,  entre 
les  chiens  et  les  grenouilles,  sur  l’inflüéuGè  que  ces  deux 
propriétés  des  racines  peuvent  avoir  l’une  sur  l’autre. 

Les  nerfs  de  mouvement  ne  paraissent  avoir  aucune 
espèce  d’influence  sur  les  nerfs  sensitifs;  et,  lorsqu’on  a 
coupé  les  racines  antérieures  d’un  membre,  ce  membre 
parait  avoir  conservé  toute  sa  sensibilité  aussi  bien  chez 
les  chiens  que  chez  les  grenouilles. 

Les  racines  postérieures,  nerfs  du  sentiment,  sem¬ 
blent,  au  cOhtrairé,  avoir  une  certaine  influence  sur  les 
propriétés  motrices  dés  racines  antérieures,  Chez  les 
grenouilles,  cette  influence  ne  paraît  pas  sensible,  et 
nous  avons  vu  qu’en  privant  un  membre  postérieur  de 
tons  ses  nerfs  de  sensibilité ,  il  sé  meut  encore  assez  bien 


120  STRUCTURE  DES  SERFS. 

en  harmonie  avec  celui  du  côté  opposé  dans  les  mouve¬ 
ments  de  natation;  ou  de  saut  qu’exécute  l’animai.-Ce- 
pendant,  quand  on  coupe  la  racine  postérieure  des  deux 
membres  postérieurs  à  la  fois,:  il  y  a  moins  d’ensemble 
dans  les  mouvements  auxquels  tous  deux  prennent  parti 

Chez  les  chiens,  cette  influence  est  beaucoup  plus 
manifeste. 

Cette  influence  du  sentiment  sur  le_mouvementest 
un  fait  important  qui,  je-crois,  n’a  pas  été  remarqué 
par  les  expérimentateurs;  aussi  réserverons-nous-cette 
question  pour  en  faire  le  sujet  d’un  examen  approfondi 
que  nous  appuierons  d’un  grand  nombre  d’expériences 
que  nous  avons  faites  à  ce  propos.  -  . 

Pour  aujourd’hui,  et  pour  terminer  ces  généralités  sur 
la  paire  nerveuse,  nous  aborderons  donc  la  structure  in¬ 
time  des  parties  qui  la  composent- 
.  '  Ces  nerfs  sont  constitués  parl’accolement  d’un  nombre 
considérable  de  fibres  excessivement  fines:  ce  sont  les 
tubes  nerveux  ou  fibres  primitives.  Ces  fibres  primitives 
sont  accolées  les  unes  aux  autres  et  enveloppées  par 
une  gaine  commune,  qu’on  appelle  névrilème;  cette 
gaine  est  .contenue  elle-même  dans  une  gaine  plus  extés 
rieure,  à  laquelle  M.  Cb.  Robin  a  donné  le  nom  de  péri- 
nèvre. 

Relativement  à  la  constitution  de  la  fibre  nerveuse 
primitive,  il  est  des  choses  bien  établies;  d’autres  sont 
hypothétiques  :  on  doit  avoir  soin  de  distinguer,  les 
faits  ..acquis  à  la  science  de  ceux  qui  sont  de  nature 
encore  douteuse. 

Lorsqu’on  examine  sous  le  microscope  une  fibre  ner- 


veuse  chez  un  animal  vivant ,  on  n’y  voit,  en  la  suivant 
jusque  dans  sa  distribution,  qu’un  tube  très  fin  dont  l’ap¬ 
parence  homogène  n’offre-rien  de  * 

particulier  à  l’observateur.  Tel  est  e  • 
l’aspect  des  divisions  nerveuses  que  SjpHilyfjt  - 

microscope  la  membrane  cligno-  ' 

tante  d’une  grenouille  vivante,  par 

Si  maintenant  l’on  vient  à  couper  1 

le  nerf  et  à  l’enlever ,  qu’ensuite  4 
ori  l’examine  en  le  préparant  avec  g  ; 

un  liquide,  même  inerte  comme  de  »j  : 

l’eau,  son  aspect  a  changé,  et  on  I 
lui  reconnaît  un  double  contour  J, 
qui  semble  indiquer  une  paroi  et  i||j 

un  contenu.  En  cet  état,  on  recon-  1  | 

naît  à  la  fibre  nerveuse  trois  ëlé-  @  |  ' 

ments  différents:  i"  une  enveloppe  A  | 

transparente  AB,  sans  structure;  || 

2"  un  contenu  semi-fluide,  albu-  III 

mino-graisseux,  que  l’on  a  appelé  Jfl 

la  moelle  nerveuse;  au  centre,  sJM I 

un  filament  a,  corde  delà  fibre  ner-  [Il 

muse,  ligament  primitif  de  Remak, 

cylindre  d’axe  du  tube  nerveux.  On  Fig:  9  (ij. 

pense  que,  pendant  la  vie,  la  moelle;est  fluide,  mais 


qu’ausSitèt  que  lé  üerf  est  séparé  de  ranimai,  cette 
moelle  se  éôagule,  d’ou  l’aspect,  de  double  contour  qui 
accuse  l’épaisseur  de  l’enveloppe.  Le  cylindre  d’àre 
serait  formé  d’une  matière  albumineuse  constamment 
coagulée  et  solide. 

Certains  réactifs  permettent  de  mettre  en  évidence 
ces  diverses  parties  lorsqu’on  veut  mieux  les  observer. 
Ainsi  les  solutions  alcalines  font  sortir ,  par  les  deus 
extrémités  du  tube,  une  matière  coagulée  qui  est.  la 
moelle.  Pour  mettre  en  évidence  le  cylindre  d’axe,'  on 
emploie  au  contraire  les  acides  énergiques  :  l’acide 
acétique  cristallisable  sera  choisi  de  préférence.- Sous 
son  influence,  la  moelle  éprouve  un  retrait;  elles’âp? 
plique  sur  l’enveloppe  et  laisse  libre  le  cylindre  d’axéj 
que  l’on  peut  dès  lors  apercevoir  plus  distinctement,-^ 

Les  fibres  nerveuses  primitives’ ne  sont  pas  toutes'du 
même  diamètre.  Kôlliker,  qui  a  comparé  leurs  dimem 
sions  cher,  les  animaux  élevés,  a  trouvé  pour  les  grosses 
un  diamètre  moyen  de  0"",02  ;  et  pour  les  petites,  de 
0-",0011. 

Il  s’en  faut  qu’un  ,  même  nerf  soit  composé  exclus» 
vement  de  fibres  primitives  d’un  même  calibre.  Dans 
tous  on  en  trouve  de  grosses  et  de  petites.;  toutefois  les 
grosses  fibres  se  rencontrent  en  plus  grand  nombre  dans 
les  racines  antérieures,  et  les  petites  dans  les  racines 
postérieures. 


dessus  un  fragment  des  enveloppes  B  qui  ont  été  conservées  ;  —  d,  noyau 


les  cellules  k  noyau;  mais  le  point  le  plus  intéressant 
à  observer  est  leur  rapport  avec  les  tubes  nerveux. .  . 

Les  cellules  nerveuses  sont  grosses  ou  petites,  comme 
les  fibres  primitives;  on  les  trouve  toujours  mélangées 
ensemble  en  proportion  variable. .  Les  grosses  cellules 
dominent  dans  la  corne  antérieure  de  la  partie  grise  de 
la  moelle  ;  les  petites  sont  en  plus  grande  quantité  dans 
la  corne  postérieure. 

Voici,  d’après  Knlliker ,  tes  diamètres  des  cellules 
nerveuses  : 


On  les  rencontre  dans  la  partie  centrale  et  dans  la 
partie  périphérique  du  système  nerveux. 

Dans  les  ganglions  intervertébraux  que  nous  avons  vus 
sur  les  racines  rachidiennes  postérieures ,  les  rapports 
des  cellules  et  des  tubes  nerveux,  ont  été.  bien  déter¬ 
minés  par  Ch.  Robin  et  R.  Wagner.  Les  cellules  y  con¬ 
stituent  une  sorte  de  renflement  sur  le  trajet  de  la  fibre 
nerveuse.  On  a  donné  le  nom  de  cellules  bipolaires  à 
celles  qui ,  situées,  comme  je  viens  de  vous  l’indiquer 
(fig.  LO),  sur  le  trajet  d’une  fibre,  de  façon  à  en  inter¬ 
rompre  la  continuité,  sont  en  contact  avecelle  par  deux, 
points  opposés  de  leur  contour.  Ôn  trouve  ces  cellules 
en  grand  nombre  dans  les  ganglions.  On  rencontre  encore 


émerge  une  seule  fibre.  Au  sortir  de  ces  cellules,  le 
tube  est  toujours  dirigé  vers  la  périphérie,  de  sorte  que. 
ces  éléments  nerveux  paraissent  être  sans  communica¬ 
tion  avec  les  centres. 

L’existence  dans  les  ganglions  de  ces  cellules  unipo¬ 
laires  montre  qu’il  sort  du  ganglion,  du  côté  de  la 
périphérie,  plus  de  fibres  nerveuses  qu’il  n’y  en  entre 
par  la  racine  postérieure  venant  de  la  moelle.  Bien  plus , 
il  arrive  quelquefois  que  des  cellules  nerveuses  donnent 
naissance  à  deux  omplusieurs  tubes  dirigés  dans  le  même 
sens;  ce  sont  encore  des  cellules  bipolaires,  mais  à 
pôles  non  opposés.  Ces  cellules,  qui  ont  été  vues 
chez  lesanimaux  élevés,  ont  étéconstatées  parM.  Faivre 
chez  les  sangsues.  On  trouve  encore  des  cellules  apo- 
laires,  c’ésl-à-dire..qui  sont  isolées  et  ne  tiennent  à  ' 
aucune  fibre  nerveuse. . 

On  trouverait  donc  trois  sortes  de  cellules  dans  les 
ganglions  :  1°  des  cellules  bipolaires  de  deux  sortes  : 
les  unes  formant  un  renflement  sur  le  trajet  d’une  fibre 
primitive,  les  autres  paraissant  être  l’origine  de  deux 
fibres  primitives  dirigées  par  la  périphérie;  2°  des  cel¬ 
lules  unipolaires  donnant  naissance  chacune  à  une 
seule  fibre  primitive,  toujours  dirigée  vers  la  périphé¬ 
rie  ;  3°  des  cellules  apolaires. 

Presque  tous  lés  anatomistes  s’accordent  à' recon¬ 
naître  qu’il  existé,  en  outre,  des  fibres  primitives  qui 
traversent  le  ganglion  sans  affecter  avec  les  cellules 
aucun  rapport  de  continuité..  . 

Récemment  M.  Waller  a  fait  des  expériences  fort 
intéressantes,  qui  assignent  aux  ganglions  un  rôle  très 


nerveuses,  comme  dans  les  nerfs;  la  substance  grise 
est  formée  surtout  par  des  cellules.  Les  grosses  fibres 
dominent  dans  le  faisceau  antérieur,  les  petites  dans  le 
faisceau  ,  postérieur.  De  même  les  grosses  cellules  sont 
en  grande  quantité  dans  la  corne  antérieure,  dans  la 
commissure  grise,  et  les  petites  cellules  sont  plus  abon¬ 
dantes  dans  Imm  postérieure  de  la  moelle.  Les  cellules 
de  la  substance  grise  médullaire  diffèrent  de  celles  des 
ganglions, EU# sont,  en  général,  multipolaires.  On  admet 
que,  par  tours  pèles,  elles  se  continuent  avec  les  nerfs: 
mais  ce  rapport,  infiniment  probable,  serait  d’une 
difficulté  extrême  a  constater-  En  effet  j  lorsqu’une 
fibre  nerveuse  a  pénétré  dans  un  centre,  elle  se  décom¬ 
poserait,  et  l’enygloppe  disparaîtrait  après  la  pénétra¬ 
tion  dans  lè  centre  ;  lé  cylindre  d’axe  continuerait 
seul.  Les  cellules  ne  se:  trouvent  donc  en  rapport  de 
continuité  qu’avec  le  cylindre  d’axe,  et  non  avec' la 
fibre  cqmplète.  Or  on  a  Vu  des  axes  de  fibres  nerveuses 
pénétrer  le  centra  médullaire;-on  a  vu  dans  ce  centre 
des  cellules  d’où  partaient  des  cylindres  tfaxe;  op  en  a 
conclu  à  la  continuité  de  ces  cylindres  sans  avoir  pu  la 
suivre  encore  complètement. 

D'après  ce  qui  précède,  on  voit  que  les  cellules  ser: 
yaient  tantôt  l’origine  des  fibres  nerveuses,  tantôt  des 


cette  division,  qu’on  n’avait  pas  d’abord  observée.  Mais 
on  ne  peut  aller  au  delà  et  saisir  le  rapport  des  fibres 
musculaires  avec  la  fibre  nerveuse.  Que  la  fibre  primir 
tive  soit  .entière  au  moment  ou  on  la  perd  de  vue ,  ou 
qu’on  ait  pu  suivre  ses.diyisions,  toujours  le  dernier  filet 
qu’on  a  pu  suivre  paraît  cesser  brusquement. 

Vous  voyez,  messieurs ,  que  la  terminaison  des  filets 
moteurs  est  peu  connue,  et  quece  qu’on  sait  des  rapports 

connaître  sur  le  mécanisme  de  leur  action.  i 
En  se  rapprochant  de  son  extrémité  terminale,  le 
nerf  paraît  perdre  son  enveloppe,  et  sa  fibre  primitive  se 
trouve,  comme  à  son  arrivée  dans  les  centres,  réduite  au 
cylindre  d’axe,  qui  se  confond  avec  le  tissu  cellulaire  de 
façon  à  n’en  plus  pouvoir  être  distingué,  ce  qui  fait 
qu’on  ne  peut  ;plus  le  suivre  au  delà. 

La  même  incertitude  règne  sur  le  mode  de  la  termi¬ 
naison  du  nerf  moteur  dans  les  glandes.  11  est  toutefois 
possible  qu’un  jour  un  réactif,  qui  l’isole  suffisamment 
du  tissu  cellulaire,  permette  de  la  suivre  , plus  loin.  . 

2”  On  sait  mieux  comment  les  filets  sensitifs  se  ter¬ 
minent  dans  la  peau.  Là,  on  voit ÿ  dé  ces  filets  dis¬ 
paraître  dans  des  corpuscules  nerveux  de  deux  ordres, 


130  TERMINAISONS  DES  NERFS. 

qui  sont ‘les  corpuscules  du  tact  et  les  corpuscnlès  de 

Les  corpuscules  du  tact  se  rencontrent  en  amas  à  la 
pulpe  des  doigts,  aux  orteils,  dans  les  parties  enfin  char¬ 
gées  plus  spécialement  de  recueillir  les  impressions 
actiles.  Ge  sont  des  pelotons  nerveux  enroulés,  inex¬ 
tricables,  dans  lesquels  on  voit  pénétrer  une  fibre  ner¬ 
veuse  et  desquels  oui  eu  voit  sortir  une  autre.  Gerlach 
les  regarde  Comme  un  simple  enroulement  de  la  fibre 
nerveuse.  Kôlliker  pense  qu’ily  a  là  de  plus  un  tissu  par¬ 
ticulier,  qui  sert  de  support  au  nerf;  Wagner  a  émis 
une  autre  opinion.  Quoi  qu’il  en  soit  de  ces  différentes 
manières  de  voir,  il  reste  établi  que  les  corpuscules  du 
tact  offrent  un  mode  de  terminaison  des  nerfs  sensitifs 
dans  la  peau. 

Mais  ce  mode  de  terminaison  n’esst  pas  le  seul ,  et  lès 
corpuscules  de  Pacini  nous  en  montrent  un  antre.  Lés 
corpuscules  de  Pacini  se  trouvent  surtout  sur  le  trajet 
des  nerfs  collatéraux  des  doigts,  aussi  leur  avait-on  ac¬ 
cordé  une  part  assez  large  dans  les  phénomènes  tactiles. 
Mais  cette'  supposition  ne  saurait  tenir-en  présence  des 
dissections ,  qui  ont  montré  des  corpuscules  de  Pacini 
dans  le  mésentère  du  chat,  dans  les  cavités  osseuses  des 
oiseaux,  etc.- 

Dans  l’étal  actuel  de  nos  connaissances;  on  doit  s’in¬ 
terdire  toute  conjecture  sur  leurs  usages.  Là  encore 
nous  observons  Un  mode  de  terminaison  nerveuse  saas 
■pouvoir  conclure  de  la  configuration  anatomique'  au 
mécanisme  de  la  fonction . 

On  admet  encore,  et  cette  fois  je  crois  que  c’est  avec 


Cette  vue  me  semble  justifiée  par  les  phénomènes  de 
sensibilité  récurrente  qui  montrent  qu’il  existe  entre  les 
nerfs  moteurs  et  les  nerfs  sensitifs  un  lien  périphérique: 
Or,  puisqu’il- est  démontré  que  quelque  chose  unit  les 
extrémités  périphériques  des  deux  espèces  de  nerfs,  il 
faut  bien  admettre  qu’une  communication  existe  entre 
eux,  affectant  la  disposition  en  anse.  Ce  serait  une  sorte 
de  réflexion  du  filet  sensitif,  qui,  au  lieu  de  se  terminer 
dans  la  peau,  remonterait  par  la  racine  antérieure  jusque 
dans  lamoelle.  Cette  disposition  récurrente  rattacherait 
le  nerf  moteur  à  la  racine  sensitive  ;  c’est  au  moins 
ee  qu’il  semble  légitime  de  conclure  des  expériences 
que  nous  vous  avons  exposées  dans  les  dernières  leçons. 

On  a  pensé  que  les  différentes  parties  du  système  ner¬ 
veux,  ainsi  que  les  différents  éléments  qui  concourent  à 
constituer  le  nerf  avaient  Chacun  un  rôle,  une  destina¬ 
tion  spéciale..  D’intéressantes  recherches  de  M.  Waller 
ont  récemment  enrichi  la  science  de  données  relatives  à 
ces  propriétés  des  parties  élémentaires. 

Il  arrive  quelquefois  que  les  nerfs  s’altèrent  :  dans 
ces  cas,  c’est  surtout  la  moelle  nerveuse  qui  accusé  une 
modification  anatomique  profonde.  Lorsqu’on:  coupe  un 
nerf,  on  peut  suivre,  dans  un  des  bouts  auxquels  donne 
lieu  la  section  ,  une  altération  extrêmement  remarquable 
de  la  moelle  nerveuse.  Elle  devient  granuleuse ,  prend 
une  coloration  noire  :  ce  phénomène  s’observe  chez  l’ani¬ 
mal  vivant,  et  l’altération  permet  de  suivre  des  yeux  les 
progrès  de  la  dégénérescence  du  nerf  coupé.  . 

Jusqu’à  présent,  messieurs,  je  ne  vous  ai  entretenus 


132  STRUCTURE  DE 

que  des  détails  anatomiques  généralement  admis.  Je  ne 
saurais  terminer  cet  exposé  sans  vous  signaler  une 
autre  opinion  récemment  émise  sur  la  structure  des 
nerfs  par  Stilling,  opinion  qui  diffère  radicalement  de 
ce  que  nous  avons  vu  jusqu’ici. 

Stilling  pense  que  le  tube  nerveux  qui,  sur  l’animal 
vivant,  n’apparalt  que  comme  une  traînée  transparente, 
est  loin  d’avoir  la  structure  simple  qu’on  lui  reconnaît 
généralement;  que  l’opinion  qui  fait  de  ce  tube  nerveux 

négligé  de  le  soumettre  à  des  réactifs  propres  à  rendre 
plus  facilement  reconnaissables  les  parties  dont  il  serait 
constitué.  Pour  lui ,  l’enveloppe  du  tube  n’est  pas  une 
enveloppe  sans  structure,  et  il  refuse  d’admettre  que  le 
cylinder  axis  soit  une  tige  pleine.  Sur  des  pièces  macé¬ 
rées'  dans  l’acide  chromique,  il  a  vu  ces  parties  composées 
elles-mêmes  de  tubes  extrêmement  fins.  Le  cylinder 


axis  serait  formé  par  deux  tubes  emboîtés,  d’où  parti¬ 
raient  des  ramifications  transversales  s’étendant  vers  la 
gaîne,  et  s’anastomosant  avec  les  tubes  innombrables 
dont  l’accolement  formerait  cette  gaîne. 

La  disposition  qu’il  signale  se  voit  bien  sur  ses  pré¬ 
parations.  Doit-on  la  regarder  comme  normale,  ou 
faut-il  admettre  ,  avec  quelques  anatomistes,  que  cette 
apparence  est  due  au  réactif  qui  produit  des  coagu¬ 
lations,  des  racornissements  simulant  des  divisions; 
et  une  structure  complexe  dans  deux  parties  amorphes 


Bien  que  l’opinion  de  Stilling  soit,  au  point  de  vue 


anatomique,  complètement  di: 
d’hui  reçues,  elle  ne  change 
l’on  se  fait  de  l’élément  nerve 


ifférente  des  idées  aujour- 
:  rien  à  l’idée  générale  que 
■eux  au  point  de  vue  phy- 


Je  n’insiste  pas  davantage  aujourd’hui  sur  cette  diver¬ 
gence,  que  nous  aurons  peut-être  occasion  de  discuter 
plus  tard. 

Dans  la  prochaine  séance ,  nous  nous  occuperons  des 
propriétés  physiologiques  et  fonctionnelles  des  nerfs 
moteurs.. 


HUITIÈME  LEÇON. 


Nous  commencerons  par  l’élément  moteur  l’étude 
des  propriétés  des  nerfs  qui  constituent  la  paire  ner- 


Vous  savez  que  le  nerf  moteur  a  été  reconnu  vérita¬ 
blement  tel  le.  jour  où  il  a  été  constaté  que  sa  section 
amenait  une  abolition  complète  du  mouvement  sans 
détruire  la  sensibilité:  Nous  verrons  bientôt  que  ce 
caractère  n’est  pas  le  seul  qui  lui  appartienne. 

Et  d’abord ,  ne  l’envisageant  qu’au  point  de  vue 
anatomique ,  on  voit  le  nerf  moteur  naître  de  la 
corne  antérieure  de  la  substance  grise,  d’ün  amas  de 
corpuscules  ganglionnaires  volumineux.  Ce  fait  a  été 
parfaitement  établi  par  Stilling,  non-seulement  pour 
les  nerfs  qui  naissent  de  la  moelle,  mais  pour  ceux  qui 
naissent  de  l’encéphale,  tels  que  le  moteur  oculaire 
commun  et  le  grand  hypoglosse,  etc. 

L’action  du  nerf  moteurapourobjetd’exciter  un  muscle 
et  de  déterminer  parla  Un  mouvement.  Remarquons  ici 


135 


que  l’excitation  du  nerf  moteur,  en  tant  que  centrifuge, 
est  exactement  limitée  aux  muscles  auxquels  elle  se 
rend  :  c’est  là  un  caractère  fondamental  qui  différencie 
le  nerf  moteur  du  nerf  sensitif  dont  l’activité- déter¬ 
mine  des  réactions  générales.  Ainsi ,  lorsqu’avec  une 
aiguille  à  cataracte,  par  exemple„on  pique  les  faisceaux 
antérieurs  de  la  moelle,  on  détermine  des  mouvements 
dans  les  parties  auxquelles  se  distribue  le  nerf  moteur  le 
plus  voisin  et  dont  l’origine  S'est  trouvée  atteinte  par  la 
piqûre.  Autre  chose  a  lieu  lorsqu’on  porte  l’irritation 
sur  un: point  des  faisceaux  postérieurs.  Dans  ce  cas, 
on  ^excitation  a  porté  sur  les  parties  sensitives ,.  la 
moelle  en  transmet  l'impression  ;  et  le  mouvement  qui 
traduit  à  l’observateur  la  perception  de  cette  sensation, 
n’est  pas  borné  seulement  à  la  partie  à  laquelle  se  djsr 
tribue  le  nerf  sensible;  c’est  une  réaction  générale  à 
laquelle  tout  le  système  peut  prendre  part. 

Un  autre  caractère  pourra  encore  faire  reconnaître 
les  nerfs  moteurs. 

Lorsqu’un  nerf  moteur, a  été  coupé  sur  un  animal 
vivant ,  et  que,  comme  conséquence  de  sa  section,  il  y 
a  perte  du  mouvement  dans  la  partie  à  laquelle  il  se 
distribue  avec  conservation  de  la  sensibilité  de  cette 
partie,  on  peut  voir ,  si  on  laisse  vivre  l’animal,  que  le 
nerf  moteur  coupé  sera  le  siège  d’une  altération  carac¬ 
téristique  différente  de  celle  qui  suit  la  section  d’un 
nerf  sensitif. 

En  examinant  de  suite  les  deux  bouts  du  nerf  coupé, 
le  bout  central  et  le  bout  périphérique,  on  les  trouvera 
normaux,  constitués  par  la  réunion  des  tubes  nerveux 


que  je  vous  ai  décrits  dans  la  leçon  précédente:  Slâis, 
peu  après,  au  bout  d’un  temps  qui  varie  de  sept  ou 
huit  jours  pour  les  animaux  à  sang  chaud ,  et  de  quinte 
jours  à  trois  semaines  pour  les  animaux  à  sang  froid, 
on  voit  que  la  structure  normale  a  persisté  dans  le 
bout  central ,  tandis  que  le  bout  périphérique  est  le 
siège  d’une  altération  toute  particulière,  consistant  en 
une  décomposition  de  là  matière  médullaire  du  tube 
nerveux  qui  a  pris  une  teinte  noirâtre,  est  devenue 
granuleuse  et  s’est  altérée. 

Or,  le  sens  dans  lequel  se  propage  cette  aliénation  peut 
caractériser  la  nature  fonctionnelle  de  la  racine  sur 
laquelle  elle  porte.  Si  c’est  une  racine  motrice;  l’alté¬ 
ration  marchera  toujours  du  centre,  à  la  périphérie:  Si 
c’est  une  racine  sensitive,  nous  verrons  que  le  contraire 
aura  lieu. 

Nous  avons  donc  ainsi  un  caractère  anatomique,  te 
sens,  l’altération,  et  un  caractère  physiologique,  la  perte 
du  mouvement,  qui  permettent  de  distinguer  sur  te 
vivant  le  nerf  moteur  du  nerf  sensitif.  Nous  allons  en 
trouver  d’autres  dans  l’action  des  excitants  mécaniques 
ou  physiques  appliqués  sur  ces  nerfs  : 

Quand  un  animal  est  tué,  tous  ses  tissus  ne  meurent 
pas  à  l’instant  :  les  muscles  conservent  quelque  temps 
leur  irritabilité;  il  en  est  de  même  du  tissu  nerveux. 
Cette  conservation  des  propriétés  de  tissu  nous  permet¬ 
tra  d’étudier  les  caractères  physiologiques  du  tissu  ner¬ 
veux  sur  des  parties  séparées  d’un  animal  récemment 
mort.  Ce  procédé  nous  sera  même  très  précieux  pour 
les  étudier  isolées  et  indépendamment  des  phénomènes 


138 


rapprochées  de  celles  de  son  fonctionnement  normal. 

Si  donc,  prenant  une  grenouille  récemment  tuée,  nous 
excitons  ses  nerfs,  l’excitation  des  nerfs  moteurs  déter- 
minerades  mouvements  qui  nous  les  feront  certaine¬ 
ment  distinguer  des  nerfs  de  sentiment,  :  al  > 

A  l’état  physiologique,  le  nerf  moteur  est  excité  par 
la  volonté  ;  puis  il  réagit  à  son  tour  sur  le  muscle  pour  le 
faire  entrer  en  contraction.  Dans  nos  expériences  nous 
devons,  à  défaut  de  la  volonté,  excitant  normal,  recou¬ 
rir  à  un  excitant  artificiel. 

Beaucoup  d’excitahts  ont  été  essayés  et  ont  donnédes 
résultats  divers  :  ainsi ,  le. froid,  le  chaud  peuvent  servir 
à  réveiller  l’activité  nerveuse  ;  toutefois  la  chaleur  etile 
froid,  qui  excitent  fort  bien  les  nerfs  sensitifs,  n’ont-sur 
les  nerfs  moteurs  qu’une  influencé  beaucoup  moins 
prononcée.  En  outre,  quelque  soit  l’agent  que  l'on  em¬ 
ploie,  il  faut  que  son  application  soit  brusque:  .alors 
seulement  il  peut  agir  comme  modificateur,  et  c’est  à  « 
titre  que  sont  très  actifs  tous  les  excitants  qui  agissent 
sur  l’organisme. 

On  a  manifesté  l’activité  des  nerfs  moteurs  au  moyen 
d'excitants  mécaniques,  chimiques,  et  surtoutàü  moyen 
.de  l’électricité. 

L’excitation  mécanique  est  la  plus  grossière  de  toutes. 
Voici  une  grenouille  décapitée  dont  le  canal  vertébral 
est  ouvert  :  je  coupe  les  racines  motrices  pour  appliquer 
sur  elles  l’excitant.  Vous  pourrez  voir,  que  dès  que  je 


139 


mors  de  la  pince,  aucun  effet  ne  se  produit  plus.  En 
pinçant  plus  bas;  dans  un  point  plus  rapproché  de  la 
périphérie,  nous  produisons  enoore  des  oonvulsions; 
pinçant  au-dessus,  vers  la  moelle,  nous  n’avons  plus 
rien.  Cette  irritation  mécanique  n’est  donc  efficace  qu’à 
la  condition  d’en  changer  le  point  d’application,  d’aller 
vers  la  périphérie,  de  s’éloigner  du  centre  quand  on 
agit  sur  des  nerfs  centrifuges  ou  moteurs.  Cette  pro¬ 
priété  de  provoquer  des  mouvements  après  sa  sépara¬ 
tion  de  la  moelle  est  une  propriété  caractéristique  de 
la  racine  motrice.  Au  contraire,  l’excitation  du  bout 
périphérique  des  nerfs  sensitifs  ne  donne  jamais  lieu  à 

L’inaptitude  du  nerf  à  déterminer  des  contractions 
musculaires,  lorsqu’on  le  pince  dans  un  point  qui  a  été 
déjàsoumis  à  ce  genre  d’excitation,  montre  qu’on  a 
détruit  le  nerf  dans  ce  point  et  que  l’ excitabilité  né  se 
transmet  plus  à  travers  les  parties  coptuses.  Cet  effet 
est  le  même  que  celui  produit  par  une  ligature  portée 
sur  le  nerf.  Cette  expérience,  du  reste,  est  fort  an¬ 
cienne,  et  je  vous  ai  dit  que  Willis  plaçant  une  ligature 
sur  le  nerf  phrénique  faisait  contracter- le  diaphragme 
çn  excitant  le  nerf  au-dessous  de  la  ligature,  tandis  que 
l’excitation  portée  au-dessus  restait  sans  effet.  Nous 
avons  renoncé  à  l’explication  qu’il  donnait  du  phéno¬ 
mène:  selon  lui,  la  ligature  empêchait  le;  passage  des 
esprits  animaux-,  mais  le  fait  reste  exactement  le  même, 
les  théories  et  les  mots  seuls  ont  ehângéi 

En  expérimentant  sur  des  grenouilles,  on  voit  que 
l’excitabilité  du  nerf  peut,  dans  des  conditions  conve- 


it  pendant  l’hiver,  par  une  basse 
5  cloche;  pour  empêcher  le  dessé- 
nt  des  nerfs  j  persister  pendant  vingt-quatre  heures 
et  même  quelquefois  plus,  après  la  mort  de  l’animal.  Pen¬ 
dant  l’été,  durant  les  grandes  chaleurs,  cette  persistance 
est  beaucoup  moindre.  Dans  les  conditions  que  nous 
venons  d’indiquer,  la  propriété  du  nerf  moteur  coupé 
se  perd  généralement  du  centreà  la  périphérie ,  dans 
le  même  sens  que  se  produit  l’altération  de  la  fibre  ner¬ 
veuse  lorsqu’on  laisse  vivre  l’animal. 

Quelques  excitants  chimiques,  les  acides  concentrés, 
les  alcalis  caustiques,  détruisent  le  nerf  sur  lequel  on 
les  fait  agir  ;  d’autres  produisent  leur  effet  sans  détruire 
le  nerf  avec  lequel  on  les  met  en  rapport.  Kôlliker 

recherches  dont  je  vous  signalerai  seulement 


Kôlliker  a  vu  que  ce 


es  substances  n’; 


sans  que  pour  cela  le  nerf  cesse  de  transmettre  les  ex¬ 
citations.  Par  ces  résultats,  il  s’est  trouvé  amené  à 
conclure  :  que  la  portion  efficace  de  l’élément  nerveux 
serait  le  cylinier  axis,  et  non  la  moelle  et  l’enveloppe,  qui 
devraient  être  considérés  comme  des  parties  accessoires. , 
Quand  on  enlève  de  l’eau  à  un  nerf,  c’est-à-dire  qu’il  se 
dessèche,  il  perd  aussi  la  propriété  de  transmettre  l’ex- 
citàtioh  ;  mais  on  restitue  au  nerf  ses  propriétés  en  l’hu- 
mectant  un  peu.  Il  y  a  des  substances  chimiques  qui 
détruisent  sans  retour  les  propriétés  des  nerfs;  il  y  en  a 
d’autres  qui  ne  les  détruisent  qu’en  enlevant  l’eaü,  et  on 


SES  EXCITANTS.  4  Al 

peut  les  faire  reparaître  en  ajoutant  convenablement  de 
l'humidité  au  nerf.  Cette  vie  et  cette. mort  alternatives 
du  nerf  par  privation  et  restitution  d’eau  est  un  fait 
intéressant  sur  lequel  un  de  nos  anciens  élèves,  M.  le  doc¬ 
teur  Kunde,  a  insisté  avec  raison.  Seulement  il  ne  faut 
pas  que  l’opération  de  la  soustraction  de  l’eau  ou  de  sa 
restitution  soit  trop  brusque,  sans  quoi  le  nerf  perdrait 
définitivement  ses  propriétés. 

A  côté  de  ces  agents,  il  en  est  encore  d’autres  qui 
excitent  l’irritabilité  nerveuse  sans  altérer  les  nerfs. 
Deux  substances  ont  été  signalées  comme  douées  de 
cette  propriété  :  ce  sont  la  bile  et  le  chlorure  de  sodium. 

Voici,  sur  cette  assiette,  une  patte  de  grenouille  dont 
le  nerf  préparé  repose  dans  un  verre  de  montre.  Nous 
versons  de  la  bile  dans  ce  verre  de  montre,  et  vous  pou¬ 
vez  voir  ce  membre  devenir  le  siège  de  convulsions  qui 
dureront  tant  que  son  nerf  moteur  trempera  dans  le 
liquide  biliaire.  C’est  là,  il  faut  en  convenir,  un  excitant 
assez  singulier.  La  bile  doit-elle  cette  propriété  à  ses 
qualités  alcalines?  Non,  messieurs,  car  on  .lui  a  substi¬ 
tué,  sans  obtenir  le  même  effet,  du  sérum  et  une  solution 
légère  de  carbonate  de  soude.  M.  Budge ,  en  isolant  les 
acides  de  la  bile,  aurait  reconnu  que  c’estàeuxqu’on  doit 
rapporter  l’excitation  du  nerf.  Partant  de  là,  il  a,  dans 
une  théorie  fort  ingénieuse  assurément ,  mais  qui  n’est 
qu’une  hypothèse  pour  le  moment,  assigné  aux  éléments 
de  la  bile  résorbés  le  rôle  d’excitateurs  normaux  des 
propriétés  du.  tissu  nerveux. 

A  côté  de  la  bile  se  place  le  sel  marin.  Voici  une  se¬ 
conde  patte  de  grenouille  dont  le  nerf  trempe  dans  le  sel 


marin  ;  elle  est,  comme  la  première,  le  siège  de  morne* 
méflts  très  appréciables.  La  présence  du  sel  marin  dans 
l’économie  a  donné  lieu  aux  mêmes  hypothèses  que  celle 
dé  la  bile.  Quoiqu’il  en  soit,  cesdeuX  substances  sontles 
deux  seuls  excitants  de  Ce  genre  que  l’on  connaisse  le 


agent  :  je  veux  parler  de  l’électricité.  Outre  la  commo¬ 
dité  qu’il  y  a  dans  son  usage,  son  étude  emprunte  un 
vif  intérêt  aux  espérances  que  la  thérapeutique  a  fon¬ 
dées  Sur  lui.  L’électricité  est,  de  tous  les  agents  excita¬ 
teurs  du  système  nerveux,  celui  qui  a-  sur  le  système 
moteur  i’influencê  la  plus  énergique.  Cette  influence  est 
telle  qu’on  a  cru  pouvoir  la  rapprocher  de  l’excitant 
normal  de  ce  système  et  rapporter  à  des  phénomènes 
électriques  les  actes  de  l’innervation. 

•  Avant  d’èxàminer  le  mode  d’action  de  cet  excitant, 
nous  devons  connaître  les  sources  auxquelles  On  l’em¬ 
prunte,  et  les  diverses  Conditions  dans  lesquelles  on  l’em¬ 
ploie.  Pour  cela,  il  est  nécessaire  que  nous  examinions 


quelques-uns  des  instruments  que  l’on  met  en  usagé. 

■  H  y  a  longtemps  que,  pour  la  première  fois,  on  à  fait 
l’essai  du  stimulant  électrique;  mais  ce  n’est  que  depuis 
ces  derniers  temps  que  f  on  a  quelques  notions  sur  l’in¬ 
fluence  du  fluide  électrique  comme  excitant  l’agent  der- 

Dans  les  expériences  physiologiques,  dans  les  applica¬ 
tions  thérapeutiques  de  l’électricité,  on  fait  usage  d’une 
grande  variété  d’appareils* 

La  pilé  à  auges  qui  est  devant  vous  me  dispensé  de 


EXCITANTS. 


143 

vous  montrer  la  pile  à  colonne,  la  pile  de  Wollaston,  etc. 
C’est  à  ce  type  que  se  rapporte  la  petite  pince  électrique 
dont  tous  nous  avez  souvent  vu  faire  usage,  pince  qui  n’est 
qu'une  disposition  particulière  que  M.  Pulvermacher  a 
donnée  à  la  pile  de  Volta,  disposition  dans  laquelle  les 
éléménts  zinc  et  cuivre,  enroulés  côte  à  côte,  autour  d’ un 
billot  de  bois,  réagissent  l’un  sur  l'autre  dès  que  l'appa¬ 
reil  estihouillé.par  une  solution  acide ,  par  du  vinaigre 
par  exemple. 

J’avais  d’abord  demandé  à  M.  Pulvermacherj  il  y  a 
une  dizaine  d’années,  lorsque  j’eus  l’idée  de  ces  pinces, 
de  me  faire  une  petite  pince  électrique,  qui  était  com¬ 
posée  par  deux  branches  formées  de  fils  enroulés  et 
portant  à  leur  extrémité  les  pôles,  zinc  et  cuivre ,  tandis 
que  les  deux  branches  se  trouvaient  réunies  par  un 
anneau  de  cuivre  faisant  ressort  (fig.  16).  C’était  pour 
faire  mes  expériences  sur  le  curare  et  pour  montrer  que 
nette  substance  avait  la  propriété  que  j’ai  découverte  de 
détruire  le  nerf  et  de  respecter  l’irritabilité  musculaire. 
Mais  cette  petite  pince,  très  suffisante  pour  exciter  le 
uerf,  puisqu’il  suffit  pour  cela  d’un  simple  arc  de  cuivre 
et  de  zinc,  montrait  bien  que  le  nerf  avait  perdu  son  ex¬ 
citabilité  ;  mais  elle  ne  pouvaitpas  montrer  que  le  muscle 
avait  conservé  son  irritabilité,  parce  qu’elle  n’était  pas 
assez  forte  pour  exciter  une  contraction  en  agissant  sur 
le  muscle  lui-même. 

C’est  alors  que  je  fis  faire  la  pince  électrique  plus 
grande  (fig.  14  et  15),  dans  laquelle  les  branches  sontdi- 
visées  en  plusieurs  couples,  ce  qui  augmente  considéra¬ 
blement  la  tension.  Aussi  cette  pincé  est  nôn-seulémént 


capable  de  faire  contracter  les  mnscless 


DD  SYSTÈME  NERVEUX.  145 

On  pourrait  du:  reste  affaiblir  ce  petit  appareil  au 
moyen  d’une  chaînette  qu’on  placerait  à  diverses  hau¬ 
teurs,  etqui  unirait  les  branches  de  la  pince  au-dessous 
de  l’are  de  cuivre  C,  qui  les  réunit  en  haut. 

D’après  ce  que  j’ai  dit  précédemment,  on  voit  qu’il 
faut  une  action  électrique  bien  plus  forte  pour  faire 
contracter  directement  le  muscle  que  pour  le  faire  con¬ 
tracter  par  l’intermédiaire  du  nerf.  Cela  prouve  bien 
que  le  nerf  n’agit  pas  par  l'électricité  qu’il  transmettrait, 
à  moins  qu’on  n’admît  qu’il  pût  en  quelque  sorte  lui 
servir.de.multiplicâteur,  ce  qui  serait  difficile  à  établir. 
Si,  quand  le  muscle  contient  des  fibres  nerveuses  et  qn’on 
agit  sur  lui,  on  pouvait  le  fairé  contracter  plus  facilement 
que  lorsque  le  curare  a  empoisonné  l’animal  et  détruit 
par  conséquent  toutes  les  radicules  nerveuses  motrices, 
ce  serait  un  moyen  de  reconnaître  les  muscles  curarés  de 
ceux,  qui  ne  le  sont  pas.  Mais  nous  reviendrons  plus  tard 
sur  ces  faits  intéressants,  fi  ne  s’agit  ici  qiiê  des  appareils 
électriques  propres  à  exciter  les  nerfs.  Toutes  les  piles 
dont  nous  venons  de  parler  sont  à  courant  inconstant. 
11  faut  tremper  la  pince  électrique  dans  le  vinaigre  pour 
lui  restituer  sa  force  quand  elle  s’affaiblit,. 

Voici  un  couple  de  Bunsen:  c’est,  vous  le  savez,  la 
disposition  la  plus  employée  des  piles  à  courant  constant. 
Indisposition  générale  est  la  même  que  dans  les  piles  de 
Daniell,  de  Grave,  de  Becquerel. 

Enfin  ,  dans  ces  deux  boîtes  sont  des  appareils 
d’une  autre  nature,  où  le  courant  constant  donné 
n’est  pas  utilisé  directement;  mais  on  l’emploie, 
par  une  disposition  spéciale,  à  produire  un  autre  cou- 


146  EXCITANTS  ÉLECTRIQUES 

rant,  courant  induit,  qui  est  celui  dont  on  se  sert. 

L’ un  de  ces  appareils  est  celui  de  Breton  :  c’est  une  mo¬ 
dification  de  l’appareil  de:  Clarke,  où  le  courant  est  pro¬ 
duit,  non  plus  par  une  décomposition  chimique,  maispar 
une  action  magnétique.  Dans  cet  autre,  C’est  une  petite 
pile  à  courant  constant  qui  fournit  le  courant  inducteur. 

Les  physiciens  admettent  que ,  quand  on  fait  usage 
delà  pile  à  auges,  dans  laquelle  les  éléments  cuivre  et 
zinc  sont  séparés  par  de  l’acide  sulfurique  très  étendu, 
il  y  a  un  courant  qui  s’échappe  par  les  deux  extrémités, 
chaque  extrémité  représentant  un  pôle  de  la  pile.  On  dis¬ 
tingue  un  pôle  positif  et  un  pôle  négatif  :  le  pôle  positif 
est  celui  auquel  se  rend  l’oxygène  quand  on  décompose 
l’eau  par  la pile;  le  pôle  négatif  est  celui  auquel  se  rend 
l’hydrogène.  La  même  chose  se  retrouvé  dans  les  piles 
à  courant  constant,  où  l’élément  cuivre  est  remplacé 
par  une  tablette  de  charbon  préparé  qui  joue  le  rôle  de 
pôle  positif.  D’une  manière  générale ,  le  pôle  négatif  est 
toujours  du  côté  du  métal  attaqué. 

On  admet  encore,  pour  les  besoins  de  la  théorie,  que 
le  courant  a  un  sens,  qu’il  va  du  pôle  positif  au  pôle 
négatif,  ce  qui  veut  dire  que  les  choses  semblent  sé  passer 
comme  s’il  en  était  ainsi. 

.  On  dit  souvent,  et  vous  trouverez  dans  plusieurs  élè- 
vrages  de  physique,  que  c’est  le  contraire  pour  la  pilé  à 
auges  que,  dans  cette  pile,  le  pôle  positif  ;  correspond  au 
dernier  élément  zinc,  et  le  pôle  négatif  âu  dernier  élé- 
mentcuivre  ;  que,  par  conséquent,  le  courant  serait  dirigé 
du  zinc  au  cuivre.  M.  De  la  Rive  (1)  fait  remarquer  que 

(£)  Traité  d'électricité  théorique  et  appliquée. 


DU  SYSTÈME  NERVEUX*  147 

cette  appréciation  n’ëst  pas  exacte  :  si  les  choses  parais¬ 
sent,  en  effet,  se  passer  ainsi,  cela  tient  uniquement  à 
ce  que  la  pile  est  mal  construite.  Il  semble  que,  pour  le 
constructeur,  le  couple  soit  formé  par  les  deux  lames 
enivre  et  zinc  soudées  ensemble;  mais  il  n’en  est  pas 
ainsi,  et  le  couple  électrique  est  formé  par  les  deux  lames 
Cuivre  et  zinc,  qui  sont  sép_aréês  par  le  bain  acide. 

Il  résulte  de  cette  erreur  que,  à  chaque  extrémité  de 
la  pile,  le  dernier  élément  est  doublé  d’une  lame  de 
enivre,  si  c’est  l’élément  zinc,  d’une  lame  de  zinc,  si 
on  considère  l’élément  cuivre,  qui  en  réalité  n’appar¬ 
tiennent  pas  à  l’appareil,  et  qu’on  devrait  supprimer. 
C’est  la  présence  de  ces  éléments  inutiles  qui  en  a  imposé 
et  a  fait  dire  que,  dans  cette  pile, le  pôle  positif  corres¬ 
pondait  à  la  dernière  lame  de  zinc,  le  pôle  négatif  à  la 
dernière  lame  dé  cuivre,  tandis  que  le  pôle  positif  se 
trouve  réellement  représenté  par  la  plaque  de  cuivre  que 
double  la  dernière  lame  de  zine,  et  le  pôle  négatif  par 
la  plaque  de  zinc  que  double  la  dernière  lame  de  cuivre. 

Dans  notre  pince  électrique,  nous  voyons  une  ex¬ 
trémité  zinc,  c’est  le  pôle  négatif,  et  une’  extrémité 
cuivre,  C’est  le  pôle  poatif.  Toutes  deux  se  terminent 
par  des  aiguilles  de  platine.  Ce  petit  appareil  est  extrê¬ 
mement  commode  et  donne,  malgré1  son  petit  volume, 
des  effets  d’une  assez  grande  puissance.  Vous  allez  le 
voir,  adapté  à  ce  petit  voltamètre,  décomposer  de  l’èau 
non  acidulée;  effet  qui  ne  peut  être  produit  par  une  pile 
à  auges  que  si  elle  est  puissante. 

Mais  ces  derniers  appareils  offrent  un  grave  inconvé¬ 
nient:  celui  de  ne  pas  fournir,  un  courant  constant  ,  ce 


148  EXCITANTS  ÉLECTRIQUES 

qui  les  rend  impropres  , aux  expériences  physiologiques 
destinées  à  être  comparées  entre  elles,  et  pour  lesquelles 
on  doit  désirer  avoir  toujours  un  courant  de  la  même 
énergie.  Aussi  préfère-t-on  les  piles  à  courant  constant, 
et  particulièrement  celle  de  Bunsen. 

Je  vous  signalais  tout.à  l’heure  les  appareils  dans  les¬ 
quels  on  emploie  les  courants  induits,  courants  indirects, 
se  développant  sous  l’influence  d’un  courant  direct  pro¬ 
duit  par  une  pile  (appareils  de  MM.  Duchenne  (de  Bou¬ 
logne),  Legendre  et  Morin),  ou  par  la  rotation  d’un 
morceau  de  fer  doux  devant  un  aimant  (appareils  de 
Clarke ,  Breton)  (1). 

Ces  derniers  appareils  sont  aujourd’hui-  lés  plus 
fréquemment  employés.  On  admet  que  les  courants 
induits  ont  certains  avantages  sur  les  courants*,  dif 
rects;  tandis  que  ces  derniers  produisent,  outre:» 
commotions,  une  douleur  des  plus-vives,  les  conrants 
induits  agissent  très  énergiquement  sur  le  mouvement 
sans  avoir,  à  beaucoup  près,  sur  le  sentiment-,  une  in¬ 
fluence  aussi  marquée.  Quant  aux  effets  thérapeutiques, 
sont-ils  les  mêmes?  On  ne  peut  encore  l'affirmer ;màis, 
dans  l’incertitude  où  l’on  se  trouve  sur  les  effets  et  le 
mode  d’action  des  uns  et  des  autres,  on  conçoit  la  préfé¬ 

rence  qui  est  accordée  à  ceux  qui  ne  produisent  qu'une 
douleur  moindre.  En  outre,  bien  qu’on  puisse  employer 
des  courants  continus  oü  des  courants  interrompus,  on 


Voyez  Duchenne,  De  l'éledrisation  localisée  et  de  s 


DU  SYSTÈME  NERVEUX.  149 

n’emploie  plus  ordinairement  ces  derniers.  M.  Remak  a 
particulièrement  insisté  sur  l’emploi  des  courants  con¬ 
tinus,  dont  il  dit  avoir  retiré  de  très  grands  avantages. 
Le  procédé  que  l’on  mettait,  autrefois  en  usage  pour 
appliquer  des  courants  continus  fournis  par  une  pile  à 
auges,  avait  un  inconvénient  :  pour  les  appliquer*  on 
plantait  dans  les  chairs  deux  aiguilles  autant  que  pos¬ 
sible  sur  le  trajet  des  nerfs;  puis  ces  aiguilles  étaient 
mises  chacune  en  communication  jvec  les  pôles  de 
la  pile.  Cette  opération  causait  une  douleur  très  vivè; 
de  plus,  il  y  avait  toujours  autour  de  l’une  des  ai¬ 
guilles  rubéfaction  de  la  . peau,  souvent  avec  produc¬ 
tion  d’une  eschare  profonde  et  difficile  à  guérir. 

Avec  les  piles  à  courant  interrompu,  onn’a  pas  à  re¬ 
douter  les  mêmes  inconvénients;  l’interruption  du  cou¬ 
rant  supprime  les  effets  chimiques,  comme  j’ai  pu  m’en 
assurer  expérimentalement. 

Pour  cela,  j’avais  fait  faire  un  appareil  éminemment 
propre  à  montrer  combien  les  effets  d’un  courant  inter¬ 
rompu  diffèrent  de  ceux  d’un  courant  continu. 

Sur  le  trajet  du  courant  CI  Z  (fig.  17),  j’avais  fait  dis¬ 
poser  un  petit  voltamètre  Y,  renfermant  de  l’eau,  et  une 
cuisse  de  grenouille  G  touchant  par  son  nerf  n  au  fil  tra¬ 
versé  par  le  courant.  Un  petit  interrupteur  I ,  pareil  i 
celui  de  la  figure  H,  permettait,  étant  placé  sur  le  trajet 
du  courant,  de  le  rendre  intermittent.  Or,  on  peut  voir, 
à  l’aide  de  cet.  appareil,  que,  tant  que  le  courant  est 
continu,  les  effets  chimiques  se  produisent  et  les  effets 
physiologiques  sont  nuis,  pu  du  moins  ne  sont  pas  ap¬ 
préciables.  En  effet,  l’eau  du  voltamètre  est  alors  décom- 


'fini!  u,ir 


CONTDOJS  ET  INTERMITTENTS.  151 

posée  par  le  courant,  tandis  que  le  membre  de  grenouille 
reste  parfaitement  immobile.  Mais  dès.  qu’on  vient,  au 
moyepdel’interrupteur,àrendrelecourant  intermittent, 
tout  chapge;.la  décomposition  de  l’eau  s’arrête  dans  le. 
voltamètre,  et  la  cuisse  de  grenouille  entre  dans  de  vio¬ 
lentes  convulsions-. 

Cet  exemple  des  conditions  différentes  dans  lesquelles 
se  manifestent  l’action  chimique  et  l’action  physiologique 
est  certainement  fort  remarquable. 

Ici  {(Ig.  .17,  II),  la  chaîne  ç  nousdonne  un  courant  ac  b, 
sur  le  trajet  duquel  est  placé  un  interrupteur  I,  permet¬ 
tant  ou  d’interrompre  le  courant,  ou  de  fermer  le  circuit 
de  manière  à  avoir  un  courant  continu,  ou  enfin  de  l’ou- 


vrir  et  de  le  fermer  à  des  intervalles  de  temps  rappro¬ 
chés,  de  façon  àavoir  un  courant  intermittent.  A  l’inter¬ 
rupteur  sont  annexés  un  petit  voltamètre  H  contenant 
de  l’eau  destinée  à  être  décomposée  par  le  courant,  et 
une  cuisse  de  grenouille  M,  en  contact  avec  les  conduc- 
teursFF",parsonnerf  n.  Le  voltamètre  fournit  ta  mani- 
festax.on  .  des  effets  chimiques,  et  les  contractions  de  la 
patte  de  grenouille:  accusent  les  effets  physiologiques. 
Dans  ce  moment,  le  courant  est  suspendu,  etvouspouveî 
voir  que  la  patte  de  grenouille  M  est  en  repos,  que  l’eau 
du  voltamètre  n’est  pas  décomposée.  Nous  rendonsniâm- 
tenant  le  courant  intermittent  :1a  patte  de  grenouille  est 
violemment  convulsée.  Vous  la  voyez  se  roidir  en  SI' et 
être  agitée  de  secousses  tétaniques.  Nous  rendons  main¬ 
tenant  le  courant  continu  :  alors  seulement  la  décompo¬ 
sition  de  l’eau  commence  ;  quant  à  la  patte  dé  grenouille, 
vous  la  voyez  entrer  en  repos  ;  nous  l’avons  vue  seule¬ 
ment  agitée  de  quelques  secousses,  au  moment  où  le 
changement  du  courant  a:  eu  lieu.  En  faisant.usàge  de 
cette  chaîne  .de  Pulvermacher,  no.us  . aurons  un  dévelop¬ 
pement  d’électricité1  considérable,  et  le  phénomène  est 
très  observable.  Vous  voyez,  èn  effet,  que  dans  cet  appa¬ 
reil  qui  fonctionnelle  courant  restant  continu,  la  dé¬ 
composition  de  l’eau  s’effectue  très  bien,  le  membre  de 
la  grenouille  reste  toujours  en  repos.  En  rétablissant 
l’intermittence  du  courant,  nous  faisons  maintenant 
cesser  la  décomposition  de  l’eau;  tandis  que  les  çon- 


des  effets  de  l’électrisation  eontinue  que  je  tous  signalais 
tout  à  l’heure.  On  a  rasé  les  poils  dans  deux  places; 
nous  y  enfonçons  des  aiguilles;  puis  nous  mettons  cha- 
cune.de  ces  aiguilles  en  communication  avec  l’un  des 
pôles  de  notre  pile  à  auges  d’une -vingtaine  -d’éléments. 
Aussitôt  l’animal  pousse  des  cris  et  accuse  une  vive  dou¬ 
leur.  Presqu’en  même  temps  la  rubéfaction  que  je  vous 
ai  annoncée  parait  autour  de  l’une  des  aiguilles  :  c’est 
autonr.de  celle  qui  correspond  au  pôle  négatif. 

Passons  maintenant  à  l’étude  des  nerfs  moteurs  au 
moyen  des  excitants  dont  je  viens  de  vous  entretenir. 

On  croyait  autrefois  que  les  nerfs  seuls  étaient  con¬ 
ducteurs  de  l’électricité.  Cette  cause  d’erreur  a  long¬ 
temps  empêché  de  tirer,  des  expériences  auxquelles  on 
se  livrait,  des  conclusions  légitimes.  'Voici  comment  on 
opérait  dans  les  premiers  essais  :  prenant  un  membre 
dé  grenouille,  on  appliquait  l’un  des  rhéophores  sur  le 
nerf,  et  l’autre  à  l’extrémité  du  membre;  on  détermi¬ 
nait  ainsi  des  contractions.  On  partait  alors  de  là  pour 
admettre  que  le  courant  parcourt  le  nerf  dans  toutes  ses 
ramifications;  ce  qui  est  complètement  faux.  C’est  ainsi 
que  Seubert  a  obtenu  des  contractions  par  l’excitation 
des  racines  postérieures,  comme  par  l’excitation  des  ra¬ 
cines  antérieures;  mais  ce  n’est  pas  le  nerf  qui  dans  ces 
casestmisen  jeu,  car  ilesttrès  peu  conducteur,  Mueller 
s’est  assuré  que  l’électricité  passe  plus  facilement  à  tra¬ 
vers  les  muscles  qu’à  travers  les  nerfs.  On  obtiendrait 
aussi  des  Contractions  en  galvanisant  sur  une  racine  pos¬ 
térieure  avec  un  courant  trop  énergique. 

Jamais  il  ne  faut,  pour  faire  agir  un  nerf,  faire  passer 


154  ACTION  BS  l’éuotskuté 

l’électrieité  ailleurs  que  par  le  nerf  lui-mème.  Ob  re¬ 
connaîtra  la  nécessité  de  cette  précaution  eu  opérant 
sur  un  animal  dont  les  nerfs  sont  détruits  par  empoi¬ 
sonnement.  Si  l’on  prend,  en  effet,  une  grenouille  em¬ 
poisonnée  par  le  curare,  ses  nerfs  moteurs  ont  perdu  lents 
propriétés;  et  cependant  l’application  de  l’électricité, 
telle  que  nous  la  mentionnions,  exciterait  plusieurs  des 
contractions  énergiques  dans  les  parties  traversées  par 
elle.  L’électricjté  ne  se  substitue  pas  à  l’agent  nerveux; 
c’est  un  simple  excitant.  Mueller  a  Je  premier  bien  fait 
sentir  cette  distinction  et  montré  comment  on  devait  em¬ 
ployer  cet  agent  dans  les  expériences  physiologiques. 

Sur  cette  patte  de  grenouille  dont  le  nerf  est  mis  à 
nu,  nous  faisons  passer  l’électricité,  non  pas  4  traversins 
membres,  mais  à  travers  le.  nerf  seulement  :  la  patte 
entre  en  convulsion  ;  nous  avons  réveillé  dans  le  nerf 
un  mode  d’activité  qui  se  propage  ensuite  dans  toute 
son  étend  ue.  L’excitation 
électrique,  bien  qu’elle 
ait  déterminé  les  con¬ 
tractions,  n’en  est  pas  la 
cause  la  plus  prochaine. 

Lorsqu’on  fait  passer 
un  courant  dans  un  nerf 
moteur,  il  faut  appliquer 
lès  deux  rbéophores  dans 
deux  points  du  nerf  voi¬ 
sins  l’un  de  l’autre  et  si¬ 
tués  à  . des  hauteurs  dif- 
-érentes,  comme  dans  la  figure  À,  de  façon  que  le  cou- 


155 


rant  qui  traverse  ce  nerf  le  parcourt  obliquement.  Si 
celte  précaution  était  négligée  et  qu’on  fît  passer  le  cou¬ 
rant  transversalement  au  nerf,  comme  dans  la  figure  B, 
aucun  effet  ne  serait  produit. 

Comment  agit  le  nerf  ainsi  traversé  par  un  courant? 
Il  n’est  pas,  je  vous  le  répète,  possible  d’admettre  que 
ce  soit  par  conductibilité  électrique  quand  on  voit  que 
l'excitation  galvanique  portée  sur  un  muscle  fait  con-, 
tracter  ce  muscle  seulement,  et  qu’on  sait  d’ailleurs  que 
le  tissu  musculaire  conduit  mieux  l’électricité  que  le  tissu 

Voici  maintenant  notre  appareil  excitateur  dont  nous 
nous  servirons  dans  nos  expériences  sur  les  nerfs.  Nous 
empldiéfonsüncoürant  faible  et  constant,  afin  d’avoir  des 
effets  toujours  comparables.  Pour  cela ,  nous  avons  un 
couple  de  Bunsen  (fig.  19,  A),  dont  on  peut  graduer  la 
quantité  ou  l’acidité  du  liquide  actif  afin  d’obtenir  des 
effets  plus  ou  moins  énergiques.  Du  charbon  C  ou  pôle 
positif  part  un  fil  conducteur  ■+■  qui  va  se  fixer  sur  un 
petit  appareil  destiné  à  changer  la  direction  des  courants, 
puis  il  continue,  et  le  fil  4-  arrive  dans  un  verre  m  où 
setroüve  du  mercure  pour  établir  la  communication  des 
pèles  ou  la  fermeture  du  circuit,,  puis  le  pèle  positif.arrive 
en  communication  avec  ,  l’aiguille  , +  ;  ce  courant  peut 
dune  être  interrompue  volonté.  Du  zinc  %  ou  pôle  né¬ 
gatif  part  un  fil  conducteur  —  qui  vient  également  tra¬ 
verser  le  petit  appareil  destiné  à  changer  la  direction  du 
courant  et  se  continue  ensuite  pour  venir  directement 
se.mettre  en  communication  avec  l’aiguille  terminale.  . 

Le  petit  appareil  destiné  à  changer  les  courants  se  corn- 


fils  peuvent  i 


chées  ou  éloignées  à  volon 
de  rappel  et  d’une  travers 
guilles  préalablement  isolt 


SUR  LES  NERFS.  157 

Dne  grande  lame  de  verre  porte  tout  l’appàreil  ainsi 
que  la  patte  de  grenouille,  dont  le  nerf  sera  placé  sur 
les  extrémités  des  aiguilles + — 5  de  façon  que  le  circuit 
se  trouve  fermé  par  le  nerf  que  le  courant  traversera. 
L’une  des  aiguilles  est  en  communication  permanente 
avec  le  rhéophore  du  couple  de  Bunsen.  L’autre  aiguille 
est  également  en  communication  avec  la  pile  par  un  bain 
demèrcurem. Toutes  lés  foisquel'on  plongera  l’extrémité 
libre'  du  rhéophore  dans  le  bain  de  mercure  m,  le  cou¬ 
rant  sera  fermé  et,  traversera  le  nerf  de  la  patte  placée 
sur  la  plaque  isolante,  et  dès  lois  il  y  aura  excitation 
du  nerf  et  contraction  musculaire,1  etc.- 
Quand  lés  expériences  sont  faites  comme  il  vient 
d’être  dit,  fin  ne  peut  pas  admettre  que  les  convulsions 
sôiéüt  dues  à  la  conductibilité  du  nerf?  Le  tissu  de  ce  nerf 
possède,  pendant  quelque  temps  après  la  mort,  iiu  mode 
d’activité  propre  que  les  variations  des  actions  électri¬ 
ques  mettent  en  jeu  simplement. 

Voici  d’ailleurs  un  autre  fait  qui  prouve  que 'l’in¬ 
fluence  qu’a  sur  la  contraction  musculaire  un  nerfgal- 
vanisé,  n’ést  pas  une  influence  physique  due  à  la  con¬ 
ductibilité  électrique. 

Ce  nerf  de  grenouille  est  parfaitement  sensible  à  l’ex¬ 
citation  galvanique;  dès  que  nous  le  touchons  avec  les 
pointes  dé  la  pince  électrique,  lé  membre  entre  en  con¬ 
vulsion.  Je  broie  le  nerf  avec  les  mors  d’une  pince  ;  il 
est  évident  que  cêtte  opération  n’a  pas  détruit  la  nature 
chimique  de  son  tissu,  qu’elle  n’y  a  pas  produit  de  solu¬ 
tion  de  continuité  et  que,  s’il  était  conducteur  avant 
d’avoir  été  contüs,  il  l’est  encore  maintenant.  Or,  si  nous 


158 


ACTION  DE  l’ÉLECTEICITÉ 

portons  de  nouveau  la  pince  sur  ce  nerf,  au-dessus  de  la 
partie  contuse,  la  cuisse  ne  :  se  contracte  plus.  L’exci¬ 
tation  du  nerf  cesse  donc  de  se  transmettre,  bien  que  lès 
conditions  propres  à  assurer  la  conductibilité  éleôtiiqoe 
soient  les  mêmes.  Et  cela  ne  tient  pas  à  ce  que  la  patte 
a  perdu  le  pouvoir  de  se  contracter,  car,  si  nous  le  gal¬ 
vanisons  au-dessous  du  point  mâché,  nous  y  produisons  ■ 
des  Convulsions.  Si  l’on  eût  lié  le  nerf,  la  ligature  eût 
produit  le  même  résultat. 

Les  nerfs  moteurs  de  la  grenouille  sont  des  parties 
excessivement  sensibles  aux  influences. électriques.)!  n’y 
a  peut-être  pas  de  galvanomètre  qui  accuse  mieux  les 
moindres  variations  brusques  de  la  tension  de  ce  fluide. 
Nous  verrons  plus  tard  qu’il  suffit  de  tenir  un;  nerf  avec 
une  pince  de  métal ,  le  nerf  crural  par  exemple,  et  de 
toucher  avec  la  main  ou  un  bistouri  un  autre  point  du 
corps  de  l’animal  pour  déterminer  un  mouvement  par  h 
seule  électricité  développée  au  contact  de  la  pince  et  du 
nerf. 

Il  n’en  est  plus  de  même  des  nerfs  sensitifs  qui  sont, 
dit-on,  plus  impressionnés  par  les  variations  de  tem¬ 
pérature.  Mais  chose  remarquable,  c’est  que,  comme 
vous  avez  pu  le  voir  dans  une  expérience  précédente, 
les  réactions  qui  accusent  cette  exquise  sensibilité:  ne 
traduisent  que  les  changements  qui  surviennent  brus¬ 
quement  dans  l’influence  de  l’agent' excitateur.  C’est 
ainsi  que  les  muscles  ne  se  contractent  sous  l’influence 
des  nerfs  moteurs  galvanisés  que  quand  on  commence  à 
faire  passer  le  courant  ou  qu’on  l’augmente  ou  le  diminue 


159 


suhitemént.  La  même  chose  à  lieu  pour  les  nerfs  sen¬ 
sitifs  qui,  soumis  à  des  actions  calorifiques  diverses,  n’ac¬ 
cusent  que  les  variations  de  la  température ,  et  cela  par 
un  mécanisme  sur  lequel  j’insisterai  longuement  quand 
nous  nous  occuperons  des  mouvements  réflexes. 

Il  n’est  pas.  toujours  nécessaire  d’interrompre  le  cou- 
raut  qui  traverse  un  nerf  :  en  en  faisant  seulement  varier 
l’intensité  soit  en.plus,  soit  én  moins,  des  contractions 
musculaires  accuseront  encore  ces  variations. 


Messieurs, 


Nous  avons  dit  dans  la  dernière  séance  que,  pour 
exciter  un  nerf  moteur  par  l’électricité,  il  faut  le  faire 
traverser  obliquement  par  un  courant.  Toutes  les  fois 
que  le  courant  passe  ainsi,  quel  que  soit  le  sens  dans  lé: 
quel  on  lui  fasse  traverser  le  nerf  moteur,  on  a  une  con¬ 
traction  des  parties  musculaires  auxquelles  il  sedistribüê: 
cette  contraction  est  caractéristique  du  nerf  moteur. 

Ainsi  sur  ce  nerf  d’une  patte  de  grenouille  nous  appli¬ 
quons  les  rhéophores  de  notre  appareil  ordinaire (fig.  19, 
p.  156),  et  la  patte  se  contracte.  Nous  renversons  les 
pôles,'  elle  se  contracte  encore;  L’excitation  électrique 
est  donc  produite  ici  dans  quelque  sens  que  le  courant 
traverse  le  nerf  ;  que  ce  soit  du  centre  à  la  périphérie 
ou  de  la  périphérie  au  centre. 

Vous  voyez  encore  que  les  convulsions  n’apparaissent 
qu’à  l’entrée  du  courant,  quelles  que  soient  sa  direction 
et  son  intensité.  Lorsque  le  courant  est  interrompu 
et  rétabli  à  des  intervalles  suffisamment  rapprochés,  on 


EXCITATION  ÉLECTRIQUE  DU  NERF  MOTEUR.  161 

a  des  convulsions  répétées  ;  c’est  pour  cette  raison  que, 
dans  les  usages  thérapeutiques,  on  se  sert  de  courants 
intermittents  afin  de  provoquer  des  contractions  multi¬ 
pliées. 

Voyons  maintenant  quelles  particularités  offre  à  l’ob¬ 
servation  l’action  du  courant  électrique  sur  les  nerfs 
moteurs.  Nous  examinerons  d’abord  les  effets  du  cou- 


Lorsqu’on  fait  passer  un  courant  électrique  à  travers 
un  nerf,  les  phénomènes  produits  sont  différents  suivant 
l’intensité  du  courant  et  le  sens  dans  lequel  il  traverse 
le  nerf. 

trique  faible  dans  un  nerf  ne  le  détruisait  pas  comme  le 
font  certains  excitants  chimiques  et  les  excitants  méca¬ 
niques.  Aussi  les  épreuves  dans  lesquelles  on  emploie 
l’électricité  appliquée  à  un  nerf  pour  faire  contracter 
les  muscles  d’une  région ,  peuvent-elles  être  répétées 
plusieurs  fois  sur  la  même  partie.  Cela  n’a  pourtant  lieu 
qu’à  la  condition  de  se  servir  de  courants,  faibles;  un 
courant  continu  énergique  désorganiserait  le  tissu  du 
nerf. 

Sur  ce  nerf  crural  d’une  grenouille  nous  appliquons 
les  rhéophores  d’une  pile  à  auges  trop  forte.  Le  nerf  se 
trouve  en  peu  de  temps  comme  brûlé  au  pôle  négatif. 
Si  maintenant  nous  soumettons  ce  même  nerf  aux  ex¬ 
citations  d’une  pile  moins  énergique,  pour  interroger  sa 
sensibilité  aux  excitations,  nous  voyons  qu’en  appliquant 
l’excitation  au-dessus  du  point  cautérisé  par  le  pôle  né¬ 
gatif  de  la  pile  à  auges,  nous  n’obtenons  plus  aucune 


contraction,  tandis  que  nous  en  produisons  de  très  éner¬ 
giques  quand  l’excitation  porte  sur  Un  point  dunerfplus 
rapproché  de  la  périphérie.  Il  y  a  eu  là  une  véritable 
désorganisation  chimique  ;  et  pendant  que  le  nerf  était 
traversé  par  le  courant  continu,  on  voyait  au  pôle  né¬ 
gatif  se  dégager  de  petites  bulles  de  gaz.  Un  courant 
électrique  continu  détruit  donc  la  propriété  d’un  nerf 
qu’il  traverse,  lorsqu’il  est  trop  fort  et  capable  d’agir 
chimiquement. 

Ce  que  nous  venons  de  dire  de  l’intensité  des  cou¬ 
rants  ne  se  rapporte  qu’aux  courants  continus;  Si  nous 
avions  placé  un  interrupteur  sur  le  trajet  du  courant 
dont  nous  venons  de  faire  usage,  nous  eussions  empè- 


peut  traverser  le  nerf  en  se  dirigeant  de  haut  en  bas, 
du  centre  à  la  périphérie,  ou  de  bas  en  haut,  de  la  péri¬ 
phérie  au  centre;  en  un  mot,  la  direction  peut  être 
centrifuge  ou  centripète.  Nous  allons,  prenant1  pour 
source  de  courant  faible  notre  couple  de  Bunsen,  com¬ 
parer  les  effets  dus  à  l’action  d’un  même  courant  sui¬ 
vant. qu’il  se  présente  dans  l’une  ou  dans  l’autre  de  ces 


Et  d’abord,  lorsqu’on-  fait  passer  le  courant  dans  le 
sens  centrifuge,  le  pôle  négatif  étant  le  plus  rapproché 
de  la  périphérie,  le  nerf  perd  rapidement  la  propriété 
d’être  excité  par  l’électricité.  Vous  verrez  que  le  cou¬ 
rant  centrifuge  qui  traverse  ce  nerf  crural  de  grenouille 
rendra  bientôt  très  faibles  les  contractions  qui  sont 
maintenant  fort  énergiques. 

On  peut,  à  ce  sujet,  se  demander  si  le  courant  n’af¬ 
faiblit  pas  la  propriété  nerveuse,  parce  qu’il  désorgani¬ 
serait  le  nerf? 

Non,  messieurs,  la  propriété  nerveuse  est  affaiblie, 
épuisée;  mais  elle  n’est  pas  détruite,  car  on  peut  là  res¬ 
tituer  en  faisant  passer  le  courant  dans  le  sens  opposé. 
Pour  cela,  il  suffit  de  changer  les  pôles;  le  courant  de 
centrifuge  devient  centripète  ;  et,  au  bout  d’un  certain 
temps,  les  excitations  portées  sur  le  nerf  déterminent 
dansles muscles  des  contractions  aussi  énergiques  qu’an- 
paravant.  D’où  il  reste  établi  que,  des  deux  courants  j 
c’est  le  courant  direct  qui  épuise  l’action  nerveuse  le  plus 
facilement,  mais  que  celle-ci  peut  être  restituée  en 
faisant  passer  le  courant  indirect. 

Lorsqu’on  fait  passer  un  courant  faible  dans  un  nerf, 
on  a  remarqué  depuis  longtemps  que  la  Contraction  du 
muscle  qui  est  la  conséquence  de  l’irritation  du  nerf 
peut  se  manifester  de  différentes  manières.  Tantôt  la 
contraction  du  muscle  alieu  à  l’entrée  du  courant,  tân- 
tôt  à  la  sortie,  c’est-à-dire  à  la  fermeture  ou  à  l’ouver¬ 
ture  du  circuit.  Ainsi  vous  voyez  ici  une  contraction  se 
manifester  dans  la  patte  de  la  grenouille  au  moment  où 
nous  faisons  passer  l’électricité.  Puis  cette  contraction 


164 


ACTION  DE  1,’ÉLECTRICITÉ 

cesse  pendant  tout  le  temps  que  passe  le  courant  d’une 
manière  continue,  et  au  moment  où  nousl’interrompom 
une  nouvelle  contraction  survient.  En  recommençant 
l’épreuve,  nous  reconnaissons  qu’il  y  a  deux  contrac¬ 
tions,  l’une  à  l’entrée,  l’autre  à  la  sortie  du  courant, 
mais  qu’il  n’y  en  a  pas  pendant  son  passage  continu. 

Maintenant  si,  après  un  certain  temps,  et  lorsque  le 
nerf  sera  fatigué  et  presque  épuisé,  nous  faisons  passer 
le  même  courant,  nous  verrons  que  les  phénomènes  ont 
changé ,  et  alors  nous  observerons  une  seule  contraction 
soit  à  l’entrée,  soit  à  la  sortie,  suivant  le  sens  du  courant 
que  l’on  fait  agir. 

Ainsi,  vous  voyez  ici  sur  une  autre  grenouille  pins 
fatiguée  que  la  première  :  au  moment  où  nous  fai¬ 
sons  passer  le  courant  direct  (c’est-à-dire  disposé  de  telle 
façon  que  le  pôle  positif  soit  en  haut  et  le  pôle  négatif 
en  bas),  une  contraction  a  lieu  au  moment  où  l’on 
ferme  le  circuit,  c’est-à-dire  à  l’entrée  du  courant.  Pen- 
dantle  passage  du  courant,  et  au  moment  de  son  inter¬ 
ruption,  on  ne  remarque  aucune  contraction. 

Si  maintenant  nous  faisons  passer  le  courant  dans  un 
sens  inverse  (c’est-à-dire  de  manière  que  le  pôle  positif 
soit  en  bas  et  le  pôle  négatif  en  haut),  nous  voyons  le 
contraire  avoir  lieu. 

Au  moment  où  l’on  ferme  le  circuit,  il  n’y  a  pas  de 
contraction,  non  plus  que  pendant  son  passage  ;  mais  au 
moment  où  on  l’interrompt,  il  se  produit  une  contrac¬ 
tion  dans  le  muscle  :  c’est  ce  que  nous  appelons  une 
contraction  à  la  sortie. 

Ici  nous  avons  affaire  à  un  nerf  mixte,  au  nerf  crural 


SUR  LE  NERF  MOTEUR.  165 

de  la  grenouille,  qui  est  coupé  et  séparé  du  tronc,  et  vous 
avez  vu  que  l’action  de  l'électricité  a  produit  d’abord 
une  contraction  à  l’entrée  et  à  la  sortie,  quel  que  soit  le 
sens  du  courant,  et  que  plus  tard,quaudle  nërf  aété  plus 
fatigué,  elle  a  produit  une  contraction  seulement  à  l’en¬ 
trée  du  courant  direct  et  à  la  sonie  du  courant  indirect. 

Ces  différences  dans  les  réactions  motrices  des  nerfs 
traversés  par  des  courants  électriques  ont  été  observées 
depuislongtemps.On  avaitmême  cru  pouvoirsebasersur 
ellespour  établir  des  caractères  physiologiques-distinctifs 
des  nerfs  moteurs  purs  ou  associés  aux  nerfs  sensitifs. 

sisterons,  nous  devons  faire  remarquer  que  les  phéno¬ 
mènes  sur  lesquels  on  s’appuie  ne  sont  pas  physiologi¬ 
ques,  que  ce  ne  sont  que  des  manifestations  de  nerfs 
séparés  de  l’organisme  et  conservant  jusqu’à  un  certain 
point  leurs  propriétés  de  tissus. 

Nous  allons  voir  que  cette  double  contraction  à  l’en¬ 
trée  et  à  la  sortie,  ou  cette  contraction  alternative,  tan¬ 
tôt  à  l’entrée  du  courant  diréct,  tantôt  à  lasortie  du  cou¬ 
rant  indirect,  ne  sont  pas  les  seuls  cas  qui  peuvent  être 
observés,  soit  sur  des  nerfs  différents,  soit  sur  les  diffé¬ 
rents  points  d’un  même  nerf. 

Ainsi  un  même  nerf  peut,  au  même  moment,  présen¬ 
ter  la  double  convulsion  du  nerf  frais  ou  lâ  convulsion 
simple  du  nerf  fatigué,  suivant  le  point  de  son  trajet 
qu’ou  fait  traverser  par  le  courant.  C’est  précisément  ce 
'qu’il  nous  est  donné  d’observer  sur  le  nerf  que  nous 
avons  galvanisé  tout  à  l’heure.  Vous  savez  qué  lès  pro¬ 
priétés  de  tissu  du  nerf  moteur  séparé  de  la  moelle  dis- 


166  ACTION  DE  l’ÉLECTKICITÉ 

paraissent  en  procédant  du  centre  à  la  périphérie.  C’est 
pourquoi  un  nerf  peut  offrir  vers  son  extrémité  centrale 
les  réactions  d’un  nerf  fatigué  et  avoir  conservé  un  peu 
plusloin  l’énergie  fonctionnelle  de  l’état  frais.  Nousavons 
tout  à  l’heure  constaté,  et  nous  constatons  encore  main¬ 
tenant,  que  ce  nerf  crural  de  grenouille  fait  contracter 
le  muscle  auquel  il  se  rend  à  l’entrée  et  à  la  sortie  d’un 
courant  porté  sur  lui,  selon  que  ce  courant  est  centri¬ 
fuge  ou  centripète.  Eh  bien,  en  portant  les  pôles  de  la 
pile  un  peu  plus  loin,  sur  un  point  plus  rapproché  de 
son  extrémité  périphérique,  nous  avons  la  double.  con¬ 
traction  obtenue  tout  à  l’heure  sur  un  nerf  plus  récem- 
ment  préparé. 

Ceci  nous  prouve  que  ces  phénomènes  peuvent  être 
excessivement  variables,  et  qu’ils  n’ont  pas  du  tout 
l’imporlance  physiologique  qu’on  a  voulu  leur  attribuer. 
C’est  ce  qui  sera  établi  un  peu  plus  tard.  Mais  d’abord 
je.  dois  vous  exposer,  la  nature  des  caractères  que  l’on  a 
invoqués  comme  distinctifs  des  nerfs  moteurs  purs  ou 
associés  à  des  fibres  .sensitives. 

Nous  savons  qu’en  faisant  traverser  un  nerf  par  un 
courant  galvanique,  des  convulsions  sont  produites  dans 
les  muscles  auxquels  se  distribue  ce  nerf.;  que  ces  con¬ 
vulsions,  dans  des  circonstances  que  nous  vous  avons 
indiquées,  se  manifestent  tantôt  au  moment  de  la.  fer¬ 
meture,  tantôt  au  moment  de  l’interruption  du  circuit 
que  parcourt  le  courant. 

Cette  pilé  de  Bunsen ,  qui  est  faible  et  à  courant  con¬ 
stant  annexé  à  l’appareil  que  nous  avons  décrit  (p.  1d6, 
fig.  19),  nous  a  servi  'a  donner  la  preuve  du  fait  que  nous 


voyons  en  ce  moment  se  reproduire  tel  quevous  avez 
pu  déjà  l’observer. 

Dans  un  mémoire  où  sont  relatées  des  expériences  de 
cette  nature,  MM.  Matteucci  et  Longet  ont  dit  que,  gal¬ 
vanisant  un  nerf  moteur,  on  obtient  des  résultats  diffé- 
rents.selon  qu’on  galvanise  le  nerf  mixte  ou  le  nerf  pur 
de  toute  association  à  des  fibres  sensitives,  c’est-à-dire 
avant  sa  réunion  à  la  racine  postérieure. 

Ces  expérimentateurs  ont  dit  qu’en  galvanisant  les 
racines  antérieures  de  façon  que  la  racine  fût  traversée 
de  la  périphérie  au  centre  par .  un  courant  ayant  ainsi 
une  direction  centripète,  on  obtenait  des  convulsions 
seulement  au  moment  de  l’entrée  du  courant ,  c’est-à- 
dire  à  l’instant  où  l’on  fermait  le  circuit.  Ils  disent  qu’au 
contraire,  en  disposant  le  courant  de  manière  que  la 
racine  fût  parcourue  du  centre  vers  la  périphérie,  , cou¬ 
rant  .centrifuge,  on  n’avait  de  contraction  qu’au  moment 
de  l’interruption  du  courant.  En  d’autres  termes,,  le 


Nous  vous  avons  dit  déjà  avoir  répété  ces  expériences  et 
avoir  vu  que  les  phénomènes  étaient  plus  complexes.  Pour 
juger  de  ce  qui  se  passe  dans  ces  diverses  circonstances, il 
est  indispensable  d’êxaminer  les  nerfs  dans  diverses  con¬ 
ditions  et  de  tenir  compte  de  l’influence  de  cés  conditions. 

Au  lieu  d’âgir  sur  des  tronçons  de  nerfs,  nous  avons 
voulu  expérimenter  sur  l’animal  vivant.  Nous  avons  pris 
une  grenouille ,  nous  avons  découvert  son  nerf  crural, 
qui  a  été  placé  sur  Ies  -deux  pôles  des  rhéophores  de 
notre  appareil  à  courant  faible  et  constant.  Lorsque  le 
nerf  est  aussi  normal  que  possible,  et  dans  les  condi¬ 
tions  les  plus  rapprochées  de  celles  de  son  fonctionne¬ 
ment  habituel,  nous  avons  vu  qu’on  n’a  jamais  qu’üne 
convulsion,  et  on  l’a  toujours  au  moment  dé  la  ferme¬ 
ture  dii  circuit,  à  l’entrée  du  courant. 

Vous  pouvez  voir,  sur  cette  grenouille  préparée 
comme  il  vient  d’être  dit,  qu’en  changeant  les  pôles,  on 
n’a  toujours  qu’une  contraction  à  l’entrée,  qué  lé  cou¬ 
rant  soit  direct  ou  inverse,  centrifuge  ou  centripète. 
Nous  avons  vérifié  ce  fait  sur  des  lapins  et  sur  dés 
chiens,  et,  dans  les  épreuves  qui  ont  été  répétées  à 
satiété,  le  même  résultat  a  été  constamment  obtenu. 

Nous  allons  maintenant  changer  les  rapports  du  nerf 
en  le  coupantde  manièrequ’il  ne  tienne  plusàla  moellé. 
Le  voici  coupé  après  sa  réunion  à  la  racine  postérieurè. 
de  sorte  que  la  section  porte  sur  le  nerf  mixte,  tlne  sérié 
de  phénomènes  différents  de  ceux  que  nous  avous  ob¬ 
servés  tout  à  l’heure  vase  produire.  Et  d’abord  vousvoyéz 
que  l’excitation  passagère  par  ie  même  courant,  appliqué 
très  peu  au-dessous  delà  section,  détermine  déux  cotf- 


tractions  :  une  à  l’entrée,  l’autre  à  la  sortie  du  courant. 
C’est  là  l’indice  d’un  premier  état  de  fatigue  du  Derf. 
Tout  à  l’heure  il  serait  encore  plus  épuisé,  et  nous  n’au¬ 
rions  plus  qu’unè  contraction  à  l’entrée  ou  à  la  sortie. 

Vous  voyez,  d’après  ces  seules  expériences,  qu’il  est 
impossible  d’admettre  que  ces  caractères  puissent  dis¬ 
tinguer  un  nerf  mixte  d’un  nerf  moteur  pur,  puisque  ici, 
sur  un  même  nerf,  nous  les  avons  tous  successivement 
observés.  Cette  seule  remarque  me  parait  une  objection 
fondamentale  aux  conclusions  dont  nous  parlions  tout  à 
l’heure  et  qui  auraient  pour  objet  de  distinguer  par  ces  ca¬ 
ractères  le  nerf  moteur  à  l’état  de  pureté  ou  de  mélange. 

Nous  avons  déjà  fait  des  expériences  qui  nous  ont 
montré  qu'une  série  de  périodes  doivent  être  distinguées 
dans  les  différents  états  par  lesquels  le  nerf  expérimenté 
peut  passer  êt  que,  dans  toutes  ces  expériences,  on  n’a 
étudié  que  des  conditions  purement  physiques  sans  se 
préoccuper  de  la  période  physiologique,  qui  est  restée 
complètement  inconnue. 

Nous  aurons  encore  là  un  exemple  remarquable  de 
la  tendance  qu’ont  les  physiciens,  dans  les  recherches 
physiologiques  les  plus  intéressantes  et  les  plus  ingé¬ 
nieusement  conduites,  à  faire  prédominer  le  phénomène 
physique  sur  le  phénomène  physiologique. 

Le  reproche  que  nous  adressons  aujourd’hui  aux  phy¬ 
siciens,  nous  l’avons  déjà  adressé  aux  chimistes,  aux 
anatomistes ,  à -tous  ceux  qui,  trop  confiants  dans  l’ex¬ 
cellence  d’un  procédé  de  recherches,  ne  considèrent  que 
les  conditions  qui  se  rattachent  à  Ce  moyen  d’invèstiga- 
tion  sans  Se  préoccuper  des  conditions  physiologiques. 


DIXIÈME  LEÇON. 


Nous  yous  avons,  dans  la  dernière  leçon ,  entretenus  de 
la  difficulté  et  même  de  l’impossibilité  qu’il  y  avait  à 
distinguer  les  nerfs  moteurs  purs  des  nerfs  mixtes  par 
l’excitation  qu’y  détermine  le  galvanisme.  Depuis  lots 
un  de  nos  auditeurs,  M.  Em.  L.  Rousseau  .(de  Verzj), 
ancien  élève  de  l’École  normale  supérieure,. licencié 
ès  sciences  mathématiques  et  physiques,  nous  a  com¬ 
muniqué  des  observations  encore  inédites  qu’il  a  faites, 
et  qui  sont  de  tout  point  d’accord  avec  ce  que  nous  vous 
disions  en  terminant  la  dernière  leçon. 

Je  vais  vous  indiquer  les  résultats  de  ces  recherches, 
d’après  la  note  même  qui  m’a  été  remise  par  M.  Rous- 

.  <t  Nos  recherches  démontrent,  dit  M.  Rousseau,  que 
les  courants  -  électriques  agissent  de  la  même  manière  sur 


les  filets  nerveux  moteurs  des  nerfs  mixtes ,  et  sur  ceux  des 
racines  antérieures  rachidiennes,  résultat  contraire  à  ceux 
obtenus  par  MM.  Longet  et  Matteueci.  . 

»  Nous  signalerons  en  même  temps,  continue  le 

ment  ont  pu  se  tromper  des  observateurs  aussi  habiles 
que  MM.  Longet  et  Matteueci,  et  nous  indiquerons  les 
précautions  expérimentales  indispensables  pour  se  mettre 
à  l’abri  de  ces  causes  d’erreur. 

»  A  l’étude  de  ces  précautions  se  rattache  la.  décou¬ 
verte  de  quelques  faits  nouveaux  : 

i>  1"  De  l’existence  (dans  presque  toutes  les  expériences 
où  l’on  a  fait  agir  l’électricité  sur  les  nerfs)  de  courants 
dérivés  très  influents  sur  le  sens  des  résultats  ; 

»  2»  Et  surtout  de  ce  fait  assez  remarquable  qui  ex¬ 
pliqué  l’influence  et  rend  indispensable  l’observation 
des  courants  dérivés,  savoir  : 

»  De  deux  courants  de  sens  opposé  qui  agissent  simul¬ 
tanément  à  une  hauteur  différente  sur  un  nerf  {renfer¬ 
mant  des  filets  moteurs  seuls  ou  mêlés  à  d’autres),  le  colo¬ 
rant  le  plus  près  de  la  périphérie  manifeste  seul  son 
action  par  des  contractions  dans  les  muscles  animés  par 

(a  travers  la  portion  du  nerf  qu'il  excite)  de  l'action 
nerveuse  développée  plus  haut  par  le  courant  de  sens 
opposé. 

»  Ainsi,  le  but  principal  de  notre  travail,  dit  M.  Rous- 
seau,  est  de  rectifier  une  erreur  de  MM.  Longet  et  Mat- 
teucci,  en  prouvant  (contrairement  aux  résultats  an¬ 
noncés  par  ces  physiologistes)  qu’un  courant  galvanique 


faire  connaître  quelques  faits  nouveaux  qui  expliquent 
les  différents  résultats  de  JIM.  Longet  et  Jlatteucci.  C’est 
la  découverte  de  ces  faits  qui  nous  a  permis  d’éviter 
nous-mêmes  les  causes  d’erreur  que  nous  signalerons 
dans  les  expériences. 

»  Je  n’ai  pas  besoin  de  rappeler  que,  si  l’on  réunit 
les  deux  pôles  d’une  pile  au  moyen  d’un  corps  conduc¬ 
teur,  il  s’établit  dans  celui-ci  un  courant  qui  va  dupfie 
positif  au  pôle  négatif. 

»  On  sait  également  que,  si  ce  corps  conducteur  in¬ 
terposé  aux  deux  pôles  de  la  pile  est  une  portion  de  nerf, 
on  appelle  le  courant  direct  ou  inverse,  suivant  qu’il  cir¬ 
cule  du  centre  nerveux  à  la  périphérie,  ou  de  la  péri¬ 
phérie  au  centre  nerveux  :  qu’ainsi  on  a  un  courant  dirai 
quand  le  pôle  positif  de  la  pile  est  plus  rapproché  de 
l’origine  du  nerf  que  le  pôle  négatif,  et  qu’on  a  un 
courant  invèrse  dans  le  cas  contraire. 

»  Mais  il  importe  de  fixer  son  attention  sur  un  Mt 
bien  étudié  dans  les  cours  de  physique,  et  qu’on  Oublie 
souvent  dans  les  applications  physiologiques  de  l’élec- 

pour  l’explication  des  résultats  de  nos  expériences.  Voici 
ce  fait  : 


»  Si  en  deux  pointsP  et  N  d’un  corps  conducteur  PNAP 
(fig.  20)  formant  un  circuit  fermé ,  on  applique  les  deux 
pôles  d’une  pile ,  il  s’établit  dans  ce  corps  conducteur 
deux  courants  :  l’un  qui  va  de  P  en  N  par  le  chemin  le 
plus  court  (on  l’appelle  courant  principal),  l’autre  qui 
suit  le  chemin  plus  long  PAN  (on  l’appelle  courant 
UrinS). 


»  Au  contraire,  il  n’y  a  qu’un  seul  courant PN,  si 


le  corps  conducteur  ne  forme  pas  un  circuit  complet 


comme  eraA  (ng.  xij. 

»  Ces  préliminaires  posés,  arrivons  aux  résultats  ex¬ 
périmentaux  : 

»  Premier  cas.  —  i"  Quand ,  dans  un  nerf  mixte  ac 
encore  adhérent  (fig.  28)  ou  non  (fig;.  22)  au  centre 
nerveux  cérébro-spinal,  on  fait  passer  un  courant  di¬ 
rect  ou  inverse  peu  de  temps  après  que  le  nerf  a  éfc 


découvert ,  des  contractions  surviennent  dans  les  mus¬ 
cles  auxquels  il  se  rend ,  à  l’établissement  et  à  la  rupture 


du  circuit  ;  c’est  ce  qu’ont  bien  vu  MM.  Longet  et 
Matteucci,  ainsi  que  leurs  prédécesseurs.  On  a  alors  : 


»  Le  même  résultat  seproduitsur  les  racines  antérieure. 

»  Notons  encore,  avec  MM.  Longet  et  Matteucci,  que 
les  résultats  de  cette  première  période  se  reproduisent 
(assez  longtemps  après  que  la  seconde  a  commencé)  si 
l’on  vient  à  augmenter  la  force  du  courant  employé,  ou  | 
à  agir  sur  une  nouvelle  portion  du  nerf. 

»  Deuxième  cas.  —  2°  Au  bout  de  quelque  temps, 
on  voit  apparaître  une  autre  période  dans  laquelle  les  1 
contractions  n’ont  plus  lieu  qu’au  commencement  de  Cm  i 
des  courants  et  à  l’interruption  de  l’autre.  MM.  Longet  et  j 
Matteucci  sont  d’accord  encore  avec  leurs  prédécesseurs 
pour  les  nerfs  mixtes ,  mais  ils  s’en  séparent  pour  les 
racines  antérieures  et  établissent  la  loi  représentée  par 
ce  tableau  : 


»  Ici,  continue  toujours  M.  Rousseau,  nous  cessées 
d’être  d’accord  avec  les  physiologistes  que  nous  venons 
de  citer,  et  nous  allons  montrer  : 

»  A.  Que  laloi  de  la  colonne  in”  I  est  également  vraie 
pour  les  racines  antérieures  et  pour  les  nerfs  mixtes; 
on  en  obtient  les  résultats  quand  on  se  soustrait  à  J’iiK. 
fluence  de  tout  courant  dérivé,  ■ 


»  B.  Que  lés  nerfs  miïtes,  comme  les  racines  anté¬ 
rieures,  donnent  les  résultats  dé  la  colonne  n“ II,  dans 
certains  cas  bien  déterminés  de  dérivation  électrique. 
Cette  différence  n’est  du  reste  qu’apparente,  et  nous 
ferons  rentrer  ces  résultats  dans  la  loi  générale  de  la 
colonne  n°  I,  en  montrant  que  dans  tous  ces  cas  en  appa¬ 
rence  contradictoires,  les  phénomènes  sont  dus  à  Un  cou¬ 
rant  dérivé  de  sens  opposé  à  celui  du  courant  principal. 

j>  Commençons  par  les  nerfs  mixtes,  dont  l’étude  est  la 
plus  facile,  et  faisons  varier  les  conditions  expérimentales 
pour  montrer  comment  et  pourquoi  les  résultats  chan¬ 
gent  la  disposition  de  l’expérience. 

»  Après  avoir  bien  saisi  la  loi  du  phénomène,  de  ma¬ 
nière  à  pouvoir  prévoir  dans  chaque  cas  ce  qui  va  se 
passer,  nous  referons  la  même  série  d’expériences  sur 
les  racines  antérieures  (1). 


»  l' Patte  galvanoscopique  a(fig.  2 h)  séparée  du  tronc;  , 
nerf  sciatique  AB  soulevé  par  un  fil  de  soie  b  (attaché 


176  ACTION  DE  L’ÉLECTRICITÉ 

»  2°  Patte  galvanoscopique  séparée  du  tronc;  nerf  AB 
soulevé  en  anse  (fig.  25)  par  un  fil  de  soie,  et  adhérait 
aux  muscles  D  par  les  deux  extrémités  de  l’anse  qu’il 

»  3”  H  n’est  pas  nécessaire  que  le  nerf  reste  adhérent 
aux  muscles  par  ses  deux  bouts,  il  suffit  que  le  bout 
central ,  d’abord  détaché ,  soit  replacé  au  contact  des 
muscles  (fig.  26)  (c’est  l’expérience  de  la  figure  24,  arec 
cette  différence  qii’on  laisse  retomber  le  bout  B  jusqu’au 
contact  des  muscles);  on  a,  comme  dans  le  cas  pré¬ 
cédent  : 


»  Quelle  est  donc  la  différence  entre  l’expérience  re¬ 
présentée  dans  la  figure  24  et  celle  de  la  figure  25  (ou 


de  la  figure  26) ,  qui  donne  un  résultat  tout  opposé,  si  ce 
n’est  que  dans  ces  deux  dernières  le  nerf  et  les  muscle? 
sous-jacents  forment  un  circuit  fermé,  et  par  suite  de 
l’application  des  deux  pôles  aux  points  P  et  N,  il  s’établit 
dans  ce  circuit  deux  courants,  un  courant  principal  P  iï 


.  SUE  LES  NERFS  MOTEURS  ET  MIXTES.  177 

:  »  i"  Comme  une  preuve  plus  évidente  de  la  vérité  de 
l’action  que  nous  attribuons  à  ce  courant  dérivé. 

»  Interrompons  le  circuit  dans  un  point  quelconque  D 
(fig.  27)  de  l’intervalle  AB,  en  coupant  la  cuisse  de  la 
grenouille,  de  manière,  que  les  deux  fragments  ne  tien¬ 
nent  plus  que  par  le  nerf  sciatique  AB  soulevé  en  anse 
par  un  fil  de  soie;  séparons  les  deux  fragments  par  un 
corps  isolant,  un  morcéau  de  taffetas  bien  sec  placé  sous 
toute  la  patte;  il  n’y  a  plus  de  courant  dérivé  :  le  courant 
principal  agit  seul,  et  la  contraction  se  manifeste  alors 
suivant  la  loi  générale  : 

»  5“  Dans  cette  expérience  delà  figure  27  si  l’on  rétablit 
le  courant  dérivé  en  fermant  le  circuit  par  un  peu  dé 
papier  mouillé  D  (fig.  28),  ou  un  peu  d’eau  sur  le  taffetas, 
immédiatement  le  résultat  change,  et  la  contraction  a 
lieu  au  commencementquand  le  courant  principal  est  un  : 


»  Maintenant,  recherchons  comment  ce  courant  dérivé 
peut  être  assez  fort  pour  empêcher  la  manifestation  du 
courant  principal  ,  qui  généralement  est  plus  intense 
que  le  courant  dérivé. 


»  A.  Est-ce  parce  qu’il  traverse  deux  portions  du 
nerf  NB  et  PA,  et  que  la  somme  de  ces  deux  portions 
forme  une  longueur  plus  considérable  que  la  portion  PN  ; 


non,  car  nous  pouvons  écarter  P  et  N  davantage  (fig..  29), 
et  comprendre  entre  eux  plus  de  la  moitié  de  la  longueur 
du  nerf,  sans  cesser  d’avoir  le  même  résultat  : 


»  B.  L’action  du  courant  dérivé  sur  la  portion  da 
nerf  NB  la  plus  rapprochée  du  centre  nerveux  est-elle 
nécessaire  à  la  production  du  phénomène?  Non,  car 
nous  pouvons  poser  l’un  dés  pôles  au  point  B  d’émer¬ 
gence  supérieure  du  nerf  (fig.  30),  et  le  résultat  reste  le 


»  C.  Mais  alprs  ce  ne  peut  être  que  l’action  du  courant 
dérivé  sur  la  portion  du  nerf  P  A,  plus  rapprochée  de  h 
périphérie  et  des  muscles  qu’anime  le  nerf,  qui  arrête 
celle  du  Courant  principal  PN,  plus  éloigné  que  lui  des 
muscles  à  mouvoir. 


»  Si  notre  conclusion  est  juste,  en  plaçant  l’un  des  pôles 
de  la  pile  au  point  A  (point  d’immergence  inférieur  du 


nerf  dans  le  membre),  nous  devons  retrouver  l’action 
du  courant  principal  (fig.  31)..  En  effet ,  nous  obtenons 
(malgré  le  courant  dérivé  supérieur  BP)  : 


»  Arrêtons-nous  un  peu  sur  ce  résultat  :  nous  voyons 
(fig.  30)  lin  courant  dérivé  PA  qui  annule  l’action  d’un 


SDK  LES  Sr-PS  MOTEpRS  JÎX  MIXTES.  179 
courant  principal  PN  [de, sens  opposé  au  sien),  bien  qu$ 
traverse  une  portion  de  nerf  moins  lpngpe,  rien,  que 
par  suite  de  cette  circonstance  qu’il  est  plus  près  de  la 
périphérie,  qu’il  est  situé  entre  lui  et  les  muscles  animés 
par  le  nerf;  dans  l’expérience  (fîg.  31), c’est  le  courant 
principal  P  N  placé  plus  près  des  muscles  à  mouyoir  qui 
annule  l’action  du  courant  dérivé  PB  placé  plus  loin  de 

...»  A  l’aide  d’un  petit  appareil  que  j’ai  imaginé,,  et 
dont  je  parlerai  bientôt,  on  peut  prouver  la  généralité 
de  PC  jait.au  moyen  d'une  démonstration  directe. 

»  Il  faut  ajouter  une  remarque  qui .  est  relative  à  la 
différence  qui  existe  entre  les  nerfs  et  les  muscles. 

»  Dans  toutes  les  expériences  précédentes,  les  muscles 
dé  la  patte  (auxquels  se  distribue  la  portion  du;  nerf  scia¬ 
tique  soumise  à  l’expérience)  onp  bien  suivi  dans  leur 
contraction  la  loi  indiquée  à  l’avance;  mais  les  muscles 
de  la  cuisse  (qui  ne  sont  pas  animés  par  ce  nerf)  se 
sopt  quelquefois  contractés.,  et  toujours  alors  au  com¬ 
mencement  du  courant  (quel  que  soit  son  sens):  Cette 
Contraction  n’avait  lieu  que  quand  un  courant,  dérivé 
traversait  ces  muscles;  et  c’est  un  fait  général  que,  quand 


180  ACTION  DE  L’ÉLICTEICITÉ 

ment  opposés  à  ceux  que  fournit  le  courant  principal 

quand  il  existe  seul  ; 

»  2»  A  reconnaître  l’influence  de  la  position  relative  de 
deux  courants  de  sens  opposé  par  rapport  aux  muscles  à 

-■  »  Nous  formulons  ainsi  cette  influence  dé  là  position: 

»  De  deux  courants  de  sens  opposé  qui  agissent  simulta¬ 
nément  sur  deux  portions  différentes  d’un  même  nerf 
(: moteur  ou  mixte),  celui  qui  est  le  plus  près  de  la  péri¬ 
phérie  manifeste  seul  son  action  par  des  contractions  dans 
les  muscles  par  ce  nerf;  il  s’oppose  comme  une  barrière 
à  la  transmission  (à  travers  la  portion  de  nerf  qu’il 
excite)  de  l’action  nerveuse  développée  plus  haut  par  lé 
courant  de  sens  opposé. 

»  (Il  y  a  tout  au  plus  une  réserve  à  faire  pour  le  cas  Iu¬ 
le  courant  inférieur  est  très  faible  par  rapport  à  l’inten¬ 
sité  du  courant  supérieur,  et  pour  celui  où  il  n’âgit  sur 
le  nerf  que  dans  une  longueur  égale  ou  peu  supérieureà 
son  épaisseur,  auxquels  cas  les  résultats  perdent  de  leur 
netteté.) 

»  Cette  proposition  étant  la  base  de  notre  travail,  il 
importe  de  la  démontrer  par  des  expériences  qui  hè  vous 
laissent  pas  de  doutes.  » 

M.  Rousseau  a  imaginé  pour  cela  un  appareil  à  rhéo- 
phore  bifurqué,  de  manière  à  neutraliser  les  courants 
dérivés.  Le  fil  a  (fig.  32)  représente  le  rhëophore  positif 
qui  vient  se  placer  entre  le  rhéophore  négatif  bifurqué^ 
et  le  nerf  se  trouve  placé  sur  les  trois  fils  de  laiton,  lé 
rhéophore  positif  étant  au  milieu ,  de  façon  que  le  cou¬ 
rant  dérivé  inverse  sè  trouve  neutralisé. 


l’explication  des  phénomènes  Fig.  32  (i). 

Nous  savons  déjà  que  l’excitation  électrique  ne  fait 


qu’éveiller  l’activité  propre  du  nerf  qui  fait  ensuite  con¬ 
tracter  lé  muscle,  non  pas  en  lui  transmettant  par  con¬ 
ductibilité  un  fluide  particulier,  mais  en  sollicitant  Chez 
lui  une  aptitude  spéciale  qui  excite  le  muscle.  Il  y  a,  dans 
le  mouvement  qui  suit  l’application  du  galvanisme  sur 
un  nerf,  une  série  d’actions  qui  se  succèdent,  mais  non 
transmission  d’un  agent  qui  serait  toujours  le  même. 
Ainsi  l’électricité  excite  le  nerf,,  et  le  nerf. excité  pro- 


182 


même  pour  l'influence  dë  la  volonté,  qui  excité  de 
proche  en  proche  les  différebts  organes  nerveux  qui 
agissent  les  uns  sur  les  autres. 

Or,  en  examinant  l’action  de  l’électricité  sur  les  nerfs 
moteurs,  nous  nous  sommes  arrêté  à  la  question  de  sa¬ 
voir  comment  le  nerf  moteur  réagissait  sous  l’influence 
decetexcitaut  et  s’il  réagissait  différemment  selon  qu’on 
le  prenait  purement  moteur  ou  associé  à  dés  fibres  sén- 

.  Aujourd’hui,,  nous  allons  résumer  la  questions} 
donner  nos  conclusions  sur  ce  sujet. 

Nous  savons  qu’il  avait  été  remarqué  dans  des  expé¬ 
riences  que  les  effets  déterminés  par  l’électricité  n’étaient 
pas  les  mêmes  dans  tous  les  cas.  MM.  Longet  et  Mat- 
teücci  avaient  dit  que,  faisant  traverser  un  nerf  mixte  par 
un  courant  électrique,  il  y  avait  une  contraction  a  l’en¬ 
trée  du  courant,  quand  ce  courant  était  direct  Ou  centri¬ 
fuge,  tandis  que  la  contraction  avait  lieu  à  la  Sortie  quand 
le  courant  était  inverse  ou  centripète.  L’inverse  avait 
lieu  quand  ils  galvanisaient  les  racines  antérieures  tenant 
encore  à  la  moelle;  ils  obtenaient  alors  la  contractions 
la  sortie  du  courant  direct  et  à  l’entrée  du  courant  in¬ 
verse.  Ces  faits  sont  exacts,  mais  on  n’aVait  pas  su,  dans 
leur  appréciation,  se  garantir  d’une  cause  d’erreur  tenant 
aux  conditions  matérielles  dans  lesquelles  se  faisait  l’ojÿ 
ration.  Je  vous  avais  déjà  indiqué,  dans  la  dernière 
séance ,  les  raisons  physiologiques  qui  ne  permettaient 
pas  d’âdoptèr  les  conclusions  de  MM.  Longet  et  Matteucci; 
aujourd’hui  je  viens  de  vous  indiquer  les  causes  d’er¬ 
reur  dépendantdes  conditions  physiques  de  l'expérience. 


M.  Rousseau,  en  répétant  cas  expériences,  est  arrivé 
à  voir  que  les  nerfs  moteurs  purs  où  mixtes  présentent 
les  mêmes  réactions  sâüsTinflüenCe  galvanique,  et  que 
là  différence  des  résultats  obtenus  par  MM.  Mattebcci  et 
Longêt  tient  a  oé  que,  dans  quelques-unes  de  leurs  expé¬ 
riences,  la  production  dé  courants  élèctriijués  dérivés 
ést  venue  modifier  les  conditions  expérimentales.  ■ 

‘  "Lorsqu’on  fait  passer  dans  un  nerf  mixte  un  courant, 
direct,  Courant  de  direction  centrifuge.  On  a  une  con¬ 
traction  à  l’entrée.  Lorsqu’au  contraire  on  fait  passer 
Un  courant  inverse,  courant  de  direction  centripète,  On 
a  la  contraction  à  la  sortie.  Telles  ‘sôtit;  les  réactions  du 
nerf  mixte  notées  par  MM.  Matteucci  et  Longet.  Mais 
M.  Rousseau  a  montré  la  possibilité  d’obtenir  avec  ce  nerf 
mixte  les  réactions  inversés  qui  sont  assignées  à  la  racine 
motrice  par  MM.  Longet  et  Matteucci.Pôur  Cela,  il  suffit 
■qUélè  nerf  soit  én  Communication  avec  lê  muscle,  soit 
directement,  soit  médiàtément  par  l’intermédiaire  d’un 
corps  conducteur.  H  s’établit  alors  un  courant  dérivé  de 
sens  inverse  au  courant  principal,  etC’estsôùsl’inflüenCê 
de  Ce  Courant  que  se  manifestent1  les  contractions.  Si, 
en  Opérant  sur  les  racines,  on  obtient  des  résultats  dif¬ 
férents  de  ceux  qui  se  produisent  lorsqu’on  Opère  sur  le 
nerf  mixte  isolé ,  cela  dépend  uniquement  du  défaut 
d’isolement  de  ces  racines,  qui  tiënnent'ébCbréiâ  la 
moelle,  et  4  ce  que,  dans  ce  cas,  la  contraction  ést  due. 
non  àu  courant  principal,  mais  au  courant  dérivé.  Là 
divergence  des  résultats  s’explique  donc  suffisamment 
par  la  différence  des  conditions  physiques  dans  lesquelles 
“est  faite  l’expérience. 


184  ACTION  DE  l’&ECTIUCITË 


Maintenant  nous  devons  vous  montrer  que  ces  résul¬ 
tats  ne  sont  pas  des  résultats  physiologiques,  et  qu’on 
ne  saurait  conclure  des  phénomènes  qui  se  passent  dans 
ces  conditions  à  ce  qui  se  produit  dans  les  conditions 
physiologiques  normales.  Lorsqu’un  nerf  est  examiné 
sur  un  animal  vivant  pendant  la  vie  et  dans  ses  rapports 
normaux,  nous  vous  avons  déjà  dit  qu’il  ne  donne 
jamais  qu’une  contraction  à  l’entrée  du  courant,  quelle 
que  soit  la  direction  de  celui-ci ,  comme  vous  pouvez  le 
voir  sur  cette  grenouille,  dont  le  nerf  sciatique  établit 


postérieur  isolé  et  soulevé  par  un  fil  de  soie.  . 

Plus  tard,  lorsque  le  nerf  se  fatigue  par  une  cause 
quelconque,  soit  par  la  dessiccation,  soit  parla  section 
ou  la  ligature  peu  au-dessus  du  point  où  on  l'examine, 
soit  par  l’action  trop  énergique  ou  trop  longtemps  pro¬ 
longée  de  l’électricité,  soit  par  l’action  delà  ehaleurpen- 
dant  l’été,  ou  lorsqu’enfin  il  se  trouve  privé  de  ses  rap¬ 
ports  normaux,  le  phénomène  n’est  plus  le  même  et  on 
obtient, bientôtaprès,  deux  contractions, l’uneà  l’entrée, 
l’autre  à  la  sortie,  quel  que  soit  le  sens  du  courant.  Nous 
allons  ici  Vous  montrer  les  réactions  de  cette  deuxième 
période  en  interrompant  par  une  ligature  la  communi¬ 
cation  entre  le  nerf  et  la  moelle.  La  ligature  posée, 
chaque  passage  du  courant  est  accompagné  de  ladouble 
contraction,  à  l’entrée  et  à  la  sortie.  Dans  quelques 
instants,  ce  nerf  isolé  de,.la  moelle  parla  ligature  nous 
offrirait  les  réactions  de  la  troisième  période  :  contrat- 


SUR  UES  NERFS  A  DIVERSES  PÉRIODES.'  185 

vons  les  constater  sur  un  membre  déjà  séparé  dii  tronc 
depuis  quelque  temps. 

Les  conclusions  à  tirer  de  ces  faits,  sur  lesquels  nous 
n’avons  longuement  insisté  qu’en  raison  des  ingénieuses 
et  patientes  recherches  auxquelles  ils  ont  donné  lieu, 
sont  donc  : 

1*  Qu’on  ne  peut  pas,  au  moyen  de  l’électricité,  dis¬ 
tinguer  le  nerf  moteur  pur  du  nerf  mixte; 

2”  Qu’un  nerf  placé  dans  les  conditions  organiques 
normales,  apte  à  transmettre  les  excitations  volontaires, 
ne  donne  jamais,  lorsqu’on  l’excite  par  le  galvanisme, 
qu’une  seule  contraction,  contraction  qui  a  lieu  au  mo¬ 
ment  où  on  ferme  le  courant,  quelle  que  soit  sa  direction  ; 

3°  Le  nerf,  dans  ces  conditions,  ressemble  au  muscle 
qui  ne  se  contracte  jamais  qu’à  l’entrée  du  courant,  quel 
que  soit  le.  sens  de  celui-ci; 

4*  De  sorte  que  ces  actions  des  courants  dérivés,  si 
importantes  à  considérer  sur  les  nerfs  séparés  de  l’indi¬ 
vidu,  sont  sans  action  sur  le  nerf  à  l’étal  physiologique. 

Ces  conclusions  simplifient  considérablement  la  ques¬ 
tion  physiologique. 

Relativement  aux  différents  degrés  d’intégrité  ou  de 
détérioration  par  lesquels  passent  ces  nerfs,  j’admets 
quatre  périodes,  caractérisées  par  des  réactions  dis¬ 
tinctes  à  l’excitation  galvanique  faible. 

Dans  la  première  période ,  on  obtient  une  seule  con¬ 
traction  musculaire,  contraction  unique  qui  se  produit 
à  l’entrée  du,  courant  faible,  quel  que  soit  le.  sens  de 
ce  courant.  Nous  avons  vu  que  c’est  là  la  condition 
normale,  physiologique. 


186  ACTION  DE  l’ÉLECTBICITÉ 

Dans  une  deuxième  période,  bn  à  une  double  centrai- 
tion  à  chaque  passage  du  cçuranf  ünë.  côntfàctioii  à 
l’entréé  et  une  à  là  sdrtïë  ;  et  cela,  quel  que  soit  eiicore 
le  sens  du  courant. 

A  partir  de  ia  troisième  période,  le  sens  du  courait 
cesse  d’être  indifférent.  On  obtient  alors  des  contractions 
que  j’appëltë  alternés,  c’ést-idiré  fahiM  à  f èntrfe,  tantôt 
à  la  sortie,  suivant  qu’on  fait  usagedU  courant  diffi, 
Centrifugé,  ôü  du  eouràht  inverse/ Centripète.  ' 

Enfin  ,  à  une  quatrième  période,  lorsque  lénerf  va 
bientôt  cesser  complètement  de  réagir,  on  peut  encore 
saisir  une  contraction  ultime  c’ést  une  contraction 
qui  se  vOit  seulement  à  l’entrée  dû  courant  direct.  Le 
courant  inverse  ne  produit  plus  aucun  effet. 

Ces  deux  dernières  périodes,  dans  lesquelles  vous 
voyez  la  direction  du  courant  ëxétëëf  ünë  influente,  i)é 
sont  applicables  qu’à  tin  nerf  isolé.  Si  une  communica¬ 
tion  conductrice  centrale  existait  entre  le  nerf  et  lés 
muscles,  les  effets  produits  devraient  être  rapportés, 
non  plus  au  courant  'dont  on  fait  usage,  mais  ï  un  cou¬ 
rant  dérivé  de  sens  contraire,  qui  s’établit  alors,  finir 
que  ces  propositions  fussent  applicables  à  ce  dernier œ, 
il  serait  donc  nécessaire  d’en  renverser  les  fermé, 
rajouterai  que  les  périodes  que  nous  venons  de  passer 
en  revue  se  succèdent  plus  ou  moins  rapidement  sui¬ 
vant  qu’on  opère  pendant  l’été  ou  pendant  l’hiver. 

Un  autre  fait  intéressant  s’est  montré  encore  dans  le 
cours  des  expériences  dont  je  viens  dè  vous  entretenir. 
Nous  avons  reconnu  qu’un  nerf  se  fatigue  localement. 


lui  avons  bientôt  trom 

rè  la  double  contraction  de  la 

deuxième  période;  à  cè 

:  moment  nous  obtenons  la  con- 

traction  simple  à  l’entr 

éé  de  la  première  période;  sur 

leS  parties  du  nerf  qui, 

plus  près  de  la  moelle,  Pli  plus 

près  de  la  périphérie, 

sont  restées  couvertes.  6è  fait 

singulier  reste  pour  noi 

is  complètement  inexpliqué. 

L’altération  que  sut 

lit  un  nerf  exposé  à  l’air  h’est 

qu’une  sorte  de  dessiccation  ;  il  n’est  pas  altéré  chimi- 

quêliient.Oh  à  la  preuve 

;  qu’il  en  est  ainsi  en  rëplaçantle 

rerf  au  fend  de  là  plaie, 

eh  le  recouvrant  avec  les  parties 

molles,  ou  même  en  l’hi 

rmectant  avec  l’haleine  en  souf- 

fiant  dessus.  Placé  dans  cês  nouvelles  conditions,  il  peut 

revenir  peu  à  peu  à  la 

.  première  période  et  présenter 

ainsi  de  nouveau  les  caractères  de  l’état  physiologiquè. 

Voici  une  grenouille 

dont  lés  deux  cuisses  coupées  en- 

fièrement  ne  tiennent 

plus  au  tronc  que  par  les  nerfs 

sciatiques.  L’Un  des  me 

mbres,  soulevé  par  un  fil  desoie, 

est  exposé  à  l’air  ;  l’auto 

i  trempe  dans  l’huile,  qui  garantit 

ainsi  le  nerf  sciatique 

dé  ce  côté  de  la  dessiccation.  Si 

nous  mettons  successivf 

sinent  ces  deux  nerfs  en  commu- 

Comment  : 


contact  avec  les  musclés  ? 

La  première  dé  ces  conclusions  serait  d’accord  avec  les 
résultats  obtenus  parM.  Waller  dans  ses  expériencésiir 
la  régénération  des  nerfs.  Ï1  a  tu,  en  effet,  que  quand 
ôn  coupe  un  nerf  moteur,  cestsur  lé  bout  non  attenant  à 
là  moelle  que  sé  produit  l’altération  caractéristique  k 


189 


.  Le  nerf  moteur  tire  ainsi  ses  propriétés  de  la  moelle. 
Illes  perd  à  l’air;  mais  il  peut  les  reprendre,  pourvu 
qu’il  communique  encore  avec  le  Centre  nerveux. 

Nous  avons  cherché  à  étendre  aux  racines  râchi- 
diennes  les  observations  que  nous  avons  faites  sur  les 
nerfs  mixtes,  ce  qui  est  fort  difficile,  parce  que  l'ouver- 
.  pire  du  canal  vertébral  des  grenouilles  et  l’isolement  des 
•racines  sont  une  opération  fort  délicate.  Nous  croyons 
cependant  pouvoir  interpréter  les  résultats  auxquels  nous 
sommés  arrivés. 

Sur  des  grenouilles  fatiguées  par  l’opération,  portant 
l’excitation  sur  les  racines  rachidiennes  isolées ,  nous 
avons  Obtenu  des  résultats  analogues  à  ceux  de  MM.  Mat 
teucci  et  Longet,  c’est-à-dire  la  troisième  période.  Il  J 
avait  évidemment  là  un  phénomène  qui  n’était  plus  phy- 
sïologiquje. 

Sur  d’autres  grenouilles  dans  de  meilleures  condi¬ 
tions,  nous  avons  obtenu  la  seconde  période,  c’est-à-dirè 
contraction  à  l’entrée  et  contraction  à  la  sortie.  Nous 
'  nous  rapprochions  évidemment  du  phénomène  normal, 
mais  nous  n’y  sommes  pas  absolument  ‘  arrivés.  Plu¬ 
sieurs  raisons  peuvent  y  mettre  obstacle  :  ainsi  l’altéra¬ 
tion  du  tissu  nerveux  se  produit  plus  vite  dans  les  racines, 
fort  grêles  comparativement  au  volüme  du  nerf  sciatique 
sur  lequel  nous  avions  opéré  ,  et  dans  lequel  les  fibres 
nerveuses  sont  protégées  par  .un  nèvrilème  plus  épais. 
Quoique  nous  n’ayôns  pas  encore  obtenu  les  résultats  que 
donnent  les  nerfs  sains,  nous  répéterons  l’expérience  sur 


que  nous  aurons,  je  l’espère,  avant  la  prochaine 
Nous  avons  découvert  le  nerf  crural  che?  un 
porté  sur  ce  nerf  l’excitation  galvanique  ;  et,  com 

4e  grenouilles,  nous  avons  obtenu,  à  chaque  pas¬ 
sage  des  courants,  une  seule  contraction  toujours  j 
l’entrée.  Nous  avons  recherché  hier  si  les  racines  réagis¬ 
saient  comme  le  nqrf  mixte,  mais  il  nous  a  été  iinj® 
èiblede  nous  placer  dans  les  mêmes  conditions  d’inté¬ 
grité  suffisantes  du  tissu  sur  lequel  nous  opérions.  L’opé¬ 
ration,  extrêmement  difficile,  est  longue  et  fatigue  beau¬ 
coup  rampai  sur  lequel  on  la  pratique.  Aussi.nous 
n’avons  obtenu  que  la  deuxième  période,  c’est-à-dire 
que  nous  avons  eu  des  contractions  alternes.  II  est  pro¬ 
bable  qu’en  galvanisant  le  nerf  avant  qu’il  fût  lui-même 
amené  à  ce  premier  degré  d’affaiblissement,  nous  au¬ 
rions  eu  des  conditions  dans  lesquelles  il  fonctionne  nor¬ 
malement.  De  sorte  que  rien  jusqu’ici  ne  nous  autorise 
à  penser  que  les  choses  se  passent  pour  les  racines  autre¬ 


ment  que  pour  le  nerf  mixte. 

On  pourrait  analyser  le  phénomène  par  l’examen 
des  variations  qq’jl  pourrait  présenter  dans  dés  circon¬ 
stances  diverses;  nous  avons  répété  ces  expériences  com¬ 
paratives  sur  des  animaux  sains  on  empoisonnés. 

Le  nerf  sciatique  d’une  grenouille  saine  ayant  été 
découvert  et  isolé,  nous  y  avons  fait  passer  un  courant 
à  l’entrée  duquel  des  convulsions  se  sont  manifestées 
dans  le  muscle,  quelle  que  fût.  la  direction  du  courant. 
Si  à  ce  moment  on  empoisonnait  la  grenouille,  en  obtien¬ 
drait  des  effets  différents. 


if  fl 


191 


Dans  le  nerf  mixte,  la  propriété  de  donner  des.  con¬ 
trariions  sous  l’influence  de  l’excitation  électrique  très 
faible  appartient  exclusivement  à  l’élément  moteur; 
sans  quoi  la  galvanisation  clu  nerf,  en  même  temps 
qu’elle  excite  des  convulsions  dans  le  membre  auquel  se 
rend  ce.  nerf,  donnerait  dans  le  membre  opposé  des 
mouvements  réflexes.  Cette  propriété  appartient  donc  au 
nerf  moteur  et  riep  qu’à , lui. 

Ici  nous  avons  galvanisé  les  nerfs  lombaires  d’une 
grenouille,  et  nous  obtenions  une  contraction  seulement 
à  l’entrée  des  courants.  Sur  cette  même  grenouille  nous 
coupons  alors  les  racines  postérieures,  en  laissant  les 
racines  antérieures  intactes;  npus  trouvons  toujours 
une  contraction  à  l’entrée  du  courant.  Aujpurd’bui , 
vingt-quatre  heures  après,  la  patte  dont  les  racines 
nerveuses  avaient  été  coupées  était  complètement  insen¬ 
sible  :  nous  lui  appliquons  de  nouveau  l'excitant  galva¬ 
nique  ,  et,  comme  la  veille,,  npus  avons  constamment 
obtenu  une  seule  contraction  à  l’entrée  du  courant..  . 

Sur  une  autre  grenouille  fatiguée,  chez  laquelle  nous 
avions  hier  coupé  les  racines  rachidiennex.aptérieures, 
noustrouvions  ladouble  convulsion  al’fiptréeifajâ  sortie; 
nous  étions  déjà  un  peu  éloigné  du  phénomène  .normal. 

Voici,  sur  une  grenouille,  pn  nerf  crural.prépare  qui 
donne  une  convulsion  à  l’entrée  seulement,  qjiel  qpe^soiî 
le  sens  du  courant  ;  nous  décapitons  maintenant  l'animal,. 
puis,avec  un  styjet  introduit  dans  lç  .capalyeHèbral,  nous 
détipispnsla  moelle;  la  galvanisation  du  nerf  .erurâl  donne 
immédiatement,  après  cette  opération,  .pue  contraction 
à  l’entrée  et  une  autre  contraction  à  la  sortie  du  courant. 


Pour  voir  si  les  nerfs  perdaient  leurs  aptitudes  lors¬ 
qu’on  prive  l’animal  de  son  sang,  au  moins  en  partie, 
nous  avons  fait  mourir  d’hémorrhagie  ces  deux  gre¬ 
nouilles  en  leur  excisant  le  coeur. 

Chez  celle-ci,  qui  n’a  pas  subi  d’autre  opération  |8e 
l’excision  du  cœür,  nous  avons  une  seule  contraction 
à  l’entrée  du  courant  quand  nous  galvanisons  le  nerf 
sciatique.  Chez  cette  autre,- nous  avons,  quand  elle  était 
mourante,  détruit  la  moélle  avec  un  stylet.  En  galvani¬ 
sant  le  nerf  crural  de  cette  dernière,  nous  avons  obtenu 
d’abord  déut  contractions,  l’une  à  l’entrée,  l’antre  àla 
sortie  ;  mais  comme  cette  operation  est  faite  depuis  quet 
ques  instants,  vous  pouvez  voir  que  déjà  on  n’en  obtient 
plus  qu’une  à  l’entrée  ou  à  la  sortie,  suivant  la  direction 
du  courant.  Nous  verrons  que  cette  réaction  tient,  nonà 
la  lésion  de  la  moelle,  mais  à  l’épuisement  qu’a  causé 
l’opération. 

La  propriété  de  donner  une  contraction  à  l’entrée  de 
courant  tient  donc,  non  à  ce  que  la  grenouille  est  vi¬ 
vante,'  mais  à  ce  qu’elle  est  vivace,  c’est-à-dire  qu’elle 
n’est  pas  épuisée,  et  à  ce  que  le  nerf  n’a  été  ni  tiraillé; 
ni  contus,  ni  altéré  en  aucune  manière. 

Si  l’on  coupe  toutes  les  racines  postérieures  qui  cor¬ 
respondent  au  nerf  mixte  sur  lequel  on  opère,  les  choses 
se  passent  comme  avant  la  section  :  on  n’a  qu’une  coi- 
traction  à  l’entrée. 

Si,  après  avoir  coupé  les  racines  postérieures,  ou 
coupe  aussi  les  racines  antérieures,  et  qu’on  galvanise  lé 
nerf  mixte,  on  a  encore  des  contractions  à  l’entrée  du 
courant  et  rien  à  sa  sortie;  ce  qui  prouve  que  cé n'est' 


EXCITABILITÉ  DES  NERFS.  193 

pas  à  la  présence  de  la  moelle  qu’il  faut  attribuer  les 
modifications  que  le  nerf  présente  dans  ce  cas. 

On  voit  encore,  dans  une  autre  expérience,  que  lors-- 
qu’on  fait  périr  un  animal  de  manière  que  chez  lui  la 
vie  s’éteigne  graduellement,  par  affaiblissement  pro¬ 
gressif  de  toutes  ses  propriétés,  le  nerf  s’affaiblit  aussi 
graduellement  sans  que  ses  caractères  physiologiques 
soient  altérés:  il  donne  toujours  une  contraction  à  l’en¬ 
trée.  Lorsqu’on  excite  le  muscle,  les  réactions  sont  celles 
du  nerf  non  altéré;  mais  ce  fait  ne  prouve  rien  contre 
la  conclusion  précédente. 

On  a  avancé  que,  dans  cette  disparition  lente  de  toutes 
les  propriétés  organiques,  les  nerfs  moteurs  perdaient  la 
leur  du  centre  à  la  périphérie.  Ayant  galvanisé  le  nerf 
sciatique  coupé,  on  a  vü  qu’alors  que  la  galvanisation 
de  son  tronc  n’éveillait  plus  de  contractions,  on  en  oh-* 
tenait  encore  en  portant  l’excitant  sur  ses  divisions.  On 
suivait  ainsi  jusque  dans  les  muscles  le  Tétrait  de  l’apti¬ 
tude  excitatrice;  et  c’ést  ce  qui  a  fait  soutenir  pendant 
longtemps  que  les  nerfs  donnaient  aux  mUseles  leur 
contractilité.  Lorsqu’en  effet,  portant  l’excitation  sur  le 
muscle,  on  y  déterminait  des  contractions,  les  partisans 
de  cette  opinion  admettaient  comme  très  vraisemblable 
que,  grâce  à  leur  ténuité  extrême,  des  filets  nerveux 
avaient  dû  se  trouver  en  rapport  avec  lés  pôles  dè  l’eX- 
citateur.  La  contraction  du  muscle  ainsi  directement  sol¬ 
licité  semblait  donc  insuffisante  pour  démontrer  l’indé¬ 
pendance  des  deux  propriétés,  nerveuse  et  musculaire. 

Vous  savez  que  nous  avons  démontré  cette  indépen¬ 
dance  des  deux  propriétés  nerveuse  et  motrice  ait 


191 


moyen  du  curare.  Je  vous  ai  dit,  en  outre,  qu’il  fallait 
une  quantité  beaucoup  plus  grande  d’électricité:  pour 
exciter  le,  muscle  à  la  contraction  en  agissant  sur  son 
tissu  qu’en  agissant  sur  le  nerf  moteur  qui  s’y  rehdliSi 
l’on  agissait  sur  le  muscle  avec  un  courant  faible,  lors 
même  que,  les  nerfs  qui  s’y  distribuent  seraient  intacts, 
il  est  probable  que  le  courant  électrique  n’agirait  pas 
sur  eux,  parce  que  le  tissu  musculaire  est  meilleur  con¬ 
ducteur  que  le  système  nerveux.  Nous  reviendrons,  du 
reste,  sur  ce  sujet  à  propos  du  muscle  et  dé  ses  propriétés 
de  tissus. 

Mais  cette  mort  du  nerf  procédant  du  centre  à  la  pé¬ 
riphérie  doit  être  regardée  comme  un  phénomène  anor¬ 
mal  qui  ne  s’observe  que  quand  le  nerf  a  été  coupé.Taat 
que  le  nerf  tient  à  la  moelle,  il  m’a  semblé,  qu’ihperd  ses 
propriétés  dans  un  ordre  inverse,  c’est-à-dire  eu  procé, 
dant  de  la  périphérie  au  centre.  Sur  cette  grenouille  dé¬ 
capitée,  nous  avons  mis  à  découvert  le  nerf  crural  à  la 
cuisse  et  au  mollet  :  nous  n’avions  déjà  plus  de  contrac¬ 
tions,  en  galvanisant  le  nerf  au  niveau  du  mollet',  que 
nous  en  obtenions  encore  en  le  galvanisant  à  la  caisse.  . 
Maintenant  la  galvanisation  du  nerf  crural  n’éveille  plus 
la  contractilité  musculaire;  cependant,  en  suivant  le 
nerf  en  remontant  et  le  prenant  dans  la  région  lombaire, 
si  on  le  galvanise,  on  a  des  convulsions. 

Cette  perte  de  la  propriété  excitatrice  du  nerf  moteur 
de  la  périphérie  au  centre  s’observe  quand  l’animal 
périt  par  hémorrhagie  ou  est  empoisonné  par  le  curare, 
dans  les  cas,  enfin,  où  la  mort  lies  tissus  survient  pen¬ 
dant  que  le  nerf  tient  encore  à  la  moelle.  ssuip 


195 


ET  DES  NERFS  MOTEURS. 

Mais  si  on  coupe  les  nerfs  lombaires  d’un  côté  sur  une 
grenouille,  et  qu’on  empoisonne  l’animal  par  le  curare, 
on  voitque  de  ce  côté  le  nerf  perd  plus  vite  ses  propriétés 
que  de  l’autre,  et  qu’il  les  perd  alors  du  centre  à  la  péri¬ 
phérie,  et  non  de  la  périphérie  au  centre,  comme  cela 
a  lieu  du  côté  ou  les  nerfs  lombaires  n’ont  pas  été  coupés. 

Ed  résumé,  nous  pensons,  relativement  aux  propriétés 
des  nerfs  moteurs: 

1”  Que  les  phénomènes  que  le  nerf  présente  sous  l’in¬ 
fluence  d’un  excitant,  diffèrent  beaucoup  selon  qu’il  est 
eontus,  lésé,  coupé,  ou  selon  qu’il  est  frais  et  dans  des 

2°  Que  tout  ce  qu’on  a  dit  des  différents  sens  dans 
lesquels  peut  se  faire  la  contraction,  ne  s’applique  pas 
au  nerf  sain,  qui  offre  toujours  les  mêmes  réactions, 
quel  que  soit  l’excitant  auquel  on  le  soumette,  et  de 
quelque  façon  quel’on  applique  cet  excitant; 

S"  Que,  lorsqu’il  tient  à  la  moelle,  le  nerf  moteur 
perd  ses  propriétés  de  la  périphérie  au  centre,  et  non  du 
centre  à  la  périphérie. 


ONZIÈME  LEÇON. 


Messieübs, 


Jusqu’à  présent  nous  nous  sommes  occupés  des  pro¬ 
priétés  du  nerf  moteur  sans  parler  dé  celles  du  muscle. 
Nous  ne  saurions  aller  plus  avant  sans  vous  présenter 
quelques  considérations  sur  l’action  musculaire,  dont  les 
rapports  avec  l’excitation  nerveuse  sont  trop  étroits  pour 
que  ces  deux  sujets  puissent  être  séparés.  Cette  question 
des  rapports  de  l’excitabilité  nerveuse  et  de  la  contrat!1 
tilité  musculaire  est  à  l’étude  depuis  Haller,  qui  avait 
déjà  indiqué  qu’il  y  avait  là  deux  propriétés  bien  dis¬ 
tinctes  ,  vérité  qu’il  ne  put  faire  généralement  admettre, 
et  qui  trouve  encore  aujourd’hui  quelques  dissidents. 

Le  muscle  est  formé  par  un  tissu  composé  d’éléments 
de  formes  non  identiques.  Les  fibres  striées  et  les  fibres 
lisses,  avec  ou  sans  noyau,  n’en  sont  pas  les  seuls  aspects; 
il  y  a  encore  des  cellules  contractiles;  mais  si  la  forme 
change,  les  attributions  fonctionnelles  restent  les  mêmes, 
et  le  muscle  se  contracte  de  la  même  façon,  quel  que  soit 


197 


la  forme  dominante  de  l’élément  histologique ,  qu’il  soit 
fibre  ou  cellule.  La  contractilité  caractérise  le  tissu  mus¬ 
culaire  physiologiquement,  indépendamment  de  la 
forme;  aussi  verrons-nous  plus  tard  le  système  nerveux 
moteur  agir  sur  des  éléments  contractiles  qui  n’auraient 
aucune  apparence  musculaire  si  l’on  s’en  rapportait  uni¬ 
quement  à  la  forme. 

On  ne  sait  pas  comment  les  nerfs  se  terminent  dans 
la  fibre  musculaire?  Seulement  on  est  fondé  à  admettre 
que  les  rapports  des  dernières  ramifications  nerveuses 
avec  la  fibre  musculaire  ne  sont  que  des  rapports  de 
contact,  comme  cela  a  lieu  d’une  façon  générale  toutesles 
fois  qu’un  système  organique  se  termine  dans  un  autres 

Haller  émit  le  premier  l’opinion  que  l’élément  mus-: 
culaire  avait  sa  contractilité  par  lui-même,  et  indépen¬ 
damment  de  l’influence  du  nerf.  Il  admit  donc:  que  le 
muscle  séparé  du  nerf  conservait  la  propriété  de  se  corn- 
tracter,  le  nerf  n’intervenant  dans  les  contractions 
physiologiques  qu’à  titre  d’excitant.  A  l’appui  de  cette 
manière  de  voir,  Haller  avait  donné  beaucoup  de  bonnes 
raisons  :  il  avait  montré,  entre  autres,  le  peu  de  rapport 
qu’il  y  a  entre  le  volume  des  nerfs  et  la  puissance  con^ 
tractile  des  organes  auxquels  ils  se  rendent.  Ainsi  le 
cœur,  celui  de  tous  les  muscles  qui  a  certainement  la 
contractilité  la  plus  remarquable,  a  des  nerfs  extrême¬ 
ment  grêles. 

Depuis  Haller  cette  question  est  restée  en  discussion, 
bien  que  des  expériences  aient  été  instituées  pour  en 
donner  la  solution.  Millier,  Sticker  et  Longet  expéri¬ 
mentèrent  en  coupant  sur  des  chiens  les  nerfs  d’un 


membre*  Le  membre  était  paralysé  ;  mais ,  en  excitant 
le  bout  périphérique  du  nerf  coupé,  on  déterminait  des 
convulsions  dans  ce  membre  paralysé.  Deux  ou  trois 
jours  après,  portant  l’excitation  galvanique  sur  le  même 
point,  où  n’obtenait  plus  rien;  mais,  suivant  1e  nerf 
vers  la  périphérie,  on  voyait  que,  galvanisé  plus  bas,  il 
pouvait  encore  provoquer  des  contractions.  Le  nerf  fut 
ainsi  Suivi  aussi  loin  qu’il  fut  possible,  et  alors  que  Ses 
dernières  ramifications  isolables  ne  donnèrent  plus  de 
contractions  musculaires,  on  appliqua  directement  sur 
le  muscle  l’excitation  galvanique,  qui  y  produisit  des  con¬ 
vulsions.  La  propriété  nerveuse  se  retirant  du  centre  àla 
périphérie  dans  le  nerf  coupé,  on  regardait  cette  expé¬ 
rience  comme  insuffisante,  parce  qu’on  pouvait  encore 
admettre  que  les  dernières  ramifications  nerveuses,  per¬ 
dant  leur  propriété  motrice  d’autant  plus  lentement 
qu’elles  sont  plus  éloignées  du  centre,  avaient  conservé 
le  pouvoir  de  faire  contracter  le  muscle,  sous  l’influence 
d’une  stimulation  qui,  bien  que  portée  sur  celui-ci,  ne 
pouvait  manquer  de  les  atteindre. 

Depuis  quelques  années,  j’ai  appelé  l’attention  surun 
agent  qui  permet  de  résoudre  expérimentalement  cette 
question.  Ceux  d’entre  vous  qui  ont  suivi  nos  leçons  de 
l’année  dernière  savent  que  c’est  du  curare  que  je 
veux  parler,  etque  les  expériences  instituées  dans  le  but 
d’étudier  les  rapports  de  la  contractilité  musculaireavec 
l’excitation  nerveuse  ne  laissent  aucun  doute  surl’indé- 


NERVEUSE  ET  MUSCULAIRE. 


complètement  le  système  nerveux  moteur  sansdiminuer- 
en  rien  l’aptitude  qu’ont  les  muscles  à  se  contracter.  . 

'  Voici  une  grenouille  vivante  sous  la  peau  de  laquelle 
nous  introduisons  un  peu  de  curare  :  dans  cinq  ou  six 
minutes,-  cette  grenouillé  sera  empoisonnée.  En  voici 
une  autre  qui  nous  servira  de  point  de  comparaison  avec 
la  première  :  nous  la  décapitons  et  préparons  les  nerfs 
lombaires,  dont  nous  conservons  les  rapports  avec  le 

Maintenant  que  la  grenouille  empoisonnée  avec  le  cu- 
rare  est  morte,  nous  la  préparons  de  la  même  façon. 
Puis  nous  suspendons  ces  deux  trains  postérieurs  par  les 
nerfs  lombaires  à  un  conducteur  que  nousfaisons  traver¬ 
ser  par  un  courant.  En  faisant  ainsi  passer  un  courant 
électrique  à  travers  les  nerfs  lombaires  de  ces  deux  gre¬ 
nouilles,  nous  voyons  que,  chez  celle  qui  a  été  empoi¬ 
sonnée  par  le  curare,  lés  nerfs  ont  perdu  la  propriété  de 
déterminer  des  contractions  musculaires,  tandis  qu’ils 
l’ont  conservée  chez  celle  qui  a  péri  parla  décapitation. 

Emportant  ensuite  1’éxcitation  électrique  non  plus 
sur  les  nerfs  mais  sur  les  muscles,  nous  voyons  que  chez 
la  grenouille  empoisonnée;  dont  les  nerfs  moteurs  ont 
pei  <l.u  j leurs  propriétés,  les  m uscles-  se  coi. tractent  aussi 
bien  que  chez  celle  dont  les  nerfs  ont  conservé  leur 

Nous  avons  vu  même  que,  chez  la  grenouille  empoi¬ 
sonnée,  celte  propriété  du. tissu  muscuiaiie  |  ei  siste  plus 
longiempsque  chez  celle  qui  a  été  décapitée,  liaus  celte 
appréciation,  nousavons..voulu.Uous  mettre  à  l’al.ridéS 


200 

résistance  à  la 
tent  d’une  grei 


avons  institué  sur  une  même  grenouille  notre  expérience 
comparative,  en  garantissant,  par  une  ligature,  un  de 
ses  membres  de  l’intoxication  à  laquelle  nous  la  faisions 
succomber.  Ce  membre  préservé  perdait  plus  vite  la 
contractilité  musculaire  que  le  membre  empoisonné. 

Toutefois  cette  expérience  n’indique  pas  une  action 
spéciale  du  poison  pour  entretenir  ou  pour  augmenter  la 
contractilité  musculaire;  cela  prouve  seulement  qu'lié 
n’est  pas  diminuée.  Et  si,  dans  l’expérience  instituée 
comme  noiis  venons  de  le  dire,  la  contractilité  a  duii 
moins  longtemps  dans  le  membre  où  le  poison  n’a  pas 
pénétré,  cela  tient  à  ce  que  le  sang  a  cessé  de  nourrir 
ce  membre  dès  l’instant  où  la  ligature  a  été  faite;  tandis 


que,  dans  le  membre  empoisonné,  la  circulation  acontn 
nué  encore  un  jour  ou  deux,  qui  font  justementlàdiÉ 
férence  qui  existe  entre  la  durée  de  la  contractilité  dans 


l’un  et  l’autre  membre.  Mais  si,  aussitôt  après  l’empoi¬ 


sonnement  par  le  curare,  on  fait  la  ligature  des  vaisseaux 
d’un  membre  qui,  n’ayant  point  été  lié  préalablement, 
a  pu  être  empoisonné,  on  empêche  le  sang  d’y  pénétrer 
davantage,  on  voit  que  la  contractilité  y  cesse  dans  lé 
même  temps  que  dans  le  membre  dont  on  avait  lié  pri¬ 
mitivement  les  vaisseaux  pour  empêcher  le  poison  d’y 


L’anatomie  elle-même  nous  apprend  qu’il  existe  beau¬ 
coup  d’animaux  inférieurs  contractiles,  ebez  lesquels  on 
ne  trouve  pas  d’éléments  nerveux.  Ce  qui  ne  tient  pas  à 
l’insuffisance  dès  moyens  optiques,  l’élément  histologi- 


que  nerveux  et  musculaire  étant  généralement  de  la 
même  grosseur  dans  les  animaux  et  aussi  facile  à  carac- 
tériser  chez  la  mouche  que  sur  l’éléphant. 

L’indépendance  de  la  contractilité  musculaire  et  de 
l’incitation  motrice  des  nerfs  est  donc  un  premier  fait 
bien  établi  expérimentalement. 

La  question  de  savoir  si  la  contractilité  musculaire  et 
l’excitabilité  nerveuse  sont  une  seule  et  même  propriété 
oü  si  ce  sont  deux  propriétés  distinctes  étant  donc  ré¬ 
solue,  dès  lors  nous  devons  étudier  séparément  ces  deux 
propriétés,  fc’est  le  seul  moyen  d’arriver  à  analyser  lé 
phénomène  complexe  du  mouvement,  et  de  faire  à 
chaque  organe  musculaire  la  part  qui  lui  revient  dans 
'l’accomplissement  de  cet  acte. 

Les  anatomistes  n’ont  jamais  indiqué  non  plus  aucun 
caractère  qui  puisse  faire  distinguer  l’élément  nerveux 
moteur  de  l’élément  nerveux  sensitif.  H  est  de  même 
des  physiciens  dont  les  observations  s’appliquent  géné¬ 
ralement  au  nerf  considéré  en  masse.  Là  encore  la  phy¬ 
siologie  devait  prononcer,  et  c’est  toujours  le  curare  qui 
lui  à  permis  d’établir  cette  distinction  par  l’observation 
des  effets  uniques  jusqu’ici  de  ce  singulier  poison. 

Je  vous  rappellerai  que,  si  nous  empoisonnons  une  gre¬ 
nouille  avec  lé  curare,  elle  nous  offre  tous  les  signes 
d’une  paralysie  complète,  bien  capable  d’en  imposer 
pour  une  destruction  absolue  des  propriétés  du  système 
nerveux.  11  y  a  quelques  années,  lors  de  mes  premières 
expériences  sur  le  curare,  je  crus  même  à  cette  étendue 
de  la  lésion  physiologique,  et  je  ne  m’attachai  alors 
qu’à  séparer  la  contractilité  musculaire  de  l’influence 


202  SÉPARATION  DES  DEUX  PROPRIÉTÉS 

tion  fut  reprise  ici  :  dans  des  expériences  faites  sur 
des  animaux  élevés  (sur  des  chiens)  cpielques  particula¬ 
rités  semblaient  indiquer  que  l’intelligence  et  la  volonté 
survivaient  au  mouvement.  Le  chien  qu’on  empoisonnait 
ne  tardait  pas  à  s’affaisser  et  à  offrir  tous  les  signes  d’une 
paralysie  complète,  immobilité,  insensibilité  apparente 
à  l’action  des  excitante,  etc.  ;  cependant  quand  on  appe¬ 
lait  l’animal,  on  le  voyait  remuer  les  yeux  et  agiter  la 
queue.  Il  y  avait  donc  lieu  de  chercher  si  les  facultés 
motrices  et  sensitivesétaient  abolies  en  même  temps,  ou 
bien  si  la  paralysie  tenait  seulement  à  une  perte  du  mou¬ 
vement  assez  Complète  pour  rendre  impossible  toutes  les 


et .  de  la  sensibilité  ;  2"  la  perte  du  mouvement  avec 
conservation  de  la  sensibilité;  3°  la  perte  de  la  sensi- 


Pour  reconnaître  à  laquelle  de  ces  trois  causes  de¬ 
vait  être  attribuée  l’immobilité,  nous  avons  résolu  d’em¬ 
poisonner  l’animal  en  préservant  toutefois  de  l’action 
toxique  une  partie  de  sou  corps  qui  pût ,  si  la  sensii 
bilité  était  conservée,  réagir  de  façon  à  le  faire  recom 

C'est  dans  le  système  capillaire  qu’agissent  les  poisons, 
c’est  sur  les  dernières  ramifications  nerveuses  que  por- 
tent  d’abord  les  effets  des  substances  toxiques  qui  s’adiës- 


irritations  portées  soit  su 


ur  lié,  soit 
lé  et  paralysé.  Soi 


pinçons,  en  effet,  la  patte  antérieure  de  cette  grenouille: 
cette  patte,  vous  le  voyez,  ne  remue  pas  ;  la  sensation 
est  perçue  cependant,  car  elle  se  manifeste  par  les  mou¬ 
vements  des  pattes  postérieures. 

Cette  expérience  peut  être  variée  dans  la  forme.: 
Ainsi,  voici  une  autre  grenouille  empoisonnée:  encore 
par  le  cürare,  Chez  cette  grenouille,  au  lieu  d’isoler 
tout  le  train  postérieur,  nous  n’avons  lié  qu’un  membre 
de  façon  à  le  priver  de  ses 


tout  en  lui  laissant  les  com¬ 
munications  nerveuses  N.  K 
une  seule  patte  a  été  pré¬ 
servée  des  effets  du  poison; 
nous  y  déterminons  desmoii- 
vements  en  pinçant  l’autre, 
incapable  de  sè  mouvoir  ellç- 


sensible  puisque, les.  ex 
tiôns  portées  sur  elle  sont  le 
point  de  départ  de  mouve¬ 
ments  réflexes  très  violents. 
Nous  pourrions,  dans  ces  em¬ 


pêcher  l’empoisonnement  d’un  seul  muscle  en  liant 
ses  vaisseaux  ;  ce  seul  muscle  alors  réagirait  par  ses  mou¬ 
vements  pour  manifester  toutes  les  sensations.  : 

Cette  expérience,  messieurs,  est  fondamentale  :  seule 


DU  SYSTÈME  NERVEUX.  205 

die  assigne  exactement  son  rôle  à  chaque  système  orga¬ 
nique,  à  chaque  système  physiologique  ;  seule  elle  nous 
fait  connaître  la  variété  des  sources  de  la  paralysie. 
Nous  voyons,  en  effet,  que  la  perte  du  mouvement  peut 
tirer  son  origine  ou  d’une  lésion  du  système  musculaire, 
faralysie  musculaire;  où  d’une  lésion  du  système  ner¬ 
veux,  paralysie  nerveuse.  La  paralysie  nerveuse,  à  son 
tour,  reconnaîtra  trois  origines  possibles,  selon  que  les 
systèmes  sensitif  et  moteur  seront  tous  deux  atteints  àlà 
fois,  ou  selon  qu’ils  seront  chacun  atteints  séparément. 

Bien  que  dans  l’accomplissement  normal  des  actes 
physiologiques  la  sensibilité,  l’excitation  motrice  et  la 
contractilité  musculaire  soient  toujours  associées,  nous 
les  isolerons  pour  en  étudier  les  qualités  propres. 

Et-  d’abord  le  muscle  peut,  nous  venons  de  le  voir, 
être  considéré  indépendamment  du  système  nerveux. 
Chez  les  animaux  qui  trouveut  dans  lé  milieu  ambiant 
les  excitations  déterminantes  de  la  contractilité  muscu¬ 
laire,  il  n’est  pas  besoin  de  nerfs;  et,  en  effet,  on  n'en 
trouve  pas.  Le  système  nerveux  n’est  qu’un  harmonisa¬ 
teur  général,  nécessaire  seulement  dans  les  organismes 
un  peu  compliqués,  pour  obtenir  des  effets  d’ensemble. 
Quelle  que  soit  la  valeur  de  ces  raisons  pour  porter  à 
admettre  l’indépendance  du  muscle,  elles  valent  cepen¬ 
dant  moins  que  les  expériences  dont  je  viens  de  vous 
rendre  témoins. 

Le  système  nerveux  régulateur  doit  donc  être.con- 
sidéré  comme  l’excitateur  physiologique  normal  du  sys¬ 
tème  musculaire  dans  les  animaux.  Dans,  certaines  cir¬ 
constances  il  peut  être  remplacé  par  d’autres  excitants, 


L’excitation  des  muscles  par  l’électricité  détermine 
dans  ces  organes  des  effets  constants,  effets  déjà  étudiés, 
et  qui  nous  paraissent  pouvoir  se  réduire  à  ceci  :  que 
l’électricité,  agissant  sur  les  muscles,  y  produit  toujours 
un  état  inverse  de  celui  dans  lequel  ils  étaient  au  moment 
de  son  action,  les  faisant  contracter  s’ils  étaient  au  re¬ 
pos,  arrêtant  leurs  contractions  s’ils  étaient  en  convul¬ 
sions.  Sur  cette  grenouille,  empoisonnée  tout  à  l’heure 
avec  du  curare,  nous  avons  des  muscles  au  repos;  mais 
il  y  en  a  d’autres  qui  se  contractent  encore  quand  le 
système  nerveux  moteur  a  été  détruit;  le  cœur  est  dans 
ce  cas.  En  galvanisant  le  cœur,  que  vous  voyez  se  con¬ 
tracter,  il  s’arrête  ;  lorsqu’au  contraire  nous  galvanisons 
les  muscles  immobiles,  nous  les  faisons  entrer  en  con¬ 
vulsion.  Cet  arrêt  du  cœur  sous  l’influence  du  galvanisme 
se  produit  encore  lorsqu’au  lieu  de  galvaniser  le  cœur 
lui-même,  on  fait  chez  un  animal  non  empoisonné 
passer  le  courant  à  travers  le  pneumogastrique.  C’est  an 
fait  qu’ignoraient  des  observateurs  qui  ont  proposé,  il 
y  a  quelques  années,  de  galvaniser  le  cœur  détaché  de 
l’animal,  pour  étudier  le  jeu  des  valvules;..  ,r;0iç3^§; 

Une  expérience  d’Eckhard  démontré  que  le  galva¬ 
nisme  n’agit  pas  seulement  ainsi  sur  les  contractions  dit 
cœur,  mais  que  la  proposition  que  nous  énoncions  tout  à 
l’heure  semble  générale  et  s’applique  aussi  bien  aux  mus- 


207 


des  de  lavie  de.  relation  qu’à  ceux  qui  se  contractent  sans 
y  être  sollicités  par  une  excitation'  nerveuse  directe. 
Éckhard  afaitvoir  que,  lorsqu’un  muscle  est  traversé  par 
iin  courant  galvanique ,  il  ne  peut  entrer  en  tétanos  et 
que,  réciproquement,  lorsque  le  courant  trouve  le  muscle 
en  tétanos,  il  arrête  ses  convulsions.  Son  expérience  re¬ 
pose  sur  une  observation  que  nous  avons  signalée  dans 
une  des  leçons  précédentes.  Vous  savez  que,  lorsqu’on 
fait  tremper  le  nerf.d?uu  membre  dans  de  l’eau  salée  ou 
dans  de  la  bile,  les  muscles  de  ce  membre  entrent  en 
tétanos.  Que  l’on  vienne  alors  à  appliquer  sur  ce  nerf 
les  deux  pôles  d’un  courant  électrique,  le  tétanos  cessera 
pour  recommencer  dès  que  le  nerf  ne  sera  plus  traversé 
par  le. courant  électrique.  Les  muscles  du  membre,  pla¬ 
cés  alors  dans  les  mêmes  conditions  que  celles  qui  nor¬ 
malement  président  aux  mouvements  du  cœur  se  com¬ 
portent  donc  de  même. 

.Cette  expérience  a  une  grande  Valeur  physiologique, 
en  ce  qu’elle  tend  à  prouver  que  la  propriété  contractile 
des  muscles  involontaires  n’est  pas  différente  de  la  con¬ 
tractilité  des  muscles  qui  se  trouvent  sous  l’influence  de 
la  volonté.  Elle  établirait  ainsi  l’.unité  physiologique  du 
système  musculaire  que  des  raisons  histologiques  avaient 
dans  un  temps  fait  nier. . 

.  Voyant  que  la  galvanisation  arrêtait  les  mouvements 
du  cœur  et  des:  intestins,  tandis  qu’elle  excitait  les  con¬ 
tractions  des  muscles  volontaires:  ■—  considérant, 
d’autre  part,  que  chez  les  animaux  supérieurs,  sur  les¬ 
quels  on  Opérait,  les  muscles  volontaires  étaient  formés 
défibres  striées,  tandis  que  les  muscles  de  la  vieorga- 


nique  étaient  formés  par  des  fibres  lisses;  on  avait, rap¬ 
prochant  ces  deux  ordres  de  vues,  admis  què  lé  tissa 
musculaire  réagissait  différemment  sous  l’influencegal- 
vanique,  suivant  qu’il  était  composé  de  fibres  striées  ou 
de  fibres  lisses.  On  s’était  ainsi  trouvé  conduit  à  croire 
à  l’existence  de  deux  systèmes  musculaires  doués  de 
propriétés  différentes,  je  ne  reviéndrài  pas  ici  sur  les 
considérations  anatomiques  que  je  vous  ai  déjà  présen¬ 
tées  sur  l’identité  physiologique  de  l’élément  contracUé, 
fibre  ou  cellule  :  je  vous  rappellerai  seulement  quela 
distribution  des  fibres  lisses  et  des  fibres  striées,  et  leur 
existence  dans  l’un  seulement  des  appareils  organiques 
ou  locomoteurs,  ne  sont  pas  un  fait  constant,  que  les 
fibres  striées  peuvent  quelquefois  passer  du  système 
extérieur  dans  le  système  splanchnique,  qü’oirles  ren¬ 
contre  notamment  dans  les  intestins  de  la  tanche. 

Voici  l’expérience  qui  prouve  que  les  secousses,  té¬ 
taniques  des  muscles  sont  arrêtées  par  le  galvanisme  :  Sur 
cette  plaquede  verre  est  étendue  une  cuisse  degrenouille 
dont  le  nerf  est  placé  dans  un  verre  de  montre  conte¬ 
nant  une  solution  de  sel  marin.  Vous  pouvez  Voir  ce 
membre  de  grenouille  agité  d’un  mouvement  convul¬ 
sif  continuel.  Or,  ce  mouvement  s’arrête  dès  qu’avec 
notre  appareil  nous  faisons- passer  un  courant  continu 
à  travers  le  nerf,  pour  recommencer  de  nouveau  dès 
qu’on  enlève  l’action  de  l’électricité:  On  va,  du  reste, 
vous  faire  passer  ces  objets,  et  vous  pourrez  répéter 

Il  est  un  autre  agent  physique  qui  exerce  sur  la  con¬ 
tractilité  musculaire  une  influence  fort  remarquable; 


noos  voulons  parler  de  la  chaleur.  L’action  de  la  tempé¬ 
rature  sur  les  muscles  et  sur  les  nerfs  a  été  étudiée 
par  M.  Picford. 

En  soumettant  le  tissu  musculaire  à  une  température 
plus  élevée  que  sa  température  normale*  et  jusqu’à  une 
limite  qui  variera  avec  les  espèces  animales,  on  trouvera 
que  d’abord  l’irritabilité  musculaire  est  augmentée,  mais 
on  arrivera  bientôt  à  un  certain  degré  où  elle  dispa¬ 
rait  entièrement.  Nous  verrons  que,  pour  les  mammifères 
vivants,  l’irritabilité  semble  disparaître  de  56  environ  à 
60  degrés  centigr,  dans  un  milieu  see  ;  une  chaleur  hu¬ 
mide  la  ferait  disparaître  avant  d’atteindre  ce  degré 
d’élévation.  Sous  l’influence  de  la  chaleur,  tous  les 
muscles  ne  perdent  pas  leurs  propriétés  également  vite  : 
les  extenseurs  résistent  moins  que  les  fléchisseurs,,  etc. 

Soumis  directement  à  une  température  de  plus  en 
plus  élevée,  le  cœur  d’une  grenouille  perd,  comme  les 
autres  muscles,  ta  propriété  de  se  contracter  :  les  mou¬ 
vements  sont  d’abord  plus  rapides,  mais  plus  tard  ils 
se  ralentissent  et  perdent  de  leur  énergie. 

.  Vous  savez,  messieurs,  que  la  température  des  ani¬ 
maux  à  sang  chaud  est  à  peu  près  constante;  on  dit  que, 
lorsque  la  température  du  milieu  dans  lequel  ils  sont 
placés  s’élève,  la  transpiration  devenant  plus  abondante, 
l’évaporation  opère  un  refroidissement  qui  empêche  le 
corps  de  s’échauffer  ;  lorsqu’on  place  ces  animaux  dans 
un  milieu  plus  froid ,  ils  transpirent  moins,  perdent 
moins  de  la  chaleur  qu’ils  n’en  produisent ,  et  se  main¬ 
tiennent  ainsi  à  une  témpérature  sensiblement  uni¬ 
forme.  Avec  Magendie,  en  soumettant  des. animaux  à 


périssaient  lorsque  l’élévation  de  température  ami 
amené  leur  sang  à  avoir  3  ou  h  degrés  au-dessus  de  sa 
température  normale.  En  faisant  l’autopsie  de  ces  ani¬ 
maux  immédiatement  après  la  mort,  on  voyait  souvent 
que  le  cœur  avait  cessé  de  battre;  et  l’excitation  galva¬ 
nique  n’y  déterminait  que  des  contractions  à  peine  per¬ 
ceptibles;  ou  même  le  laissait  complètement  immobile. 

H  faudrait  expérimenter  directement  pour  voir  si  use 
température  de  44  degrés  suffirait  pour  détruire  l'irrita¬ 
bilité  du  cœur.  S’il  en  était  ainsi,  il  faudrait  penser  qu’une 
chaleur  excessive  est  une  cause  de  mort  par  arrêt  du  cœur. 
Dans  ce  cas,  l’élévation  de  température  arrêterait-elle  le 
cœur  en  agissant  sur  sa  fibre  musculaire  ou  sur  ses  nerfs? 

En  résumé,  nous  voyons  que  deux  agents  physiques  ont 
une  action  évidente  sur  le  système  musculaire  ;  qiie 
l’électricité  l’excite  et  le  modifie  suivant  l’état  de  repos 
ou  de  mouvement  dans  lequel  il  se  trouve  ;  que  la  tem¬ 
pérature  l’excite  d’abord ,  mais  que,  portée  à  Un  certain 
degré ,  elle  détruit  l’irritabilité. 

H  nous  reste  encore  à  examiner  dans  leurs  rapports 
les  phénomènes  de  la  contractilité  musculaire  èt  del’a- 
citabiüté  iierveUse.  Dans  cette  étude  se  place  l’examen 
des  expériences  très  intéressantes  qui  ont  été  faites  sur  ce 
que  l’on  a  appelé  les  courants  propres  des  nerfs  èt  sur  lé 
courant  musculaire ,  phénomènes  qui  Semblent  “itttif 
beaucoup  de  rapports  avec  les'  actions  électriquâfc 
encore,  nous  aurons  à  rechercher  jusqu’à  quel  pointées 
phénomènes  ont  part  aux  actions  physiologiques.  ‘  :'a 


Gomment  expliquons-nous  la  contraction  du  muscle? 
—  Quels  rapports  existent  entre  cette  contraction  du 
muscle  et  l’excitation  nerveuse  ? 


On  a  pu  croire  que  l’électricité  suffirait  à  expliquer  la 
contraction  musculaire  et  à  rendre  compte  de  l’influence, 
dit  nerf. 

Déjà  Galvani  avait  vu  qu’en  réunissant  le  nerf  d’un 
membre  dé  grenouille  aux  muscles  de  ce  membre  par 
un  aTC  métallique,  on  déterminait  des  Contractions; 
Bien  plus,  lès  objections  de  Volta  qui  faisait  jouer  dans 
ce  phénomène  le  rôle  principal  au  conducteur  métal¬ 
lique,  amenèrent  Galvani  à  voir  qu’on  obtenait  des  con¬ 
tractions  par  la  simple  application  du  nerf  replié  sur 
les  muscles. 


212  CONTRACTION  MUSCULAIRE. 

Cette  expérience,  que  nous  allons  répéter  devant 
vous,  vous  montre  des  contractions  très  évidentes  quand 
on  opère  sur  les  membres  d’uné  grenouille  récemment 
tuée. 

Mais  si ,  après  avoir  préparé  séparément  les  deux 
membres  postérieurs  d’une  grenouille,  nous  tenons  sus¬ 
pendue  et  isolée  par  son  extrémité  digitale  l’une  de  ces 
pattes,  lorsque  le  nerf  crural  de  cette  patte  vient  à 
toucher  les  deux  coupes  des  muscles  de  l’autre  patte 
isolée,  vous  voyez  la  première  se  convulser  violemment. 

Pour  expliquer  ce  second  phénomène,  on  admet  que 
le  nerf  se  trouve  dans  le  courant  d’électricité  dont  le 
muscle  est  la  source.  Le  nerf  serait  excité  par  celte  éleç- 
trieité ,  et  on  ne  saurait  admettre  ici  que  la  contraction 
des  muscles  soit:  due  à  l’électricité  qui  circulerait  dans 
le  nerf. 

M.  du  Bois  Reymond  a  montré  que  le  muscle  est  le 
siège  d’une  production  d’électricité  qui  se  propagerait 
de  la  surface  du  muscle  à  son  centre. 

Dans  l’expérience  que  nous  venons  de  faire,  nous 
avons  vu,  en  effet,  le  nerf  de  la  patte  tenue  entre  les 
doigts  être  excité  par  le  contact  des  coupes  du  muscle 
comme  il  l’aurait  été  par  le  galvanisme. 

Une  expérience  analogue  peut  se  répéter  dans  des 
conditions  différentes  qui  semblent  très  propres  à  con¬ 
firmer  les  vues  d’après  lesquelles  on  attribue  le  rôle 
principal  à  l’électricité  qui  se  produirait  par  le  tissu  mus¬ 
culaire. 

Ainsi,  nous  allons,  sur  cette  plaque  de  verre,  étendre 
le  train  postérieur  d’une  grenouille.  Transversalement  à 


'CONTRACTION  MUSCULAIRE.  213 

une  cuisse,  nous  étendons  une  autre  patte  de  grenouille, 
de  façon  qùé  le  nerf  c  de  la  seconde  repose  sur  les  mus¬ 
cles  in  de  la  première.  Lorsque,  appliquant  les  deux  pôles 
d’une  pile  sur  le  -nerf  lombaire  l  de  la  première  patte, 
nous  faisons  contracter  les  muscles,  vous  voyez  se  con¬ 
vulser  la  seconde  qui,  cependant,  ne  communique  avec 
elle  que  par  son  nerf  étendu  sur  les  muscles.  Au  lieu  de 
faire  l’expérience  avec  deux  pattes,  on  pourrait  en  avoir 
un  plus  grand  nombre  qui  se  convulseraient  toutes  sous 
l’influence  de  la  galvanisation  du  nerf  de  la  première. 


Il  m’a  semblé  dans  un  cas  remarquer  des  contractions 
déterminées  par  le  contact  des  nerfs  sur  des  muscles 
entrant  en  convulsion  par  la  strychnine. 

M.  Matteucci,  qui  voit  dans  ces  phénomènes  une  preuve 
du  développement  d’électricité  par  le.  fait,  de  la  contrac- 


#Li 


tion  musculaire,  a  donné  le  nom  de  contractions  tn- 
daite  à  ces  contractions  secondaires  qui  se  produisent 
sous  l’influence  d’une  excitation  galvanique  portée  non 
directement  sur  le  membre  où  elles  se  manifestent, 
mais  développée  par  le  nauscle  sur  lequel  le  nerf  repose 
au  moment  de  sa  contraction. 

M.  du  Bois  Reymond  a  construit  un  appareil  bien 
.connu  propre  V  montrer  qu’il  se  développe  des  courants 
.^Igetriques  dans  le  tissu  musculaire.  Voici  on  autre  appa- 


profèsseur  Jules Regnauld  qui  offre,  dans 
nstruction,  des  modifications  importantes  que  nous 
indiquerons  tout  à  l’heure  : 
jeux  conducteurs  sont  fixés  à  un  galvanomètre,  des- 


COURANT  MUSCULAIRE.  215 

tiné  à  accuser  par  ses  déviations  la  direction  et  l’inten¬ 
sité  d’un  courant  électrique  qui  parcourra  ces  conduc¬ 
teurs.  Chacun  des  conducteurs  plonge  dans  un  vase  en 
partie  rempli  de  liquide  ;  puis,  les  deux  vases  YV  sont 
munis  de  coussinets  p  de  papier  mouillé  plongeant  par 
une  dp  leurs  extrémités  dans  les  vases.  Si,  entre  les 
deux  vases,  c’est-à-dire  sur  les  deux  coussinets,  on  pose, 
de  l’un  à  l’autre,  un  corps  capable  de  donner  nais¬ 
sance  à  un. courant  électrique,  le  courant  passera  par 
le  papier  mouillé,  par  le  liquide  des  vases,  puis  s’écou¬ 
lera  par  les  conducteurs  qui  représentent  ainsi  les  rhéo- 
phores  d’une  pile  dont  l’élément  actif  serait  placé  au 
milieu  du  pont  de  papier  qui  réunit  les  deux  vases. 

Or,  dès  qu’un  muscle  frais  est  convenablement  placé 
sur  les  deux  coussinets,  on  voit  que  l’aiguille  du  galva¬ 
nomètre  est  déviée.  Cette  déviation,  qui,  pour  notre 
cuisse  de  grenouille ,  est  ici  de  60  degrés,  indique ,  par 
le  sens  dans  lequel  elle  a  lieu,  que  le  courant  va  de  la 
surface  du  muscle  à  sa  coupe,  ou,  suivant  l’expression 
de  M.  du  Bois  Reymond,  de  la  coupe  longitudinale  du 
muscle  à  sa  coupe  transversale. 

Ce  sens  du  courant  électrique  est  fixe,  et,  si  nous  re¬ 
tournons  le  morceau  de  cuisse  de  grenouille  qui  nous  a 
donné  cette  déviation  de  60  degrés,  nous  voyons  l’ai¬ 
guille  du  galvanomètre  revenir  d’abord.à  zéro,  puis 
poursuivre  sa  marche  et  offrir  maintenant  une  déviation 
ensensopposé.  Si  maintenant  nous  enlevons  notre  masse 
musculaire,  le  galvanomètre  revient  au  zéro. 

Dans  l’appareil  dont  il  faisait  usage  pour  cette  expé¬ 
rience,  M.  du  Bois  Reymond  remplit  les  deux  vases  et 


216  COURANT  MUSCULAIRE, 

mouille  le  papier  qui  les  fait  communiquer  arec  une 
solution  de  sel  mariD  ;  de  plus,  les  extrémités  des  con- 
docteurs  plongeant  dans  les  vases  sont  en  platine. 
Dans  ces  conditions,  le  contact  de  la  solution  saline  avec 
le  platine  suffisait  à  produire  un  courant  capable  de  dé¬ 
vier  d’une'  façon  très  appréciable  l’aiguille  du  galvano¬ 
mètre,  courant  dont  l’action  devait  être  notée  pour  être 
ajoutée  à  la  déviation  électro-musculaire  ou  pour  en  être 
retranchée.  M.  Jules  Regnauld  a  évité  Cêt  inconvénient 
en  terminant  les  conducteurs  par  des  lames  dé  zinc 
pur  plongeant  dans  une  dissolution  saturée  de  sulfate  de 
zinc.  On  n’obtient  ainsi  aucune  polarisation  secondaire. 

Galvani,  vous  le  savez,  admettait  que  les  nerfs  étaient 
des  conducteurs  dans  lesquels  circulerait  une  électricité 
particulière.  Vous  connaissez  déjà  une  expérience,  qne 
nous  répétons  ici  et  qui  consiste  à  déterminer  des  con¬ 
vulsions  dans  un  membre  de  grenouille  récemment  tuée 
en  mettant  le  nerf  de  ce  membre  en  contact  avec  les 
muscles  d’un  autre  membre.  On  suppose  qu’il  se  déve¬ 
lopperait  de  l’électricité  dans  les  muscles  de  là  cuisse  qui 
repose  sur  ma  main  ;  je  tiens  le  nerf  du  membre  qui 
formerait  l’autre  pôle ,  de  l’autre  main ,  et  au  moment 
du  contact  du  nerf  et  des  muscles  il  se  produit  une  sorte 
de  décharge  électrique  qui  les  fait  contracter,  s  s* 

C’est  là  l’expérience  de  Galvani  ;  seulement  il  n’est  pas 
nécessaire,  comme  vous  le  voyez ,  de  réunir  le  muscle 
au  nerf  par  un  arc  métallique.  Le  corps  de  l’obsêrvateüf 
qui  tient  dans  ses  mains  les  pattes  de  grenouille  en  ex- 


COUSANT  PROPRE.  217 

■  Celle  communication,  disons-nous,  est  indispensable 
pour  que  le  phénomène  se  produise. 

Si,  en  effet,  on  l’empêche,  comme  nous  le  faisons 
ici,  eu  cessant  de  tenir  à  la  main  ia  patte  qui  se  contrac¬ 
tait  tout  à  l’heure,  et  en  l’introduisant  dans  un  tube  de 
verre  T  qui  l’isole,  le  phénomène  ne  se  produit  plus.  Le 


nerf n  qui  sort  du  tube  dans  lequel  a  été  engagée  la  patte, 
peut  être  mis  en  contact  avec  les  muscles  de  l’autre  patte 
sans  déterminer  la  moindre  convulsion  dans  le  membre 
auquel  il  se  rend.  Et  cette  absence  d’excitation  motrice 
ne  tient  pas  à  ce  que  le  nerf  est  fatigué,  car  nous  pou¬ 
vons  eu  aviver  la  coupe  sans  obtenir  aucun  effet;  tandis 
que,  retirant  la  patte  du  tube  et  la  prenant  à  la  main, 
nous  la  voyons  se  convulser  énergiquement  chaque  fois 
que  son  nerf  est  mis  en  contact  avec  un  muscle. 

Les  effets  que  nous  voyons  se  produire  dans  les  expé¬ 
riences  précitées  ont  été  attribués  à  ce  qü’on  a  appelé 
le  courant  propre,  du  nerf,  courant  qui  circulerait  de  la 
périphérie  au  centre.  Ce  courant  ne  doit  pas  être  Con¬ 
fondu  avec  le  courant  musculaire  ;  car,  s’il  y  a  une  éleo- 
j  tricité  propre  au  nerf,  il  faut  admettre  aussi  une  élec¬ 
tricité  musculaire.  L’expérience  de  Galvani  mettrait  donc 
en  évidence  le  courant  propre  du  nerf. 


Or,  nous  avons  vu  que  ce  courant  propre  n’appartient 
qu’au  nerf  moteur. 

Nous  savons  déjà  que  les  nerfs  mixtes  donnent  fa 
contractions  quand  on  les  met  en  contact  avec  un 


muscle.  Pour  nous  rpndre  compte  de  l’infliionce  qu’exeree 
chacun  des  éléments  nerveux  sur  cette  propriété  du 
nerf  mixte,  nous  avons  essayé  séparément  les  racines 


contractions  comme  le  fait  le  nerf  mixte.  La  racine 
postérieure  seule  ne  donna  absolument  rien  ni  par  son 
bout  périphérique,  ni  par  son  bout  central.  Ce  courant 
électro-nerveux  serait  donc  exclusif  à  la  racine  motrice. 

Si,  dans  l’expérience  précédente ,  on  vient  à  substi¬ 
tuer  au  nerf  moteur  une  coupe  de  la  moelle,  il  semble 
qu’on  doive  obtenir  les  mêmes  résultats,  puisque,  les 
nerfs  naissent  de  la  moelle.  Cependant  ayant  dénudé  la 
moelle  d’une  grenouille,  et  touchant  un  musde  avec  la 
surface  d’une  coupe  faite  sur  cette  moelle,  nous  n’avons 
pas  obtenu  de  contractions  dans  le  membre  riou;  les 
nerfs  tenaient  à  cette  coupe  de  la  moelle. 

Nous  touchions  cependant  les  deux  faisceaux  anté¬ 
rieurs  d’où  naissent  les  racines  motriees;  et  ces  racines 
jouissent  de  la  propriété  de  donner  lieu  à  la  contraction 
électrique  par  leur  contact  avec  un  muscle.  Pourquoi 
donc  une  coupe  du  faisceau  antérieur  où  naissent  les 
origines  nerveuses  motriees,  ne  donne-t-elle  pas  lieu  au 
phénomène?  Afin  de  nous  édifier  sur  la  signification  du 
fait  qui  se  présentait  à  notre  observation ,  nous  avons 
repris  l’expérience  en  essayant  de  haut  en  bas  la  moelle 


219 


fions  dans  le  train  postérieur.  Sur  ces  pièces  qui  ont 
macéré  dans  l’alcool,  après  avoir  servi  à  l’expérience  que 
je  vous  signale,  vous  pourrez  vpir  que  le  phénomène 
s’est  produit  généralement  pour  des  sections  faites  au 
même  niveau.  On  voit,  en  examinant  avec  un  peu  de 
soin,  que  la  section  correspond  au  point  du  renflement 
lombaire  de  la  moelle  d’où  partent  les  racines  anté¬ 
rieures  qui  donnent  le  mouvement  aux  membres  posté¬ 
rieurs.  Si  donc,  dans  ce  cas,  on  obtient  des  convulsions, 
cela  tient  à  ce  que  l’on  a  agi  sur  les  racines  antérieures 
au  point  on  elles  pénètrent  dans  la  moelle. 

Cette  expérience  montrerait  que  le?  faisceaux  anté¬ 
rieurs  de  la  moelle  ne  se  comportent  pas  pour  le  mou¬ 
vement  comme  les  postérieurs  pour  le  sentiment.  On 
ne  saurait  donc  assigner  une  origine  centrale  commune 
aux  racines  antérieures  dont  les  manifestations  sont  iso¬ 
lées.  Les  recherches  anatomiques  de  Stilling  sont  d’ail¬ 
leurs  confirmatives  de  ce  fait  ;  les  racines  antérieures 


semblent  naître  de  centres  isolés  et  indépendants. 

Le  courant  électrique  propre  du  nerf  moteur  lui  serait 
donc  tout  à  fait  spécial  et  n’existerait  pas  dans  la  moelle. 

Un  fait  important  et  sur  lequel  je  dois  encore  insister, 
c’est  la  variété  des  réactions  que  l’on  obtient  suivant 
que  le  nerf  est  isolé,  coupé,  ou  qu’il  a  conservé  ses 
rapports  physiologiques  normaux. 

En  opérant  chez  un  animal  vivant,  sur  un  nerf  assez 


muscle.  Or,  dans  ce  cas  du  nerf  tenant  à  la  moelle,  on 
observe  de  fortes  convulsions  dans  le  membre  auquel  il 
se  rend.  Les  convulsions  se  produisent  également  lors¬ 
qu’on  sépare  le  nerf  de  la  moelle ,  soit  en  le  coupant, 
soit  en  l’étrèig'nant  par  une  ligature.  Dans  d’autres  cas 
cependant,  la  section  ou  la  ligature  du  nerf  y  amène 
un  trouble  qui  semble  favorable  pour  établir  une  sorte 
de  polarité  et  rendre  visible  un  courant  qui  ne  se  mani¬ 
festerait  pas  à  l’état  physiologique. 

Je  crois  même,  et  c’est  un  fait  à  vérifier  expérimen¬ 
talement,  qu’on  se  fait  une  idée  fausse  de  la  direction 
de  l’agent  nerveux.  On  le  regarde  comme  dirigé  de  la 
périphérie  au  centre.  C’est  vrai  quand  le  nerf  est  coupé, 
mais  je  serais  très  disposé  à  penser  que  l’inverse  a  lien 
quand  le  nerf  n’est  pas  coupé.  L’excitation  volontaire  est 
centrifuge,  et  il  me  paraît  très  probable  que  cette  direc¬ 
tion  centrifuge  est  celle  de  toutes  les  excitations  dont 
le  nerf  est  dans  les  conditions  normales  de  l’organe  de 

Quoi  qu’il  en  soit  de  cette  vue,  que  je  ne  vous  présente 
que  comme  une  idée  à  vérifier,  la  présence  d’une  solu¬ 
tion  de  continuité  dans  le  nerf  qui  produit  des  contrac¬ 
tions  par  décharge  musculaire ,  ne  paraît  pas  une  con¬ 
dition  indispensable.  Nous  pourrions  revenir  plus  tard 


COURANT  NERVEUX.  221 

vement  .l'aiguille  d’un  galvanomètre.  Je  viens  mainte¬ 
nant  de. vous  parler  d’un  courant  électrique  propre  au 
nerf  moteur.  11  me  reste  à  établir  que  ces  deux  mani¬ 
festations  électriques  sont  physiologiquement  distinctes 
l’une  de  l’autre,  que  ce  sont  deux  phénomènes  indépen¬ 
dants;  c’est  le  curare  qui  me  permettra  encore  de  vous 
donner  la  démonstration  de  ce  fait  bien  remarquable. 

Ce  que:  l’on  a  nommé  le  courant  propre  de  la  gre- 
nouifle  est  donc  une  propriété  du  nerf.  Quant  au  cou- 
rant  musculaire,  il  est  dirigé  de  la  surface  non  coupée  à 
celle  qui  l’est,  de  la  coupe  longitudinale  à  la  coupe 
transversale.  C’est  un  phénomène  distinct  du  précé¬ 
dent.  Ce  courant  musculaire,  nous  pouvons  cependant 
l’utiliser  pour  produire  des  contractions.  Pour  cela  il 
faut,  ainsi  que  vous  le  savez  déjà,  avec  le  nerf  du  membre 
que  nous  voulons  faire  contracter,  autrement  dit  avec 
la  grenouille  galvanoscopique,  toucher  à  la  fois  la  sur¬ 
face  musculaire  coupée  et  la  surface  longitudinale  de 
ce  muscle,  de  façon  à  mettre  le  nerf  dans  le  trajet  du 
courant.  Le  membre  peut  alors  se  contracter,  quoique 
isolé  dans  un  tube  de  verre,  parce  que  c’est  le  courant 
musculaire  qui  excitera  le  nerf  et  fera  contracter  ,  le 
membre. 

Je  viens  de  vous  dire  que  l’on  pourrait,  au  moyen  du 
curare,  montrer  qu’il  y  a  de  l’électricité  dans  le  nerf, 
qu’il  y  a  aussi  dans  le  muscle  une  propriété  électrique, 
et  que  ces  deux  manifestations  physiques  sont  complè¬ 
tement  indépendantes  l’une  de  l’autre. 

En  effet,  si  l’on  empoisonne  une  grenouille,  on  voit 
bientôt  après  que  ses  muscles  ont  conservé  leurs  pro- 


222 


priétés  physiologiques  et  électriques,  ils  font  dévier  l’af 
guille  du  galvanomètre  et  excitent  des  contractions  dans 
le  membre  de  grenouille  dont  on  promène  le  nerf  sain 

Rencontrant  dans  le  nerf  cette  singulière  propriété 
électro-motrice,  on  est  conduit  à  se  demander  si  elle  nè 
lui  vient  pas  du  muscle.  Or,  on  voit  sur  une  grenouille 
empoisonnée  par  le  curare  que  la  propriété  du  nerf  mo¬ 
teur  a  été  détruite  sans  que  Cèllé'  du  musclé  ait  été 
atteinte;  bien  plus,  la  destruction  du  nerf,  le  musclé  res¬ 
tant  sain ,  a  lieu  de  la  périphérie  au  centré.  Le  courant 
propre  du  nerf  ne  vient  donc  pas  du  muscle.  ' 

Nous  avions  déjà  été  conduit  à  regarder  le  nerf  moteur 
comme  ne  s’étendant  que  des  muscles  à  la  moelle  épi¬ 
nière,  dans  laquelle  il  ne  prolongeait  pas  ses  propriétés, 
qui  s’y  arrêtent  au  contraire  d’une  manière  assez  nette. 
L’épreuve  physiologique  vient  Confirmer  Cette  vue  et 
montrer  la  parfaite  indépendance  dés  propriétës'âu 
müscle,  de  celles  de  la  moelle  et  de  celles  du  nerf  moteur. 

En  examinant  l’origine  médullaire  de  ce  nerf  limité, 
nous  le  voyons  naître  d’un  amas  cellulaire  gris  qui  semble 
être  son  centre  nutritif  et  fonctionnel.  Le  nerf  motéür, 
en  effet,  tire  ses  propriétés  d’une  partie  limitée  de  la 
moelle  épinière. 

Le  curare,  détruisant  le  nerf  moteur  par  ia  périphérie, 
semble  soutirer  par  les  extrémités  l’action  nerveuse  bis 
Suffisamment  réparée  par  l’influence  centrale.  Üü  fait 
vient  à  l’appui  de  cette  manière  dé  voir  :  1  :J‘ 

Si  l’on  examine  ce  que  devient  le  nerf  d’une  grenouille- 
empoisonnée  par  le  curare,  on  peut  admettre,  que  peu- 


dant  que  les  facultés  s’affaiblissent,  la  moelle  lui  fournit 
de  l’influx  encore  pendant  quelque  temps.  En  effet,  si 
l’on  coupé  ou  si  on  lie  ce  nerf,  il  est  beaucoup  plus  vite 
empoisonné.  H  semble  qu’alors  il  périsse  plus  vite,  parce 
qu’il  ne  peut  plus  être  réparé  par  la  moelle. 

Exp.  —  Voici  deux  grenouilles  sur  lesquelles  nous 
allons  nous  livrer  à  l’examen  comparatif  des  propriétés 
des  nerfs  et  des  muscles,  selon  que  ceux-ci  auront  ou 
n’auront  pas  été  empoisonnés  par  le  curare.  Sous  la 
péâü  du  dos  de  l’üne  d’elles,  nous  injectons  un  peu  d’une 
dissolution  concentrée  de  curare.  Quatre  ou  cinq  minutes 
après’  elle  est  morte.  Nous  préparons  alors  les  pattes  pos¬ 
térieures  de  ces  deux  grenouilles ,  laissant  le  nerf  sciati¬ 
que  déborder  les  parties  musculaires,  et  nous  voyons  : 

1"  Qu’en  touchant  avec  le  nerf  dé  la  patte  saine  Un 
niuscle  empoisonné,  les  contractions  se  montrent  dans 
cette  patte  extrêmement  énergiques ,  même  plus  éner¬ 
giques  que  si  le  muscle  n’avait  pas  été  empoisonné  ; 

2°  Qu’en  touchant  le  muscle  empoisonné  avec  le  nerf 
d’une  patte  empoisonnée,  aucune  contraction  ne  se 
produit  dans  le  membre,  parce  que  le  nerf  est  détruit 
physiologiquement; 

3*  Exposant  successivement  le  nerf  d’une  patte  saine 
et  celui  d’une  patte  empoisonnée  à  l’action  d’un  muscle 
sain,  nous  voyons  qu’avec  le  nerf  de  la  patte  saine  seul 
nùiis  avons  des  contractions,  mais  moins  énergiques  que 
celles  qu’il  donnait  tout  à  l’heure ,  et  qu’il  donne  encore 
au  contact  du  muscle  empoisonné  par  lé  curare. 

Nous  plaçons  maintenant  sur  l’appareil  (voy.  fig.  37) 
un  morceau  de  musclé  empoisonné,  et  vous  pouvez  le 


voir  dévier  très  évidemment  l’aiguille  du  galvanomètre. 
En  serait-il  de  même  avec  le  nerf  empoisonné?  ; ; 

Quel  est  donc  l’agent  qui  produit  ces  phénomènes? 
Est-ce  l’électricité? 

Il  faut  bien  l’admettre,  en  voyant  le  tissu  musculaire 
amener  la  déviation  de  l’aiguille  du  galvanomètre.  Ce¬ 
pendant,  en  considérant  ces  phénomènes  dans  les  nerfe, 
on  se  trouve  conduit  à  reconnaître  qu’ils  ne  sont  pas 
physiologiquement  essentiels. 

Vous  nous  avez  vu  nombre  de  fois  déterminer  des 
contractions  dans  un  membre  de  grenouille  en  mettant 
son  nerf  en  contact  avec  un  muscle,  en  ayant  soin  de 
fermer  le  circuit.  La  nécessité  de  cette  dernière  condi¬ 
tion  dispose  à  penser  que  c’est  bien  un  courant  életH 
trique  qui  se  produit  alors.  Toutefois,  il  est  difficile 
de  comprendre  pourquoi  le  phénomène  cesse  d’avoir 
lieu  quand  on  lie  l’extrémité  traînante  du  nérf  .avee  un 
fil  mouillé,  avec  un  fil  métallique ,  ou  qu’au  lieu  de  la 
lier  on  la  contourne  seulement  entre  les  mors  d’une 
pince.  On  peut  alors  promener  le  nerf  sur  un  muscle 
sans  produire  de  contraction.  Or,  les  causes  qui  viennent 
dans  ce  cas  empêcher  les  contractions  de  se  produits 
ne  sont  pas  du  tout  un  obstacle  à  la  communication  ëlëc- 

Tous  ces  phénomènes,  auxquels  on  donne  le  nom  de 
courant  propre  de  la  grenouille  ou  de  courant  musculaire, 
bien  qu’ils  traduisent  des  faits  bien  observés,  il  me 
semble  difficile  de  leur  donner  aujourd’hui  un  sens  phy¬ 
siologique  bieu  nettement  déterminé  dans  l’accomplisse¬ 
ment  des  phénomènes  nerveux  chez  l’animal  vivant.  C’est 


225 


pourquoi  je  me  bornerai  à  vous  résumer  ces  phénomènes, 
en  vous  indiquant  quelques  vues  qui  nous  ont  été  inspi¬ 
rées  par  les  expériences  que  nous  ayons  faites.  : . 

Le  courant  musculaire  est  un  courant  électrique  qui 
se  développe  de  la  surface  longitudinale  du  muscle  re¬ 
gardée  comme  positive  à  sa  surface  transversale  consi¬ 
dérée  comme  négative.  Il  n’y  a  rien  à  ajouter  à  l’étude 
phoque. du  phénomène,  qui  a  été  si  bien  faite  par 
MM.  duBoisReymond,  J. Regnauld,  etc.  Je  n’examinerai, 
ici  que  !es;çonditions-physiologiqués  du;phénojhène.  On 
ne  peut  pas  nier  que  ce  courant  existe  pendant  la  vie, 
mais  nous  avons  vu  qu’il  existe  aussi  après  l’empoisonne¬ 
ment  par  le  curare.  L’observerait-on  de  même  après 
l’empoisonnement  par  le  sulfoeyanure'de  potassium, 
quand  le  muscle  est  incapable  de  se  contracter  ?  Toutefois 
on  ne  le  constate  plus  sur  des  muscles  morts  depuis  peu  de 
temps,  sur  des  muscles  d’animaux  supérieurs ,  d’oiseaux 
ou  de  lapins  qui  ont  cessé  d’être  excitables  par  l’électri¬ 
cité.  D’après  ces  faits,  on  serait  donc  autorisé  à  penser 
que  le  courant  musculaire  est  lié  d’une  manière  directe 
au  phénomène  de  la  contraction  musculaire,  puisque 
nous  voyons  ce  courant  musculaire  cesser  d’exister  quand 
la  contraction  musculaire  s’est  éteinte,  et  que  les  muscles 
sont  à  l’état  de  roideur  cadavérique.  D’où  il  suit  que  le 
courant  musculaire  serait  un  phénomène  physique  en 
rapport  sans  doute  avec  les  mouvements  d’altération  chi-i 
mique  qui  se  passent  dans  le  muscle  vivant.  Mais  bien  que 
ce  courant  soit  capable  d’exciter  le  nerf  d’une  grenouille 
galvanoscopique ,  nous  ne  saurions  conclure  à  ce  qui 
se  passe  pendant  la  vie  entre  le  muscle  et  le  nerf. 


226 


Quand  au  courant  propre,  c’est  un  courant  électrique 
qui  se  propagerait  dans  le  nerf  dans  un  sens  centripète, 
c’est-à-dire  des  extrémités  musculaires  du  nerf  vert  k 
moelle  épinière.  Il  résulterait  de  là  que  la  patte  gsl- 
vanoscopique  représenterait  une  pile  dont  l’extrémité 
du  nerf  coupé  formerait  un  pôle,  et  les  muscles  de  h 
patte  l’autre  pôle.  Si  maintenant  on  vient,  à  là  manière 
de  Galvani ,  à  joindre  le  nerf  et  le  muscle  par  un  arc 
métallique,  on  fermerait  le  circuit  et  on  aurait  me 
contraction  musculaire.  Si,  au  lieu  de  se  servir  d’un  arc 
métallique,  on  se  borne  encore  à  rabattre  le  nerf  sur  la 
cuisse,  on  aurait  encore  une  contraction  au  moment  où 
le  nerf  touche  le  muscle  parce  que  le  circuit  se  trouverait 
fermé.  Enfin  si,  tenant  deux  pattes  galvanoscopiques 
de  chaque  main,  bn  vient  à  toucher  les  muscles  de  l’une 
avec  le  nerf  de  l’autre,  on  a  aussitôt  une  contraction, 
parce  qu’alors  le  circuit  serait  fermé  par  lé  corps  de 
l’expérimentateur  ;  et  ce  qui  le  prouverait,  c’est  qu’en 
lant  une  patte  dans  un  tube  de  verre,  le  phénomène  n’a 
plus  lieu  parce  que  le  circuit  ne  pourrait  pasêtre  fermé. 

Tous  ces  faits  sont  exacts ,  d’une  manière  générale  et 
ordinairement  assez  facile  à  constater  ;  mais  il  y  a  ce¬ 
pendant  des  cas  dans  lesquels  il  semble  que  l’éléctrieité, 
au  lieu  de  se  comporter  ainsi  dans  là  patte  de  la  gre¬ 
nouille  ou  dans  son  nerf,  provient  du  Contactée  ce  nerf 
avec  le  corps  étranger  que  l’on  touche.  Ainsi  j’ai  vu 
quelquefois,  lorsque  les  grenouilles  sont  très  vivaces,  des 
contractions  avoir  lieu  au  contact  du  muscle  avec  la  patte 
galvanoscopique  isolée  dans  un  tube  de  verre;  de  même 
si  le  nerf  est  fatigué,  lié,  ou  trempé  par  son  extrémité 


COUSANTS  NERVEUX  ET  MUSCULAIRE.  Ü7 

dans  la  potasse  ou  de  l’acide  sulfurique,  etc.,  les  contrac¬ 
tions  cessent  d’avoir  lieu,  quoique  la  patte  ne 'soit  plus 
isolée. 

Vous  voyez,  par  exemple,  ici  que  nous  développons 
encore  des  contractions  en  touchant  avec  le  bout  du  nerf 
la  surface  du  mercure  placé  dans  un  verre;  seulement 
il  semble  qu’il  faille  que  le  contact  ait  lieu  sur  deux 
points,  et  cela  réussit  mieux  si  l’on  fait  un  petit  pont 
avec  un  corps  isolant,  de  manière  que  deux  points  du 
nerf  touchent  Séparément  le  mercure. 

Si  de  même  nous  touchons  un  nerf  en  deux  points  avec 
un  autre  métal,  nous  avons  aussitôt  une  contraction  vive 
dans  la  patte.  Je  tiens  ici  l’extrémité  du  nerf  sciatique 
avec  une  pince  de  fer,  et  je  touche  un  point  quelconque 
de  la  patte  avec  une  autre  pince  de  fer,  et  il  y  a  une 
contraction.  Y  a-t-il  là  électricité  développée  au  contact 
du  nerf  et  du  métal?  H  semble  difficile  de  le  prouver, 
car  le  phénomène  est  ordinairement  tout  aussi  intense 
avec  une  pince  de  fer,  de  cuivre  ou  de-zinc,  qu’avec  des 
'pinces  de  platine  ou  d’argent,  métaux  moins  oxydables. 
Ce  phénomène  a  lieu  non-seulement  sur  une  patte  sé¬ 
parée  du  corps ,  mais  aussi  dans  certains  cas  sUr  un  nerf 
tenant  à  la  moelle  épinière.  Ici,  je  saisis  avec  Une  pince 
de  cuivre  le  bout  central  du  nerf  sciatique  sur  Une  gre¬ 
nouille  vivante,  mais  décapitée.  Si  je  touché  avec  une 
autre  pince  une  partie  du  corps,  la  tête  par  exemple, 
il  y  a  aussitôt  contraction  dans  lés  muscles  du  tronc, 

Dans  tous  ces  cas,  le  corps  dé  l’expérimentateur 
ferme  évidemment  le  circuit  d’ùn  courant  qui  traverse 
le  nerf  et  la  tête  de  la  grenouille  ou  la  patte  séparée;  eti 


cité  est-elle  développée  par  le  coi 

itact  du  métal  ?  J’ajou- 

terai  qu’il  n’est  pas  nécessaire  de  toucher  avec  les  deux 

pinces  deux  tissus  différents ,  car 

si  l’on  touche  le  nerf 

en  deux  points  rapprochés  avec  les  deux  pinces,  la  con- 

traction  s’opère  de  même. 

Lorsque  l’animal  a  été  empoist 

mné  parle  curare,  le 

phénomène  cesse  d’avoir  lieu,  no 

n  pas  que  le  nerf  cesse 

d’être  couducleur.de  l’électricité, 

mais  sans  doute  parce 

.qu’il  m’est  plus  excitable  et  que 

le  courant  électrique, 

qui  aurait  pu  faire  contracter  les  muscles  par  l'interné- 

diaire  du  nerf  sain ,  ne,peut  pas 

les  faire  contracter  en 

agissant  directement  sur  le  tissu  i 

nusculaire.  <  -, 

De  même  cette  électricité,  dév 

eloppée  et  agissant  au 

contact  avec  le  nerf,  n’a  plus  lieu 

si  l’on,  mâche  le  nerf; 

c’est  surtout  quand  on  touche  av 

ec  deux  pinces  le  nerf 

d’une  grenouille  vivante  qu’il  se  produit  des  contractions 

dans  le  membre. 

Vous  voyez  en  définitif,  messieurs,  que  tous  ces  phé- 

nomènes,  sur  lesquels  nous  revi 

iendrons  encore,  sont 

très  délicats,  et  que,  bien  qu’ils 

aient  été  étudiés  avec 

beaucoup  de  soin ,  il  est  encore 

nécessaire  de  les  ap- 

profondir.  J’ai  voulu  surtout  vo 

us  faire  remarquer  ici 

que  nous  ne  pouvons  encore  en  ri 

etirer  que  peu  d’utilité 

par  l’explication  des  phénomènes  du  système  nerveux 

pendant  la  vie  de  l’animal. 

» 

..  On  a  signalé  une  autre  différer 

ice  entre  les  manifes- 

tâtions  nerveuses  et  les  phénomènes  électriques.  Cette 

MESURE  DE  LA  CONTRACTION  MUSCULAIRE.  229 
différence  ressortirait  de  la  comparaison  des  vitesses 
dé  propagation  des  deux  agents  parcourant  des  conduc¬ 
teurs.  Les  résultats  des  expériences  instituées  pour  con¬ 
stater  ces  différences  ne  doivent  pas  toutefois  être 
acceptés  sans  réserve;  on  se  tromperait  en  pensant  qu’ils 
peuvent  être  donnés  Comme  l’expression  parfaitement 
physiologique  du  phénomène. 

M.  Helmholtz,  qui  a  institué  ces  expériences,  a  fait 
d’abord  usage  d’un  appareil  pour  mesurer  la  rapidité 
avec  laquelle  s’effectue  la  contraction  musculaire.  On 
agit  avec  un  muscle  gastro-cnémien  de  grenouille  qui 
est  fixé  à  l’appareil  par  sa  partie  supérieure.  Inférieure¬ 
ment  l’on  a  fixé  a  son  tendon  une  petite  pointe  de  verre 
destinée  à  écrire  le  raccourcissement  du  nerf  sur  une 
surface  plane  recouverte  d’un  enduit  noir  peu  adhérent: 

MM.  Volkmann  et  Helmholtz  faisaient  usage  d’une 
épingle  glissant  sur  un  carreau  noirci  à  la  lampe; 
M.deBœcker  se  sert  d’un  index  de  verre  frottant  d’une 
façon  très  égale  sur  la  surface  destinée  à  recevoir  l’im¬ 
pression  des  contractions  musculaires.  Cette  surface  est 
une  feuille  de  papier  noircie  à  la  fumée  d’une  lampe 
et  collée  sur  un  cylindre  tournant.  Voici  quelques-unes 
des  planches  ainsi  obtenues  par  M.  deBœeker  lui-même  ; 
les  indications  de  l’appareil  ont  été,  après  ^expérience, 
fixées  sur  le  papier  au  moyen  de  l’essence  de  térében- 

M.  de  Bœcker  a  reconnu,  comme  on  peut  le  voir 
sur  ces  courbes,  que  la  contraction  du  muscle  est  d’abord 
brusque,  ce  qui  se  traduit  par  une  ligne  droite  Verti¬ 
cale;  puis  lé  relâchement  suit,  moins  rapide,  représenté 


par  une  ligne  oblique.  C’est  là  le  type  de  la  contraction 
musculaire  normale. 

.  Quand  le  muscle  se.  fatigue,  la  ligne  qui  représente  la 
contraction  devient  oblique  vers  sa  partie  supérieure; 
puis  on  voit  celle  qui  représente  le  relâchement  devenir 
de  plus  en  plus  oblique.  En  laissant  le  muscle  se  reposer 
alors  pendant  quelque  temps,  il  reprend  une  partie  de 
son.énergie,  et  les  lignes  obtenues  sont  différentes. 

Ayant  disposé  son  appareil  de  façon  à  pouvoir  étudier 
ces  phénomènes  de  contraction  au  point  de  vue  de  leur 
durée,  M.  Helmholtz  est  arrivé  aux  résultats  suivants  :  il 
a  vu  que  chaque  contraction  se  faisait  en  trois  temps  : 

.  Le  premier  est  marqué  par  l’intervalle  qui  s’écoule 
entre  l’excitation  électrique  et.  la  contraction  rsa  durée 
est  de  l/100e.de  seconde  environ; 

Le  deuxième  temps  est  celui  pendant  lequel  le  muscle 
se  contracte:  il  dure  18/100"  de  seconde; 

,  Le  troisième  temps ,  celui  pendant  lequel  le  muscle 
contracté  revient  à  l’extension,  dure  20/100“  de  seconde. 

La  durée  totale  d’une  contraction  serait  donc,  en  y 
comprenant  le  temps  nécessaire  à  l’excitation  nerveuse, 
de  30/100“  de  seconde. 

Maintenant,  en  agissant  sur  le  nerf  à  différentes  dis¬ 
tances  de  son  point  d’entrée  dans  le  muscle ,  on  trouve, 
en  calculant  la  vitesse,,  que  l’agent  nerveux  se  transmet 
dans  un  nerf  de  grenouille  avec  une  vitesse  de.  15  à. 
20  mètres  par  seconde.  Il  n’y  aurait  là,  vous  le  voyez, 
aucun  rapport  à  établir  entre  cette  vitesse  et  celle  de 
l’électricité. 

Ces  expériences  ont,  été  réglées  avec  un  soin  exti-éme. 


et  on  n’a  aucune  objection  à  faire  aux  conditions  physi¬ 
ques  de  leur  institution.  H  faut  cependant  être  très  ré¬ 
servé  sur  les  conclusions  à  en  tirer,  car  si  physiquement 
elles  sont  satisfaisantes,  on  ne  peut  disconvenir  qu’elles 
soient  insuffisantes  à  résoudre  la  question  physiologique. 
Dans  l’état  actuel  de  nos  connaissances,  nous  regardons 
Comme  mairaise  ou  au  moins  comme  anticipée  la  ten¬ 
dance  qui  porte  à  soumettre  à  la  mesure  des  phéno¬ 
mènes  dont  les  conditions  organiques  ne  sont  pas  suffi¬ 
samment  connues.. 

.  Nous  en  resterons  là,  messieurs,  sur  les  propriétés  du 
nerf  moteur.  L’examen  auquel  nous  nous  sommes  livré 
relativement  aux  travaux  dont  leurs  propriétés  et  leurs 
fonctions  ont  été  l’objet,  s’il  ne  nous  renseigne  pas 
complètement  à  cet  égard,  nous  apprend  au  moins 
combien  la  question  est  difficile  et  de  combien  d’in- 
ftaences  il  faut  tenir  compte  dans  les  expériences  de  ce 
genre. 

.  Comme  résultat  général  des  expériences  qui  ont  pu 
être  accomplies  dans  des  conditions  physiologiques,  nous 
pouvons  admettre  que  le  nerf  moteur  est  un  organe 
particulier  auquel  sont  dévolues  des  fonctions  nerveuses 
bien  déterminées  ;  qu’il  a  des  propriétés  spéciales  capables 
de  le  caractériser  physiologiquement;  qu’intermédiaire 
à  la  moelle  et  au  tissu  musculaire,  ses  propriétés  établis¬ 
sent  entre  lui  et  ses  aboutissants  une  ligne  de  démarca¬ 
tion  bien  tranchée. 

Dans  la  prochaine  séance,  nous 
du  nerf  sensitif. 


TREIZIÈME  LEÇON. 


Messieurs, 


Les  racines  sensitives  rachidiennes,  dont  nous  allons 
maintenant  nous  occuper,  sont,  comme  les  racines  mo¬ 
trices  auxquelles  elles  sont  toujours  associées,  au  nombre 
de  31  paires  chez  l’homme.  Elles  naissent  de  la  partie 
postérieure  de  la  moelle  pour  se  réunir  bientôt  aux  ra¬ 
cines  antérieures.  Leur  volume  est  variable  suivant  la 
région  dans  laquelle  on  les  examine  et  suivant  les  ani¬ 
maux.  Un  fait  intéressant  pour  le  physiologiste  est  lé 
rapport  de  leur  volume  à  celui  des  racines  antérieures. 
Ce  rapport,  sensiblement  constant  chez  un  même  indi¬ 
vidu,  chez  une  même  espèce,  peut  varier  considérable¬ 
ment  d’une  espèce  à  l’autre.  Pour  ne  vous  citer  que  deux 
cas  pris  dans  les  extrêmes,  nous  vous  rappellerons  qiïe, 
chez  l’homme,  les  racines  postérieures,  sensitives,  sont 
généralement  plus  volumineuses  que  les  racines  anté¬ 
rieures,  tandis  que  le  contraire  a  lieu  chez  la  grenouille^ 
par  exemple.  H  peut  donc,  suivant  les  espèces,  y  avoir 
prédominance  de  l’un  des  éléments  nerveux  sur  l’autre. 

Les  nerfs  sont,  vous  le  savez,  constitués  par  f  accote¬ 
ment  de  tubes  nerveux  élémentaires  de  deux  sortes  :  les 
uns  fins,  les  autres  plus  volumineux.  Dans  les  nerfs 


SENSITIF. 


233 

moteurs,  lestubes  larges  prédominent  ;  le  contraire  a  lieu 
dans  les  nerfs  sensitifs,  où  les  tubes  fins  se  trouvent  dans 
iraeproportion  plus  considérable. 

Ici,  messieurs,  nous  arrivons  à  un  caractère  plus  im¬ 
portant,  et  qui  différencie  mieux  que  tous  les  autres  les 
nerfs;  moteurs  des  nerfs  sensitifs  :  la  présence  d’un  gan¬ 
glion  sur  le  trajet  de  ces  derniers.  C’est  là  un  fait  capital, 
d’abord  en  raison  de  la  valeur  anatomique  dë  ce  carac¬ 
tère,  ensuite  parce  que  des  expériences  récentes  ont 
montré  que  le.ganglion  joue  un  rôle  très  important  dans 
les  phénomènes  nerveux. 

Le  ganglion,  situé  sur  la  racine  postérieure,  toujours 
avant  le  point  où  elle  se  réunit  à  la  racine  antérieure,  est 
formé  principalement  de  cellules  nerveuses  (voy,  fig.  11 
et  12,  p.  126).  Nous  vous  avons  déjà  dit  que  ces  cel¬ 
lules,  les  unes  bipolaires,  d’autres  multipolaires,  d’autrès, 
enfin,  apolaires,  sont  des  cellules  à  noyau  qui  composent 
la  substance  grise  de  la  moelle  et  les  renflements  gan¬ 
glionnaires.  H  serait  dès  lors  très  important  d’être  fixé  sur 
le  rôle  physiologique  de  ces  cellules  ;  peut-être  pourrait- 
on  conclure  des  ganglions  à  la  substance  grise  médullaire. 

Le  ganglion  nerveux  se  continue  avec  le  nerf  du 
côté  de  la  moelle  et  du  côté  de  la  périphérie;  le  nerf 
semble  y  entrer  et  en  Sortir.  Que  devient  dans  ce  trajet 
la  fibre  nerveuse  élémentaire  ? 


234  DD  GANGLION  NERVEUX 

cellule  pour  en  sortir  par  le  point  opposé.  Dans  cette 
disposition,  observée  surtout  chez  les  plagiostomes,  U 
cellule  nerveuse  serait  une  intumescence  de  la  fibre, 


une  sorte  dé  ganglion  élémentaire  situé  sur  le  trajet  de 
la  fibre  nerveuse. 


On  rencontre  encore  dans  le  ganglion  des  ceUults 
unipolaires,  à  prolongement  ordinairement  centrifuge, 
mais  aussi,  d’après  Kôlliker,  quelquefois  dirigé  vers  le 
centre  médullaire.  Le  ganglion  renferme  encore  des 
cellules  apolaires;  M.  Faivre  en  a  reconnu  l’existence 
chez  les  animaux  inférieurs  flhÉBj ëg 


En  résumé,  le  ganglion  nous  offre  une  agglomération 
de  cellules  ayant  avec  les  tubes  nerveux  élémentaires 
les  rapports  les  plus  divers. 

.  Laissant  là  les  cellules  pour  suivre  les  fibres,  nous 
voyons  que  celles-ci  contractent  ordinairement  dans  le 
ganglion  divers  rapports  de  continuité  avec  les  cet 
Iules,  mais  que  ce  cas  n’est  pas  le  seul,  et  que  d’autres 
fibres  traversent  le  ganglion  sans  y  avoir  avec  les  cellules 
nerveuses  d’autres  rapports  que  des  rapports  de  contact 
Cette  disposition  a  été  figurée  par  Këlliker  chez  le  chien. 

Mais,  messieurs,  ce  nlest  pas  ici  le  lieu  de  nous 
étendre  sur  les  caractères  anatomiques  du  ganglion. 
Ce  que  nous  avons  à  étudier,  ce  sont  surtout  ses  usages. 
Or,  tandis  que  les  fonctions  des  racines  antérieures  et 
des  Tacines  postérieures  étaient  depuis  longtemps  assez 
exactement  connues,  tandis  qn’on  avait  fait  presque 
complète  la  topographie  du  système  nerveux,  on  était 


•  l'histologie  comparée  du  i 


235 


resté  sur  le  rôle  des  ganglions  dans  l’ignorance  la  plus 
complète;  aucune  expérience  ne  permettait  de  former 
à  ce  sujet  même  de  simples  conjectures. 

Récemment  M.  Waller  a  publié  des  expériences  très- 
importantes,  expériences  dont  les  résultats  remarquables, 
nous  paraissent  devoir  être  le  point  de  départ  de  re¬ 
cherches  qui  seront  faites  ultérieurement  dans  cette 
voie  encore  peu  explorée. 

Les  expériences  de  M.  Waller  sont  fondées  sur  ce  fait,  ■ 
auquel  il  a  le  premier  donné  une  signification,  que, 
lorsqu’on  coupe  un  nerf,  qu’on  le  sépare  de  son  centre, : 
il  s’altère ,  chez  les  animaux  supérieurs,  suivant  une 
direction  déterminée. 

Nous  vous  avons  déjà,  dit  que,  quand  on  coupe  une 
racine  antérieure,  c’est  le  bout  périphérique  qui  se 

Il  était  intéressant  de  faire  la  même  chose  pour  la 
racine  postérieure,  et  de  voir  ce  qui  a  lieu  selon  que  la 
section  est  opérée  entre  lé  ganglion  et  la  moelle,  ou  au 
delà  du  ganglion. 

Ces  expériences  ont  été  pratiquées  parM.  Waller  sur  la 
deuxième  paire  rachidienne  cervicale  des  chiens,  et 
surtout  des  chats.  Les  racines  rachidiennes  sont  cachées 
dans  le  canal  vertébral,  et  ce  sont  déjà  les  nerfs  mixtes 
qui  sortent  par  les  trous  de  conjugaison.  La  deuxième 
paire  rachidienne  fait  exception  à  cette  règle  :  le  gan¬ 
glion  de  la  racine  postérieure  sort  du  canal  vertébral,  en 
dehors  duquel  a  par  conséquent  lieu  l’union  des  deux 
racines.  C’est  à  cette  disposition  que  cette  paire  doit 
d’avoir  été  choisie  de  préférence  à  toute  autre.  Et  si  les 


DES  PROPRIÉTÉS 


expériences  ont  été  faites  surtout  sur  des  chats,  c’estque 
chez  eux  cette  disposition  est  encore  plus  prononcée.  Cés 
raisons  ne  sont  pas  indifférentes,  car  les  animaux  devant 
survivre  à  l’opération,  il  faut  que  le  procédé  expérimental 
n’expose  pas  à  les  faire  périr  presque  inévitablement. 

Voici  ce  procédé  : 

c  On  fait  une  incision  verticale  sur  la  crête  de  l’apo¬ 
physe  épineuse  de  la  deuxième  vertèbre  cervicale;  on 
soulève  les  muscles ,  et  on  les  rabat  en  haut  et  en  de¬ 
hors;  par  ces  deux  temps  la  lame.de  la.  vertèbre  est 
mise  à  nu  ;  on  voit  en  haut  de  l’espace  découvert  le  gan¬ 
glion  intervertébral  et  les  deux  racines  rachidiennes.  On 
isole  autant  qu’on' le  peut  le  ganglion,  en  respectant  les 
vaisseaux  et  les  sinus  rachidiensqui  l’entourent.  On  coupe 
les  deux  racines  simultanément  ou  séparément,  sui¬ 
vant  l’effet  que  l’on  veut  obtenir  ;  dans  ce  dernier  temps 
on  doit  éviter  de  couper  des  vaisseaux.  Cet  accident, 
souvent  difficile  à  éviter,  donne  lieu  à  des  hémorrhagies 
très  graves,  et  aussi  quelquefois  à  l’entrée  de  l’air  dans 
les  sinus  rachidiens. 

.  Ces  indications  étant  posées  ,  voyons  quels  sont  lés 
résultats  de  l’expérience. 

Supposons  d’abord  que  l’on  coupe  les  deux  racines  à 
la  fois:  l’antériêure,  avant  sa  réunion  à la.postériéurè; 
la  postérieure,  avant  le  ganglion,  c’est-à-diré  entre  ce¬ 
lui-ci  et  la  moelle  [fig.  39,  6). 

.  Après  cette  opération,  la  racine  antérieure  ne  s’altère 
pas  dans  le  bout  qui  tient  à  la  moelle.  Après  quelques 
jours, .lé  bout  central  de  la  racine  postérieure  présente'- 
aü  contraire  la  coloration  noirâtre  caractéristique  de  sa 


238 

UE 

i  PHOPRIÉT 

ÉS  ET 

DES  USAGES 

Passant 

ensu 

ite  à  l’exa 

Lmen  des  bouts  périphériques, 

on  voit  qi 

îe  les 

i  choses  s’ç 

j  passent  d’une  façon  inverse. 

Le  bout  périphérique  A'  d 

elar-a 

cine  antérieure  s’altère, 

en  effet,  tandis 

que  le  ht 

)ut  périphérique  de  la  racine 

postérieure  S', 

tenant  au 

gangli 

on  g,  ne  s’altère  pas. 

Cette  expérience  peut 

se  vai 

rier  en  arrachant  dé  la 

moelle  lai 

racim 

îpostérieu] 

r e{fig. 

5);  dans  ce  cas  le  bouts. 

tenant  em 

30reî 

tu  ganglioi 

a  g,  ne 

i  s’altère  pas.  Ce  résultat 

toutTîhe 

pas 

au  fond  d 

e  celui 

i  que  nous  avons  signalé 

°  Simah 

itenài 

nt  on  fait  : 

autren 

lent  l’opération,  et  que, 

coupant  e 

acore 

les  deux  i 

’acines 

i,  on  fasse  porter  lasec- 

tion  de  la 

racin 

le  postérie 

ure  su 

r  lin  point  situé  au  delà 

du  gauglic 

)n,ei 

ntre  ce  ganglion 

et  la  périphérie  (fig.  2), 

on  aura  d’ 

autre 

îs  phénom 

ènes  à 

observer. 

Après  ( 

îette 

double  sec 

dion,i 

on  a  quatre  bouts ,  deux 

centraux 

et  deux  périphériqu 

es.  On  trouvera  alors, 

inaltérés. 

sons» 

ingUon  g,  ains 

iîuela 

racine  antérieure  S',  sont  restés 

après  un  certain  temps,  qu’il  y  à  eu  conservation  du  bout 
central  de  la  racine  antérieure ,  avec  altération  de  son 
bout  périphérique,  comme  dans  l’expérience  précé¬ 
dente.  Mais  les  choses  se  passent  inversement  pour  la  ra¬ 
cine  postérieure  :  c’est  dans  ce  cas  le  bout  périphérique 
qui  s’altérera ,  tandis  que  le  bout  central  possédant  son 
ganglion  restera  intact.  Dans  la  racine  postérieure,  c’est 
donc,  non  pas  la  partie  qui  reste  attachée  à  la  moelle , 
mais  celle  qui  reste  attachée  au  ganglion  qui  se  conserve. 

La  conclusion  à  tirer  de  ces  deux  expériences  est  évi¬ 
demment  que  la  moelle  conserve  la  racine  antérieure,  et 
le  ganglion  la  racine  postérieure. 

Dn  troisième  fait  très  intéressant  vient  à  lîappui  dé 
ces  conclusions.  En  observant  les.  racines  de  la  deuxième 
paire  rachidienne,  et  les  suivant  vers  la  périphérie,  oh 
voit  que  du  nerf  mixte  sort  (fig.  1  et  6)  un  filet  S' sous- 
occipital  qui  est  sensitif,  tandis  que  le  nerf  qui  est  con¬ 
tigu  est  presque  exclusivement  moteur. 

En  coupant  la  racine  postérieure  avant  le  ganglion 
(fig.  1),  le  nerf  S' conservera  ses  propriétés.  Mais  si  l’on 
coupe  seulement  la  racine  antérieure,  l’action  motrice 
n’éxistera  plus,  et  le  bout  périphérique  A'  (fig. -6)  de 
cette  racine  se  désorganisera. 

Si  enfin  on  vient  à  pratiquer  la  double  section ,  en  là 
faisant  porter  au  delà  du  ganglion  de  la  racine  posté¬ 
rieure,  les  deux  nerfs  périphériques  sont  altérés  (fig  .2), 
et  les  deux  facultés  sensitive  et  motrice.sont  abolies. 

Cette  dernière  expérience  peut  encore  se  répéter  en 
coupant  le  nerf  mixte.  Alors  le  bout  périphérique 
■s’altère,  tandis  que  le  bout  central  reste  intact. 


Ces  nouvelles  observations  ne  font  que  confirmerons 
précédentes  conclusions. 

La  moelle  épinière  conserve  donc  les  nerfs  moteurs 
qui  sont  en  continuité  avec  «lie  ;  le  ganglion  interver¬ 
tébral  conserve  les  nerfs  sensitifs  qui  sont  en  continuité 
avec  lui. 

Dans  des  expériences  déjà  anciennes  (1842  et  1848), 
faites  à  un  autre  point  de  vue,  et  que  nous  rapporterons 
bientôt,  nous  avions  déjà  observé  que,  après  la  section 
des  racines  rachidiennes ,  le  bout  central  des  racines 
antérieures  est  ordinairement  muni  d’un  renflement, 
tandis  que  leur  bout  périphérique  n’en  présente  pas. 
C’est  l’inverse  pour  les  racines  postérieures. 

Lorsque  le  nerf  a  été  coupé  après  le  ganglion,  il  se 
forme  un  renflement  sur  le  bout  central  des  deux  ordres 
de  nerfs,  moteur  et  sensitif;  c’est  ce  qui  a  lieu  j  par 
exemple,  pour  les  extrémités  des  nerfs  chez  les  amputés. 
H  serait  intéressant  de  rechercher  si,  dans  les  bouts 
périphériques  d’un  nerf  sciatique  ou  facial  coupé,  il  se 
produit  des  renflements  par  les  anastomoses  venant  de 
la  périphérie^  ^  ^  ^  ^ 

a  coupé  une  racine  antérieure  en  laissant  la  postérieure 
intacte,  les  fibres  récurrentes  de  la  racine  postérieure 
ne  se  désorganisent  pas,  tandis  qu’une  désorganisation 
complète  répondrait  à  la  section  des  deux  racines  de  li 
paire  nerveuse. 

M.  Waller  a  formulé  autrement  ses  conclusions  en 
disant  que,  tandis  que  la  moelle  nourrit  les  fibres  mo¬ 
trices,  le  ganglion  préside  à  la  nutrition  des  fibres  sensi- 


DES  GANGLIONS  INTERVERTÉBRAUX.  2S1 

.tives.  L’ignorance  dans  laquelle  on  se  trouve  relative¬ 
ment  à  la  nutrition  des  nerfs,  rend  les  conclusions  de 
M.  Waller  difficilement  explicables  dans  les  termes  où  il 
les  a  présentées.  Mais  le  fait  observé  n’en  reste  pas  moins 
d’une  importance  capitale ,  quelle  qu’en  doive  être  plus 
tard  l’interprétation. 

M.  Waller  va  plus  loin  encore  dans  ses  déductions, 
auxquelles  il  donne  plus  de  généralité.  Considérant  que 
la  racine  antérieure  communique  dans  la  moelle  avec 
la  substance  cellulaire  grise,  il  regarde  cette  masse  grise 
comme  un  véritable  ganglion.  Chaque  racine  aurait 
donc;  un  ganglion  qui,  extérieur  à  la  moelle  pour  la  racine 
postérieure,  lui  serait  intérieur  pour  la  racine  antérieure. 
Dès  lorsM.  Waller  croit  pouvoir.conclure,  d’une  façon 
générale,  que  la  nutrition  de  la  fibre  nerveuse  est  dé¬ 
volue  à  la  cellule  ganglionnaire,  qu’elle  soit  intérieure 
ou  extérieure  à  la  moelle. 

Les  faits  annoncés  par  M.  Waller  sont  très  intéres¬ 
sants.  Nous  avons  répété  ici  ses  expériences,  et  avons  vu 
constamment  les  choses  se  passer  ainsi  que  nous  venons 
de  vous  le  dire.  Ces  expériences,  nous  les  reproduirons 
encore  devant  vous. 

Bien  que  le  fait  n’eût  encore  été  observé  que  sur  une 
paire  rachidienne,  il  était  infiniment  probable  qu’on  le 
rencontrerait  de  même  sur  toutes.  Toutefois,  en  présence 
d’un  résultat  de  cette  valeur,  on  ne  saurait  examiner 
avec  trop  de  soin  si  les  phénomènes  observés  ne  sont 
pas,  au  moins  en  partie,  la  conséquence  de  quelque 
influence  dont  on  aurait  négligé  de  tenir  compte. 

Déterminerait-on,  dans  la  section  audelà  du  ganglion, 


PROPRIÉTÉS 


242 

quelque  solution  de  continuité  vasculaire  nécessaire  il  la 
nutrition  de  la  partie  périphérique  du  nerf?  Lés  injec» 
tions  n’apprennent  rien  de  bien  positif  à  cet  égard. 
D’ailleurs,  l’altération  du  nerf  qui  s’étend  au  loin  dimi¬ 
nuerait  singulièrement  la  valeur  de  cette  appréhension. 

Les  expériences  de  M.  Waller  nous  paraissent  donc 
satisfaisantes  et  concluantes;  seulement,  dans- l’état 
actuel  de  nos  connaissances,  on  ne  voit  pas  ce  que.peut 
être  la  nutrition  d’un  élément  nerveux  par  un  autre 
élément  nerveux. 

Pour  faire  ces  expériences  et  les  varier  avec  plus  de 
facilité,  nous  avons  employé  un  procédé  qui  consiste  à  , 
couper,  avec  un  petit  instrument  spécial,  les  racines 
de  la  queue  de  cheval  chez  un  chien.  Dans  cette  opéra¬ 
tion,  on  pénètre  en  arrière  dans  l’espace  un  peu  plus 
large  qui  sépare  les  lames  de  la  dernière  vertèbre  lom¬ 
baire  de  la  première  vertèbre  sacrée,  et  l’on  petit  coiiper 
à  droite  et  à  gauche  une  ou  plusieurs  racines  dé  la 
queue  de  cheval.  On  laisse  vivre  l’animal  tant  qu’on 
veut  ;  il  n’en  résulte  aucune  inflammation  ;  à f  autopsié, 
on  vérifie  les  altérations  qui  se  sont  produites. 

Yoici  le  procédé  tel  que  nous  l’avons  mis  en  usagé: 

Sur  un  chien  de  taille  moyenne,  nous  avons  introduit 
notre  instrument  qui  nous  sert  à  couper  la  Cinquième 
paire  dans  le  crâne,  dans  un  espace  losangique  qui  existé 
entre  la  cinquième  vertèbre  lombaire  et  la  première 
pièce  du  sacrum  ;  on  pénètre  facilement  ainsi  dàds  lé 
canal  vertébral.  Une  fois  qu’on  y  est  parvenu,  on  incline 
successivement  l’instrument  à  droite  et  à  gauche,  afinde 
passer  entre  la  moelle  et  les  racines  de  la  queue  de  che- 


2 M  USAGES  ET  PROPRIÉTÉS 

renflés,  tandis  que  lés  bouts  centraux  qui  les  continuent 
au-dessus  sont  noirâtres ,  excessivement  grêles  et  atro¬ 
phiés.  11  n’est  pas  sans  intérêt  d’observer  que  l’animal 
avait  de  la  faiblesse  dans  le  membre  postérieur,  par  suite 
de  la  section  de  ces  deux  seules  racines  postérieures. 

Nous  avons  répété  une  deuxième  fois  l’expérience  de 
la  même  manière ,  et  elle  nous  a  donné  le  même  résul¬ 
tat;  seulement  la  moelle  avait  été  lésée,  et  l’atrophie  du 
bout  central  des  racines  postérieures,  qui  seules,  cette 
fois  encore,  étaient  atteintes,  se  montraient  moins  pro¬ 
noncés,  parce  que  l’opération  était  pratiquée  depuis 
moins  longtemps. 

Les  nerfs  sensitifs  se  distinguent  donc  parfaitement 
des  nerfs  moteurs  par  la  présence  du  ganglion, qui 
jouerait  dans  leur  nutrition  le  même  rôle  que  la  moelle 
dans  la  nutrition  des  nerfs  moteurs. 

Un  autre  caractère  différentiel  des  nerfs  moteur  et 
sensitif  peut  être  tiré  de  leur  distribution.  Vous  savez 
qu’en  effet  les.  nerfs  sensitifs  se  distribuent  aux  parties 
sensibles,  et  les  nerfs  moteurs  aux  organes  moteurs, 

Partout  où  delà  sensibilité  existe,  que  cette  sensibi¬ 
lité  soit  normale  ou  anormale,  elle  est  sous  la  dépen- 


DES  GANGLIONS  INTERVERTEBRAUX.  215 

dance  du  nerf  sensitif.  Ainsi  vous  savez  que,  physiolo¬ 
giquement,  les  tissus  fibreux  et  d’autres  sont  insensi¬ 
bles;  que,  sous  l’influence  d’un  état  inflammatoire,  ils 
peuvent  acquérir  une  sensibilité  très  vive.  Comment 
cette  sensibilité  se  transmet-elle  aux.  centres  nerveux? 
Y  a-t-il  eu  formation  de  nerfs  nouveaux  ou  transfor¬ 
mation  d’éléments  nerveux  préexistants?  Quoi  qu’il  en 
soit,  la  section  de  la  racine  postérieure  éteint  cette  sen¬ 
sibilité  normale  ou  anormale. 

Voici  ici  des  grenouilles  sur  lesquelles  on  a  coupé,  d’un 
côté,  les  racines  lombaires  postérieures.  Ces  animaux 
marchent,  sautent  et  nagent  en  faisant  usage  également 
bien  de  leurs  deux  pattes  postérieures;  le  mouvement 
est  donc  conservé.  Si.  cependant  nous  pinçons  successi- 
vèment  leurs  deux  pattes,  nous  voyons  qu’une  seule  est 
sensible,  parce  que  seule  elle  donne  lieu,  lorsqu’on  la 
pince,  à  des  mouvements  réflexes,  mouvements  aux¬ 
quels  peuvent  d’ailleurs  prendre  part  les  autres  mem¬ 
bres,  l’insensible  comme  ceux  qui  ont  conservé  leur 
sensibilité. 

que  nous  venons  de  pincer  et  qui  est  privé  de  sensibilité? 

Ses  mouvements  s’exécutent-ils  aussi  bien  qu’avant, 
alors  qu’ils  s’exercaient  sous  l’influence  de  la  volonté 
dans  un  membre  sensible?  C’est  une  question  qui  doit 
être  agitée  et  que  nous  traiterons  dans  la  prochaine 


QUATORZIÈME  LEÇON. 


Reprenons  maintenant  l’histoire  des  racines  sensitives. 

Je  n’insisterai  .pas  de  nouveau  sur  la  distinction  qui 
doit  être,  établie-'  entre  leurs  propriétés  et  leurs  fonc¬ 
tions.  Relativement  aux  premières,  je  me.  boffiéraii 
VOUS  rappeler  que  l’attouchement  des  racines  posté¬ 
rieures  détermine  une  douleur  vive;  elles  sonj  donp 
sensibles.  L’examen  étendu  auquel  nous  nous.-splUW 
livré  relativement  au  phénomène  de  la  sensibilité  récur¬ 
rente,  vous  a  prouvé  que  Ch.  Bell  s’était  tromjéen 
avançant ,  qu’ejles  étaient  seules  sensibles.  Magendie, 
montrant  que  les  racines  antérieures  étaient  sensibles 
aussi,,  et  faisant  voir  en  jnême  temps  que  ces  racines 
tienneut  leur  sensibilité  des  racines  postérieures,  a  pep 
mis  de  modifier  la  proposition  de  Ch.  Bell  de  façon  à 
la  mettre  d’accord  avec  les  faits.  Au  lieu  de  dire  que 
les  racines  postérieuresTsont  seules  sensibles,  nous  dirons 
donc  qu’elles  sont  seules  source  de  sensibilité. 


Leurs  fonctions  ont  été  mieux  connues  dès  que  l’ex¬ 
périmentation  a  été  appelée  à  en  Axer  la  nature.  11  n’est 
personne  qui  n’admette  aujourd’hui,  après  les  preuves 
qui  en  ont  été ..données*  qu’elles  président  à  la  sensibilité 
d’une  façon  absolue  et  exclusive.  L’expérimentation,  a 
montré  en  outre  que  la  sensibilité  était  indépendante 
déjà  motricité;  qu’une  même  partie  pouvait  avoir  perdu 
là  sensibilité  et  conservé  le;  mouvement ,  et  récipro- 

Voici  Une  grenouille  qui  nous  a  servi  à  vous  démon¬ 
trer  ce  fait  dans  la  dernière  leçon.  Nous  voyons  encore 
aujourd’hui ,  en  pinçant  alternativement  ses  membres 
postérieurs,  que  le  phénomène  est  resté  tel  que  vous 
l’avez  vu. 

Le  mouvement  paraît  donc  indépendant  de  la  sensi¬ 
bilité  ,  et  un  membre  insensible  peut  encore  se  mouvoir. 

Mais  jusqu’où  va  cette  indépendance? Le  mouvement 
d’une  partie  privée  de  sensibilité  peut-il  s’effectuer  aussi 
bien  qu’auparavant?  Cette  question,  qui  semble  être 
résolue  par  l’affirmative ,  en  ne  considérant  que  le  Cas 
que  nous  vous  présentons- ici  ,  a  besoin  d’être  examinée 
de  nouveau. 

Nous  allons  voir  que  la  perte  de  la  sensibilité  amène, 
dans  les  manifestations  motrices,  des  troubles  sur  les¬ 
quels  les  physiologistes  n’ont  pas  fixé  leur  attention,  et 
qui  cependant  offrent  une  grande  importance. 

Jusqu’ici  nous  n’avo'ns  envisagé  le  mouvement  que 
comme  le  résultat  de  deux  actions  distinctes  :  la  con- 
tractilité  musculaire,  ou  la  faculté  de  contraction  inhé¬ 
rente  au  tissu  musculaire,  etl'incitation  nerveuse  motrice 


qui  met  en  jeu  cette  propriété.  Or,  ces  actions  ne  sont 
pas  les  seules  qui  prennent  part  aux  phénomènes  du 
mouvement.  Nous  avons  vu  que  les  muscles  recevaient, 
outre  les  filets  moteurs ,  des  filets  sensitifs.  Par  là  existe 
dans  ces  organes  une  sensibilité  particulière  à  laquelle 
on  a  donné  le  nom  de  sens  musculaire,  sensibilité  qui, 
permettant  d’apprécier  jusqu’à  un  certain  point  l’énergie 
des  actions  musculaires,  la  portée  d’un  effort  donné, 
serait  nécessaire  pour  assurer  aux  mouvements  d’en¬ 
semble  la  coordination  qui  leur  est  indispensable. 

Si,  chez  une  grenouille  dont  une  des  pattes  posté¬ 
rieures  est  insensible  ,  nous  tirons  en  arrière  les  deus 
pattes  postérieures,  l’une  des  deux,  celle  qui  a  perdull 
sensibilité ,  restera  étendue  ;  l’animal  ne  la  ramène 
pas  volontairement  contre  le  bassin.  S’il  fait  un  mouve¬ 
ment  qui  doive  la  ramener,  le  mouvement  semble  com¬ 
mencer  par  l’autre  patte,  qui  a  conservé  la  sensibilité. 
Si  les  deux  pattes  postérieures  étaient  insensibles, le 
mouvements  auxquels  elles  se  livreraient  prendraient 
encore  leur  point  de  départ  dans  les  mouvements  d’une 
partie  restée  sensible,  dans  les  mouvements  des  membres 
antérieurs,  par  exemple.  Il  semble  que  les  mouvements 
d’un  membre  privé  de  sensibilité  soient  déterminés, 
entraînés  par  ceux  du  membre  opposé,  il  srè'ffl 

Voici  une  autre  grenouille  chez  laquelle  les  racines 
postérieures  lombaires  ont  été  coupées  des  deux  côtés. 
Vous  la  voyez  encore  mouvoir  ses  membres  quand  ôl 
pince  une  partie  restée  sensible.  Mais  ces  mouvements 
sont  bien  moius  nets,  moins  précis  que  quand  la  sensi- 


249 


convulsivement,  Nous  plaçons  maintenant  cette  gre¬ 
nouille  sur  un  plan,  les  pattes  étendues,  dans  une  position 
qiii'ne leur  est  pas  ordinaire:  l’animal  ne  fait  aucun 
mouvement  pour  les  ramener  à  la  flexion. 

Le  fait  qui  a  appelé  mon  attention  sur  cette  influence 
qu’exerce  la  sensibilité  d’une  partie  sur  les  mouvements 
dont  elle  est  le  siège ,  mérite  d’être  indiqué.  Il  fournit 
d’ailleurs  une  preuve  expérimentale  assez  satisfaisante 
de  l’importance  du  rôle  de  la  sensibilité  dans  les  mou- 

Lorsque  je  tenais  par  le  tronc  entre  deux  doigts  les 
grenouilles  sur  lesquelles  je  voulais  expérimenter,  ces 
animaux  faisaient,  pour  se  débarrasser  de  l’étreinte 
qu’ils  subissaient,  des  efforts  dans  lesquels  les  pattes  pos¬ 
térieures  pendantes  se  soulevaient  pour  venir  s’arc-bouter 
contre  les  doigts  et  pour  les  repousser.  Or,  chez  les  gre¬ 
nouilles  que  la  section  des  racines  lombaires  postérieures 
d’un  côté  avait  rendues  partiellement  insensibles ,  une 
patte  seulement  se  relevait  pour  écarter  mes  doigts  : 
c’était  la  patte  qui  avait  conservé  sa  sensibilité  ;  l’àutre 
s’agitait  comme  sans  but.  Voici  de  quelle  manière  Ces 
expériences  nous  ont  fourni  leurs  résultats. 

Êxp.  —  Sur  une  grosse  grenouille  on  a  découvert 
avec  soin  la  moelle  épinière,  et  on  a  coupé  les  racines 
rachidiennes  postérieures  du  côté  droit. 

Lorsqu’on  touche  très  légèrement  les  cordons  posté¬ 
rieurs  de  la  moelle  épinière  mis  à  nu,  l’animal  éprouve 
une  espèce  de  contraction  subite,  de  soubresaut  dans 
les  membres  postérieurs  correspondants. 

L’ouverture fdü  rachis  a  été  faite,  du  reste,  très 


convenablement  et  sans  aucune  contusion  de  la  moelle. 

Trois  racines  postérieures  ont  été  clairement  divisées 
(il  en  reste  peut-être  encore  une,  la  pjus  élevée).  Ans- 
sitôt  après  le  membre  a  perdu  sa  sensibilité,  ef  il  rqie 
flasque  et  éfendu  quand  la  grenouille  est  suspendue, 
par  exemple;  mais  il  a  pourtant  conservé  sa  mobilité. 
Si  l’on  remet  la  grenouille  en  liberté,  plis  saute  et  nage 
en  apparence  aussi  bien  avec  ses  deux  membres  posté¬ 
rieurs.  Là  patte  droite,  quoique  tout  à.  fait  insensible, 
ne  paraît  avoir  rien  perdu  de  l’agilité  de  ses;  mouve¬ 
ments.  Lorsqu’on  saisit  la  grenouille  par  la  tête ,  et 
qu’on  la  maintient  suspendue,  elle  cherche  à  accrocher 
avec  ses  pattes  postérieures  les  doigts  qiû;la  tiennent  et 
cherche  à  s’en  débarrasser.  Mais  ce  qui  est  remar¬ 
quable,  c’est  qu’ellft  u'atteint  les  doigts  qu’avec  le  mem¬ 
bre  postérieur,  qui  possède  ses  racines  de  sentiment, 
bien  que  l’autre  membre  se  meuve  et  s’agite,  mais  sans 
but  aussi  bien  déterminé. 

Sur  cette  même  grenouille  on  divise  les  racipes  posr 
térieures  de  l’autre  côté ,  du  côté  gauche,  Aussitôt  la 
faculté  motrice  se  montre,  beaucoup  plus  affaiblie  dans 
les  deux  membres  postérieurs.  Il  semble  ne  pins  y  avoir 
d'harmonie  dans,  leurs  mouvements.  Dans  l’eau,  les 
mouvements  de  natation  sont  irréguliers  ;  à  terre,  l’ani¬ 
mal  rampe  en  quelque  sorte  ,  avec  les  membres  posté¬ 
rieurs  et  saute  difficilement. 

Quand  on  pince  les. membres  antérieurs, l’animal 
exécute,  pour  fuir,  des  mouvements  auxquels  prennent 
part  les  membres  postérieurs. 

Eaop.  — Sur  une  autre  grenouille  on  a  ouvert  le  rachis 


MOUVEMENT. 


dans  toute  son  étendue,  puis  on  a  coupé  les  racines 
postérieures  des  quatre  membres.  Dans  l’eau,  l'animal 
reste  immobile  et  ne  se  meut  pas  spontanément.  Quand 
on  l’excite  en  piquant  la  tête  qui  est  restée  sensible, 
l’animal  fait  des  mouvements  désordonnés  de  ses  quatre 
membres;  mais  ces  mouvements  ne  sont  pas  en  harmonie 
les  uns  avec  les  autres  pour  déterminer  un  mouvement 
commun,  celui  de  natation  par  exemple.  . 

Exp.-^-S ur  une  autre  grenouille  on  fait  la  section  des 
racines  postérieures  des  deux  membres  pelviens.  L’ani¬ 
mal  étant  placé  dans  l’eau,  les  deux  membres  postérieurs 
sont  pendants  et  peu  mobiles.  Quand  on  saisit  la  gre¬ 
nouille  derrière  les  membres  antérieurs ,  elle  ne  fait  pas 
de  mouvements  pour  se  débarrasser  des  doigts  qui  la 


Celte  section  des  racines  sensitives,  qni  influe  sur  .les 
mouvements  chez  les  grenouilles,  ne  paraît  pas  tenir  à 
l’insensibilité  de  la  peau;  elle  semblerait  plutôt  dé¬ 
pendre  de  l’insensibilité  des  muscles*  . 

Exp.  —  Sur  une  grosse  grenouille  bien  vivace  on  a 
écorché  les  quatre  membres,  en  laissant  le  tronc  revêtu  de 
sa  peau.  L’animal,  remis  dans  l’eau,  n’avait  rien  perdu  de 
l’agilité  de  ses  mouvements;  il  nageait  comme,  à  l’ordi¬ 
naire.  Mais  bientôt  aprèsson  immersion  dans  l’eau ,  qui 
était  très  légèrement  tiède  ,  les  muscles  de  la  grenouille 
se  sontinfiltrés  ;  les  vaisseaux  sanguins, s’étaient  remplis 
d’eau  et  contenaient  même,  quelques  bulles  de  gaz.  Alors 


252  INFLUENCE  DD  SENTIMENT 

Nous  savons  que  la  contractilité  appartient  au  muscle, 
que  la  contraction  est  déterminée  par  l’influence  des 
nerfs  moteurs  ;  mais  cette  sorte  de  ton  musculaire  en  vertu 
duquel  un  muscle  en  repos  n’est  pas  un  muscle  relâché, 
paraîtrait  appartenir  à  l’action  des  racines  postérieures! 
Lorsque  la  sensibilité  a  disparu ,  les  mouvements  sont 
mal  coordonnés  :  il  semble  que  l’animal  n’ait  plus  con¬ 
science  de  ce  qui  se  passe  dans  ses  muscles. 

J’ai  Voulu  savoir  si  l’on  pouvait,  en  détruisant  la  sen¬ 
sibilité,  soustraire  à  l’influence  delà  volonté  certains 
mouvements  musculaires. 

Nous  venons  de  voir  déjà  chez  les  grenouilles  qu’én 
détruisant  la  sensibilité  dans  un  membre  postérieur,  et 
surtout  dans  les  deux,  les  mouvements  en  reçoivent  une 
influence  manifeste.  Il  était  intéressant  dès  lois  de  voir 
si,  en  ne  laissant  qu’un  membre  à  l’animal ,  il  pourrait 
encore  le  mouvoir  volontairement. 

Nous  allons  ici  vous  rendre  témoins  d’expériences  que 
nous  avons  déjà  faites  hier  dans  le  but  d’élucider  cette 
question. 

Bæp.  —  Voici  deux  grenouilles  auxquelles,  par  la 
section  des  nerfs  des  membres  antérieurs  et  d’un  membre 
postérieur,  nous  avons,  dans  ces  trois  membres,  détruit 
à  la  fois  le  mouvement  et  le  sentiment.  Chez  l’une 
d’elles,  nous  laissons  intact  le  membre  postérieur  res¬ 
tant;  chez  l’autre,  nous  privons  ce  membre  du  sen¬ 
timent  par  la  section  des  racines  postérieures  qui  s’y 
rendent. 

Or,  vous  pouvez  voir  que  les  mouvements  des  deux 
pattes  postérieures,  qui  sont  restées  capables  de.se  mou- 


253 


voir,  ne  sont  pas  comparables.  Celle  qui  a  conservé  à  la 
fois  la  sensibilité  et  le  mouvement  exécute  des  mou¬ 
vements  bien  déterminés,  tandis  que  chez  la  seconde 
grenouille,  dont  la  patte  a  perdu  le  sentiment,  nous  ne 
trouvons  que  des  mouvements  vagues  et  non  coor¬ 
donnés. 

Sous  plaçons  sur  le  dos  et  dans  l’eau  les  deux  gre¬ 
nouilles.  La  dernière  y  reste  dans  un  repos  complet; 
l’autre  fait,  avec  la  patte  qui  lui  reste,  des  mouvements 
volontaires  dans  lé  but  évident  de  se  retourner.  A  me¬ 
sure  donc  qu’on  détruit  la  sensibilité ,  il  semble  qu’on 
enlève  le  mouvement  volontaire. 

Les  observations  pathologiques  pourraient,  s’il  était 
plus  facile  d’en  saisir  les  conditions,  nous  fournir  des 
éléments  pour  la  solution  de  cette  question.  Elles  nous 
permettraient  d’arriver  à  savoir  si,  pour  déterminer  des 
mouvements  volontaires,  la  volonté,  a  ou  n’a  pas  besoin 
de  l’auxiliaire  des  nerfs  sensitifs.  Mais  il  faut  renoncera 
faire  usage  des  observations  qu’on  n’a  pas  recueillies 
dans  un  but  spécial.  On  cite,  par  exemple,  des  malades 
qui  mouvaient  volontairement  des  membres  insensibles, 
fl  est  bien  difficile  de  savoir  ce  qu’on  doit  penser  de  cette 
insensibilité  qui  peut  fort  bien  n’intéresser  que  la  peau, 
et  ne  pas  exister  dans  les  parties  musculaires  profondes  ; 
cela  a  souvent  lieu  chez  les  hystériques  par  exemple. 
Dans  ces  cas,  la  perte  de  sensibilité  n’est  donc  pas  ab¬ 
solue  ;  quelquefois  même  elle  n’est  que  passagère.  J’en  ai 
vu  un  exemple  chez  une  femme  affectée  de  paralysie 
hystérique.  Chez  cette  malade  une  application  de  sang¬ 
sues  éveilla  une  sensibilité  très  vive  dans  une  partie  in¬ 
sensible  la  veille. 


En  coupant  les  rameaux  cutanés  d’un  membre,  chez 
tm  animal ,  on  peut  rendre  la  peau  parfaitement  insen¬ 
sible  ,  quoique  l'animai  marche  alors  fort  bien,  proba¬ 
blement  parce  que  la  sensibilité  musculaire  est  dfliisefféa 
Mais  quand  chez  l’homme  la  paralysie  est  profonde  êt 
atteint  les  rameaux  sensitifs  des  muscles ,  les  malades  ne 
semblent  pouvoir  faire  agir  leurs  membres  qu’avec  diffi¬ 
culté  et  en  regardant  ces  membres  pour  en  diriger  les 
mouvements. 

'  Lorsque 'sur  les  animaux  ,  au  lieu  de  couper  les  ra¬ 
meaux  cutanés,  on  opèïè'la  section  dés  racines  po# 
rieures,  il  n’en  est  plus  de  même  :  les  mouvements  oui 
beaucoup  perdu  de  leur  assurance ,  comme  on  peut  le 

qui  nous  montreront  en  outré  quelles  sont  les'altératicns 
dé  nutrition  que  lâ  soustraction  des  racines  postérieurs 
peut  amener  dans  les  membres. 

Ecop.  ^  Sur  un  épervier'  on  fit  la  section  des  filets 
cutanés  de  lâ  serre.  La  section  fut  laite  en  haut  et  ei 
dehors  du  métatarse  ;  là,  le  nerf  se  trouve  logé  entre  le 
tendon  des  muscles  et  l’artère  qui  se  trouve  aü-dessoœ. 
En  soulevant  le  nerf  avec  un  petit  crochet,  on  en  Si  la 
section  et  on  évita  de  blesser  l’artère. 

Avant  l’opération,  l’animal  avait  naturellement  les 
deux  serres,  sensibles  et  les  retirait  ldrsqu’on  lés  pfndaft. 
Aussitôt  après  l’opération,  il  y  eut  insensibilité  complète 
des  griffes  et  de  toutes  les  parties  situées  au-dessous  de 
la  section  du  nerf.  Cependant  l’animal  saisissait  énergi¬ 
quement  les  objets  avec  les  serres  de  cette  patte,  et  il  se 
tenait  également  bien  avec  les  deux  pattes  sur  le  barreau 


Süa  LE  MOUVEMENT. 


255 


de  sa-cage.  Quand  on  pinçait  la  patte  opérée  sans  qu’il 
le  vit,  il  ne  faisait  aucun  mouvement. 

isasp;  —  Sur  uni  chien  chez  lequel  j’avais  coupé  les 
nerfs  cutanés  qui  Sê  rendent  aux  quatre  pattes,  on  pour¬ 
rait  voir  les  mouvements  de.  la  marche  s’exécuter  par¬ 
faitement, les  muscles  n’avaient  pas  perdu  leur  sensibi-' 
lité;  comme  dans  lé  cas  qui  suit.  - 
Eaip.  (23  août  18i2.)  —  Sur  un  jeune  chien  âgé  d’un 
mois  et  demi,  on  ouvrit  le  rachis  largement  dans  là  région 
lombaire  ;  puis  après  l’animal  fut  délié  et  mis  en  liberté  ; 
il  marchait,  se  tenait  bien  sur  son  train  postérieur,  qui 
paraissait  seulement:  tin  peu  plus  faible  depuis  l’opéra¬ 
tion.  tes  deux  membres  postérieurs  sé  mouvaient  éga¬ 
lement.  On  coupa  du -côté  droit  les  racines  postérieures 
qui  se  rendaient  au  membre;  après  quoi  celui-ci  devint 
insensible.  On  délia  de  nouveau  l’animal,  et  on  reconnut 
que  lés  mouvements  étaient  restés  les  mèmès  qu’avant 
dans  là  patte  gauche,  qui  avait  conservé  sa  Sensibilité, 
tandis  que  la  patte  droite  insensible  était  devenue  traî¬ 
nante.  Elle  n’étâit  plus  agitée  que  par  dès  mouvements 
incertains  et  sans  but.  Lorsque  l’animal  était  arrêté  ét 
qu’il  se  soutenait  sur  sés  membres,  la  patte  droite  ne 
touchait  pas  à  tèrTe  ;  elle  était  rélèvéë  'èt  Un  peu  fléchie. 
Lorsque  l’animàl  courait,  le  membre  droit,  ne  pouvant 
plus  suivre  dans  Ses  mouvements  cëlüi  du  côté  gauche , 
restait  traînant 'après  lui.  Lorsque  l'animal  faisait  des 
mouvements  moins  rapides,  la  patte  droite  suivait  mieux 
les  mouvements  du  membre  gauche.  . 

L’animal  mourut  le  huitième  jour.  Dans  les  derniers 
temps,  le  membre  insensible  était  devenu  complètement 


256  INFLUENCE  DU  SENTIMENT 

immobile,  tandis  qu’à  gauche,  dans  la  patte  saine,  le 
mouvement  et  la  sensibilité  avaient  persisté. 

A  l’autopsie,  on  vit  que  toutes  les  racines  postérieures 
qui  se  rendent  au  membre  droit  étaient  bien  coupées. 
Seulement  les  deux  premières  racines  lombaires  ante¬ 
rieures  avaient  été  lésées  dans  l’opération.  Il  faut  toute¬ 
fois  remarquer  que  ces  racines  entrent  pour  une  très 
faible  part  dans  la  formation  du  plexus  qui  fournit  les 
nerfs  au  membre  ;  de  sorte  que  cette  lésion  n’aurait  pas 
pu  expliquer  les  troubles  si  considérables  des  mouve¬ 
ments.  A  l’autopsie,  on  rechercha  avec  soin  si  dans  le 
membre  il  n’y  avait,  pas  eu  des  altérations  de  nutrition, 
et  on  n’y  reconnut  rien  d’appréciable,  ce  qui  montre 
qu’au  bout  de  trois  jours  il  n’était  pas  survenu  de  lésion 
de  nutrition  à  la  suite  de  la  section  des  racines  posté¬ 
rieures  pratiquée  entre  le  ganglion  et  la  moelle. 

Sur  un  autre  chien,  deux  ou  trois  racines  lombaires 
postérieures  étant  coupées,  l’animal  tenait  aussi  la  patte 
dans  un  état  de  rétraction. 

Exp.  (28  août  1842.)—  Sur  une  grosse  grenouille 
on  coupa  à  droite  les  racines  lombaires  postérieures. 
Après  l’opération,  le  membre  se  mouvait  parfaitement, 
quoiqu’il  eût  perdu  entièrement  sa  sensibilité.  La  plaie 
du  dos  fut  recousue,  et  l’animal,  placé  dans  un  vase, 
s’échappa  dans  le  laboratoire,  et  resta  perdu  jusqu’au 
15  octobre  1842.  On  retrouva  alors  la  grenouille  dansai 
coin,  sous  une  pierre,  la  plaie  du  dos  étant  parfaitement 
cicatrisée.  L’animal  était  bien  portant  ;  seulement  la  patte 
postérieure  droite,  insensible,  était  considérablement 
œdématiée.  Il  semblait  qu’ici  la  destruction  des  racines 


postérieures  eût  amené  une  lésion  de  nutrition  consé¬ 
cutive.  11  faut  ajouter  cependant  que  la  grenouille  ayant 
été  remise  dans  l’eau,  au  bout  de  quelques  jours, 
l’osdème  du  membre  droit  avait  complètement  disparu. 

Exp.  (5  septembre  1842).  —  Sur  un  jeune  chien 
de  un  mois  et  demi  on  ouvrit  largement  le  canal  verté¬ 
bral  dans  la  région  lombaire,  après  quoi  l’on  remit  l’ani¬ 
mal  en  liberté.  Les  mouvements  du  train  postérieur 
étaient  presque  aussi  libres  qu’avant.  Us  étaient  égale¬ 
ment  conservés  dans  le  membre  droit  et  le  membre 

On  coupa  alors  les  racines  postérieures  des  six  der¬ 
nières  paires  lombaires  et  des  paires  sacrées.  Après 
cela,  l’animal  remis  en  liberté  se  soutenait  encore  assez 
bien  sur  sa  patte;  mais,  en  pinçant  celle-ci,  on  remarqua 
qu’elle  avait  conservé  encore  beaucoup  de  sensibilité 
dans  différents  points,  ce  qui  tenait,  comme  on  le  vit, 
à  ce  que  la  racine  postérieure  de  la  dernière  paire 
lombaire  n’avait  pas  été  coupée.  Alors  on  divisa  cette 
racine  et  aussitôt  la  sensibilité  disparut  complètement  du 
membre;  mais  on  remarqua  que  les  mouvements  furent 
aussitôt  considérablement  troublés.  Si  l’animal  voulait  se 
tenir  sur  sa  patte ,  il  tombait  et  la  jambe  fléchissait. 
Lorsque  l’animal  marchait  plus  vite,  il  ne  marchait 
réellement  que  sur  trois  pattes ,  et  ne  sè  servait  pas  du 
membre  postérieur  droit. 

La  section  de  la  dernière-racine  postérieure  lombaire, 
en  faisant  disparaître  toute  la  sensibilité  qui  persistait 
dans  le  membre,  a  donc  suffi  pour  amener  immédiate¬ 
ment  un  grand  trouble  dans  les  mouvements. 


découvert,  a  pu  être  faite  sans  ajouter  aucune  eompii- 
cation  nouvelle  à  l’opération ,  soit  du  côté  de  la  moelle 
épinière,  soit  du  côté  des  racines  antérieures,  de  sorte 
que  ce  résultat  est  aussi  concluant  que  possible,  et 
prouve  que  tant  qu’il  reste  un  peu  de  sensibilité,  les 
mouvements  conservent  une  certaine  régularité  qu’ils 
perdent  à  l’instant  même  où  cette  sensibilité  est  enlevée. 

Une  demi-heure  après  cette  opération,  la  patte  droite 
était  toujours  à  peu  près  inerte,  et  quand  ranimalmar- 
chait  il  la  traînait  flasque  après  lui.  :  J 

Le  quatrième  jour  de  l’opération ,  l’animal  se  portait 
bien,  il  mangea  bien.  Le  membre  postérieur  droit  était 
toujours  complètement  .insensible  et  toujours  ,  privé  de 
mouvement  volontaire.  L’animal  ne  pouvait  se  servir  de 
son  membre  pour  se  soutenir.  Cependant,  Iprsquejs 
cbien  étant  couché  faisait  des  efforts  pour  se  lever,  il  j 
avait  des  mouvements  en  même  temps  dans  les  dp? 
membres. 

Le  sixième  jour  de  l’expérience,  l’animal ■  mort 
épuisé  par  la  suppuration.  Les  membres  postérieurs 
étaient  toujours  restés  dans  le  même  état,- savoir: 
membre  droit  insensible  et  privé  dè  mouvement,  volon¬ 
taire,  il  y  avait  parfois  des  mouvements  désordonnés  et 
sans  but  déterminé.  Au  repos,  ce  membre  .droit  restait 
toujours  dans  l’extension  ;  le  membre  gauche  jouissait 
toujours  ije  toute  sq  sensibilité  pt  de  tous  ses  mouvements. 

Lorsque  l’animal,  était  mourant  et  étendu  presque 


gauche,  la  veine  contenait  ,  du  sang  noir  et  l'artère  dp 
sang  rouge.  On  apercevait  les  battements  artériels  du 
côté  gauche,  tandis  qu’4  droite  on  ne  put  pas  les  perce-r 
voir.  En  était-il  de  même  quand  l’animal  était  bien 
vivant?  C’est  ce  qu’on  ne  pouvait  savoir. 

L’animal  fut  laissé  pour  mort,  ne  faisant  que  de  loin  en 
loin  quelques  mouvements  respiratoires.  Mais  une  heure 
après,  les  mouvements  respiratoires  étaient  devenus 
beaucoup  plus  fréquents;  on  examina  de  nouveau  les 
vaisseaux  cruraux ,  et  on  compta  sur  l’artère  gauche 
26  pulsations  à  la  minute,  tandis  qu’on  n’en  percevait 
pas  à  droite, 

A  l’autopsie  de  la  moelle,  on  constata  que  la  plaie 
était  en  voie  de  cicatrisation,  que  les  bouts  périphéri¬ 
ques  des  racines  postérieures  coupées  étaient  légèrement 
renflées;  qu’il  n’y  avait  pas  dans  le  membre  postérieur 
droit  d’altération  de  nutrition  appréciable,  que  toutes 
les  racines  postérieures  qui  vont  à  ce  membre  étaient 
coupées,  et  qu’aucune  des  racines  antérieures  n’avait 
subi  la  moindre  atteinte. 

Exp.  (9  septembre  1842).  —  Sur  un  jeune  chien, 
onopéra  à  droite  la  section  des  racines  postérieures  Ipm^ 
flaires  et  celle  des  deux  premières  sacrées.  On  enleva 
d’abord  trois  racines  postérieures  ainsi  que  leurs  gan¬ 
glions.  Ensuite,  un  ganglion  n’ayant  pu  être  enlevé,  fut 
contus  et  mâché;  enfin,  la, première  paire  sacrée  fut 
complètement  enlevée,  racines  antérieure  et  postérieure. > 

Aussitôt  après  cette  expérience,  le  membre  posté¬ 
rieur  droit  était  devenu  insensible ,  mais,  l’animal  ne 
pouvait  plus  se  soutenir  sur  c,e  membre  qui  était  main- 


tenant  dans  un  état  de  demi-flexion.  Cependant  il  j 
survenait  des  mouvements  d’apparence  involontaires, 
toutes  les  fois  que  l’animal  se  mouvait.  '  .  ■ 

Après  l’ouverture  du  canal  vertébral ,  on  avait  con¬ 
staté  que  les  deux  membres  étaient  restés  dans  leur  état 
physiologique,  en  ce  sens  que  l’animal  marchait  et sè 
portait  sur  son  train  postérieur  d’une  manière  à  pei 
près  normale.  Après  la  section  des  racines,  postérieures 
du  membre  droit,  celui-ci  présenta  l’affaiblissement 
de  ses  mouvements  précédemment  indiqué,  tandis  que 
là  section  dé  ces  racines  n’a  pas  eu  d’influence  sur  ïé 
membre  gauche  qui  est  resté  dans  l’état  où  il  était  avant. 

Le  11  septembre,  deux  jours  après,  l’animâl  était 
mort.  A  l’autopsie,  on  ne  trouva  pas  d’altération  de 
nutrition  dans  la  patte  droite.  Les  artères  dans  cette 
patte,  comme  dans  célle  du  côté  opposé,  eontènaèmtdu 
sang  rouge,  et  les  veines  du  sang  noir.  Il  n’y  avait  aucun 
oedème  dans  le  membre,  de  sorte  que  l’ablation  dès 
ganglions  intervertébraux  qui  avait  été  faite ne  parais¬ 
sait  pas  avoir ,  dans  les  circonstances  indiquées ,  rien 
changé  aux  phénomènes  de  nutrition. 

Eæp.  (10  octobre  1842).  —  Sur  un  jeune  chien 
de  deux  mois,  oh  coupa  les  racines  lombaires  rachi- 

Aprés  avoir  ouvert  le  canal  vertébral ,  èt  lorsque  la 
moelle  était  à  découvert,  on  délia  l’animal  et  on  s’as¬ 
sura  qu’il  marchait,  courait,  que  rien  n’était  sensible- 


Après  la  section  des  racines  postérieures,  la  faiblesse 
était  très  grande  dans  les  mouvements  de  la  patte  pos¬ 
térieure  gauche  ;  l’animal  ne  pouvait  plus  s’appuyer  sur 
?on  autre  patte.  Ôn  rechercha  alors  l?état  de  Insensibilité 
du  membre  postérieur  gauche  et  on  remarqua  qu’il 
existait  encore  un  reste  de  sensibilité  qui  portait  l’ani¬ 
mal  à  retirer  la  patte  quand  on  la  pinçait.  On  vérifia 
alors  si  toutes  les  racines  postérieures  étaient  bien  cou¬ 
pées,  et  on  vit  que  la  racine  postérieure  de  la  seconde 
pairç  sacrée  avait, été  oubliée  et  que,  chez  le  Chien,  la 
racine  postérieure  de  la  septième  lombaire  se  divisait, 
comme  cela  arrive  quelquefois ,  èn  deux  portions  dont 
une  seule  avait  été  coupée.  - 

Après  avoir  coupé  ces  deux  racines  de  sentiment,  on 
remit  l’animal  en  liberté.  Alors,  le.  membre  complète¬ 
ment' privé  de  sensibilité,  présenta  une  faiblesse  extrême. 
L’animal,  non-seulement  ne  pouvait  s’appuyer  sur  lui , 
mais  quand  il  courait,  il  le  traînait  après  lui  comme 
si  c’était  un  membre  inerte.  Cependant  il  existait,  encore 
quelques  mouvements  dans  ce  membre ,  mais  d’appa¬ 
rence  involontaires  et  sans  coordination. 

Le  membre  postérieur  droit  avait  conservé  toute  sa 
sensibilité,  et  toute  sa  motilité. 

Exp.  (29  août  1848).  —  Sur  un  jeune  chien, de  deux 
mois,  on  ouvrit  le  canal  rachidien .  dans  la  région  lom¬ 
baire  du  côté  droit,  et  on  coupa  de  ce  côté  les  racines 
postérieures,  après  quoi  la  sensibilité,  avait  disparu  danr 


tous  le  membre  exepté  peut-être  dans  la  dernière  grifie. 

Les  mouvements  étaient  à  peu  près  abolis  du  côté 
droit,  tandis  qu’à  gauche  la  patte  avait  conservé  toute  sa 
sensibilité  et  toute  sa  motilité. 

-  Alors  on  fit  à  gauche  la  section  de  deux  racines  an¬ 
térieures,  en  respectant  les  racines  postérieures.  On 
trouva  après  cela  que  les  mouvements  étaient  affaiblis 
dans  ce  membre  où  ils  paraissaient  même  plus  faibles 
que  du  côté  droit  ,  mais  la  sensibilité  était  restée  intacte, 
de  sorte  que  l’on  pouvait  voir,  dans  cette  double  expé^ 
riettce,  qu’il  y  avait  eu  une  influence  exercée  par  te 
racines  postérieures  sur  le  mouvement,  tandis  que  là 
section  des  racines  antérieures  n’avait  aucune  influence 
sur  la  Sensibilité. 

Le  lendemain ,  la  jambe  droite  était  étendue  sans 
mouvement  et  ne  pouvait  se  fléchir  ;  la  sensibilité  per¬ 
sistait  toujours  dans  la  dernière  griffe.  La  jambe  gauche 
était  flasque  et  restait  dans  la  demi-flexion;  elle  possé¬ 
dait  encore  un  certain  nombre  de  mouvements.  Lorsque 
l’animal  faisait  des  efforts  pour  se  soulever,  c’est  dans 
la  patte  gâuché  que  se  remarquaient  lés  mouvements 
volontaires,  insuffisants  toutefois  pour  lui  permettre  de 

Le  6  septembre,  huitième  jour  de  l’opération ,  l’ani¬ 
mal  mourut,  épuisé  sans  doute  par  la  suppuration.  Pen¬ 
dant  cet  intervalle  rien  de  nouveau  n’avait  été  remarqué 
dans  les  mouvements  du  membre  postérieur.  Oit  fit 
avec  soin  l’autopsie.  Les  organes  abdominaux  thoraci¬ 
ques  ainsi  que  le  cerveau  n’offraient  aucune  lésion;  on 
trouva  une  grande  quantité  de  lombrics  dans  l’intestin. 


MOUVEMENT. 


263 

En  examinant  la  moelle,  on  trouva  que  la  plaie  avait  un 
bon  aspect  et  que  la  cicatrisation  était  déjà  très  avancée. 

B  n’y  avait  aucune  trace  d’inflammation  de  là  moellè  ; 
sà  substance  n’était  pas  ramollie.  La  surface  de  la  dure- 
mère  était  recouverte  du  Côté  droit  par  une  Couche 
pseudo-membraneuse  ët  avait  déjà  contracté  des  adhé¬ 
rences  avec  la  portion  correspondante  du  canal  verté¬ 
bral.  A  la  partie  inférieure  seulement  de  la  région  lom¬ 
baire,  la  dure-mère  était  ramollie  et  se  déchirait  quand 
on  la  pinçait;  elle  était  comme  gangrenée  dans  un  point 
qui  montrait  une  ouverture  ayant  donné  issue  à  un  peu 
de  liquide  céphalo-rachidien. 

Toutes  les  racines  postérieures  lombaires  étaient  Cou¬ 
pées,  ainsi  que  la  première  sacrée.  Sans  doute  là  sensi¬ 
bilité  qui  persistait  dans  la  griffe  ne  provenait  pas 
de  ces  racines.  A  gauche,  les  sixième  et  septième  racines 
lombaires  antérieures  étaient  coupées.  Le  bout  central 
était  gonflé  et  renflé  en  forme  d’une  petite  massue;  le 
bout  périphérique  n’offrait  pas  de  renflement  et  c’était 
l’inverse  qui  avait  lieu  pour  les  racines  postérieures. 

En  examinant  s’il  était  survenu  des  lésions  de  nutrition 
dans  lés  membres,  on  ne  trouva  absolument  rien 
d’anormal.  De  sorte  qu’après  huit  jours  on  voit  que  la 
section  des  racin®  postérieures  éhtre  la  moelle  èt  le 
ganglion  n’avait  amené  dans  le  membre  aucun  trouble 
apparent  de  la  nutrition. 

D’après  tous  les  faits  précédents,  la  sensibilité  et  le 
mouvement  volontaire  paraissent  donc  liés  phÿsiologi- 

On  pourrait  donner  comme  vérification  de  Cette  pro- 


INFLUENCE 


26  4 


DES  RACINES  SENSITIVES 


position  ce  qui  se  passe  toutes  les  fois  qu’on  doit  faire 
un  effort  pour  soulever  une  masse.  Les  premières  con¬ 
tractions  sont  ménagées,  ce  sont  des  tâtonnements  des¬ 
tinés  à  avertir  le  sens  musculaire  de  l’intensité  des 
efforts  à  déployer  ;  ces  sensations  sont  évidemment  sous 
l’influencé  des  nerfs  sensitifs.  Les  explications  que  nous 
venons  de  donner  n’empêchent  pas  la  vérité  de  cette 
proposition  fondamentale  :  les  racines  antérieures  sont 
motrices ,  les  postérieures  sensitives,  quoique  leur  destruc¬ 
tion  soit  suivie,  comme  nous  l’ayons  vu,  d’une  perversion 
des  mouvements  volontaires. 

Magendie  a  démontré  que  la  cinquième  paire  préside 
à  des  phénomènes  de  nutrition;  nos  expériences  nous 
ont-  montré  que  les  racines  postérieures  rachidiennes 
sont  loin  d’avoir  sur  ces  phénomènes  une  influence  aussi 
marquée. 

Sur,  un  chien  chez  lequel  on  avait  coupé  les  racines 
postérieures  qui  se  rendaient  à  un  membre,  le  membre 
se  tuméfia;  une  inflammation  gangréneuse  survint  dans 
une  partie  du  membre,  ainsi  qu’au  bout  de  la  quene; 
plus  tard  l’animal guérit  complètement.  Mais  nous  avons 
vu  qu’ordinairement  les  choses  ne  se  passent  pas  ainsi, 
même  lorsqu’on  enlève  le  ganglion  rachidien. 

Voici  quelques  expériences  singulières  sur  les  racines 
rachidiennes  postérieures  que  je  vais  vous  signaler  encore 


Exp.  (26  janvier  1846).  —  Sur  un  chien  adulte,  en 
digestion,  dont. le  canal  vertébral  avait  été  ouvert,  on 
pinça  successivement  plusieurs  racines  antérieures,  et 
on  constata,  au  moment  où  on  les  pinçait,  que  des  mou- 


vements  limités  se  montraient  dans  le  membre  corres¬ 
pondant. 

Les  racines  postérieures  sont  incapables  par  elles- 
mêmes  de  produire  des  mouvements  lorsqu’on  les  irrite 
après  leur  séparation  de  la  moelle  épinière.  Cependant 
j’ai  vu  quelquefois  des  résultats  que  je  ne  sais  comment 
expliquer,  je  vais  vous  les  signaler,  en  attendant  que  des 
faits  nouveaux  viennent  montrer  quelle  interprétation  il  . 
convient  de  leur  donner,  ou  montrer  s’il  y  a  eu  quelque 
cause  d’erreur  dans  leur  interprétation. 

Après  avoir  coupé  les  racines  postérieures ,  on  les 
pinça  dans  leur  bout  périphérique,  et  on  constata  qu’au¬ 
cun  mouvement  n’avait  lieu.  Cependant,  en  tirant  un  peu 
sur  la  racine,  de  manière  à  apercevoir  Je  ganglion,  et 
en  pinçant  ce  dernier,  on  observa  clairement  des  con¬ 
tractions  sans  douleur  qui  survinrent  dans  les  muscles 
voisins  du  dos.  Cette  expérience  a  été  vérifiée  à  deux 
reprises  différentes  sur  le  même  animal. 

Bœp.  (28  janvier  1846).  —  Sur  un  chien  adulte,  à 
jeun  depuis  trois  ou  quatre  jours ,  étant  épuisé  par  suite 
de  l’ouverture  du  canal  vertébral  dans  la  région  lom¬ 
baire,  on  constata  que  non-seulement  les  racines  anté¬ 
rieures  étaient  insensibles,  mais  que  les  postérieures 
elles-mêmes  devenaient  de  moins  en  moins  sensibles  et 
finirent  par  devenir  insensibles  au  point  que,  lorsqu’on 
les  pinçait ,  l’animal  ne  poussait  aucun  cri  et  n’exécutait 
aucun  mouvement  général  comme  manifestation  de  dou¬ 
leur-  Alors  lorsque,  sur  cet  animal  tellement  affaibli  qu’il 
était  comme  mourant,  on  pinçait  une  racine  posté¬ 
rieure  qui  ne  donnait  aucun  signe  de  sensibilité ,  on 


Lorsque  la  racine  était  coupée,  c’était  par  lepïncement 
du  bout  central  qu’apparaissaient  les  ïnouyëmtinfeàis 
les  muscles  lombaires.  Chez  ce  chiè'n  mourant,  en 
pinçant  le  bout  périphérique  de  la  racine  postériéttë, 
ét  en  pinçant  lé  ganglion  lui-même,  oh  n’a  vu  aucun 
mouvement  se  manifester,  ainsi  qu’on  l’avait  observé 
par  le  pincement  du  ganglion  chez  l’animal  précédent, 


QUINZIÈME  LEÇON. 


On  peut  dire  qüe  toujours  un  phénomène  de  mouve¬ 
ment  reconnaît  pour  point  de  départ  une  impression 
sensitive.  Les  mouvements  volontaires  eux-mêmes  sont 
toujours  précédés  d’une  sensation  actuelle  ou  passée  qui 
en  règle  le  but,  le  sens  et  la  portée.  Au  moins  la  néces¬ 
sité  de  cette  influence  n’est-elle  pas  douteuse  pour  les 


Eh  bien,  nous  allons  voir  maintenant  que  toute  in¬ 
fluence  capable  de  développer  de  la  sensibilité,  agit  sur 
le  cœur  pour  le  troubler  dans  son  fonctionnement. 

Nous  avons,  avec  Magendie^  engagé  lè  tube  du  car¬ 
diomètre  dans  la  carotide  d’animaux  soumis  à  diverses 
expériences  portant  sur  le  système  nerveux.  Nous  avions 
ainsij  pendant  toute  la  durée  des  opérations,  une  tra¬ 
duction  exacte  de  toutes  les  modifications  qui  pouvaient 
à  chaque  instant  survenir  dans  les  contractions  du  cœur. 

Bxp.  —  Sur  un  chien  dont  la  pression  dans  lé  sys¬ 
tème  artériel  représentait  l’élévation  d’ünê  colonne  de 
160  à  165  millimètres  de  mercure,  on  Ouvrit  lé  canal 
vertébral.  Bien  que  l’animal  eût  perdu  peu  de  sang  et 


268  INFLUENCE  DES  NEUFS  SENSITIFS, 

que  l’opération  eût  été  bien  faite,  nous  trouvâmes  qu’a- 
près  l’opération,  la  pression  était  considérablement  ii- 
minuée  et  qu’en  même  temps  les  oscillations  étaient 
plus  étendues.  Le  cardiomètre  accusait  alors  une  pression 
variant  de  45  à  90  millimètres  de  mercure.  Du  pareil 
trouble  ayant  singulièrement  émoussé  la  sensibilité,  nous 
dûmes  attendre  quelque  temps  pour  interroger  la  sen¬ 
sibilité  des  raeines.et  juger  deson  influence.suflesmon- 
vements  du  cœur.  L'instrument  restant  toujours  feéà 
la  carotide,  et  l’animal  en  repos,  la  pression  remonta 
peu  à  peu  à  150  millimètres  de  mercure,  que  les  impul¬ 
sions  cardiaques  faisaient  monter  à  160  millimètres. 

Alors  on  pinça  la  racine  antérieure  et  constamment 
on  observa  un  brusque  arrêt  des  pulsations,  arrêt  qui 
durait  très  peu  de  temps. 

On  coupa  alors  la  racine  antérieure  sans  rien  pro¬ 
duire  du  côté  du  cœur.  Mais  le  pincement  de  son  tout 
périphérique  déterminait  un  arrêt  brusque  du  cœur 
suivi  d’accélération  de  ses  battements. 

Dans  des  expériences  analogues  faites  sur  d’autas 
chiens,  cet  .arrêt  du  çardiomètre  survenait  ,  sous  fin- 

crier  l’animal.  '  '  ishkji 

Cette  sensibilité  récurrente  qui  se  traduit  ici  par  un 
arrêt  réflexe  du  coeur  lorsqu’on  pince  la  racine  Ante 
rieure,  arrive  à  la  moelle  par  la  racine  postérieure,  car 
si  l’on  coupe  cette  racine  postérieure,  le  pincement  delà 
racine  antérieure  ne  produit  plus  rien  surlé  cœur. 

Après  avoir  ainsi  coupé  les  deux  racines,  on  vit,  en 
interrogeant  la  sensibilité  des  quatre  bouts  comme'» 


mercure  ne  descendait  pas  ;  il  restait  à  la  hauteur  qu’il 
occupait  dans  le  tube.  Cette  interruption  de  l’action  du 
cœur  pouvait  durer  quinze  ou  vingt  secondes,  au  bout 
desquelles  la  colonne  mercurielle  descendait.  Elle  conti¬ 
nuait  alors  à  osciller  avec  un  abaissement  de  dix  à  quinze 
millimètres,  qui  durait  quelques  secondes  au  bout  des¬ 
quelles  le  mercure  remontait  de  quinze,  vingt  et  même 
tréfile .  millimètres.  Le  cœur  battait  ensuite  plus  vite 
qu’avant. 

Cette  influence  de  la  sensibilité  sur  les  mouvements 
du  cœur  est  un  fait. important  à  connaître:  il  est  telles 
circonstances  dans  lesquelles  elle  peut  être  une  cause  de 
mort.  Qu’on  prenne ,  par  exemple ,  un  animal  affaibli 
par  l’abstinence,  par  une  perte  de.  sang,  par  une  cause 
quelconque,  l’arrêt  du  cceür,  conséquence  d’une  sensa¬ 
tion  douloureuse,  peut  être  chez  lui  définitif. 

C’est  ainsi  que  peut  se  produire  la  syncope,  sôus  l'in¬ 
fluencé  d’ünè  douleur  vive,  peut-être  d’une  émotion 
morale.  Les  sensations  extérieures  exercent  donc  une 
action  réflexe  sur  lès  organes  intérieurs,  notamment  sur 

Ce  sujet  a  été  de  notre  part  l’objet  d’études  spé¬ 
ciales  que  nous  allons  vous  communiquer  avec  dé¬ 
tail,  en  raison  de  l’intérêt  qu’ont  la  physiologie  et 
la  médecine  à  connaître  des  phénomènes  capables, 
dans  certains  cas,  de  devenir  une  cause  de  mort  subite. 


270  INFLUENCE  DES  NERFS  SENSITIFS;. 

En  vous  faisant  cet  exposé,  nous  vous  dirons  quelques 
mots  des  moyens  manométriquesà  l’aide  desquels  nous 
avons  pu  mesurer  et  déterminer  cette  action  spéciale 
des  nerfs  de  sentiment  sur  le  cœur. 

Yoiei  des  expériences  qui  qnt  été  faites  avec  l’hémo- 
dynamomèire  de  if.  Poiseuille.  ,  ai'4l| 

Eecp.  —  Sur  un  chien  galeux,  qui  avait  manifesté 
très  peu  de  sensibilité  à  l’excitation  des  racines  rachi¬ 
diennes  (voir  page  92,  cinquième  leçon),  .on  appliqua,  le 
lendemain  de  l’opération,  l’hémodynamomètre  sur  l'ar¬ 
tère  carotide. 

Lorsqu’on  excitait  les  racines  antérieures,  l’animal 
n’éprouvait  aucune  douleur.  Par  l’excitation  désraeines 
postérieures,  la  douleur  était  obtuse.  Aussi  les  modifica¬ 
tions  que  subissaient  les  oscillations  par  suite  de  l’exci¬ 
tation  de  ces  racines  étaient  très  faibles,  et  à  peine  la 
régularité  des  oscillations  était-elle  troublée. 

L’animal  fut  du  reste,  probablement  par  suite  de 
son  insensibilité,  très  peu  affecté  par  toutes  («.opéra¬ 
tions:  il  continua  à  manger,  et  a  guéri  parfaitement  de 
toutes  ces  expériences. 

'Exp.  (23  avril  1847).  —  Chien  adulte  et  vivace,  en 
digestion.  On  ouvrit  la  colonne  vertébrale  par  le  procédé 
ordinaire  et  on  sépara  les  racines  qui  constituent  la  i¬ 
nière  paire  lombaire.  Cette  séparation  s’opéra  tr&Jffi 
lement.  Immédiatement  après  l’opération,  l’ animal  étant 
épuisé  on  put  alors  toucher  et  séparer  facilement!» 
racine  antérieure  de  la  postérieure  ;  mais  bientôt  la  sen¬ 
sibilité  se  réveilla  et  le  moindre  attouchement  dés  racines 
causait  une  douleur  vive.  Alors  on  appliqua  l'instrument 


à  la  carotide .  La  pression  constante  était  alors  de  70  mil¬ 
limètres  environ.  Les  pulsations  n’étaient  que  de  2  ou 
3  millimètres.  , 

Alors,  pendant  que  l’instrument  restait  appliqué,  oq 
pinça  et  on  irrita  les  racines  rachidiennes  et  on  observa 
.  une  élévation  dans  la  colonne  mercurielle  après  chaque 
manifestation  douloureuse.  Cette  élévation  persistait 
moins  longtemps  après  l’excitation  de  la  racine  anté¬ 
rieure  qu'après  celle  de  la  racine  postérieure,  et  de  plus, 
dansle  pas  de  l’irritation  de  la  racine  postérieure,  l’élér 
ration  de  la  colonne  mercurielle  était  manifestement  pré¬ 
cédée  par  un  arrêt  et  ensuite  par  un  abaissement  plus  ou 
moins  considérable  de  cette  même  colonne  mercurielle. 

Exp.  —  Sur  un  chien  de  taille  moyenne  de  deux  ans 
environ,  la  portion  lombaire  de  la  moelle  étant  mise  à 
découvert  par  le  procédé  ordinaire,  on  observa  que  la 
sensibilité  des  racines  antérieures  était  obtuse  immédiîp- 
tement  après  l’expérience  et  très  apparente  un  peu  plus 
tard. 

On  plaça  l’instrument  pour  mesurer  la  pression  et  sés 
modifications  sous  l’influence  de  l’irritation  des  racines  ; 
mais  par  un  accident  arrivé  au  moment  de  l’application 
de  l’instrument,  une  grande  quantité  de  la  solution  sa¬ 
turée  de  carbonate  de  soude  pénétra  dans  le  sang,  ce 
qui  amena  quelque  temps  après  la  mort  de  l’animal.  On 
observa  au  moment  de  cet  accident  un  fait  intéressant: 
C’est  qu’àussitôt  après  l’introduction  du  carbonate  de 
soude  dans  la  circulation,  il  se  produisit  par  la  plaie  du 
dos  une  hémorrhagie  qu’il  fut  impossible  d’arrêter.  Le 
sang  qui  s’ écoulait ,  quoique,  veineux,  avait  Une  couleur 


272 


rutilante  et  l’hémorrhagie  paraissait  due  évidemment  à 
l’action  d  u  carbonate  de  soude  sur  le  sang. 

Exp.  (27  avril  1847).  —  Chien  vigoureux,  taille  un 
peu  au-dessus  de  la  moyenne,  à  jeun  depuis  vingt- 
quatre  heures,  d’ailleurs.vivace  et  bien  portant. 

On  appliqua  l’instrument  à  la  càrotide  gauche  avant 
de  pratiquer  l’ouverture  de  la  colonne  vertébrale.  Le 
minimum  de  la  pression  fut  d’abord  de  110,  elle  oscilla 
plustard  entre  160  et  165.  L’animal  était  très  sensible; 
il  poussait  des  gémissements  continuels  qui  donnaient 
nécessairement  lieu  à  des  expirations  prolongées. Toute¬ 
fois  celles-ci  ne  modifient  pas  très  sensiblemeiit  les  os¬ 
cillations  de  la  colonne  mercurielle  quand  efene  sont 
pas  én  même  temps  accompagnées  de  mouvements  gé¬ 
néraux.  On  observait  du  reste  les  oscillations  du  pouls 
qui  étaient  inégales  comme  cela  a  lieu  naturellement 
chez  le  chien; 

A  ce  moment,  on  découvrit  lés  deux  branchés  supé¬ 
rieure  et  moyenne  du  nerf  facial.  On  distingua  facile¬ 
ment,  dans  cette  dernière,  la  portion  qui  appartient  à  la 
cinquième  paire  en  ce  qu’elle  est  flexueüse,  tandis  que 
la  portion  appartenant  au  nerf  facial  Iui-mêmè  à  jine 
disposition  rectiligne. 

La  branche  supérieure  était  sensible  au  pincementet 
son  pincement  produisit  une  élévation  dans  la  colonne 
mercurielle. 

La  branche  moyenne  était  également  sensible.  On  la 
divisa  et  on  pinça  le  bout  central  en  ayant  soin  de  ne 
pas  comprendre,  autant  que  possible,  -dans  ce  pincemèiit 
la  portion  anastomotique  appartenant  à  la  cinquième 


braie  dans  la  région  lombaire  par  le  procédé  connu. 
L’animal,  qui  était  -vivace  et  très  turbulent,  fut  considé¬ 
rablement  affaibli  par  suite  de  cette  opération  quoiqu’il 
;  n’eût  pas  perdu  beaucoup  de  sang;  ce  qui  tenait  sans 
doute  à  ce  qu’il  était  à  jeun. 

L’instrument,  qui  avait  été  enlevé,  fut  replacé  de 
nouveau  sur  la  mème'carotide.  Aussitôt  après  l’ouverture 
du  rachis,  on  trouva  que  la  colonne  de  mercure  soulevée 
.  n’était  que  de  15  millimètres,  puis  elle  s’établit  un  peu 
plus  tard  comme  constante  à  70  millimètres.  Alors  on 
examina  avec  soin  ce  que  produisait  l’excitation  des  ra¬ 
cines  sur  la  colonne  mercurielle,  et  on  putconstatertrès 
nettement  les  résultats  qui  suivent,  parce  que  l’animal 
était  devenu  très  calme. 

1°  Quand  on  touchait  très  légèrement  la  racine  pos¬ 
térieure  de  manière  que  la  douleur  ne  fût  pas  assez 
vive  pour  produire  un  mouvement  ou  un  cri,  il  surve¬ 
nait  cependant  à  l’instant  même  une  secousse  brusque 
dans  les  muscles  de  la  cuisse,  et  en  même  temps  il  y  avait 
arrêt  brusque  de  la  colonne  mercurielle  à  70  millimètres 
et  presque  aussitôt  un  abaissement  de  5  à  10  milli¬ 
mètres.  Puis,  vingt  à  vingt-cinq  secondes  après  qu’on 
avait-touché  la  racine,  il  se  manifestait  une  ascension 
de  la  colonne  mercurielle  qui  allait  de  5  à  10  millimètres 
au-dessus  de  70.  Cette  oscillation  de  la  colonne  mercu¬ 
rielle  persistait  de  quinze  à  vingt  secondes,  après  quoi 
elle  revenait  à  70,  qui  était  la  pression  initiale. 


27  h  INFLUENCE  DES  NERFS  SENSITIFS 

■  2"  Quand  on  touchait  très  légèrement  la  racine  anté¬ 
rieure  de  la  même  façon  que  la  racine  postérieure,  c'est- 
à-dire  de  manière  qu’il  n’y  eût  ni  mouvement  ni 
•cri  produit ,  on  observait  également  un  frémissement 
■brusque  dans  la  cuisse,  et,  immédiatement,  une  éléva¬ 
tion  de  la  colonne  mercurielle  sans  qu’on  eût  constaté 
'préalablement  un  abaissement,  comme  célà  stvait  li& 
pour  la  racine  postérieure;  Enfin,  cette  élévation  delà 
colonne  mercurielle,  qui  suivait  l’excitation  de  là  racine 
antérieure ,  persistait  beaucoup  moins  longtemps  que 
celle  qui  suivait  l’excitation  delà  racine  postérieure. 

On  a  reproduit  un  grand  nombre  de  fois  ces  excita¬ 
tions  des  racines  assez  légèrement  pour  ne  provoquer 
■aucun  signe  de  douleur,  et  on  les  a  vues  constamment 
'exercer  la  même  influence  sur  les  oscillations  de  la 
colonne  mercurielle. 

■  Alors,  après  ces  observations,  on  divisa  la  racine  an¬ 
térieure  de  la  dernière  paire  lombaire  qüe  l’bh  exami¬ 
nait,  et  on  pinça  successivement  les  deux  bouts  de  la 
racine  divisée.  Le  pincement  du  bout  central  ne  produià 
absolument  aucun  effet,  ni  douleur,  ni  contraction  mus¬ 
culaire,  ni  aucune  modification  dans  l’état  de  la  cola» 
mercurielle.  Le  pincement  très  léger  du  bout  périphé- 

■  rique  de  la  racine  antérieure,  toujours  exécuté  de  telle 
manière  que  l’animal  ne  poussât  aucun  cri  et  ne  æ 
;  livrât  à  aucun  mouvement  général,  afin  de  n’avoir  par 
là  aucune  cause  de  trouble  des  mouvements  de  la  colon» 
mercurielle,  ce  léger  pincement  produisit  absolument 

■  les  mêmes  effets  que  ceux  que  l’on  avait  obtenus  quidd 
la  racine  était  entière. 


SDK  LES  MOUVEMENTS  DU  COEUK.  275 

Alors,  la  racine  postérieure- de  la  septième  paire'ra- 
chidienne  lombaire  fut  divisée,  la  racine  antérieure  cor¬ 
respondante  restante  intacte.  En  pinçant  le  bout  péri- 
phérique  de  cette  racine  postérieure ,  il  n’y  eut  aucun 
effet  produit,  aucune  douleur  perçue,  aucune  pertur- 
bation  des  oscillations  de  la  colonne,  mercurielle.  Il 
semblaapparaitre  au  premier  moment  quelques  contrac¬ 
tions  légères  dans  les  muscles  de  la  cuisse;  mais  ce  sont 
là  des  phénomènes  très  fugitifs,  déjà  observés,  et  que 
nous  ne  faisons  que  signaler  en  passant,  sauf  à  revenir 
plus  tard  sur  ce  sujet. 

Après  toutes  ces  observations  sur  les  racines  rachi¬ 
diennes,  on  revint  au  nerf  facial,  et  on  constata  que  le 
boutpériphérique  de  sa  branche  supérieure  était  sensible 
et  agissait  sur  le  cardiomètre  exactement  comme  le  bout 
périphérique  d’une  racine  antérieure  rachidienne. 

Ensuite  on  découvrit  le  pneumogastrique  du  côté 
gauche;  on  le  pinça  légèrement,  et  on  observa  une  as¬ 
cension  de  la  colonne  mercurielle,  absolument  comme 
pour  la  racine  antérieure. 

On  coupa  ensuite  les  deux  nerfs  vagues  dans  la  région 
moyenne  du  cou  ;  leur  section  manifesta  de  la  douleur. 
Après  cette  section,  il  n’y  eut  pas  de  mouvements  de  suf¬ 
focation;  l’ànimal  resta  calme,  la  hauteur  de  la-colonne 
mercurielle  s’était  un  peu  abaissée. 

On  agit  alors  de  nouveau  sur  les  racines  rachidiennes, 
et  on  observa  exactement  lés  mêmes  phénomènes  qui 
-  ont  été  signalés  plus  haut  pour  les  deux  racines;  ce  qui 
prouve  qüé  cé  n’est  pas  par  l’intermédiaire  du  pneumo¬ 
gastrique  que  leur  action  sur  le  cœur  se  transmet. 


276  INFLUENCE  DES  NERFS  SENSITIFS 

A  part  tous  les  faits  observés  sur  l’influence  du  nerf 
sensitif  sur  le  coeur,  cette  expérience  prouve  de  plus 
que  l’ouverture  du  rachis,  en  affaiblissant  l’animal,  lait- 
diminuer  considérablement  la  pression  du  sang,  abaisse- 

de  la  sensibilité. 

On  avait  observé  en -outre  qu’avant  l’ouverture  du 
rachis,  et  lorsque  l’instrument  était  appliqué  sur  la  ca¬ 
rotide  gauche,  si  l’on  venaità  comprimer  lacarotideop- 
posée,  cette  compression  suffisait  pour  produire  me 
ascension  considérable  dans  la  colonne  mercurielle,  as¬ 
cension  qui  disparaissait  dès  qu’on  venait  à  cesser  la 
compression  du  vaisseau. 

Après  l’ouverture  du  rachis,  lorsque  l’animal  était 
affaibli,  on  ne  pouvait  plus  produire  ce  phénomène  ea 
opérant  de  la  même  manière.  D’ailleurs  on  observait 
aussi  qu’avant  l’ouverture  du  rachis,  les  artères  plus 
pleines,  turgides,  battaient  avec  plus  de  force  sons  la 
doigt  qui  les  comprimait. 

Cette  expérience  a  été  faite,  comme  toutes  cellesqui 
précèdent,  avec  l’hémodynamomètre  de  M.  Poiseuille. 

Exp.  (10  septembre  1847).  —  Dans  les  expérience! 
suivantes,  on  a  substitué  à  l’hémodynamomètfe  de 
M.  Poiseuille  un  nouvel  instrument  appelé  cardimiln 
(flg.  41).  Les  pulsations  ou  les  oscillations  résultant  des 
contractions  du  cœur  sont  plus  considérables  et  plus 
faciles  à  observer  que  dans  le  manomètre  à  deui  bran¬ 
ches  qui  constitue  l’instrument  de  M.  Poiseuille.  Sans 
entrer  dans  une  comparaison  détaillée  sur  le  mécanisme 
et  la  valeur  relative  de  ces  deux  instruments,  compa- 


277 


raison  qui  ne  doit  pas  trouver  sa  place  ici,  nous  dirons 
.que,  pour  avoir  une  notion  exacte  sur  les  phénomènes  de 
la  circulation  artérielle  et  sur  les  indications  données  par 
les  instruments  manométriquës,  il  ne  faut  pas  confondre, 
comme  on  l’a  fait  jusqu’à  présent,  les  impulsions  du  coeur 
et  la  pression  artérielle  dans  une  seule  et  même  indica¬ 
tion.  Mais  il  faut,  au  contraire,  distinguer  ce  qui  appar¬ 
tient  à  la  pression  artérielle  seule  et  ce  qui  appartient  à 
la  pulsation  ou  à  la  contraction  du  cœur.  Il  faut,  en 
outre,  éviter,  autant  que  possible,  que  ces  indications 
soient  troublées  par  les  mouvements  respiratoires. 

Cette  séparation  des  phénomènes  peut 'se  vérifier  di¬ 
rectement  par  l’expérience  :  quand  on  met  l’instrument 
dans  l’artère,  on  a  à  la  fois  une  pression  artérielle,  qui  est 
constante,  et  la  pulsation  cardiaque,  qui  est  variable. 
Quand  on  met  l’instrument  directement  dans  le  ventri¬ 
cule,  on  n’a  plus  que  la  pression  variable  comme  le 
montre  l’expérience  suivante  : 

Eæp.  (12  octobre  1847).  —  Sur  un  chien  d’une 
taille  un  peu  au-dessous  de  la  moyenne,  ou  introduisit, 
en  entrant  par  la  veine  jugulaire  droite,  un  tube  de  verre 
convenablement  recourbé  jusque  dans  le  ventricule  droit 
du  cœur,  et  on  appliqua  ce  tube  au  cardiomètre.  On  vit 
alors  que  l’on  obtenait  l’impulsion  du  ventricule  sans 
pression  constante.  La  pulsation  était  forte,  plus  forte 
que  celle  qu’on  observe  dans  le  système  artériel. 

Üne  autre  particularité  est  que  cette  pulsation  était 
excessivement  brusque  et  sèche,  tandis  que  dans  une  ar¬ 
tère  elle  est  plus  souple  et  mieux  soutenue.  Ici,  on  voit 
que  la  pression  du  ventricule  droit  paraîtrait  plus  forte 


278  INFLUENCE  DES  NEUFS  SENSITIFS 

que'  belle  du  ventricule  gauche,  si  on  compare  ce  qu’on 
obtient  dans  ce  ventricule  à  ce  qu’on  obtient  dans  les 
artères  ;  mais  cette  différence  peut  tenir  à  ce  que.  la  pul¬ 
sation  ventriculaire,  étant  à  son  maximum  dans  le  ven¬ 
tricule  gauche,  va  en  diminuant  dans  le  système  artén el 
à  mesure  qu’on  s’éloigne  du  cœur,  tandis  que  la  pres¬ 
sion  artérielle  resterait  partout  la  même,  dans  toute 
l’étendue  du  système.  Voici,  du  reste,  les  chiffres  des 
observations  qui  ont  été  faites. 

Le  point  de  départ  de  chaque  pulsation  était  zéro 
parce  .que,  lorsque  la  pression  cessait,  la  colonne  mer¬ 
curielle  retombait  à  zéro. 


-Dans  ces  élévations  successives,  la  colonne. mercu¬ 
rielle  retombait  généralement  à  zéro  ;  cependant  il  y  eut 
quelques  cas,  vers  la  fin  de  l’expérience,  dans  lesquels 
elle  n’y  retombait  pas  complètement,  ce  qui  produisait 
des  oscillations  assez  difficiles  à  caractériser.  C’était  une 
sorte  d’élévation  de  la  colonne  mercurielle  qui  avait  lieu 


en  plusieurs  temps. 

Ainsi,  en  observant  exactement,. on  vit  que  dans  as 
cas  la.  colonne  mercurielle  né  retomba  qu’à.10;  pé 
-remonta  à  77  ;  puis  retomba  à  20,  pour  remonter  à  50; 
à  10,  pour  remonter  à  45;  puis  enfin  retomba  à  zéro, 
pour  remonter  à  70. 


qui  représente  la  pression  artérielle;  puis,  une  antre 
portion  est  le  siège  d’oscillations  régulièrement  inter¬ 
mittentes  qui  représentent  les  impulsions  cardiaques. 
Dans  cet  instrument,  les  pressions  cardiaques  sont  beau¬ 
coup  plus  faciles  à  distinguer,  parce  qu’elles  se  trouvent 
réunies  dans  une  seule  colonne. 

Qn  peut,  à  l’aide  du  cardiomètre,  constater,  ainsi 
que  nous  l’avons  fait,  différents  points  nouveaux,  rela¬ 
tifs  à  la  circulation  artérielle  qui  trouveront  ailleurs 
leur  développement.  Nous  dirons  seulement  ici  queles 
pressions  cardiaques  sont  très  variables,  chez  des  ani¬ 
maux  de  taille  différente;  qu’elles  sont  d’autant  plus 
fortes  que  l’animal  est  plus  grand  ;  tandis  que  la  pres¬ 
sion  constante  diffère  beaucoup  moins  chez  des  animaux 
de  taille  très  différente  quand  ils  se  trouvent  dans  des 
conditions  physiologiques  identiques.  Nous  ajouterons 
que  les  modifications  des  impulsions  cardiaques  peuvent 


être  tout  à  fait  indépendantes  de  celles  qui  portent  sur  la 
pression  artérielle  ;  que  dans  les  déperditions  sanguines, 
parexemple,  il  arrive  le  plus  ordinairement  que  la  pres¬ 
sion  constante  diminue  tandis  que  l’oscillation  cardiaque 
augmente  d’étendue,  le  contraire  ayant  lieu  dans  la  plé¬ 
thore,  ou  lorsqu’on  opère  la  transfusion  du  sang. 

Dans  les  différents  points  du  système  artériel,  la  pres¬ 
sion  constante  est  sensiblement  la  mêmé,  tandis  que  la 
pression  cardiaque  diminue  à  mesure  que  l’on  s’éloigne 
du  coeur. 

Mais,  comme  lorsqu’on  applique  cet  instrument,  aussi 
bien  que  les  instruments  manométriques  ordinaires  sur 
deux  artères  successivement,  on  modifie  les  phénomènes 
de  la  circulation  par  le  fait  seul  que  l’on  a  lié  un  pre¬ 
mier  vaisseau  avant  d’agir  sur  le  second,  nous  avons 
imaginé  un  autre  instrument  qui  donne  simultanément 
la  pression  dans  deux  vaisseaux  également  ou  inégale¬ 
ment  distants  du  cœur.  Cet  instrument  (fig.  42),  hémo¬ 
mètre  différentiel,  ne  donne  que  les  différences  de  pres¬ 
sion.  Or,  on  voit  que  ces  différences,  nulles  pour  deux 
vaisseaux  également  distants  du  cœur,  deviennent  d’au¬ 
tant  plus  grandes  que  l’on  compare  deux  vaisseaux  plus 
inégalement  voisins  du  cœur.  On  trouve  alors  un  excès 
de  pression  pour  le  vaisseau  le  plus  rapproché  du  cœur, 
quoiqu’ils  soient  tous  deux  du  même  calibre  comme  les 
artères  carotides  et  crurales,  par  exemple. 

Nous  allons  maintenant  vous  rapporter  une  expé¬ 
rience  qui  vous  montrera  nèttement  les  résultats  que 
l’on  peut  obtenir  avec  le  cardiomètre  mentionné  plus 
haut  (fig.  41). 


ajustée  dans  < 


28/t  INFLUENCE  DES  NERFS  SENSITIFS 

On  pinça  alors  le  vague  et  le  sympathique  réunis  et 


On  voit,  d’après  ces  .expériences,  que  la  compression  de 
la  veine  jugulaire  a  produit  une  légère  augmentation® 
la  pression  constante,  qui  de  110  est  montée  à  120.  La 
compression  de  l’artère,  au-dessus  du  point  où  était 
appliqué  l’instrument,  n’a  pas  sensiblement  modifié  la 
pression.  On  voit  également  que  le  pincement  du  nerf 
vague  a  augmenté  la  pression  constante  sans  augmenter 
l’impulsion. 

On  appliqua  alors  le  cardiomètre  au  bout  périphé¬ 
rique  de  la  veine  jugulaire.  Le  tube  était  le  même  que 
celui  qui  était  appliqué  sur  lé  petit  .rameau  de  l’artère 
carotide;  il  avait  environ  1  millimètre  de  diamètre  in¬ 
térieur.  Voici  les  résultats  obtenus  pour  la  pression 
de  cette  veine  comparée  à  celle  de  l’artère:  il  est  bien 
entendu  que,  dans  ce  dernier  cas,  l’impulsion  du  coeur 
était  nulle  et  que  tout  était  pression  constante.  • 

L’animal  étant  parfaitement  calme  et  portant  la  tête 


La  pression  allait  en  diminuant  ainsi  qu’on  le  voit,  et 
au  moment  où,  l’animal  étant  toujours  parfaitement 
calme,  on  vint  pincer  le  vague  et  le  sympathique  réunis 
on  eutencore90,  l’animal  n’ayant  pas  fait  de  mouvement. 

Alors  on  changea  le  tube  du  cardiomètre  et  on  en  mit 
un  qui,  au-lieu  de  1  millimètre,  avait  1  centimètre  de  dia¬ 
mètre.  La  pression  resta  toujours  de  90,  l’animal  étant 


très  calme  et  ayant  la  tête  haute ,  puis  cette  pression 
descendit  à  85,  80. 

Alors  on  pinça  le  nerf  récurrent  :  l’animal  fit  en 
même  temps  un  mouvement  de  la  tête,  provoqué  ou  ac¬ 
cidentel,  et  aussitôt  la  pression  monta  de  80  à  115. 

L’animal  redevint  calme,  et  la  pression  redescendit 
à  80. 

Puis  ce  cheval  exerça  seulement  avec  les  mâchoires 
quelques  mouvements  de  mastication,  et  la  pression  re¬ 
monta  d’ahord  à  95,  puis  jusqu’à  130.  Ensuite  le  repos 
étant  revenu,  la  pression  redescendit  à  85,  75,  65; 

A  ce  moment,  l’animal  fit  un  mouvement  acciden¬ 
tel  du  cou  et  delà  tète,  mouvement  que  n’avait  provoqué 
l’excitation  d’aucun  nerf,  et  aussitôt  la  pression  re¬ 
monta  brusquement  à  130.  Puis  l’animal  redevenant 
calme,  la  pression  revint  à  80. 

AJors  l’animal  fatigué  laissa  tomber  sa  tête  et  on  vit, 
à  mesure  que  la  tête  s’abaissait,  la  pression  baisser  dans 
l’ordre  qui  suit  : 

70,  65,  60,  55,  50,  45. 

On  pinça  alors  le  bout  central  du  facial  coupé.  Aussi¬ 
tôt  l’animal  redressa  la  tête  par  suite  de  la  douleur,  et 
la  pression  remonta  à  110.  L’animal  redevint  calme  : 
la  pression  redescendit  à  60,  puis  à  50,  puis  à  45,  puis  à 
40  et  à  35  à  mesure  que  l’animal  baissait  la  tête,  pa¬ 
raissant  s’endormir.  L’animal  ensuite  relevant  brus¬ 
quement  la  tête,  la  pression  remonta  subitement  à  130. 

D’après  cette  expérience,  on  voit  que  la  pression  du 
sang  dans  le  système  veineux  dépend  exclusivement  des 


mouvements  qui  s’aeéompiissent  dans  les  parties  d’oà 
provient  cette  veine.  Le  pincement  des  nerfs  ne  parait  j 
déterminer  aucune  modification,  à  moins  iquiib tfamèae 
en  même  temps  un  mouvement  dans  la  partie  d’impro- 
vient  la  veine.  Nous- savons  qu’il  n’en  est  pas  de-mème 
pour  la  pression  artérielle ,  qui  peut  se  trouver  modifiée, 
ainsi  que  nous  l’avons,  vu ,  par  le  seul  attouchement 
d’une  racine  rachidienne  qui  n’a  cependant  déterminé 
aucune  manifestation  douloureuse  ni  aucun  mouvement 
appréciable. 

Cette  différence  prouveraitencorequel’influencedes 
nerfs,  qui  retentit  si  fortement  sur  le  cœur,  ne  fait  pas 
ressentir  ses  effets  au  delà  du  système  artériel. 

•  jEæp.  (d3  septembre  1847).  — Sur  un  lapin  de  taille 
moyenne,  on  appliqua  le  cârdiomètre  sur  l’artère  caro¬ 
tide.  La  pression  constante  ou  minimum  était  de  95,  et 
la  pression  maximum  de  10d,  ce  qui  faisait  que  les  oscil¬ 
lations  du  cœur  n’avaient  pas  plus  de  5-millimètres:  lé 
plus  grand  nombre  n’allait  même,  que  de  3  à  i  fin 
voit  ainsi  que  95,  qui  était  la  pression  constante  du  système 
artériel,  diffère  peu  de  la  pression  du  cheval,  tandis  que 
l’impulsion  cardiaque  n’est  représentée  chez  le  lapin 
que’ par  5  millimètres  et  offre  une  différence  énorme 
avecles  pulsations  du  cheval,  qui  sont  environ  de  80 mil¬ 
limètres.  C’est  donc,  chez  les  animaux  de  volume  diffi- 
Tent,  surtout  la  pression  cardiaque  qui  varie  bien  plue 
■que  la  pression  artérielle. 

•  Toutes  les  fois  qu’on  produisait  une  douleur,  en  pin¬ 
çant  soit  un  nerf  sensible ,  soit  la  peau  de  l'oreille,!  y 
avait  un  abaissement  subit  de  lacolonne  mercurielle  tom- 


bant  de  100  millimètres  à  75,  comme  si  cette  douleur 
suspendait  momentanément  l’action  du  cœur.  Puis,  après 
quelques  secondes,  se  manifestait  une  élévation  dans  la 
colonne  mercurielle.  (Quelquefois  l’abaissement  de  la 
colonne  mercurielle  succédait  à  un  simple  mouvement 
volontaire  de  l’animal.) 

On  apercevait  aussi  parfoisdanslecardiomètre  d’autres 
mouvements  qui'pàraissàïeht  produits  par  la  respiration. 

Quand  on  pinça  le  filet  du  sympathique  qui  unit  le 
ganglion  cervical  supérieur  avec  l’inférieur,  on  ne  pro¬ 
duisit  absolument  rien  sur  le  cardiomètre,  et  la  pression 

Bxp.  (8 septembre  1847).  —  Sur  un  chien  adulte, 
d’une  taille  au-dessous  de  là  moyenne,  la  colonne  verté¬ 
brale  ayant  été  ouverte  comme  à  l’ordinaire,  deux  ra¬ 
cines  rachidiennes' furent  mises  à  nu.  L’animal  avait 
perdu  une  assez  grande  quantité  de  sang,  et  il  se  trouva 
considérablement  affaibli  à  la  suite  de  l’opération,  au 
point  que  l’on  sépara  les  racines  antérieures  des  racines 
postérieures  sans  que  l’animal  éprouvât  une  vive  douleur. 

On  appliqua  alors  le  cardiomètre  sur  la  carotide  :  on 
avait  comme  pression  constante  100 ,  et  des  pulsations 
excessivement  petites  qui  n’avaient  pas  plus  de  3  à  4  mil¬ 
limètres  de  hauteur. 


INFLUENCE 


DES  NERFS  SENSITIFS 


Alors.on  pinça  la  racine  postérieure,  et  l’on  obtint 
comme  élévation  de  la  colonne  mercurielle  les  résultats 


Après  ces  observations,  on  opéra  la  section  de  la 
moelle  épinière  dans  la  région  cervicale,  au-dessous 
des  nerfs  phréniques.  La  respiration  était  diaphragma¬ 
tique  ,  les  mouvements  du  thorax  avaient  complètement 

Alors  on  pinça  une  racine  postérieure  dans  la  région 
lombaire.  Aussitôt  il  y  eut  des  frémissements  de  la  tota¬ 
lité  du  tronc;  mais  il  n’y  avait  aucune  élévation  dans  le 
cardiomètre.  Bientôt,  au  contraire,  la  colonne, mercu¬ 
rielle  baissa  en  indiquant  des  pulsations  faibles  et  irré¬ 
gulières.  . 

Dans  cet  abaissement  successif,  la  Colonne  mercurielle 
descendit  jusqu’à  35  et  40  millimètres:  alors  1®  pulsa¬ 
tions  avaient  à  peu  près  complètement  disparu.  Ace 
moment  on  irrita  fortement  la  moelle  épinière  danslaré- 
gion  lombaire,  et  on  vit  aussitôt  les  mouvements  du  cœur 
se  réveiller  et  les  oscillations  devenir  évident®,  mar¬ 
quant  5  millimètres  environ.  Du  reste,  au  moment  de 
ces  dernières  observations,  l’animal  était  mourant. 

Eayp.  (13  octobre  1847).  —  Chien  de  taille  moyenne, 


en  digestion.  On  appliqua  le  cardiomètre  sur  le  bout 
central  de  l’artère  carotide  ;  on  obtint:  . 


On  observa,  sous  le  rapport  des  mouvements  respi¬ 
ratoires  et  des  pulsations,  les  phénomènes  suivants  : 

D  arrivait  que  des  petites  pulsations,  de  10  millimètres 
environ,  venaient  se  surajouter  les  unes  aux  autres.  Le 
point  de  départ  étant  140,  la  première  pulsation  sautait 
à  180,  la  seconde  à  190,  la  troisième  à  200,  et  alors  la 
colonne  mercurielle  retombait  d’un  seul  coup  à  1 40  mil¬ 
limètres  qui  marquaient  la  pression  artérielle  constante, 
tandis  que  les  autres  élévations  étaient  produites' par  des 
contractions  successives  du  cœur  dont  elles  indiquaient 
la  pression. 

Les  résultats,  précédents  furent  constatés  un  grand 
nombre  de  fois,  après  quoi  on  appliqua  le  cardiomètre 
au  bout  périphérique  dé  la  même  artère  carotide.  On 


Cette  ascension  était  produite,  d’abord,  par  la  pression 
constante  qui’  était  de  110,  puis,  par  des-pulsations  dont 
la  première  était  de  10  et  les  suivantes  de  . 5  millimètres, 
pulsations  qui.se.  surajoutaient  jusqu’à .  produire  une 
pression  maximum  de  130,  après  quoi  la  colonne  mercu¬ 
rielle  retomba  à  110,  point  fixe  de  la  pression  artérielle 
constante.  Quelquefois  cependant,  la  colonne  mercm- 
rielle  ne  retombait  qu’à  120  ou  115  pour  remonter 


Alors  les  racines  lombaires  furent  mises  à  nu  par  le 
procédé  ordinaire.  L’opération  fut.  rapide  -et  l’animal 
perdit  cependant  une  assez  grande  quantité  de  sang. 

On  replaça  ensuite  le  cardiomètre  sur  le  bout  central 
de  l’artère  carotide  ;  on  obtint  : 


Dans  un  effort  que  fit  l’animal,  la  pression  montaàlüO, 
et,  dansce  moment,  les pulsationsétaient imperceptibles, 
(On  observa  en  même  temps  que  lorsqu’on  opérait  une 
tractionsurl’artère,celafaisaitdisparaître]espulsations.) 

On  voit,  d’après  cela,  que  l’opération  avait  affaibli 
considérablement  la  pulsation  et  modifié  les  phénomènes 
circulatoires. 

Alors  on  expérimenta  sur  la  sensibilité  des  racines: 
les  racines  antérieures  étaient  douées  d’une  sensibilité 
très  évidente  qui  se  manifestait  à  la  section  et.au  pince- 

Voici  ce  qu’on  observa  du- côté  des  pulsations  au  mo¬ 
ment  de  l’irritation  des  racines  antérieures  : 


SCR  LA  PRESSION  CARDIAQUE.  291 


Pendant  l’irritation  de  la  racine  postérieure,  on 


1°  De  110  millimètres  la  colonne  mercurielledescendit 
subitement  à  90  an  moment  du  pincement,  puis  re¬ 
monta  à  130,  puis  enfin  redescendit  pour  se  fixer  à  110. 

2'DellOelle  descendit  brusquement  à  1Ô0  lorsqu’on 
pinça  de  nouveau,  puis  remonta  après  à  130,  etc.  ; 

Au  moment  même  où  l’on  pinçait  la  racine  posté¬ 
rieure,  il  y  avait  immobilité  de  la  colonne  mercurielle 
et  cessation  des  pulsations;  on  aurait  dit  que  le  cœur 
était  arrêté;  ce  qui  amenait  toujours. un  abaissement 
brusque  de  la  colonne  mercurielle  auquel  succédait  en¬ 
suite  une  élévation.  On  constata  ce  résultat  un  assez 
grand  nombre  de  fois  et  on  vit  que  pendant  ces  oscilla-^ 
fions  les  impulsions  cardiaques  étaient  restées  très 
faibles,  de  3  à  h  millimètres,  seulement  ;  les  pulsations 
étaient  au  nombre  de  85  par  minute. 

.  Alors  la  moelle  épinière  fut  coupée  dans  la  région  cer¬ 
vicale,  au-dessus  des  nerfs  phréniques,  car  tout  mou¬ 
vement  respiratoire  soit  thoracique  soit  diaphragmatique 
avait  cessé.  Dans  un  effort  de  l’animal ,  le  mercure 
montaàlôO,  redescendit  ensuiteà  130,  àl25,  puis  tomba 
à  90,  70,  60,  AO,  30  et  finalement  à  zéro.  Alors  l’ani¬ 
mal  paraissait  mort,  et  à  l’auscultation  on  n’entendait 
pas  le  cœur.  A  ce  moment,  je  tiraillai  la  moelle;  bientôt 
le  mercure  remonta  à  AÔ,  et  même  de  AO  à  60  ;  il  y  avait 
souvent  coïncidence  entre  l’ascension  du  .mercure  et  le 
tiraillement  de  la  moelle.  Quand  on  cessa  ce  tiraillement, 
la  colonne  mercurielle  retomba. 

L’animal  étant  mort,  et  le  cœur  en  repos,  on  ouvrit 


292 


la  poitrine  et  on  Vit  reparaître  dans  le  cardiomèta 
des  oscillations  de  16  à  20  millimètres. 

.  Eœp.( 29  octobre  1847).— Sur  no  chien  âdülté d’une 
taille  un  peu  au-dessus  de  la  moyenne,  on  découvrit  lès 
racines  lombaires  du  côté  droit.  L’animal  *  turbulent , 
perdit  beaucoup  dé  sang;  en  faisant  la  préparation,  on 
arracha  complètement  la  cinquième  paire  des  fiai 
lombaires  du  côté  droit, 

Avant  l’expérience,  le  cardiomètre  placé  à  la  carotide 
donnait  160  à  180  millimètres  de  hauteur;  les  pis 
grandes  pulsations  étaient  de  20  millimétrés.  Après 
l’ouverture  du  rachis,  le  cardiomètre  ne  donna  plus  qüé 
55  à  60  millimètres,  les  pulsations  n’étaient  plusquèdé 
A  millimètres.  Presque  immédiatement  après,  oïl  pinça 
la  racine  antérieure  de  la  sixième  paire  lômbàiré’  ffiî 
côté  droit,  au-dessous  de  celle  qui  avait  été  arrachée; 
elle  se  montra  complètement  insensible.  Un  peu  plus 
tard ,  on  pinça  la  racine  antérieure  de  la  septième 
lombaire,  qui  donna  une  sensibilité  évidente/  -o 

Exp.  (10  novembre  1817),  —  Sur  une  chienne  dé 
taille  moyenne,  grasse,  et  qui,  après  six  jours  d’absti¬ 
nence,  avait  fait,  vingt-quatre  heures  avant  l’opération,' 
un  repas  de  pommes  de  terre,  je  découvris  là  moelle 
dans  la  région  lombaire,  du  côté  droit,  par  le  procédé 
ordinaire.  Les  sixième  et  septième  paires  lombaires 
furent  misés  à  nu. 

Aussitôt  après  l’opération  je  dégageai  facilement  te 
racines ,  sans  douleur  pour  l’animal,  et  je  passai  un  fil 
au-dessous  de  chaque  racine  antérieure:  Les  racines 
postérieures  étaient,  aussi  bien  que  les  racines  anté- 


SÇR  LA.  PRESSION  CARDIAQUE.  293 

rieures,  insensibles  quand  on  ne  faisait  que  les  toucher 
pour  les  séparer, 

Aloison  plaça  le  cardiomètre  à  la  carotide.  L’animal 
était  tranquille  et  impassible,  comme  le  sont  d’ordi¬ 
naire  ceux  de  celte  race  (loulou).  Le  cardiomètre  accu¬ 
sait  une  impulsion  très  forte,  comme  on  peut  le  voir  par 
le  tableau  suivant: 


Il  y  avaii  très  peu  de  petites  pulsations,  qui  étaient 
de  10  millimètres  environ, 

Alors  on  examina  la  sensibilité  des  racines  qui  étaient 
à  découvert  depuis  une  demi-heure  environ. 

On  pmça  légèrement  une  racine  antérieure  et  on  ob¬ 
tint  une  ascension  de  110  a  170, 

Les  racines  antérieures  étaient  devenues  bien  nette¬ 
ment  sensibles,  bien  que  l’animal  eût  supporté  six  jours 
d’abstinence;  il  est  vrai  qu’il  était  très  gras.  . 

Après,  avoir  constaté  la  sensibilité  des  racines  anté¬ 
rieures  un  grand  nombre  de  fois ,  on  né  vit  pas,  à  l’in¬ 
strument,  bien  nettement  des  effets  distincts  pour  les 
deux  ordres  de  racines.  . 

.  Alors  on  opéra  la  section  de  la  moelle  au  niveau  de 
.la  région  cervicale.  II  est  présumable  que  les  phréniques 
avaient  été  coupés ,  car  il  y  avait  des  mouvements  respira¬ 
toires  seulement  dans  les  mâchoires,  mais  les  mouve- 


ments  thoraciques  et  diaphragmatiques  étaient  complè¬ 
tement  arrêtés.  Le  sang  était  noir  dans  les  artères.  A 
ce  moment  on  obtint  avec  le  cardiométre  : 


La  fréquence  des  pulsations  diminua  de  plus  eu  plus; 
leur  nombre  n’était  vers  la  fin  des  observations  que  de 


16  par  minute. 

Relativement  à  l’abaissement  de  -la  colonne  mercu¬ 
rielle, elle  descendit  à  40  millimètres,  où  elle  resta  fixe 
pendant  quelques  instants.  Alors  on  pinça  les  racines 
antérieures  ou  postérieures,  et  rien  ne  se  manifesta  à 
l’instrument  par  le  pincement  seul  des  racines.  Mais, 
en  tiraillant  fortement  la  moelle  épinière,  on  obtenait 


Ensuite,  on  irrita  le  bout  supérieur  ou  cérébral' dé  la 
moelle  épinière,  et  l’on  obtint  également  une  ascension 
très  vive  de  la  colonne  mercurielle. 

Messieurs,  vous  voyez  ici  un  jeune  dogue  dont  1a 
moelle  épinière  a  été  mise  à  nu  dans  la  région 
lombaire.  Une  lame  vertébrale  seulement  a  été  en¬ 
levée  et  une  seule  racine  mise  à  nu.  Pour  rendre  l’opÉ 
ration  plus  facile,  on  avait  éthérisé  l’animal;  il  a  peu 
souffert  de  l’opération  ;  ses  mouvements  sont  libres,  il 


SUR  LA  PRESSION  CARDIAQUE.  295 

marche  parfaitement  et  est  encore  très  vif.  Nous  allons, 
chez  lui,  mettre  à  nu  l’artère  carotide  et  y  appliquer  le 

Vous  voyez  maintenant  qu’en  touchant  à  peine  les 
racines  antérieures  ou  postérieures  on  détermine  des 
mouvements  d’arrêt  momentanés,  suivis  d’oscillations 
en  tout  semblables  à  celles  que  nous  vous  avons  décrites 
précédemment. 

Ici  se  termine  l’histoire  de  la  racine  postérieure.  Avant 

devons  examiner  deux  autres  éléments,  sensitif  et  moteur, 
de  la  paire  nerveuse  qui  se  distribuent  aux  organes  in¬ 
térieurs:  ce  sont  les  nerfs  du  grand  sympathique,  que 
nous  étudierons  dans  la  prochaine  séance. 

Mais  je  veux  vous  signaler  encore  une  influence  par¬ 
ticulière  des  nerfs  de  sentiment,  influence  que  je  n’ai 
pas  vue  signalée  par  les  physiologistes.  H  s’agit  d’un 
mouvement  qui  serait  produit  par  l’irritation  d’un  nerf 
de  sentiment  pur  sans  aucune  manifestation  de  douleur. 
Voici  une  expérience  qui  montre  ce  fait  : 

Bxp.  (12  décembre  1846).  —  Sur  un  chat,  j’ai  irrité 
avec  la  pointe  d’un  bistouri  la  branche  auriculaire  pos¬ 
térieure,  et  déterminé  par  suite  dans  l’oreille  des  con¬ 
tractions  subites  et  convulsives  sans  produire  ni  cris  ni 
douleur  manifeste.  Ensuite  cette  branche  fut  coupée;  il 
en  résulta  une  vive  douleur.  Alors  le  pincement  du  bout 
périphérique  ne  détermina  aucune  douleur  ni  aucune 
contraction  dans  l’oreille.  Il  s’agissait  donc  bien  là  d’un 
nerf  de  sentiment  pur,  dont  cependant  l’irritation  faible 
et  non  douloureuse  avait  produit  des  mouvements  qui 


SENSITIFS. 


n’avaient  rien  de  général,  commeie  mouvement  dou¬ 
loureux  ,  mais  qui  restaient  exactement  circonscrits  à 
l’oreille.  Comment  se  produit  ce  mouvement!  C’est 
évidemment  par  une  action  réflexe  agissant  sur  l’ori¬ 
gine  du  facial ,  et  non  par  une  action  directe  du  nerf 
de  sentiment  sur  les  muscles  de  l’oreille  ;  mais  il  est  pro¬ 
bable  que  l’irritation  légère  produite  sur  le  nerf  dope 
lieu  à  une  sensation  de  piqûre  dans  l’oreille  dont  l’ani¬ 
mal  cherche  à  se  débarrasser.  On  sait,  en  effet,  que  l’irri¬ 
tation  d’un  nerf  de  sentiment,  quand  elle  gst  légère, 
donne  une  sensation  qui  se  localise  dans  les  extrémités 
.dé  çe  nerf.  C’est  le  cas  qui  se  présente  lorsqu’un  choc 
comprime  le  nerf  cubital  à  son  passage  entre  lecondyle 
de  l’humérus  et  l’olécrane.  C’est  ce  que  j’ai  vu  en  assis- 
.tant  à  une  opération  de  résection  des  nerfs  honteux  que 
fît  M.  Manee  pendantque  j’étais  interneàla Salpêtrière, 
en  1840.  Au  moment  où  ce  chirurgien  toucha  les  nerfs 
honteux,  le  malade  s’écria  qu’on  lui  enlevait  1®  parties 
génitales. 

L’expérience,  citée  plus  haut  sur  le  chat,  a  été  ré¬ 
pétée  sur  le  chien,  sur  le  rat,  sur  le  lapin,. avec  les 
mêmes  résultats. 


SEIZIÈME  LEÇON. 


Considérant  la  paire  nerveuse  comme  le  type  qui  re¬ 
présente  pour  nous  toutes  les  portions  essentielles  du 


système  nerveux,  nous  avons  successivement  examiné 
ses  racines  antérieure  et  postérieure,  et  étudié  les  pro¬ 
priétés  et  les  fonctions  de  ses  éléments  moteur  et  sensitif. 
H  nous  resterait  maintenant  à  établir  les  relations  qui 
.  unissent  ces  éléments,  pour  en  faire  une  unité  physio¬ 
logique  par  l’intermédiaire  de  la  moelle  épinière. 

Cependant,  avant  d’examiner  le  rôle  et  les  propriétés 
de  la  moelle,  nous  devons  vous  parler  des  nerfs  de  la  vie 
de  nutrition,  qu’on  peut  considérer  encore  comme  une 
troisième  dépendance  de  la  paire  nerveuse. 

Des  racines  antérieures  et  des  racines  postérieures  de 
la  moelle  épinière,  ou  plutôt  de  leur  réunion  en  un 
nerf  mixte,  s’échappent  en  effet  des  filets  qui  vont  se 
rendre  aux  ganglions  qui  constituent  le  grand  sympa¬ 
thique.  On  a  considéré  ces  filets  comme  les  racines 


GUANO  SYMPATHIQUE. 


d’origine  antérieures  et  postérieures  du  grand  sympa¬ 
thique.  Si  nous  devions  considérer  ces  racines  comme 
celles  qui  vont  dans  les  organes  de  la  vie  de  relation, 
ce  seraient  les  nerfs  moteurs  et  sensitifs  de  la  vie  orga- 

H  existe  deux  manières  de  comprendre  le  grand 
sympathique.  Les  uns,  avec  Bichat,  regardent  le  grand 
sympathique  comme  un  système  nerveux  indépendant, 
constitué  par  sa  double  série  de  ganglions,  et  four¬ 
nissant  des  filets  qui  contractent  des  anastomoses  avec 
les  nerfs  émanés  de  la  moelle  épinière.  D’autres,  avec; 
Valentin,  etc.,  regardent  le  système  grand  sympathique! 
comme  n’étant  qu’une  émanation  directe  de  filets  de  la 
moelle  épinière,  sur  le  trajet  desquels  se  rencontrent  nn 
grand  nombre  de  ganglions.  Quelles  que  soient  lestai-: 
sons  physiologiques  que  l’on  puisse  faire  valoir  en  faveur 
de  l’une  ou  de  l’autre  de  ces  opinions,  raisons  que  nous 
examinerons  plus  tard  en  faisant  l’histoire  particulière! 
du  grand  sympathique,  nous  devons  rappeler,  pour  le! 
moment,  qu’il  existe  entre  les  nerfs  du  grand  sympa¬ 
thique  et  les  nerfs  du  système  cérébro-spinal;  dès  diffé¬ 
rences  sur  lesquelles  tout  le  monde  est  d’accord. 

Le  système  du  grand  sympathique  est  composé  par 
des  tubes  nervèux  de  grand  et  de  petit  diamètre,  qui 
paraissent  semblables  à  ceux  que  l’on  rencontre  dans 
les  nerfs  de  la  vie  de  .  relation.  Toutefois,  les  tubes  fins 
sont  prédominants;  mais,  de  plus,  on  trouve  dans  le 
grand  sympathique  des  éléments  nerveux  particuliers, 
qui  ont  reçu  le  nom  de  fibres  de  Remak.  Des  recherches 
anatomiques  récentes  ont  fait  penser  que  ces  fibres  ne 


DISPOSITIONS  ANATOMIQUES.  299 

seraient  qu’un  état  spécial  du  développement  du  système 
nerveux  intermédiaire  à  la  cellule  nerveuse  et  à  la  fibre 
nerveuse  proprement  dite.  Il  y  a  ici  la  même  remarque 
à  faire  relativement  au  système,  musculaire  des  organes 
auxquels  se  rend  le  grand  sympathique,  qui  sont  con¬ 
stitués  ordinairement  par  la  fibre  musculaire  lisse  qui  ne 
serait  également  qu’un  état  de  développement  inférieur 
à  la  fibre  musculaire  striée.  H  y  a  pourtant  des  excep¬ 
tions  à  cette  règle,  car  on  a  vu  que  la  tanche  à  son  in¬ 
testin  entièrement  garni  de  fibres  musculaires  striées. 

Si  les  cellules  ganglionnaires  qui  entrent  dans  la 
composition  des  ganglions  du  grand  sympathique  diffé¬ 
raient  de  celles  qui  constituent  les  ganglions  interverté¬ 
braux  en  ce  qu’elles  sont  multipolaires,  elles  ressembler 
raient,  sous  ce  rapport,  aux  cellules  nerveuses  des  cen¬ 
tres  céphalo-rachidiens. 

Les  ganglions  du  grand  sympathique  donnent  nais¬ 
sance  Ldes  filets  nerveux,  et  en  cela  ils  se  distinguent 
des  ganglions  intervertébraux  des  racines  rachidiennes 
qui  jamais  ne  fournissent  directement  des  filets.  Quand 
on  voit  un  ganglion  nerveux  pourvu  de  filets  nerveux  qui 
en  émanent,  on  peut  regarder  ce  ganglion  comme  ajK 
partenant  au  système  du  grand  sympathique.  Nous  ver¬ 
rons  plus  tard  le  profit  que- nous  pourrons  tirer  de  ce 
caractère  nouveau  pour  l’étude  de  certains  nerfs  de  la 
tête. 

Il  résulte  de  là  que  ces  différences  anatomiques  doi¬ 
vent  correspondre  à  quelques  différences.physiologiques 
que  nous  avons  à  examiner. 

Nous  avons  vu  que  dans  le  système  cérébro-spinal  les 


deux  ordres  de  racines  nerveuses  se  distinguent  par  des 
caractères  physiologiques  bien  nets,  déterminés  par  le 
mode  d’action  des  divers  réactifs  qu'on  emploie,  comme 
excitateurs  des-propriétés  nerveuses.  Examinons  compa-, 
nativement  ces  agents  sor  tes  nerfs  du  système  cérébro, 
spinal  et  sur  ceux  appartenant  au  grand  sympathique. 

L’électricité  est  le  réactif  lè  plus  puissant  pour  exciter 
lenerf  moteur  rachidien.  Nous  . savons  qu’il  suffit  d’un 
courant  excessivement  faible  traversant  le  nerf  sciatique, 
pour  obtenir  une  contraction  dans  la  patte  galvanoscf 
pique  de  la-grenouille;  un  courant  très  faible  agira  de1 
même  pour  exciter  le  nerf  moteur  d’un  mammifère; si 
maintenant  nous  appliquons  le  même  courant  électrifie 
faible  à  un  filet  du  grand  sympathique,  comme  au  filet  de 
communication  des  ganglions  cervicaux,  ohez  le  lapin, on 
ne  voit  pas  d’effet  très  marqué;  il  faut  généralement  em* 
ployer  un  courant  beaucoup  plus  fort  ;  mais  à  l’intensité 
près  l’action  est  cependant  la  même,  e’est-à*dire  qu'il  y 
a  action  motrice  produite,  et  on  observe  la  contraction 
des  vaisseaux,  la  dilatation  ou  le  resserrement  de  la 
pupille,  l’écoulement  de  la  salive,  etc.  Toutefois  il  faut 
observer  que  les  effets  de  l'électricité  se  produisent 
moins  rapidement  sur  le  grand  sympathique  et  persis¬ 
tent  quelques  instants  après  l’action  de  l’ excitant. 

Le  nerf  de  sentiment  est  également  excitable  par 
l’électricité,  mais  il  l’est  infiniment  moins  que  le  nerf 
moteur,  surtout  si  l’on  agit  sur  le  nerf  sensitif  quand 


i  petite  pince  élec- 


rànt.électrique  très  faible ,  a 
le  tout  périphérique  détermi 


convulsions, 
)u  central,  il 
n  réflexe;  il 


tandis  que  appliqué  sur  lé  bout  supériei 
ne  produit  aucune  contraction  par  ac 
faudra  pour  obtenir  cet  effet  employer  un  courant  beau¬ 
coup  plus  énergique.  Il  faut  dire  cependant  que  chez 
les  animaux  mammifères  la  sensibilité  des  nerfs  est  plus 
grande  que  chez  la  grenouille.  Il  faut  encore  ajouter  que 
la  même  excitation  mécanique  commé  un  pincement  par 
eiemple;  portée  comparativementsur  lapeau,  sur  letronc 
du  nerf  et  sur  la  racine  postérieure,  permet  de  constater 
que  l’irritation  de  la  terminaison  et  de  l’origine  du  nerf 
sensitif  produit  des  effets  plus  énergiques  que  ceux 
qu’elle  détermine  en  irritant  le  tronc  du  nerf  mixte. 
Peut-on  déterminer  des  actions  réflexes  par  l’excita¬ 
tion  électrique  ou  autre,  portée  sur  des  nerfs  sensoriels  ? 
11  n’y  a  aucun  doute  à  cet  égard.  Nous  verrons  plus 
tard  que  diverses  excitations  sensorielles  dont  nous  avons 
conscience,  telles  que  le  goût  par  exemple,  donnent 

s’effectuent  par  l’intermédiaire  du  grand  sympathique, 


Mais  ici  nous  voulons  seulement  examiner  si  l’irritation 
d’un  nerf  dont  la  sensibilité  est  inconsciente  peut  déter¬ 
miner  des  mouvements  réflexes.  Ôn  sait  déjà  que,  en 
appliquant  du  vinaigre  à  l’orifice  du  conduit  pancréa¬ 
tique  Ou  biliaire  sur  l’intestin  ouvert  chez  l’animal 
vivant,  on  Voit  le  liquide  sécrété  par  les  glandes  s’écou¬ 
ler  par  action  réflexe.  J’ai  montré  aussi  qu’en  coupant 
le  filet  sympathique  de  communication  au-dessoüs  du 


premier  ganglion  thoracique,  on  obtient,  en  galvanisant 
le  bout  supérieur,  des  contractions  énergiques  dans  l’in- 
testin  grêle  et  dans  l’estomac.  Excitant  le  ganglion 
cœliaque,  on  a  des  contractions  du  gros  intestin.  H 
semblerait  résulter  de  là  que  c’est  en  quelque  sorte 
la  sensibilité  d’une  partie  supérieure  du  canal  intes¬ 
tinal  qui  excite  les  mouvements  dans  une  portion  in¬ 
férieure.  Quoi  qu’il  en  soit,  on  voit  qu’il  faut  admettre 
des  filets  sensitifs  centripètes  dans  le  système  sympa¬ 
thique,  comme  dans  le  système  cérébro-spinal.  Nous 
constaterons  même  que  cette  sensibilité  réflexe  du  sympa¬ 
thique  paraît  exaltée  dans  certains  cas,  particulièrement 
quand  on  a  coupé  ou  lié  les  nerfs  vagues  dans  la  région 

Nous  savons  encore  qu’on  peut  obtenir  une  excitation 
du  nerf  moteur  cérébro-spinal  au  moyen  du  courant 
musculaire.  Peut-on  obtenir  le  même  résultat  avec  te 
nerfs  moteurs  du  grand  sympathique?  J’ai  essayé  sou¬ 
vent,  sans  obtenir  de  résultat  satisfaisant,  avec  le:  filet 
sympathique  du  cou  chez  le  lapin.  J’employais  lé  cou¬ 
rant  musculaire  de  la  grenouille  comme  excitant;  mais 
ici  on  pourrait  pensér  que  l’excitant  est  trop  faible. 
Du  resté  il  n’y  a  pas  lieu  de  penser  à  priori  qu’il  puisse 
y  avoir  de  différence  sous  ce  rapport  entre  le  nerf  mo¬ 
teur  sympathique  et  le  nerf  moteuï  du  système  cé¬ 
rébro-spinal,  puisque  les  muscles  de  la  vie  .organique 
donnent  un  courant  musculaire  comme  ceux  de  la  vie 
animale.  M.  du  Bois-Reymond  a  trouvé  que  le  cœurpos- 
sède  cette  propriété  et  que  sa  pointe  se  comporte  né¬ 
gativement,  tandis  que  la  surface  des  ventricules  est 


positive.  J’ai  également  essayé  sur  le  sympathique  l’ex¬ 
citation  métallique,  qui  est  très  active  sur  les  nerfs  cé¬ 
rébro-spinaux  ;  et  à  ee  propos,  messieurs,  je  vais  vous 
rapporter  quelquesexpériences  nouvelles  que  nous  avons 
faites  sur  cette  singulière  excitation  des  nerfs,  depuis  que 
nous  vous  avons  signalé  ce  fait  pour  la  première  fois  (voy. 
leçon  12',  p.  227).  Nous  compléterons  en  même  temps 
ce  què  nous  avons  à.vous  dire  sur  les  courants  muscu- 
laireset  nerveux  considérés  d’une  manière  générale. 

Nous  allons  vous  montrer  que  constamment  on  dé¬ 
termine  une  contraction  dans  la  patte  de  la  grenouille 
galvanoscopique,  quand  on  fait  toucher  en  deux  points 
séparés  le  nerf  dé  la  patte  sur  une  surface  de  mercure. 
Voici  comment  nous  faisons  cette  expérience  que  nous 
allons  répéter  devant  vous.  Il  y  a  du  mercure  dans  une 
petite  cuve  isolante  en  porcelaine,  en  verre  ou  en  bois 
(fig.  il)  :  si  je  fais  toucher  lentement  sur  le  mercure  le 
nerf  a  de  la  patte  galvanoscopique  du  tube  1 ,  en  le  posant 
dans  une  certaine  longueur,  il  n’y  a  pas  de .  contraction 
produite  dans  la  patte;  mais  si  je  fais  en  sorte  qu’une  por¬ 
tion  de  nerf  soit  isolée  en  ün  point,  il  y  a  contraction  dès 
que  le  nerf  touche  ensuite  le  mercure.  Pour  opérer  cet 
isolement,  nous  plaçons  sur  la  surface  du  mercure  un  pe¬ 
tit  tube  de  verre  très  fin  ou  même  un  brin  de  fil  ciré  i, 
puis  nous  posons  le  bout  a  du  nerf  de  la  patte  galvanosco¬ 
pique  2  au-devant  du  corps  isolant  i,  et  nous  touchons 
ensuite  le  mercure  avec  l’anse  b  du  nerf  qui  à  passé  sur 
le  pont.  Au  moment  où  l’ansé  du  nerf  touche  le  mercure, 
il  y  a  une  contraction  dans  la  patte  galvanoscopique. 
Si  l’on  place  plusieurs  ponts  isolants  i  i  i  successivement 


EXCITATION  MÉTALLIQUE  DES  IÎEEFS.  305 
patte.  On  peut,  au  lieu  de  prendre  un  corps  isolant  ap¬ 
pliqué  sur  le  mercure,  soulever  une  anse  du  nerf  c 
(tube  3)  avec  une  petite  tige  de  verre,  Si,  au  lieu  de  faire 
toucher  le  bout  du  nerf  d’abord  etl’anse  ensuite,  on  fait 
an  contraire  toucher  l’anse  d’abord  et  le  nerf  ensuite,  on 
a  également  une  contraction,  mais  peut-être  d’une  ma¬ 
nière  moins  certaine.  Des  surfaces  métalliques  autres 
que  je  mercure  peuvent  produire  le  même  effet.  Ainsi, 
avec  une  plaque  de  platine  bien  pur,  de  fer  ou  de  cuivre, 
on  obtient  l.es  mêmes  résultats. 

Jai  constaté  qu’un  nerf  tenant  à  la  'moelle  sur  un 
animal  vivant,  le  nerf  sciatique  de  la  grenouille,  par 
exemple,  isolé  dans  tout  le  trajet  de  la  cuisse,  mis  en 
contact  par  deux  points  sur  la  surface  métallique  mer¬ 
curielle,  est  excité  de  manière  à  déterminer  des  contrac¬ 
tions  dans  la  patte  ;  mais  il  n’y  a  alors  aucune  action 
centripète  sur  le  nerf  sensitif  et  aucune  action  réflexe. 

Quelle  explication  faudrait-il  donner  de  cette  action 


de  la  surface  métallique  ?  En  admettant  qu’il  y  a  déve¬ 
loppement  d’électricité  qui  traverse  et  excite  ce  cerf, 
ou  bien  qu’il  y  a  dérivation,  par  le  corps  conducteur,  de 
l’électricité  du  nerf.  Dans  tous  les  cas  je  ne  pense  pas 
que  l’explication  que  l’on  invoque  pour  le  courant  mus¬ 
culaire  puisse  servir  dans  ce  càs. 

Relativement  à  la  contraction  qui  survient  dans  la 
patte  galvanoseopique  en  faisant  toucher  son  nerf  aui 
deux  coupes  du  muscle,  elle  cesse  de  se  produire 
lorsque  le  muscle  est  complètement  mort  et  est  venu  à 
l’état  de  raideur  cadavérique.  J’ai  vu  alors,  en  exami¬ 
nant  les  muscles  à  l’appareil  de  M.  J.  Régnault,  que  lé 
courant  musculaire  n’existe  plus  dans  ces  circonstances, 
de  sorte  qu’il  y  a  au  moins  coïncidence,  sinon  rapport 
nécessaire,  entre  la  contractilité  musculaire  physiologi¬ 
que  et  le  courant  musculaire  électrique. 

■  Quand  on  voudra  obtenir  des  contractions  dans  la 
patte  galvanoseopique  en  faisant  toucher  à  son  nerf  les 
deux  coupes-  d’un  muscle,  il  faudra  donc  prendre  un 
muscle  vivant,  soit  en  pratiquant  une  plaie  transversale  à 
un  muscle  de  la  cuisse  sur  une  grenouille  vivante,  soi} 
en  prenant  la  cuisse  de  grenouille  récemment  préparée 
et  possédant  encore  sa  contractilité  ètle  courant  muscu¬ 
laire.  Les  muscles  d’animaux  à  sang  chaud  produisent 
le  même  effet,  seulement  ils  perdent  beaucoup  plus 
vite  leurs  propriétés  physiologiques  et  électriques  quand 
ils  ont  été  séparés  du  corps,  n  faut  en  outre  avoir  une 
patte  galvanoseopique  récemment  préparée  et  bien 

,  Le  courant  électrique  se  dirige  de  la  surface  a  positive 


lll 


308 


ruption,  comme  cela  a  lieu  dans  la  fig.  2,  on  n’a  pas  de 
contraction.fi  est  surtoutimportant,  dans  toutes  cesexpé- 
riences,  queles  deux  parties  du  nerf  qui  toucheutla sur¬ 
longitudinale  et  la  surface  transversale  soient  isolés 
une  portion  du  nerf  soulevé.  C’est  pour  celaque  jetais 
sortedepont  avec  l’anse  du  nerf,  enlesoulevantavec 
une  petite  baguette  très  fine  de  verre  ou  à  l’aide  d’un  corps 
isolant  quelconque.  La  patte  galvanoscopique  sera  tenue 
elle-même  isolée  dans  un  tube  de  verre.  Enfin,  je  pra¬ 
tique  obliquement  la  coupe  du  muscle,  afin  que  le  contact 
de  l’anse  soit  plus  facile  à  effectuer.  On  place  d’abord 
le  bout  du  nerf  sur  la  face  longitudinale  a  du  muscle 
(fig.  3)  ;  on  n’a  pas  de  contraction  à  ce  premier  contact, 
mais  au  moment  oùl’onvientà  toucher  la  surface  trans¬ 
versale  avec  l’anse  b  du  nerf,  à  l’instant  même  on  obtient 
une  secousse  convulsive  dans  les  muscles  de  la  patte.  Cette 
convulsion  a  lieu  à  l’entrée,  c’est-à-dire  au  moment  du 
contact  du  nerf;  si  au  lieu  de  toucher  d’abord  la  surface 
longitudinale,  on  agissait  en  sens  inverse,  en  touchant 
d’abord  la  coupe  transversale  b  avec  le  nerf  {fig.  A),  et 
ensuite  la  coupe  longitudinale  avec  l’anse  du  nerf,  on 
aurait  également  une  convulsion  dans  la  patte,  mais 


moins  régulièrement,  et  souvent  seulement  à  [la  sortie, 
c’est-à-dire  au  moment  où  on  fait  cesser  le  contact  de 
l’anse  nerveuse  avec  la  surface  longitudinale  du  muscle. 
Nous  expliquerons  dans  un  instant  ces  différences. 

Si  au  lieu  d’opérér  avec  un  tronçon  de  muscle  de  la 
cuisse,  on  agit  sur  l’animal  vivant,  sur  une  grenouille 
par  exemple,  chez  laquelle  on  aura  fait  une  plaie  aux 
muscles  dé  la  cuisse,  on  obtient  le  même  effet,  seule¬ 
ment  il  semble  qu’il  suffise  de  toucher  les  bords  de  la 
plaie  pour  obtenir  la  contraction,  et  que  l’inflammation 
’  de  la  plaie  soit  une  cause  puissante  de  développement 
d'électricité  négative. 

-  Il  est  facile  d’expliquer  la  contraction  musculaire  de 
la  patte  galvanoscopique  quand  on  sait  que  le  courant 
musculaire  est  un  courant  électrique  qui  va  de  la  face 
longitudinale  a  a  la  surface  longitudinale  6.  Dans  le  cas 
où  l’on  met  en  contact  deux  points  du  nerf  avec  cha¬ 
cune  de  ces  faces  musculaires,  le  courant  traverse  néces¬ 
sairement  la  portion  du  nerf  isolée  en  anse  :  tantôt,  le 
courant  étant  directou  centrifuge,  quand  l’anse  nerveuse 
la  plus  rapprochée  de  la  patte  touche  la  face  transversale 
du  muscle;  tantôt,  le  courant  étant  indirect,  c’est-à-dire 
centripète,  quand  l’anse  nerveuse  la  plus  rapprochée  de 
la  patte  touche  la  face  longitudinale  des  muscles. 
Dans  ce  dernier  cas,  on  peut  avoir  la  contraction  à  la 
sortie,  parce  que  avec  ce  courant  électrique  du  muscle, 
on  peut  rencontrer  tous  les  cas  qu’on  a  avec  l’élec¬ 
tricité  de  la  pile,  c’est-à-dire  toutes  les  périodes  d’ac¬ 
tion  que  nous  avons  admises ,  suivant  l’état  de  fatigue 
du  nerf  et  suivant  le  sens  du  courant  électrique  qui  le 


310  COURANT  MUSCULO— CUTANÉ 

parcourt.  Nous  ne  reviendrons  pas  sur  ces  phénomène!, 
que  nous  avons  longuement  expliqués  ;  nous  nous  bor¬ 
nons  à.  dire  que  les  faits  ,  que  nous  examinons  mainte¬ 
nant,  et  qui  sont  produits  avec  l’électricité  musculaire, 
rentrent  parfaitement  dans  ceux  produits  par  l’électricité 
ordinaire  de  la  pile  (voy.  p.  171,  10'  leçon). 

Enfin,  messieurs,  je  désire  vous  signaler  encore  6s 
expériences  que  nous  avons  faites  sur  un  courant  élec¬ 
trique  qui  va  de  la  surface  des  muscles  à  la  surface  de 
la  peau  et  que  nous  appellerons  museulo-cutané.  ' 

M.  du  Bois-Reymond,  dans  un  mémoire  lu  à  l’Aca¬ 
démie  de  Berlin,  le  30  juin  1851,  signale  que  la  peau 
de  la  grenouille  possède  une  force  électro-motrice 
propre  ;  mais  il  ne  s’en  préoccupe  que  comme  étant 
cause  d’une  erreur  que  l’on  doit  faire  disparaître  pour 
observer  le  courant  musculaire,  et  il  arrive  à  ce  sujets 
établir  qu’il  existe  réellement  dans  la  [peau  de  la  gre¬ 
nouille  des  forces  électro-motrices  et  qu’on  en  fait  dis¬ 
paraître  entièrement  les  effets  en  imbibant  d’eau  salée 
les  points  de  la  peau  qui  doivent  être  mis  en  rapport 
avec  le  galvanomètre^  par  l’intermédiaire  des  coussinets 
humides  dont  il  fait  usage  dans  ce  genre  d’expé- 

D’abord,  nous  allons  montrer  que  la  surface  delà  peau 
et  celle  des  muscles  sont  électrisés  d’une  manière  op- 

■  Lorsque,  sur  une  grenouille  vivante,  on  fait  une  plaie 
■de  manière  à  mettre  la  surfâGe  extérieure  des  muscles  à 
nu,  on  peut  voir  que  cette  surface  des  muscles  est  élec¬ 
trisée  positivement,  et  que  là  surface  externe,  de  la  peau 


doigt  d  toucherait  la  surface  cutanée  de  la  cuisse.  Dans  le 
premier  cas,  il  y  a  un  courant  qui  va  de  la  surface  mus¬ 
culaire  a  positive  à  la  surface  de  la  peau  c  négative,  et 
c’est  le  corps  ou  la  main  de  l’observateur  qui  servent  de 
conducteur;  de  sorte  que,  si  lion  isole  la  patte  galva- 
noscopique ,  le  phénomène  cesse  d’avoir  lieu,  parce  que 
le  courant  entre  la  peau  et  le  muscle  est  interrompu. 

Mais,  quand  la  patte  est  isolée  dans  un  tube  de  verre 
(%.  56),  on  peut  avoir  la  contraction  pourvu  que  1’ 
place  le  nerf  dans  le  courant  qui  va  des  muscles  à 
peau.  H  suffit  de  faire  toucher  le  nerf  aux  muscles  et 
faire  tomber  l’anse  nerveuse  sur  la  peau. 

Il  y  a  donc  un  courant  musculo-cutané  qui  va  de 
la  surface  longitudinale  des  muscles,  considérée  comme 
positive,  à  la  surface  de  la  peau  considérée  comme  né¬ 
gative.  Je  ne  sache  pas  que  la  direction  de  ce  courant  ait 
été  signalée.  Je  l’ai  constaté  d’abord  avec  la  patte  gal- 
vanoscopique,  puis  ensuite  avec  M.  J.  Régnault,  à  l’aide 
de  son  appareil  (voy.  fig.  S7).  Voici,  en  résumé, 


$3% 


314 


ce  que  nous  avons  observé.  En  plaçant  une  cuisse  de 
grenouillé  dépouillée  de  sa  peau  d’un  côté  et  placée  de 
telle  façon  que  la  peau  touchât  un  coussinet,  et  la  surface 
musculaire  l'autre,  on  avait  une  déviation  très  marquée 
qui  allait  en  sens  inverse  quand  on  inversait  les  surfaces 
de  contact.  La  direction  du  courant  s’est  montrée  con¬ 
stante  des  muscles  à  la  peau. 

Il  y  a  ensuite  un  courant  qui  va  de  la  surface  interne 
delà  peau  positive  à  la  face  externe  négative.  Ouïe 
constate  à  l’aide  de  la  grenouille  galvanoscopique 
(fig.  46,  P"'P"'/P'),  et  à  l’aide  du  galvanomètre.  En  faï 
sant  des  espècesde  piles  de  peau,  et  en  mettant  les  deux 
pôles  de  cette  pile  animale,  dontl’un  est  constitué  par  la 
face  interne  et  l’autre  par  la  face  externe  de  la  peau,  on 
a  une  déviation  très  évidente  dans  le  sens  d’un  courant 
qui  va  de  la  face  interne  de  la  peau  à  sa  face  externe. 

De  tous  ces  courants  électriques,  le  courant  muscu¬ 
laire  estleplus  fort,  le  musculo-cütanéetlecutané  ensuite. 

Enfin,  il  peut  y  avoir  aussi  un  courant  électrique  dans 
un  seul  muscle,  qui  irait  du  tendon  à  la  substance  mus¬ 
culaire  ou  d’un  muscle  à  l’autre  (fig.  46,  T',  T"). 

Il  est  bien  remarquable  que  les  organes  glandulaires 
paraissent  complètement  dépourvus  de  ces  courants  élec¬ 
triques.  J’ai  essayé  avec  la  patte  galvanoscopique  le  foie, 
les  reins,  etc.,  les  testicules,  les  poumons,  sans  rien  obte¬ 
nir,.  Cependant,  en  plaçant  le  nerf  sur  le  foie  et  sur  là 
peau  chez  une.  grenouille,  j’ai  vu  survenir  des  contrac¬ 
tions,  dé  même  aussi  sur  la  langue  de  la  grenouille. 

J’ai  essayé  de  vérifier  l'existence  de  ces  courants  Cher 
des  animaux  élevés;  mais  la  peau  est  munie  de  poils, 


courants  une  signification  physiologique. 


316  COUSANT  MUSCÜLO-CUTAN’É. 

moins  très  intéressant  de  les  constater.  Ils  disparaissent 
rapidement  après  la  mort  de  l’animal,  d’abord  le  cutané, 
puis  le  musculo-cutané,  puis  le  musculaire  qui  dure  le 
plus  longtemps  de  tous.  J’ai  vu  dans  certains  cas  de 
troubles  physiologiques,  tels  que  la  destruction  delà 
moelle,  certains  empoisonnements,  le  courant  musculo- 
cutané  disparaître  momentanément  au  moment  de  l’ac¬ 
tion  perturbatrice,  pour  reparaître  ensuite  quand  l’ani¬ 
mal  estréellement  mort.  Dans  une  pile,  onpeutdireque 
le  courant  marche  du  métal  nonattaquéà  celui  quil’est; 
ici  nous  pourrions  également  dire  que  le  courant  va  du 
tissu  le  moins  attaqué  à  celui  qui  l’est  le  plus.  Il  est  cer¬ 
tain,  par  exemple,  que  la  surface  de  section  d’un  muscle 
doit  être  le  siège  d’une  altération  plusactiveque  sa  facenon 
coupée.  La  surface  externe  de  la  peau  étant  à  l’air,  est  le 
siège  d’une  décomposition  plus  active  que  saface  interne 


nerf  est  soulevé  en  g  et  son  anse  touche  le  muscle  gastrocnémien  f. 

T".  La  patte  P"'  est  isolée  ;  le  bout  du  nerf  i  touche  la  surface  muscu- 


317. 


GRAND  SYMPATHIQUE. 

ou  lasurface  longitudinale  du  muscle.  H  y  a  là,  du  reste, 
un  sujet  d’études  du  plus  haut  intérêt  que  nous  ne  faisons 
qu’indiquer  et  qui  seront  sans  doute  poursuivies. 

Revenons  maintenant  à  notre  sujet ,  et  examinons  si 
l’on  peut  se  placer  à  ce  point  de  vue,  pour  comparer  les 
propriétés  physiques  et  physiologiques  des  filets  qui  con- 
stituent  le  système  nerveux  du  grand  sympathique. 

Les  racines  antérieures  sont  toujours  l’origine  des 
nerfs  de  mouvement.  R  s’agit  seulement  ici  des  mou¬ 
vements  involontaires.  Les  mouvements  auxquels  pré¬ 
sident  les  nerfs  nutritifs  se  distinguent  des  mouvements 
qui  sont  sous  l’influence  de  la  volonté  par  la  variété 
des  actions  qu’ils  déterminent;  mais  nous  verrons  que 
ces  deux  ordres  de  mouvements  peuvent  cependant  être 
considérés  comme  identiques  dans  leur  mécanisme.  Tan- 


SYMPATHIQUE. 


318 

tôt  ils  auront  pour  but  d’activer  une  sécrétion,  tantôt  de 
provoquer  des  mouvements  involontaires,  ceux  des  in¬ 
testins,  ou  ceux  du  cœur,  et  ils  présideront  ainsi  tantôt! 
des  phénomènes  physiques,  tantôt  à  des  actions  chimi¬ 
ques.  Vous  le  voyez,  messieurs,  le  rôle  des  nerfs  moteurs 
ne  se  borne  plus  ici  à  agrandirouà  diminuer  l’angle  que 
forment  deux  leviers;  leurs  attributions  dans  les  phé¬ 
nomènes  de  la  vie  de  nutrition  sont  plus  variées:  c’est  en 
les  étudiant  que  nous  serons  conduit  à  vous  indiquer 
comment  il  faut  comprendre  leur  intervention  dans  le 
mécanisme  de  certaines  manifestations  purement  phy¬ 
siques  Ou  chimiques. 

Ce  ne  sont  pas  là  des  vues  de  l’esprit,  des  idées  théo¬ 
riques  à  priori  sur  les  conditions  des  phénomènes  de 
l’innervation  organique;  un  certain  nombre  d’expé¬ 
riences  que  nous  verrons  plus  tard  donnent  à  ces  consi¬ 
dérations  la  valeur  des  faits  les  mieux  établis.  Je  me 
bornerai  seulement,  pour  aujourd’hui,  à  vous  rappeler 
quelques  expériences  qui  démontrent  la  nature  motrice 
et  sensitive  du  grand  sympathique. 

Dès  1712,  Pourtour  du  Petit  avait  coupé  au  poil  le 
filet  du  grand  sympathique  qui  unit  le  ganglion  cervical 
moyen  au  ganglion  cervical  supérieur,  filet  qui,  selon  les 
animaux  sur  lesquels  on  opère,  sé  trouve  divisé  tantôt 
seul  tantôt  avec  le  pneumogastrique.  Pourfour  du  Petit 
n’avait  porté  son  attention  que  sur  les  phénomènes  qui? 
après  cette  section,  se  passent  du  côté  de  l’œil.  La  pupille 
est  rétrécie  par  cette  section  :  elle  a  bien  conservé  le 
pouvoir  de  se  contracter  encore,  mais  elle  reste  chezbeâli- 
coup  d’animaux  plus  contractée  que  celle  du  côté  opposé. 


SES  PROPRIÉTÉS  MOTRICES  ET  SENSITIVES.  319 
L’observation  en  était  Testée  là.  Quant  au  phénomène 
constaté,  on  l’avait  expliqué  en  admettant  que  l’opéra¬ 
tion  avait  paralysé  les  fibres  radiées  de  l’iris,  et  que  dès 
lois  les  fibres  circulaires  agissant  seules  déterminaient 
une  contraction  permanente.  Dans  cette  interprétation, 
la  présence  des  deux  ordres  de  fibres  musculaires  dans 
l'iris  répondait  aux  besoins  de  la  théorie. 

Pourtour  du  Petit  avait  dit  que  la  direction  du  filet  du 
grand  sympathique  qu’il  coupait  au  cou  était  ascen¬ 
dante  ;  MM.  Budge  et  Waller  l’ont  démontré  par  des 
expériences.  Pour  cela  ils  ont  fait  la  section  du  grand 
sympathique  dans  la  région  du  cou,  sur  des  chiens.  Chez 
ces  animaux,  la  section  porte  en  même  temps  sur  le 
grand  sympathique  et  le  pneumogastrique  qui  sont  étroi¬ 
tement  accolés.  En  examinant  les  modifications  qu’après 
l’opération  éprouvent  les  bouts  des  nerfs  coupés ,  ils  ont 
pu  distinguer  la  partie  périphérique  de  la  partie  centrale, 
et  établir  ainsi  la  direction  du  nerf.  Us  ont  appliqué  à 
cèux-ci  cette  proposition  générale  dont  nous  vous  avons 
déjà  parlé,  qu’après  la  section,  le  bout  périphérique 
du  nerf  s’altère  tandis  que  le  bout  central  ne.  s’altère 
pas.  Ici  le  bout  périphérique  du  pneumogastrique  s’al- 
tère;  lebout  central  ne  s’altère  pas. Mais  à  côté  du  bout 
périphérique  désorganisé  du  pneumogastrique,  un  filet 
reste  intact.  Ce  filet,  c’est  le  grand  sympathique,  dont 
l’intégrité  prouve  qu’il  est  central.  Lé  centre  d’origine 
de  cette  portion  du  grand  sympathique  est  donc  infé-r 
rieur  à  la  section  ;  la  direction  du  rameau  coupé  est 


320  GRAND  SYMPATHIQUE 

de  la  partie  inférieure  de  la  région  cervicale  de  la  moelle 

épinière  qu’ils  ont  appelée  région  cilio-spinak. 

Cependant  les  phénomènes  consécutifs!  la.  section 
du  filet,  cervical  du  grand  sympathique  ne;  sont  pas 
limités  seulement  à  la  pupille.  J’ai  trouvé  qu’il  y  a  en 
même  temps  accélération  de  la  circulation  dans  toutela 
moitié  correspondante  de  la  tête ,  dont  la  température 
augmentera  peau  devient  plus  sensible;  et,  chose  en¬ 
core  inexpliquée,  la  pulsation  artérielle  est  plus  forte 
de.ce  côté,  et  les  vaisseaux  y  sont  dilatés. 

Nous  reviendrons  plus  tard  sur  ces  expériences,  à 
propos  de  l’étude  particulière  du  grand  sympathique; 
je  veux  seulement  établir  que  les  actions  dont  je  viens 
de  vous  parler  reconnaissent  toutes  pour  cause  une  in¬ 
fluence  exercée  par  la  portion  motrice  du  grand  sympa¬ 
thique  sur  les  éléments  contractiles  des  vaisseaux.  Seu¬ 
lement,  nous  pouvons  remarquer  dès  à  présent  que.la 
section  de  ces  nerfs  moteurs  produit  une  activité  exagé¬ 
rée  de  la  fonction  de  certains  organes,  tandis  quel’iiv 
verse  parait  avoir  lieu  pour  d’autres  organes.  Nous 
aurons  à  nous  expliquer  plus  tard  à  ce  sujet. . . 

Nous  allons  vous  donner  maintenant  un  autre  exemple, 
afin  de  fixer  d’abord  les  faits  : 

Lorsqu’on  agit  sur  les  nerfs  moteurs,  on  constate 
immédiatement  des  mouvements  très  évidents  dans  les 
parties  contractiles  auxquelles  ils  se  distribuent.  Mais 
cette  action  n’est  pas  la  seule,  et  il  est  de  ces  nerfs  qui 
se  rendent  dans  les  organes  sécréteurs  sur  les  fonctions 
desquels  ils  ont  une  action  que  nous  vous  rendrons  tout 
à  l’heure  très  évidente.  Les  quatre  espèces  de  nerfs 


SES  PHOPRIÉliS  MOTRICES  ET  SEKS1T1VES.  321 
admis  par  les  physiologistes  :  nerfs  moteurs,  sensitifs, 
trophiques  et  sensoriauso,  doivent  -donc  être  réduites, 
caries  nerfs  trophiques  doivent  être,  suivant  moi,  consi- 
dérés  comme  moteurs. 

La  glande  sous-maxillaire ,, par  exemple,  reçoit  un 
filet  de  la  corde  du  tympan  partie  de  la  septième  paire, 
du  facial,  et  par  conséquent  filet  moteur.  Quand  oh 
excite  ce  nerf,  on  produit  une  exagération  de  la  sécrétion 
qui  n’est  encore  là  que  le  résultat  d’une  action  motrice 
spéciale,  comme  nous  lé  verrons  plus  tard  en  détail, 
k  n.doitsans  doute  en  être  de  même  des  autres  glandes.  . 

Nous  devons  maintenant  chercher  à  suivre,  dans  le 
grand  sympathique,  l’élément  sensitif  de  la  paire  ner- 

On  pourrait  penser  qu’il  n’y  a  pas  de  sensibilité  dans 
les  organes  intérieurs.  Nous  n’avons,  en  effet,  aucune 
conscience  de  leurs  manifestations  sensibles.  Mais,  bien 
que  les  nerfs  qu’ils  reçoivent  soient  d’ordinaire  impuis¬ 
sants  à  transmettre  les  impressions  d’une  sensibilité 
consciente,  ils  n’en  ont  pas  moins  une  sensibilité  parti¬ 
culière,  sans  conscience,  à  laquelle  on  a  donné  le  nom 
de  sensibilité  réfleoce.  Cette  sensibilité  inconsciente 
existe.d’ailleurs  pour  les  organes  de  la  vie  de  relation, 
dans  certains  états  pathologiques  de  l’encéphale. 

On  a  un  exemple  de  cette  sensibilité  sans  conscience 
lorsqu’on  examine  les  parties  profondes  du  canal  intes¬ 
tinal,  lorsqulon  voit  ce  qui  se  passe  dansl’estomac  ou  le 
duodénum  quand  les  aliments  y  arrivent.  Beaumont,  qui, 
chez  son  Canadien  porteur  d’une  fistule  gastrique,  a  pu 
parfaitement  observer  ces  phénomènes,  a  constaté  que  le 


322 


contact  des  aliments  produisait  des  phénomènes  de  deux 
ordres  :  des  mouvements  et  des  sécrétions  (1).  H  y  ai 
évidemment  une  sensation  perçue  ;  on  peut  en  acquérir 
la  certitude  en  coupant  tous  les  nerfs  qui  se  distribuent 
à  l’organe  :  dès  lors  la  réaction  est  empêchée  et  l’arrivée 
des  aliments  dans  l’estomac  n’y  détermine  plus  ni  mou¬ 
vements  ni  sécrétions. 

Les  mêmes  phénomènes  s’observent  dans  le  duodé¬ 
num  ,  à  l'orifice  des  conduits  pancréatique  et  biliaire. 
En  ouvrant  le  duodénum,  on  peut  voir  ces  conduits  ne 
donner  lieu  à  aucun  écoulement  de  liquidé  ;  mais,  si 
l’on  vient  à  exciter  leur  orifice  intestinal,  l’écoulement 
se  produit  indirectement.  Pour  provoquer  cet  écoule¬ 
ment,  l’excitant  mécanique  n’est  pas  le  plus  efficace; 
l’action  des  excitants  chimiques  est  bien  plus  vive:  il 
semble  qu’il  y  ait  par  ces  surfaces  une  sorte  de  gustation 
en  vertu  de  laquelle  elles  soient  plus  spécialement  stimu¬ 
lées  par  certains  agents.  Dans  la  bouche,  les  substances 
acides  provoquent  un  écoulement  abondant  de  salive,  il 
en  est  de  même  dans  le  duodénum.  Le.contraire  âlieu 
dans  l’estomac  :  l’ingestion  de  vinaigre  étendu  d’eauy 
produit  moins  d’effet  qu’un  alcali  faible  qui  y  déter¬ 
mine  des  mouvements  et  le  fait  sécréter  abondam¬ 
ment.  On  a  cru  voir,  dans  ces  cas ,  une  sorte  d’affinité 
chimique  entre  la  substance  ingérée  et  le  liquide  sécrété 
par  la  partie  avec  laquelle  elle  se  trouve  en  contact.  C’est 
pour  cela  qu’on  a  dit  que  les  sécrétions  alcalines  étaient 


action  bien  sensible  sur  ces  mêmes  sécrétions.  L’inverse 
aurait  lieu  pour  les  sécrétions  acides .  qui,  non  influen¬ 
cées  par  les  excitants  acides,  le  seraient  très  vivement 
par  les  excitants  alcalins. 

On  retrouverait  des  nerfs  de  sensibilité  dans  le  pou¬ 
mon,  qui  jouissent  là  d’une  sensibilité  spéciale  accusant 
le  besoin  de  respirer;  et  ne  traduisant,  au  point  de  vue 
de  la  douleur,  que  des  sensations  obtuses. 

Il  en  est  de  même  pour  le  cœur,  et  très  vraisembla¬ 
blement  aussi  pour  les  vaisseaux,  etc. 

Nous  trouvons,  en  résumé,  que  la  sensibilité  dans  les 
organes  profonds  est  inconsciente ,  incapable  de  provo¬ 
quer  des  réactions  volontaires  et  produisant  seulement 
des  réactions  réflexes  spéciales. 

Quand  on  fait  vibrer  par  le  frottement  les  filets  ner¬ 
veux  sympathiques  dans  l’abdomen ,  j’ai  vu  qu’on  peut 
aussi  déterminer  des  secousses  violentes  et  des  mouve¬ 
ments  réflexes  brusques  dans  les  membres  et  dans  les 
muscles  de  la  vie  extérieure. 

D’après  toutes  ces  observations,  nous  voyons  qu’il  y  a 
évidemment  des  nerfs  de  mouvement  et  de  sentiment 
dans  le  grand  sympathique.  Cependant  on  ne  pourrait 
pas  distinguer  ,  physiologiquement,  dans  le  système  du 
grand  sympathique ,  deux  ordres  de  racines  nerveuses 
essentiellement  distinctes,  dont  l’une  aurait  des  pro¬ 
priétés  analogues  à  la  racine  antérieure,  et  l’autrè  à  la 
racine  postérieure. 

Lorsque  l’on  examine  les  origines  des  nerfs  grand  et 
petit,  splanchnique,  par  exemple,  on  ne  peut  pas  suivre 
leurs  racines  en  rapport  avec  leurs  propriétés. 


324  GRAND  SYMPATHIQUE. 


Nous  ayons  trouvé,  pour  lesnerfs  de  la  vie  extérieure, 
que  les  racines  postérieures  sont  sensibles;  ici,  il  s’agis¬ 
sait  de  savoir  si  les  filets  ou  les  ganglions  du  grand 
sympathique  qui  ne  sont  en  rapport  qu’avec  des  sensa¬ 
tions  sans  conscience  dans  l’état  physiologique,  ne  sont 
pas  susceptibles  de  manifester  de  la  douleur  lorsqu’on 
vient  à  les  irriter. 

M.  Flourens  a  fait  déjà  des  expériences  à  ce  sujetjl), 
et  nous  en  avons  fait  nous-même.  M.  Flourens,  en  prati¬ 
quant  des  expériences  sur  des  lapins,  -a  admis  que  le  gau- 


sensibilité,  tandis  que  les  autres  ganglions  cervicaux™ 
thoraciques,  n’en  ont  gardé  que  très  peu  ou  pasdu  tout. 
Dans  nos  expériences  qui  seront  rapportées  à  propos  de 
l’histoire  spéciale  du  grand  sympathique,  nous  avons 
cru  remarquer  que  tous  les  ganglions  du  grand  sympa¬ 
thique  étaient  insensibles,  quand  on  les  pinçait  sans 
exercer  sur  eux  aucune  espèce  de  tiraillement.  Seule¬ 
ment  le  ganglion  semi-lunaire  détermine  d’une  manière 
très  évidente  des  mouvements  réflexes  dans  le  tronc  et 
même  dans  les  membres  de  l’animal,  mouvements  qui 
pourraient  être  pris  pour  des  mouvements  de  doulé®,; 
mais  nous  pensons  que  ce  ne  sont  que  des  mouvements 
réflexes,  car  ils  ont  lieu,  même  plus  fortement,  chez  un 
animal  qui  vient  d’être  sacrifié  par  la  section  du  bulbe 
rachidien,  par  exemple. 

Dans  les  autres  ganglions  du  grand  sympathique,  les 
mouvements  réflexes  sont  moins  faciles  à  apercevoir. 


Nous  avons  remarqué  en  outre  que  lorsqu’on  pince  les 
ganglions  du  grand  sympathique,  il  y  a,  à  l’endroit  pincé, 
formation  d’une  espèce  de  contusion  brunâtre;  ce  qui 
n’a  pas  lien  lorsqu’on  pince  les  autres  parties  du  système 


Quand  on  pincé  les  filets  même  du  grands  sympa¬ 
thique  dans  le  thorax  ou  dansle  coü, jen’ai  jamais  vu  dë 
douleur  développée;  mais  on  provoque  cependant  des 
mouvements  réflexes.  Ainsi,  par  exemple,  quand  on 
pincé  lë  bout  supérieur  du  filet  cervical  du  grand  sym¬ 
pathique,  on  détermine  des  mouvements  de  déglutition. 

Il  est  cependant  certains  états  dans  lesquels  nous  pou¬ 
vons  avoir  conscience  de  la  sensibilité  de  cès  organes 
profonds.  Dans  les  inflammations,  par  exemple,  il  est 
certain  qu’il  existe  une  sensibilité  qui  d’obscure  est  de¬ 
venue  évidente.  Il  est  donc  infiniment  probable  que  dans 
les  organes  de  la  vie  organique,  comme  dans  ceux  de  la 
vie  de  relation,  les  deux  modes  de  sensibilité  existent  ; 
avec  cette  différence,  toutefois  qu’à  l’état  normal  l’Une 
de  ces  sensibilités  est  masquée  par-  l’autre ,  bien  que 
dans  des  circonstances  données  le,  phénomène  le  plus 
obscur  puisse  à  son  tour  prédominer  et  qu’il  y  ait  telles 
circonstances  dans  lesquelles  les  rôles  sont  renversés. 

'  Je  vous  rappelais,  tout  à  l’heure  quelques-uns  dès 
phénomènes  de  sensibilité  qu’on  peut  le  plus  facilement 
observer  dans  le  tube  intestinal.  Je  vous  signalais,  entre 
autres,  la  variété  des  effets  obtenus  par  les  excitants 
Chimiques  suivant  la  partie  des  voies  digestives  sur  la¬ 
quelle  on  les  fait  agir. 

Les  irritations  chimiques,  mécaniques  ou  galvaniques 


semblent  avoir  sur  le  grand  sympathique  une  action 
analogue  à  celle  qu’elles  ont  sur  les  nerfs  du  système  cé¬ 
rébro-spinal.  Lorsqu’on  galvanise,  par  exemple,  le  bout 
supérieur  du  filet  cervical  du  grand  sympathique,  on 
produit  des  effets  très  remarquables  sur  les  vaisseaux 
de  la  tête  et  sur  les  muscles  de  l’œil,  effets  que  nous 
examinerons  plus  tard. 

Lorsqu’on  galvanise  le  bout  central,  on  n’observe  rien 
de  semblable.  De  sorte  que  le  filet  du  grand  sympa¬ 
thique  réagit  ici  comme  un  nerf  moteur  pur,  ne  don¬ 
nant.  pas  de  signe  de  sensibilité  consciente  ni  incon¬ 
sciente  par  son  bout  central,  et  donnant  lieu  à  des  actions 
motrices  par  l’irritation  de  son  bout  périphérique, 
j  Toutefois,  il  existe  ce  fait  singulier  que  lorsque  l’on 
pince  seulement  le  même  bout  périphérique,  on  observe 
dans  le  pharynx  des  mouvements  qui  semblent  être  des 
mouvements  réflexes.  Dans  ce  cas,  le  ganglions  cervical 
supérieur  jouerait-il  le  rôle  de  centre  pour  un  certain, 
nombre  de  filets  nerveux  qui  représenteraient  la  racine 
postérieure,  tandis  que  les  nerfs  moteurs  prendraient 
leur  origine  dans  la  moelle  épinière?  Le  ganglion  sym¬ 
pathique  serait-il  réellement  un  petit  cerveau  qui  enver¬ 
rait  à  la  moelle  des  filets  sensitifs  inconscients  et  moteurs, 
tandis  que  la  moellenelui  enverrait  que  des  filetsmoteurS 
Ce  sont  là  des  questions  que  font  naître  les  particularités 
observées  et  sur  lesquelles  nous  reviendrons. 

Lorsqu’on  galvanise  les  portions  thoraciques  ou  ab¬ 
dominales  du  grand  sympathique,  on  obtient  des  effets 
variables,  et  même  dans  certains  points,  on  n’obtient 
aucune  action  appréciable.  Il  en  est  de  même,  d’ailleurs, 


SES  PROPRIÉTÉS  SENSITIVES  ET  MOTRICES.  327 
de  là  section  des  filets  du  grand  sympathique  dans  di¬ 
verses  régions  on  de  l’ablation  des  différents  ganglions 
sympathiques. 

l’ai  constaté  que  la  section  du  filet  cervical  sympathi¬ 
que,  l’ablation  des  ganglions  cervicaux,  du  premier  tho¬ 
racique  et  du  glanglion  semi-lunaire,  produisent  une 
augmentation  de  chaleur,  une  activité  plus  grande  de 
la  circulation  et  amènent  des  inflammations  violentes 
dans  des  circonstances  déterminées;  tandis  que  la  section 
des  grand  et  petit  splanchniques,  la  section  des  nerfs  qui 
entrent  dans  le  foie ,  l’ablation  du  ganglion  lombaire 
dont  les  filets  se  rendent  au  rectum ,  ne  produit  aucun 
effet  semblable. 

Ces  indications  suffisent  pour  montrer  combien  il 
règne  d’obscurité  sur  les  fonctions  de  ce  nerf,  qu’il  faut, 
jusqu’à  nouvel  ordre,  distinguer  du  système  cérébro- 
spinal  au  point  de  vue  d’un  certain  nombre  de  ses 
propriétés. 


DIX-SEPTIÈME  LEÇON. 


Nous  devons  aborder  aujourd’hui  l’étude  de  la 
moelle  épinière,  troisième  élément  dé  l’unité  nerveuse, 
trait  d’union  en  quelque  sorte  entré  les  deux  racines 
que  nous  avons  vues  constituer  la  paire  nerveuse. 

La  moelle  épinière  commence  au  niveau  du  trou  occi¬ 
pital  pour  se  prolonger  dans  le  rachis  à  des  distances 
variables  suivant  les  espèces.  Cette  limite  supérieure, 
toute  anatomique  en  apparence,  mérite  d’être  conservée. 

.  En  effet ,  dès  que  la  moelle  entre  dans  le  crâne,  sa  struc¬ 
ture  devient  plus  complexe,  et  des  attributions  nouvelles 
viennent  s’ajouter  aux  fonctions  qui  sont  dévolues  à  la 
portion  intra-rachidienne  de  ce  centre  nerveux.  Ce  que 
nous  dirons  de  la  moelle  ne  s’appliquera  donc  qu’à  la 
portion  rachidienne. 

Deux  ordres  de  considérations  ont  présidé  à  l’étude  4 
de  la  moelle  épinière  :  tantôt  on  l’a  comparée  aux  nerfs,  ! 


329 


et  l’on  a  envisagé  son  rôle  d’organe  conducteur  ;  tantôt 
on  l’a  rapprochée  de  l’encéphale ,  et  l’on  a  apprécié  son 
tôle  comme  organe  nerveux  central. 

l’on  considérait  la  moelle  épinière  comme  un  nerf  plus 
volumineux.  Cette  vue  est  beaucoup  trop  simple.  Non- 
seulement  la  moelle  est  un  conducteur,  mais  c’est  encoré 
un  centre  avec  ses  propriétés  caractéristiques. 

Nous  aurons  à  examiner  la  moelle  sous  ces  deux 
points  de  vue,  mais  il  importe  de  dire  avant  quelques 
mots  de  ses  propriétés  générales. 

La  moelle  épinière  est  constituée  extérieurement  par 
de  la  substance  blanche  et  intérieurement  par  de  ia  sub¬ 
stance  grise  :  à  l’inverse  des  organes  encéphaliques  dans 
lesquels  la  substance  blanche  est  centrale  et  la  sub¬ 
stance  grise  plus  extérieure. 

La  surface  extérieure  de  la  moelle  est  douée  d’une 
sensibilité  plus  ou  moins  vive,  tandis  que  la  substance 
interne  grise  est  insensible.  Cés  propriétés  des  sub¬ 
stances  offrent  ici  une  disposition  inverse  à  celle  qu’elles 
offrent  dans  le  cerveau,  dont  les  parties  centrales 
blanches  sont  sensibles,  tandis  que  les  parties  péripbé- 
riques  grises  sont  insensibles.  Toutefois,  la  sensibilité 
n’est  pas  également  développée  dans  toutes  les  parties 
de  la  moelle.  Le  faisceau  antérieur  est  sensible  par  la 
sensibilité  récurrente,  et  cette  sensibilité  disparaît  lors¬ 
qu’on  vient  à  couper  la  racine  antérieure  :  alors  la 
sensibilité  a  disparu  localement  dans  le  faisceau  anté¬ 
rieur  de  la  moelle,  vis-à-vis  l’origine  de  la  racine  anté¬ 
rieure  ;  de  sorte  que  pour  faire  disparaître  la  sensibilité 


3S0 


de  tout  le  faisceau  antérieur  de  la  moelle,  il  faudrait 
couper  toutes  les  racines  antérieures.  ■  ; 

Le  faisceau  latéral  tient  également  sa  sensibilité  de 
la  sensibilité  récurrente.  Cependant  elle  persiste  encore 
en  partie,  alors  que  celle  du  faisceau  antérieur  a  com¬ 
plètement  disparu.  Enfin  le  faisceau  postérieur  est  con¬ 
stamment  sensible,  et  c’est  lui  qui  paraît  fournir  la  sen¬ 
sibilité  aux  autres  faisceaux,  non  pas  directement  par 
l’intermédiaire  de  la  substance  même  de  la  moelle,  mais 
indirectement,  en  passant  par  les  nerfs. 

On  est  tombé,  relativement  à  la  sensibilité  des  fais¬ 
ceaux  antérieurs  de  la  moelle,  dans  les  mêmes  erreurs 
que  relativement  à  celle  des  racines  antérieures.  En 
effet,  la  fatigue  qui  accompagne  l’ouverture  du  canal 
vertébral  doit  faire  disparaître  la  sensibilité  du  faisceau 
antérieur  comme  celle  de  la  racine  antérieure,  et  il  faut 
attendre  que  l’animal  soit  reposé,  afin  de  le  constater 
dans  les  conditions  qui  permettent  d’observer  la  sensi¬ 
bilité  récurrente  elle-même;  mais  on  peut,  comme 
nous  le  verrons,  exagérer  cette  sensibilité  des  faisceaux 
antérieurs  en  exagérant  la  sensibilité  récurrente  elle- 

Quand  on  coupe,  par  exemple,  une  moitié  latérale  de 
la  moelle  épinière,  on  constate  que  la  sensibilité  récur¬ 
rente  des  racines  antérieures  situées  au-dessous  de  la 
section  est  considérablement  exagérée.  On  constate  en 
même  temps  que  le  faisceau  antérieur  de  la  moelle  où 


prouve  bien,  comme  nous  le  disions,  que  c’est  par  cette 
voie  unique  que  la  sensibilité  parvient  du  faisceau  pos- 
térieur  dans  les  autres  faisceaux  de  la  moelle. 

Lorsqu’on  a  complètement  coupé  en  travers  la 
moelle  épinière,  on  constate  sur  la  coupe  inférieure, 
en  la  piquant  avec  une  aiguille  à  cataracte,  qu’il  n’y  a 
aucune  sensibilité  ;  mais,  sur  la  coupe  du  tronçon  supé¬ 
rieur,  on  trouve  d’abord  la  périphérie  de.  la  moelle  sen¬ 
sible  partout.  Peu  à  peu,  à  mesure  que  la  sensibilité  se 
perd,  elle  disparaît  dans  les  faisceaux  antérieurs,  dans 
les  faisceaux  latéraux  où  elle  peut  persister  pendant 
longtemps  encore  après  qu’elle  a  disparu  dans  les  fais¬ 
ceaux  antérieurs  et  latéraux,  ainsi  que  le  montre  l’expé¬ 
rience  suivante  : 

Eccp.  (26  janvier  1816).  —  Sur  un  chien  adulte  en 
digestion,  la  moelle  lombaire  fut  isolée,  et  l’on  constata 
que  les  faisceaux  antérieurs  étaient  insensibles.  Les  fais¬ 
ceaux  postérieurs  étaient  sensibles,  surtout  près  du  sillon- 
médian  postérieur.  H  faut  ajouter  qu’avant  cette  opé¬ 
ration  plusieurs  racines  antérieures  et  postérieures 
avaient  été  coupées. 

On  isola  ensuite  exactement  la  partie  lombaire  de  la 
moelle  de  tous  les  nerfs  qui  s’y  insèrent  ;  on  la  releva 
hors  du  canal  vertébral,  et  l’on  constata  que,,  malgré 
cette  section  de  toutes  les  racines  qui  s’insèrent  à  la 
moelle,  la  sensibilité  persista  dans  les  faisceaux  posté- 

On  a  cité  des  observations  desquelles  il  résulterait  que 
la  dure-mère  peut  être  douée  d’une  certaine  dose  de 
sensibilité.  Nous  avons  vu  nous-même  des  cas  où  le 


332 


pincement  de  cette  membrane  déterminait  de  la  dou¬ 
leur,  surtout  dans  les  cas  où  la  section  d’une  des  moi¬ 
tiés  de  la  moelle  avait  déterminé  de  l’hyperesthésie; 
mais  il  est  toujours  fort  difficile  de  se  prononcer,  dans 
ces  cas,  sur  la  question  de  savoir  si  l’on  n’a  pas  touché 
ou  tiraillé  la  moelle  épinière  dont  la  sensibilité  se  trouve 
exagérée.  H  pourrait  même  se  faire  que  par  l’applica¬ 
tion  des  pinces,  comme  noos  l’avons  vu  a  projioh!idès 
nerfs  de  la  grenouille ,  se  développât  de  l’électricité 
qui  produirait  sur  la  moelle  une  irritation  douloureuse. 

La  galvanisation  appliquée  sur  les  faisceaux  dé  k 
moelle  épinière  donne  des  résultats  fort  vdrîablèé;'  et 
l’on  ne  peut  pas  plus  donner  à  cés  résultats  de  significa¬ 
tion  déterminée  qu’à  ceux  qui  avaient  été  obtenus  eh 
opérant  sur  les  racines  elles-mêmes  comparées  àuxiieris 

Après  ce  que  nous  venons  de  dire  des  propriétés  de' 
la  moelle  épinière,  nous  devons  maintenant  nous  arrê¬ 
ter  à  ses  fonctions,  aux  Usages  de  ses  diverses  parties. 

Et  d’abord  nous  examinerons  les  fonctions 'relativSÏ 
la  transmission  des  impressions  sensitives  et  motrices 
volontaires.  Si,  sur  cette  grenouille  que  vous  vôyéz  se 
mouvoir  très  librement,  nous  coupons  la  moelle  vers  sa 
partie  moyenne,  les  membres  postérieurs  seront,  com¬ 
plètement  paralysés,  comme  nous  pouvons  nous  en 
assurer  en  les  pinçant  et  les  piquant  sans  éveiller,  dans 
le  train  antérieur,  qui  a  conservé  ses  propriétés,  fil 
moindre  mouvement  qui  accusé  de  la  douleur  perçue. 

Cette  expérience  suffit  à  montrer  que  la  moelle  est 
un  conducteur.  C’est  d’ailleurs  un  conducteur  du  inoii- 


veinent  et  du  se 


t,  puisque  les  deux  ordres  de 


Charles  Bell,  qui  avait  à  priori  établi  théoriquement 
quelles  devaient  être  les  propriétés  et  les  fonctions  des 
faisceaux  médullaires,  était  arrivé  à  des  vues  qu’on  a 
abandonnées.  Ch.  Bell  croyait  que  des  trois  faisceaux  de 
la  moelle,  le  faisceau  postérieur,  en  rapport  avec  les  ra¬ 

cines  postérieures,  était  seul  conducteur  du  sentiment. 
Quant  au  mouvement,  il  avait  distingué  le  mouvement 
involontaire  du  mouvement  volontaire.  Les  faisceaux 
antérieurs  en  rapport  avec  les  racines  motrices  étaient 
pour  lui  les  conducteurs  du  mouvement  volontaire, 
tandis  que  les  mouvements  involontaires*  mouvements 
réflexes,  mouvements  respiratoires,  se  transmettaient 
par  le  faisceau  latéral  auquel  aboutissaient  le  pneumo¬ 
gastrique  et  l’accessoire  de  Willis. 

Les  vues  de  Ch.  Bell  devaient  être  soumises  à  l’expé¬ 
rience  qui  les  a  démenties,  et  ici  qu’il  me  soit  permis 
de  m’arrêter  sur  la  nécessité  qu’il  y  a  de  distinguer  ce 
qui  est  relatif  aux  racines  de  ce  qui  est  relatif  à  la  moelle 
épinière,  afin  de  ne  pas  aller  croire,  ainsi  qu’on  l’a  fait, 
qu’on  ait,  en  renversant  les  propositions  de  Ch.  Bell  sur 
les  propriétés  de  la  moelle,  anéanti  les  données  que 
l’expérience  a  confirmées  sur  les  fonctions  des  racines. 

Si  les  faisceaux  postérieurs  étaient  les  organes  exclu¬ 
sifs  de  transmission  du  sentiment;  si  les  antérieurs  con¬ 
duisaient  les  excitations  motrices  volontaires,  et  les  laté¬ 
raux  les  excitations  motrices  involontaires,  on  devrait, 
jêcher  les  ma¬ 
nifestations  dont  or 


334  MOELLE  ÉPINIÈRE. 

Un  grand  nombre  d’expérimentateurs  ont  annoncé 
des  faits  qui  sont  contraires  à  ces  assertions  de  Ch.  Bell. 

En  coupant,  sur  une  grenouille,  la  moelle  épinière 
d’un  côté  seulement,  toute  la  moitié  correspondante  dn 
corps  située  au-dessous  de  la  section  devrait  avoir  perdu 
le  mouvement  et  le  sentiment.  Or,  Stilling,  Van  Deen, 
Brown-Sequard ,  Ludwig  Türck  et  d’autres  ont  vu 
qu’après  cette  opération  ces  parties  n’ont  perdu  ni  la 
sensibilité  ni  le  mouvement. 

Plus  tard,  M.  Brown-Sequard  constata,  et  à  peu  près 
au  même  moment  aussi  M.  Ludwig  Türck,  que  dans  les 
conditions  que  je  viens  de  vous  signaler,  non-seulement 
la  sensibilité  persistait,  mais  qu’elle  était  exagérée.  C’ést 
là  un  fait  parfaitement  étudié  et  dont  la  preuve  est  au¬ 
jourd’hui  très  nette. 

Cette  expérience  peut  être  faite  sur  des  grenouilles, 
des  lapins,  des  chiens,  etc.  M.  Türck  a  imaginé  un  pro¬ 
cédé  trèsingénieüx  qui  permetd’apprécierd’unémânièœ 
très  exacte  chez  les  grenouilles  le  degré  d’hyperesthésie 
des  parties,  qui  après  la  section  d’une  moitié  de  la  moelle, 
se  montre  du  côté  correspondant  dans  les  parties  qui 
reçoivent  leurs  nerfs  du  bout  inférieur  de  là  moelle 

M.  Türck  a,  dans  ses  expériences  sur  dés  grenouilles, 
pour  reconnaître  le  degré  de  sensibilité  aux  excitations, 
eu  recours  non  à  la  pression  du  mors  d’uné  pince,  mais 
au  contact  d’üne  solution  très  faible  d’acide  Sulfurique. 

Voici  une  grenouille  chez  laquelle  nous  avons  coupé 
la  moitié  gauche  de  la  moelle.  Nous  trempons  successi¬ 
vement  ses  deux  pattes  postérieures  dans  de  Teaü  à  peine 


SES  FONCTIONS. 


335 

acide,  et  la  différence  de  temps  qui  s’écoule  dans  les 
deux  cas,  entre  l’immersion  et  le  retrait  du  membre, 
donne  une  idée  de  l’exagération  de  la  sensibilité  du  côté 
où  la  moelle  a  été  coupée.  Vous  voyez  que  la  différence 
est  très  facilement  appréciable. 

fl  arrive  quelquefois  que  normalement  il  y  a  une  lé¬ 
gère  différence  entre  la  sensibilité  des  deux  pattes.  Afin 
de  se  mettre  à  l’abri  de  cette  cause  d’erreur,  M.  Türck 
faisait  d’abord  une  épreuve  d’essai  avant  l’opération  qu’il 
pratiquait,  en  choisissant  pour  l’opérer  le  côté  où  la  sen¬ 
sibilité  se  montrait  la  moins  vive.  Quelle  que  fût  la  diffé¬ 
rence  observée  à  l’état  normal ,  c’était  toujours  le  côté 
correspondant  à  la  section  qui  accusait  après  la  sensi¬ 
bilité  la  plus  grande. 

Si,  au  lieu  d’être  faite  sur  une  grenouille,  cette  expé¬ 
rience  est  faite  sur  un  lapin,  la  rétraction  de  la  patte  est 
accompagnée  d!un  cri,  ce  qui  montre  que  l’animal  à 
conscience  de  la  douleur;  c’est  donc  une  hyperesthésie 
perçue  et  non  une  hyperesthésie  inconsciente. 

Une  question  importante  a  été  soulevée  à  ce  sujet  par 
M.  Brown-Sequard,  qui  s’est  demandé  si  dans  Ce  cas  il 
y  avait  réellement  exagération  de.  sensibilité  d  un  côté, 
ou  si  cette  hyperesthésie  n’était  que  relative  et  ne  serait 
pas  plutôt  une  diminution  de  la  sensibilité  du  Côté 
opposé ,  diminution  qui  pourrait  s’expliquer  par  les 
entrecroisements  qui  s’observent  entre  les  faisceaux  de 
la  moelle. 

Cette  question  doit  être  résolue  négativement  :  il  y  a 
bien  réellement  exagération  de  la  sensibilité  dans  le  côté 
qui  correspond  à  la  section. 


336  MOELLE  ÉPINIÈRE. 

.  Nous  venons  de  dire  que  cette  hyperesthésie  état 
perçue  par  l’animal  dans  le  cas  de  section  incomplète 
de  la  moelle  :  elle  devient  inconsciente  lorsqu’on  coupe 
la  moelle  complètement;  mais  elle  ne  disparaît  pas pur 
cela  et  est  toujours  accusée  par  des  mouvements  réflexes, 
survenant  à  la  suite  d’une  excitation  moindre  qu’avant 

Voici  une  grenouille  dont  nous  trempons  les  deux 
pattes  postérieures  dans  l’eau  acidulée,  elle  ne  les  retire 
que  quelque  temps  après.  Si  maintenant  nous  lui  cou¬ 
pons  en  travers  toute  la  moelle,  un  peu  haut,  et  que 
nous  replaçons  quelque  temps  après  ses  pattes  posté¬ 
rieures  dans  l’eau  acidulée ,  vous  la  voyez  les  retirer 
bien  plus  vite.  La  sensibilité  est  donc  augmentée,  mais 
elle  est  inconsciente. 

En  opérant  à  différentes  hauteurs,  M.  Türck  avuque 
les  choses  se  passaient  ainsi,,  quel  que  fût  le  .  point  delà 
moelle  sur  lequel  fût  opérée  la  section. 

Nous  vous  avons  dit  tout  à  l’heure  que  lorsqu’il  existe 
encore  une  moitié  latérale  de  la  moelle,  l'hyperesthésie 
est  transmise  au  sensorium  commune.  Cela  peut  s’expli¬ 
quer  par  l’entrecroisement  des  fibres  sensitives,  entre¬ 
croisement  qui  est  très  réel. 

Maintenant,  par  quelle  partie  de  la  moelle  se  transmet 
donc  cette  sensibilité  exagérée? 

Pour  le  savoir,  procédons  toujours  par  exclusion. 


esthésie  se  retrouvent  comme  avant.  Le  faisceau  posté¬ 
rieur  n’est  donc  pas  l’organe  conducteur  de  Iasënsibilité, 
bien  qu’il  soit  lui-même  très  sensible.  Cette  expérience 
de  M.  Brown-Sequard  a  été  faite  par  M.  Schiff,  qui  a! 
pu  enlever  un  morceau  du  faisceau  postérieur  sans  emr 
pêcher  la  sensibilité  d’être  encore  perçue. 

Enfin,  le  même  résultat  s’obtient  lorsqu’on  agit  sur 
le  faisceau  antérieur,  du  sur  le  faisceau  latéral. 

Que  reste-t-il  donc  des  éléments  qui  constituent  la 
moelle?  La  substance  grise. 

C’est  elle  qui  transmet  en  effet  dans  ce  cas  la  sensibi¬ 
lité.  Mais ,  fait  qu’on  serait  bien  loin  de  soupçonner  à 
priori,  la  substance  grise  qui  est  ici  le  conducteur  de 
la  sensibilité  est  elle-même  complètement  insensible. .  | 
Quand  on  interroge  à  l’âide  d’excitants  mécaniques 
lesdifférentes  parties  du  bout  de  la  moelle,  qui  tient  au 
cerveau,  on  voit  que  le  faisceau  postérieur  est  très  sen¬ 
sible;  que  les  faisceaux  latéral  et  antérieur  sont  encore 
sensibles,  quoiqu’à  un  degré  moindre,  et  que  la  sub¬ 
stance  grise  est  complètement  insensible. 

Les  fibres  des  racines  postérieures  destinées  à  trans¬ 
mettre  la  sensibilité  pénètrent  dans  la  substance  grise 
et  s’y  perdent,  conservant  jusque-là,  maisjusque-làseu- 
lement,  les  propriétés  des  racines  postérieures.  .  - 

Si  nous  restons  dans  les  faits  sans  chercher  pour  le 
moment  à  les  expliquer,  nous  voyons  que  : 

Lorsqu’on  coupe  une  moitié  de  la  moelle,  -il  y  a  hyper¬ 
esthésie,  et  la  transmission  des  sensations  au  cerveau  est 


Lorsque  l’on  irrite  la  substance  grise  respectée  par  lés 
coupes  précédentes,  l’animal  ne  sent  rien.  Les  parties 
blanches  qui  ne  transmettent  pas  la  sensibilité  sont  donc 
seules  sensibles. 

Vous  pouvez,  par  ces  faits,  voir  combien  l’expérience 
est  loin  de  confirmer  les  prévisions  de  Ch.  Bell,  et  com¬ 
bien  le  raisonnement  l’avait  trompé  dans  ses  inductions. 
Mais  encore  une  fois,  ces  conclusions,  conséquence  dé 
l’observation,  ne  doivent  rien  changer  aux  notions  que, 
grâce  à  l’expérimentation,  nôuspossédônssurlèsraCmes. 

Il  est  donc  impossible  d’admettre  que  là  sensibilité  se 
transmette  de  la  périphérie  àu  centre  par  une  fibre 
continue.  A.  son  arrivée  dans  la  substance  grise, ia  fibre 
sensitive  s’y  perd  ;  les  cellules  deviennent  l’intermédiaire 
entre  la  perception. et  le  cerveau.  Cet  élément  conduc¬ 
teur  est  insensible  ;  c’est  un  organe  nouveau.  - 

En  résumé,  ces  dernières  expériences  permettent  dé 
constater  que  la  transmission  delà  sensibilité  se  fait  dans 
la  moelle  par  la  substance  grise  qui  communique  néces¬ 
sairement  avec  les  fibres  des  racines  postérieures. 

On  se  rappelle  que  la  section  des  racines  postérieures 
amène  l’altération  de  ces  nerfs  dans  lé  bout  Central.  Il 
serait  sans  doute  possible  de  suivre  cette  altération  dans 
la  moelle  épinière  afin  de  déterminer  le  trajet  que  par¬ 
courent  les  racines  dans  la  moelle,  et  les  rapports  qlië 
ces  fibres  peuvent  contracter  avec  les  cellules  ganglion¬ 
naires.  M.  Türck  adéjàconstaté  dans  certaines  paraly¬ 
sies,  des  altérations  qui  se  transmettaient  à- travers  la 
moelle  depuis  le  cerveau  jusqu’à  là  partie  paralysée. 


340  MOELLE  ÉPINIÈRE. 

formée  par  une  opération  de  l’intelligence  en  une  réac¬ 
tion  motrice  avec  conscience.  La  volonté  est,  dans  ce 
cas,  le  dernier  terme  qui  précède  le  mouvement. 

Dans  d’autres  cas,  la  sensibilité  n’est  pas  perçue  ;  il  y 
a  cependant  un  mouvement,  réaction  à  laquelle  l’intel¬ 
ligence  ou  la  volonté  n’ont  pris  aucune  part.  C’est  là  ce 
que  Magendie  avait  appelé  sensibilité  sans  conscience 
et  ce  qu’on  a  appelé  depuis  mouvement  réflexe.  -, , 

Si,  chez  cette  grenouille  qui  n’asubi  aucune  opération, 
nous  pinçons  la  patte  lorsqu’elle  est  étendue,  l’animal 
-  perçoit  la  douleur  et  retire  sa  patte  vôlontàireinent. 

Si  maintenant  nous  lui  coupons  transversalement  h 
moelle  en  arrière  des  membres  antérieurs,  les  membres 
postérieurs  sont  paralysés,  et  si  l’on  allonge  la  patte  et 
qu’ôn  la  pince,  l’animal  la  retire  par  un  mouvement 
tout  à  fait  involontaire,  car  il  n’a  perçu  aucune  espèce 
de  douleur. 

Nous  allons  d’abord  nous  occuper  des  mouvements 

Le  mouvement  volontaire  proprement  dit  est  un 
mouvement  dit  spontané,  produit  sans  le  concours  d’au¬ 
cune  excitation  extérieure.  Alors  l’excitant  intérieur  qui 
lui  donne  lieu  prend  le  nom  de  volonté.  On  peut  com¬ 
prendre  que  cet  excitant  provienne  d’une  sensation  anté¬ 
rieure  conservée  à  l’état  de  souvenir,  de  sorte  que  l’ex¬ 
citant  volontaire  partirait  de  la  surface  cérébrale, de 
même  que  tous  les  mouvements  involontaires  partent 
de  la  surface  extérieure  ou  intérieure  du  corps;  d’ou  il 
résulte  qu’un  mouvement  involontaire  doit  toujours 
avoir  un  chemin  plus  long  à  parcourir  qu’un  mouvement 


MOUVEMENTS  VOLONTAIRES.  341 

volontaire,  puisque,  dans  le  premier  cas.  une  sensation 
a  dû  être  produite  dans  les  systèmes  intérieurs  muqueux 

Dans  le  second  cas,  au  contraire,  le  mouvement  est 
transmis  directement  de  l’encéphale  au  nerf  moteur. 

Rien  n’est  plus  facile  que  de  montrer  que  c’est  de 
l’encéphale  seul  que  partent  les  déterminations  volon¬ 
taires.  Lorsque  l’on  a  coupé  la  moelle  épinière  assez  loin 
au-dessous  de  l’encéphale,  de  manière  que  l’animal 
puisse  encore  respirer,  tout  mouvement  volontaire  est 
aboli  dans  les  parties  inférieures  à  la  section  qui  restent 
seulement  le  siège  de  mouvements  involontaires.  On 
peut  même  aller  plus  lo%  et  montrer  que  c’est  des 
hémisphères  cérébraux  que  partent  ces  déterminations 
volontaires  ;  car  leur  ablation  enlève  toute  spontanéité 
à  l’animal,  qui  toutefois  peut  vivre  en  exécutant  tous  les 
mouvements  involontaires  relatifs  aux  phénomènes  de 
nutrition  et  subordonnés  aux  excitations  extérieures. 

La  question  qui  doit  être  posée  est  donc  celle  relative 
aux  parties  de  la  moelle  qui  transmettent  l’influence  de 
la  volonté  depuis  l’encéphale  jusqu’au  nerf  moteur  qui 
réagit  sur  un  muscle  déterminé. 

On  pourrait  supposer  que  les  fibres  motrices  remon¬ 
tant  toutes  jusqu’àrencéphale,  que  la  volonté  agit  direc¬ 
tement  sur  elles, .et  que,  par  conséquent,  il  y  a  transmis¬ 
sion,  depuis  l’encéphale  jusqu’au  muscle  par  une  fibre 
nerveuse  motrice  unique.  Cette  supposition  est  contraire 
aux  résultats  de  l’expérience, et  nous  savons  déjà  que  les 


MOELLE  ÉPINIÈRE. 


propriétés  spéciales  au  nerf  moteur  ne’s’étendent  pas 
au  delà  de  son  implantation  dans  là  moelle  épinière. 

Nous  avons  vu  que  les  nerfs  moteurs  étaient  indépen¬ 
dants  les  uns  des  autres:  que  chacun  avait  sa  sphère 
d’activité  bien  limitée,  et  restait  sans  action  sur  les  ma¬ 
nifestations  fonctionnelles  des  autres  nerfs  moteurs. 

Il  n’en  est  pas  de  même  des  nerfs  de  sentiment  qui 
naissent  d’une  partie  de  là  moelle,  dont  la  texture  éta- 
blit  entre  eux  un  lien  d’où  résulte  une  solidarité  fonc-  • 
tionnelle  fort  remarquable. 

Dans  les  expériences  que  nous  avons  faites  avec  le  cu- 
rare,  qui  détruit  les  nerfs  moteurs,  nous  avons  vu  qu’en 
empêchant  le  curare  de  pénétrer  dans  un  membre,  on 
préservait  de  l’empoisonnement  les  nerfs  moteurs  de  ce 
membre,  et  qu’on  povait  même  isoler  I  un  petit  filet 
d’un  nerf  moteur  en  empêchant  le  poison  d’aller  dans 
un  seul  muscle.  Les  nerfs  moteurs  des  parties  non  pré- 
servées  s’empoisonnent  par  la  périphérie,  mais  ils  n’em¬ 
poisonnent  pas  la  moelle. 

La  strychnine;  quiagitsurles  racinespostérieures,  pro¬ 
duit  des  effets  d’une  tout  autre  nature.  On  ne  peut  plus, 
par  la  ligature  des  vaisseaux,  préserver  certaines  parties 
de  son  action,  et  il  suffit  qu’un  nerf  sensitif  ressente 
l’empoisonnement  pour  que  tous  le  ressentent  de  même. 

Si,  par  exemple,  on  coupe  chez  un  animal  toutes  les 
racines  postérieures  moins  une,  puis  qu’on  l’empoisonne 
avec  la  strychnine,  les  mouvements  convulsifs  seront 
généraux  et  se  produiront  très  bien  dans  les  parties 
insensibles.  Qu’on  vienne  alors  à  couper  la  dernière  ra¬ 
cine  postérieure,  aussitôt  les  convulsions  cessent. 


MOUVEMENTS  VOLONTAIRES. 


343 

Cette  indépendance  des  nerfs  moteurs,  rapprochée 
de  la  solidarité  des  nerfs  sensitifs,  fait  que  si  l’on  devait 
établir  une  hiérarchie,  il  faudrait  subalterniser  les  nerfs 
moteurs  qui  réagissent  en  masse  contre,  les  impressions 
sensitives.  Une  autre  raison  y  conduirait  d’ailleurs  : 
ç’est  la  dépendance  dans  laquelle  nous  avons  vu  que  se 
trouvaient  les  mouvements  volontaires  de  la  sensibilité 
musculaire. 

Mais  pour  le  cas  particulier  qui  nous  occupe,  nous 
devons  conclure  de  tout  cela  qu’il  y  a,  depuis  l’encé¬ 
phale  jusqu’à  l’origine  du  nerf  moteur  médullaire  mis 
en  action,  une.  partie  spéciale  qui  n’est  pas  la  fibre 
motrice,  et  qui  est  chargée  de  transmettre  l’influence 
de  là  volonté;  de  sorte  que  quand,  un  muscle  se  con¬ 
tracte  volontairement,  on  ne  peut  pas  admettre  que 
cette  contraction  soit  due  à  une  propriété  de  contraction 
qui  a  été  transmise  en  nature  depuis  l’encéphale  jus¬ 
qu’au  muscle.  On  doit  se  représenter,  au  contraire, 
cette  contraction  comme  la  dernière  expression  d’une 
série  de  phénomènes  enchaînés  les  uns  aux  autres,  mais 
essentiellement  différents  par  leur  nature.  Ainsi  il 
existe  une  propriété  spéciale  transmise  depuis  l’encé¬ 
phale  jusqu’au  nerf  moteur  qu’elle  excite.  Le  nerf  mo¬ 
teur  excité  excite  à  son  tour  le  muscle  qui  est  l’organe 
le  plus  immédiat  du  mouvement. 

De  quelle  nature  pouvons-nous  supposer  la  propriété 
nerveuse  qui  de  l’encéphale  transmet  l’influence  de  la 
volonté  jusqu’à  l’origine  du  nerf  moteur?  Par  quel  or¬ 
gane  nerveux  cette  transmission  a-t-elle  lieu?  Nous 


ÉPiNiÈRE. 


344 

teur.  Cela  lie  peut  être,  . par  conséquent,  que  par  un  or¬ 
gane  nerveux  sensitif  ou  spécial.  Une  pareille  question 
est,  on  le  conçoit,  excessivement  difficile  à  juger  d’une 
manière  absolue.  Cependant  nous  pouvons  donner  des 
raisonsquirendentexcessivementprobable  l'opinion  que 
cette  transmission  volontaire  du  centre  jusqu’au  nerf 
périphérique  se  fait  par  les  organes  de  sensibilité. 

Le  curare  va .  nous  servir  encore  pour  la  solution  de 
cette  question. 

-  Nous  savons  que  ce  poison  agit  exclusivement  sur  les 
nerfs  moteurs,  et  qu’il  laisse  intacts  tous  les  nerfs  dé 
séhsibilité.Lorsqu’une  grenouille,  par  exempte,  estem- 
poisonnée  complètement  par  le  curare,  elle  reste  privée 
de  toute  espèce  de  manifestation  motrice  ou  sensitive, 
et  elle  parait  avoir  perdu  toute  spontanéité  volontaire'. 
Cependant  nous  savons  que  tout  cela  tient  uniquement 
à  la  paralysie  des  nerfs  moteurs,  et  que  l’animal  a  con¬ 
servé  sa  sensibilité  mais  qu’il  a  perdu  les  instruments 
qui  hnservent  à  la  manifester. 

En  serait-il  de  même  de  la  volonté?  et  l’animal 
n’aurait-il  perdu  que  les  nerfs  moteurs  qui  sont  indis¬ 
pensables  à  cette  manifestation  ?  Pour  répondre  à  cètte 
question  ,  il  fallait  faire  une  expérience  dans  laquelle  on 
ménagerait  là  plus  grande  partie  des  nerfs  moteurs  en 
empêchant  le  sang  d’aller  dans  les  muscles.- -  %  !- 

Chez  les  grenouilles ,  cette  expérience  est  possible 
parce  qu’elles  peuvent  encore  mouvoir  leurs  membres' 
pendant  plusieurs  heures,  lorsqu’on  a  empêché  le  sang 
de  se  répandre  dans  les  muscles,  bu  par  la  ligature  d« 
vaisseaux,  ou  par  l’extirpation  du  cœur.  ':;J| 


On  verra,  par  là  si  l’animal  peut  exercer  une  action 
volontaire  sur  ses  membres,  qui  peuvent  encore  être  le 
siège  de  mouvements  généraux. 

Pour  cela,  nous  avons  fait  une  première  expérience 
qui  consiste  à  lier  l’aorte,  ou  toutes  les  parties  molles 
moins  les  nerfs  lombaires,  chez  une  grenouille.  Puis 
l’animalaété  empoisonné  par  un  peu  de  curare  placé  sous 
là  peau  du  ventre.  Lorsque  l’animal  avait  été  complè¬ 
tement  empoisonné  et  qu’on  l’excitait  dans  ses  membres 
postérieurs,  il  faisait  des  mouvements  de  saut  avec  les¬ 

quels  il  se  transportait  complètement  en  poussant  au-de¬ 
vant  de  son  train  postérieur  tout  son  corps  immobile. 
La  grenouille  mise  dans  l’eau  s’est  mise  à  nager  en  pous¬ 
sant  en  avant,  avec  ses  deux  membres  postérieurs  ani- 
mésde  mouvements  parfaitement  réguliers,  son.troncet 
ses  membres  antérieurs  sans  mouvement.  Puis  bientôt 
l’animal  s’arrêta  :  mais,  lorsqu’on  le  plaçait  sur  le  dos 
et  qu’on  l’y  maintenait,  dès  qu’on  le  lâchait,  il  se  re¬ 
tournait  sur  le  ventre. 

Cette  expérience  put  être  répétée  à  différentes  re¬ 
prises,  et  elle  paraît  montrer  évidemment  que  l’animal 
se  retournait  volontairement  après  l’empoisonnement 
par  le  curare  qui  aurait  ainsi  respecté  sa  volonté  avec  sa 
sensibilité. 

Lorsqu’on  réservait  en  même  temps  les  deux  membres 
antérieurs  par  la  ligature  des  artères  qui  s’y  rendent, 
l’animal  dont  les  quatre  membres  étaient  conservés  se 
servait  très  bien  de  tous  les  quatre. 

Dans  cette  expérience,  il  semble  évident  d’après  cè 
fait  que  l’animal  se  retournait  constamment  dans  l’eau 


346 


lorsqu’il  y  avait  été  maintenu  quelque  temps  sur  le.jdps, 
qu’il  avait  conservé  la  volonté  de  se  mouvoir.  Ceçen- 
dant,  en  le  laissant  tranquille  dans  un  vase  pendant  tris 
longtemps  on  ne  vit  pas  qu’il  exécutât  aucun  mouve¬ 
ment  spontané  de.  déplacement. 

J’ai,  observé  le  même  fait  sur  des  sangsues,  sur  des 
limaces  empoisonnées  par  le  curare.  Lorsqu’on  les  H⬠
tait  ou  lorsqu’on  les  mettait  dans  une  position  anormale, 
ces  animaux  exécutaient  des  mouvements  pour  se  repla¬ 
cer  dans  une  position  normale  dans  laquelle  ils  restaient 
sans  qu’on  pût  les  voir  ensuite  changer  spontanément 
de  position. 

On  pourrait  penser  que  l’animal  qui  a  conservé  sa 
sensibilité  générale,  a  conservé  également  la  sensibilité 
spéciale,  mais  que  seulement,  comme  les  manifestations 
sensorielles  sont  toujours  précédées  dans  les  organes  des 
sens  par  des  manifestations  motrices  qui  se  trouvent 
paralysées,  la  fonction  est  par  suite  plus  ou  moins  abolie, 
Ainsi,  par  exemple,  les  propriétés  du  nerf  optique  et 
de  la  rétine  peuvent  être  conservées,  mais  l’iris,  des 
muselesdes  paupières,  des  muscles  des  yeux  étant  para¬ 
lysés,  la  vision  ne  s’exerce  plus.  Il  en  serait  de  même 
pour  les  autres  sens,  de  sorte  que  l’animal  pourrait 
rester  en  repos  seulement  parce  qu’il  est  privé  de  ses  sens. 
Pour  résoudre  la  question,  il  faudrait  conserver  sur- la 
grenouille  empoisonnée  les  yeux,  en.  empêchantle  poison 
d’aller  dans  la  tête  seulement.  Il  est  vrai  qu’on  pourrait 
objecter  alors  que  le  poison  ne  va  plus  dans  l’encéphale, 
et  que  c’est  là  la  cause  de  la  conservation  de  la  volonté. 

En  résumé  ,  s’il  était  prouvé  que  la  volonté .  n’est 


317 


qu’une  transformation  de  la  sensibilité,  il  faudrait  arri¬ 
ver  à  cette  conclusion  que  tout  mouvement  a  pour  point 
de  départ  un  phénomène  de  sensibilité  qui  tantôt  se  passe 

nir,  d’une  sensation  antérieure,  d’une  impression  causée 
par  l’afflux  du  sang,  ou  par  toute  autre  cause,  tantôt  se 
passe  lia  périphérie  du  corps  sous  l’influence  d’une  ex¬ 
citation  extérieure. 

nière  de  voir,  car,  à  l’extrémité  des  nerfs  dé  sensibilité 
périphérique,  on  a  trouvé,  dans  un  très  grand  nombre 
de  cas,  des  cellules  nerveuses  terminales  analogues  à 
celles  qui  se  rencontrent  dans  l’encéphale. 

Quoi  qu’il  en  soit  de  ces  vues  que  l’avenir  j  ugera,  nous 
devons  actuellement  passer  à  l’examen  des  mouvements 
réflexes  ou  involontaires,  qui  ont  bien  évidemment  pour 
point  de  départ  et  pour  organe  de  transmission  au  centre 
nerveux  un  nerf  sensitif. 

Voici,  par  exemple,  une  grenouille  dont  la  moelle  a 
été  coupée  qui  reste  immobile ,  les  pattes  pendantes, 
quand  on  la  tient  suspendue.  Cette  grenouille,  lors1- 
que  l’on  vient  à  pincer  son  train  postérieur,  exécute  des 
mouvements  bien  évidemment  involontaires.  En  voici 
une  autre  dont  la  moelle  n’a  pas  encore  été  coupée, 
mais  a  été  mise  à  nu  dans  ce  but;  cette  grenouille, 
lorsque  nous  la  tenons  de  là  même  façon,  retire  vo¬ 
lontairement  ses  membres  postérieurs,  et  leur  fait  exé¬ 
cuter  les  mouvements  les  plus  propres  à  la  débarrasser 
d’une  étreinte  qui  la  gêne. 

Les  mouvements  involontaires  que  vous  avez  vus  chez 


348  MOELLE  ÉPINIÈRE, 

la  première  grenouille,  être  la  conséquence  d’unesensa- 
tion  non  perçue ,  d’abord  étudiés  par  Prochaska,  par 
Legallois,  plus  tard,  en  1833,  par  Millier  eiMarshalHall, 
sont  ce  qu’bn  a  appelé  des  mouvements  réflexes, mou¬ 
vements  produits  par  l’excitation  sensitive,  mais  sans  que 
la  conscience  intervienne. 

Ces  mouvements,  dus  uniquement  à  l’influence 
qu’exerce  la  racine  sensitive  sur  la  racine  motrice,  sont 
les  plus  simples  de  tous.  L’excitation  portée  sur  le  r,erî 
sensitif  arrive  à  la  moelle,  se  propage  par  la1  mbelléà 
la  racine  antérieure,  et  par  cette  dernière  aux  muscles. 

L’expérience  démontre  que  tel  est  bien  le  trajet  siim 
par  l’excitation  sensitive. 

En  effet,  si  l’on  coupe  la  racine  postérieure  et  qu’en- 
suite  on  irrite  la  peau,  on  n’a  rien. 

Après  cette  section,  l’irritation  du  bout  central  de  la 
racine  postérieure  donne  lieu  au  mouvement  réflexe, 
comme  si  l’on  avait  agi  sur  la  peau. 

Si,  laissant  la  racine  postérieure  intacte,  On  cotqiè  la 
racine  antérieure,  l’irritation  sensitive  ne  donne  plus 
lieu  au  mouvement  réflexe. 

Cette  absence  de  la  réaction  réflexe  tient  dans  le  pre¬ 
mier  cas  au  défaut  de  transmission  de  l’excitation  sensi¬ 
tive  ;  elle  est  due  dans  le  second  au  défaut  de  transmis¬ 
sion  de  l’excitation  motrice. 

La  moelle,  d’ailleurs,  est  nécessaire  à  la  communica¬ 
tion  physiologique  que  ces  expériences  montrent  exister 
entre  les  racines  postérieures  et  antérieures,  car,  si  on 
la  détruit,  les  phénomènes  de  mouvement  réflexe  n’ont 
ordinairement  plus  lieu. 


349 


Ces  expériences  nous  montrent  dans  sa  plus  grande 
simplicité  l’ensemble  des  actions  nerveuses.  Nous  y 
voyons  trois  manifestations  distinctes ,  trois  temps  dans 
l’accomplissement  de  l’acte  nerveux  complet  :  1“  sensa¬ 
tion;  2"  transformation  de  cette.sensation.en  excitation 
motrice;  3"  mouvement. 

Le  second  temps,  transformation  de  l’excitation  sen¬ 
sitive  en  excitation  motrice,  s’accomplissant  avec  ou  sans 
l’intervention  de  l’intelligence. 

En  observant  ce  phénomène,  on  s’est  demandé  com¬ 
ment  pouvait  se  produire  ce  retour,  cette  réflexion  de 
l'influence  nerveuse,  comment  la  communication  était 
établie  de  la  racine  postérieure  à  la  racine  antérieure, 
et  comment,  dans  ce  trajet,  l’excitation  changeait  de 

On  a  donc  étudié  à  ce  point  de  vue  la  moelle,  et  sur¬ 
tout  celui  de  ses  éléments,  auquel  semblait  être  attribué 
le  rôle  principal,  la  cellule  nerveuse. 

D’après  les  travaux  les  plus  récents,  il  est  évident  que 
les  racines  antérieures  naissent  dans  la  moelle  de  cellules 
ganglionnaires.  Tous  les  anatomistes  admettent  qu’il 
n’est  pas  de  fibre  motrice  qui  ne  soit  en  rapport  de  con¬ 
tinuité  avec  une  de  ces  cellules  ganglionnaires  que  nous 
avons  vues  former  l’élément  conducteur  qui  établit  la 


350  MOELLE  ÉPINIÈRE, 

rares  que  celles  de  la  corne  antérieure,  mais  leur  nature 
nerveuse  a  été  contestée,  et  récemment  on  a  prétendu 
que  celles  qui  sont  dans  la  substance  gélatineuse  de 
Rolando  appartenaient  au  tissu  cellulaire.  On  ne  sait 
donc  pas  encore  si  les  fibres  de  la  racine  postérieure 
sont  ou  ne  sont  pas  en  communication  avec  les  cellules 
spéciales.  La  question  pour  nous  est  de  savoir  s’  il  y  a  des 
cellules  entre  les  deux  ordres  de  racines. 

On  a,  d’après  leur  existence,  construit  une  théorie 
d’accord  avec  les  faits  observés  :  ■-  ni 

.  La  racine  postérieure  entre  dans  les  faisceaux  posté¬ 
rieurs.  Y  est-elle  en  communication  avec  des  cellules 
nerveuses?  Nous  venons.de  vous  dire  quelles  difficultés 
empêchaient  de  résoudre  cette  question.  Dans  tous  lés 
cas,  les  cellules  de  la  corne  postérieure,  nerveusesou 
purement  celluleuses ,  communiquent  avec,  lès  cellules 
ganglionnaires,  . d’où  partent  les  fibres  de  la  racine  an¬ 
térieure,  du  nerf  moteur. 

De  ces  cellules  de  la  corne  antérieure ,  on  voit  partir 
des  filaments  dont  les  uns  se  portent  dans  le  cété 
opposé  de  la  moelle,  tandis  que  d’autres  remontent  vers 
le  cerveau  et  que  d’autres  descendent  sur  les  parties  si¬ 
tuées  inférieurement.  Toutes  les  cellules  de  la  substance 
grise  communiquent  donc  entre  elles.  D  faut  voir  néces¬ 
sairement  dans  cbacune  d’elles  l’image  d’un  véritable 
centre.  Voyons  maintenant  comment  on  pourra,  partant 
de  là,  expliquer  le  phénomène  physiologique,'  ; 

.  Chez  cette  grenouille  dont  la  moelle  est  coupée  trans¬ 
versalement  au-dessus  des  membres,  antérieurs,  ou 


351 


mouvements  dans  cette  patte,  bien  que  l’animal  ne  puisse 
pas  la  mouvoir  volontairement. 

On  peut  ne  conserver,  dans  cette  expérience,  qu’un 
tronçon  de  moelle;  pourvu  qu’il  soit  intact,  l’excitation 
des  nerfs  sensibles  qui  s’y  rendent  s’y  transformera  en 
excitation  motrice  capable  de  déterminer  des  mouve¬ 
ments  réflexes  dans  les  parties  auxquelles  se  rendent  les 
nerfs  moteurs  qui  émanent  de  ce  tronçon. 

Noos  venons  de  voir  une  grenouille,  privée  par  la  sec- 
tion  de  la  moelle  de  mouvements  volontaires  des  mem¬ 
bres  postérieurs ,  retirer  néanmoins  sa  patte  quand  on 
la  pinçait. 

Nous  avons  vu,  dans  la  dernière  leçon,  que  la  sensi¬ 
bilité  du  membre  était  augmentée  par  cette  section  de  la 
moelle;  le  repos  agit  dans  le  même  sens  et  contribue  à 
augmenter  le  mouvement  réflexe. 


|  Voici  une  grenouilledont  la  moelle  a  été  coupée  au- 
j  dessus  des  membres  antérieurs,  après  quoi  on  l’a  laissée 
en  repos.  le  pense  que  ce  repos  a  duré  assez  longtemps 
pour  que  nous  puissions  noter  les  effets  de  l’hyperes¬ 
thésie.  En  effet,  en  pinçant  une  de  ses  pattes  posté¬ 
rieures,  nous  voyons  que  la  rétraction  porte  non  plus 
seulement  sur  la  patte  pincée ,  mais  sur  les  deux  mem¬ 
bres  postérieurs.  Si  on  eût  attendu  plus  longtemps,  les 
mouvements  réflexes  se  seraient  montrés  dans  les  quatre 


grenouille. 

Vous  pouvez  voir,  par  cette  expérience,  que,  pour  ce 
qui  est  de  la  transmission  des  sensations  dans  les  centres 
nerveux,  elles  s’y  généralisent  et  produisent  des  mou- 


352 


vements  généraux  et  non  bornés  à.  la  paire  nerveuse 
qu’on  a  pincée. 

Cherchant  à  reconnaître  comment  se  fait  dans  h 
moelle  la  transmission  de  l’impression  sensitive  et  si 
transformation  en  excitation  motrice,  nous  avons  été 
amené  à  distinguer  deux  cas. 

Tandis  qu’en  pinçant  la  patte  postérieure  chez  une 
grenouille  saine,  nous  déterminons  un  mouvement 
général  consistant  en  efforts  pour  fuir,  nous  obtenons, 
chez  une  grenouille  dont  la  moelle  a  été  coupée,  un 
simple  mouvement  de  rétraction.  Quand,  par  la  section 
de  la  moelle,  la  volonté  a  été  supprimée  nous  avons, 
dans  ce  mouvement  inconscient  et  sans  but,  un  exemple 

Si  maintenant  nous  passons  à  l’examen  des particula¬ 
rités  qu’offre  ce  genre  de  manifestations,  nous  voyons 
que  le  mouvement  produit  n’est  pas  du  tout  en  rapport 
avec  l’étendue  de  la  surface  irritée.  Force  nous  est  donc 
d’admettre  que  l’impression  sensitive  se  généralise, . 

Comment  comprendre  cette  généralisation!  — Est¬ 
elle  due  à  la  continuité  des  fibres  ou  à  Intransmissibilité 
de  l’impression  à  travers  les  cellules?  C’est,  vous  le 
savez,  à  cette  dernière  idée  qu’il  faut  s’arrêter:  la  sub¬ 
stance  grise  est  l’intermédiaire  physiologique  qui  dans 
les  phénomènes  réflexes,  unit  les  racines  postérieures 
aux  racines  antérieures. 

Quant  à  cette  généralisation,  nous  allons  vous  mon¬ 
trer  qu’elle  se  fait  par  l’élément  sensitif  et  non  par  l’é¬ 
lément  moteur.  ..  :>r. 

Voici  une  grenouille  sur  laquelle  une  ligature  embrasse 


une  patte  postérieure,  de  façon  à  l’isoler  du  tronc.  Le  nerf 
seul  n’a  pas  été  compris  dans  la  ligature,  ce  qui  a  ainsi 
privé  le  membre  de  ses  vaisseaux,  ou  plutôt  de  la  circula¬ 
tion,  en  lui  laissant  son  innervation.  Nous  empoisonnons 

bile  ;  ses  propriétés  motrices  sont  anéanties  ;  elle  a  cepen¬ 
dant  conservé  ses  propriétés  sensitives,  et  grâce  à  elles  la 
moelle  aura  conservé  la  propriété  de  transmettre  les 

vements  qui ,  à  la  suite  d’une  excitation  portée  sur  le 
.train  antérieur  empoisonné  et  privé  de  mouvement,  se 
montrent  dans  le  membre  auquel  la  ligature  a  conservé 
ses  propriétés  motrices  en  le  préservant  de  l’intoxication. 

La  sensibilité  peut  donc  ici  se  transmettre  à  travers  la 
moelle  jusqu’au  point  où  elle  doit  agir. 

Si  chez  une  grenouille,  empoisonnée  par  le  curare, 
nous  ménageons  tout  le  train  postérieur,  nous  voyons  que 
_ ses  mouvements  sont  coordonnés,  que  ce  sont  des  mouve¬ 
ments  de  saut,  mouvements  qui  semblent  volontaires. 

Si,  au  lieu  d’employer,  un  poison  qui  agisse  sur  le 
mouvement,  nous  avons  recours  à  une  substance  qui 
..détruise  le  sentiment,  les  choses  ne  se  passeront  plus  de 
même.  Un  seul  nerf  sensitif  empoisonné  empoisonnera 
tous  les  autres  ;  ici  l’action  se  généralise. 

La  sensibilité  se  généralise  donc,  et  elle  se  propage  par 
la  moelle.  . 

Est-à-dire  pour  cela  que,  du  point  influencé,- l’excita¬ 
tion  se  transmette  à  chacun  des  nerfs  de  mouvement  en 
.particulier? 

On  ne  saurait  admettre  qu’une  fibre  sensitive  soit  char- 


gée  de  transmettre  directement  le  mouvement  à  une  ou 
plusieurs  fibres  motrices.  Il  paraît  y  avoir  dans  ce  phéno¬ 
mène  toute  autre  chose  qu’une  transmission  fibre  à  fibre. 
On  doit,  ce  me  semble,  voir  des  centres  particuliers  en 
rapport  les  uns  avec  les  autres,  et  établissant  entre  te 
actions  des  différentes  parties  certains  rapports  de  soli¬ 
darité  ou  d’antagonisme.  Ainsi ,  en  touchant  certains 
points  dé  la  moelle,  on  produit  des  groupes  de  mou¬ 
vements  déterminés. 

Lorsque,  comme  cela  a  lieu  chez  cette  grenouille  dé¬ 
capitée.  on  voit  une  excitation  simple  provoquer  des 
mouvements  complexes,  il  faut  bien  admettre  qu’il  existe 
un  centre  de  réunion  pour  les  nerfs  moteurs,- 1  centre 
dont  l’excitation  est  nécessaire  à  la  production  du  mou¬ 
vement  coordonné  qu’il  tient  sous  sa  dépendance. 

De  même  chez  cette  autre  grenouille,  qui  a  été  empoi¬ 
sonnée  par  le  curare,  et  dont  lè  train  postérieur  a  été 
préservé  de  l’empoisonnement  par  une  ligature,  l’irri¬ 
tation  d’un  point  quelconque  de  la  périphérie  de  l’ani¬ 
mal  suffit  pour  exciter  le  centre  ;  mais  cette  action  n’a 
de  retentissement  que  dans  les  nerfs  conservés.'3'1!5’1 

Quant  à  cette  transmission ,  nous  pouvons  nous  assu¬ 
rer  qu’elle  se  fait  bien  par  la  moelle;  car,1  si  nous  la 
coupons  vers  la  région  lombaire,  l'excitation1  de  l’une 
des  pattes  antérieures  ne  produit  plus  rien.  -  ■  ■ 

L’action  nerveuse  motrice  se  limite  donc  essentielle¬ 
ment  à  chaque  nerf  ou  à  chaque  système  de  nerfs;  l’ac¬ 
tion  sensitive  se  répand  à  tous  de  proche  en  proche. 

Voilà  pour  les  actions  réfiexes  se  manifestant  exté¬ 
rieurement. 


..MOUVEMENTS  BÉEUSXSS,  ,  355 

Si  l’on  épuise  successivement  l’animal,  on,  voit  qu’à 
mesure  que  la  sensibilité  s’affaiblit,  lés  mouvements  de¬ 
viennent  plus 'circonscrits  et  finissent,  avjuït  de  dispa¬ 
raître,  par  être  moins  étendus  et  finalement  limités  à 
la  racine  antérieure  correspondante. 

Il  semble,  d’après  cela,  qu’il  faut  qu’il  y  ait  dans 
les  nerfs  sensibles  une  sorte  de  tension  de  la  sensibilité. 
Les  cellules  communiquant  avec  le  nerf  sensitif  trans¬ 
mettent  l’impression  sensible  plus  ou  moins  loin,  suivant 
son  intensité.  C’est  ainsi  que  la  réaction  motrice  réflexe 
peut  se  généraliser  ou  se  restreindre  suivant  l’intensité 
qui  la  met  en  jeu. 

Les  mouvements  réflexes,  mouvements  involontaires 
tels  que  nous  les  avons  vus,  peuvent  être1  considérés 
comme  étant  de  deux  sortes,  selon  quedéur'aelion  porte 
sur  les  muscles  de  la  vie  de  relation  ou  sur  lésmuscles 
de  la  vie  organique. 

C’est  après  avoir  fait  l’étude  expérimentale  de  ces 
phénomènes  que  nous  pourrons  jeter  quelque  jour  sur 
une  des  questions  les  plus  intéressantes  de  la  physiologie  : 
je  veux  parler  de  l’influence  réciproque  de  ces  deux 
propriétés  motrices  l’uné  sur  l’autre. 

Aucun  sujet,  s’il  était  élucidé,  n’intéresserait  davan¬ 
tage  le  praticien  et  ne  serait,  en  médecine,  capable  de 
recevoir  de  plus  larges  applications. 


DIX-NEUVIÈME  LEÇON. 


Après  avoir  constaté  l’existence  des  mouvements  ré¬ 
flexes  qui  ont  pour  point  de  départ  le  tégument  externe, 
et  pour  résultat  final  la  contraction  des  muscles  qui  sont 

comme  leur  répondant,  les  mouvements  réflexes  in¬ 
ternes,  c’est-à-dire  ceux  qui  ont  pour  point  de  départis 
surface  d’une  membrane  muqueuse,  et  pour  résultat 
final  la  contraction  des  muscles  qui  ne  sont  pas  soumis 
à  la  volonté. 

Ces  derniers  mouvements  sont  excessivement  nom¬ 
breux  et  comprennent  toutes  les  actions  motrices  qui  se 
passent  dans  les  organes  splanchniques.  Il  suffira  de  les 
énumérer,  car  ils.  sont  connus  et  admis  de  tous  les  phy- 

Toutes  les  sécrétions,  par  exemple,  se  font  sous  l’in¬ 
fluence  d’un  mouvement  réflexe,  et  il  peut  arriver  que 
tantôt  la  sensation  qui  en  est  le  point  de  départ  soit 
consciente,  et  tantôt  qu’elle  soit  inconsciente.  Ainsi,  la 


MOUVEMENTS  RÉFLEXES  INTERNES.  357 

sécrétion  salivaire  qui  a  lieu  sous  l’influence  du  vinaigre 
introduit  dans  la  bouche,  est  une  sécrétion  qui  succède  à 
une  sensation  avec  conscience.  Les  sécrétions  du  sue 
gastrique,  du  suc  pancréatique,  delà  hile,  qui  ont  lieu 
quand  des  aliments  passent  dans  le  tube  digestif;  succè¬ 
dent  au  contraire  à  des  sensations  sans  conscience. 

11  en  est  de  même  des  phénomènes  purement  mo¬ 
teurs  des  organes  splanchniques  qui  peuvent  succéder  à 
une  sensation  tantôt  consciente,  tantôt  inconsciente. 
Lorsque  les  mouvements  de  mastication  et  dé  déglutition 
s’opèrent,  ils  Ont  pour  point  de  départ  une  sensation 
consciente.  Lorsqu’au  contraire  il  s’agit  des  mouvements  ' 
de  l’estomac  et  des  intestins,  ils  ont  leur  point  de  départ 
dans  Une  sensation  inconsciente. 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  plus  longtemps  à  signaler 
tous  les  mouvements  réflexes  qui  peuvent  exister  dans 
les  organes  involontaires,  parce  qu’ils  sont  parfaitement 
connus.  Nous  nous  arrêterons  seulement  à  la  question  de 
savoir  s’ils  sont  soumis  aux  mêmes  conditions  que  les 
phénomènes  réflexes  de  la  vie  de  relation,  et  si  la  moelle 
épinière  ou  un  centre  nerveux  cérébro-spinal  est  abso¬ 
lument  nécessaire  à  leur  accomplissement. 

‘  Bichat  et  beaucoup  d’autres  après  lui  avaient  autrefois 
pensé  que  les  ganglions  nerveux  du  grand  sympathique 
présidaient  aux  mouvements  des  organes  non  soumis  à 
l’influence  de  la  volonté.  De  sorte  que  les  mouvements 
réflexes  qui  se  passent  dans  les  organes  auraient  pu 
S’accomplir  sans  l'intermédiaire  de  la  môèlle  épinière, 
et  seulement  par  des  filets  sensitifs  qui  sé  transformaient 
en  filets  moteurs  dans  le  ganglion  lui-même!  * 


,  Cette  yue  a.été  complètement  abandonnée;  elle  a  été 
surtout  rppmbàftue:  par  les  expériences  de  Herbert 
Mayo,  sur  le  ganglion  ophthalmique.  On  avait  pensé, 
par  exemple,  que  les  mouvements  involontaires  qui  se 
passent  dans  l’iris  avaient  leur  centre  d’action  danslç' 
ganglion  ophtbalmique  ;  que  la  lumière,  par  exemple, 
arrivant  sur  la  rétine  ,  qu’un  corps  étranger,  qu’une 
excitation  ,djreçte  arrivant  sur  la  conjonctive  ou  sur  la 
cornée  transparente,  produisaient  une  excitation  qui 
était  recueillie  par  le  ganglion,  d’où  partaient  ensuite 
des  nerfs  moteurs  qui  produisaient  la  contraction  de  la 
pupille,  : 

Cette  explication  a  été  renversée  par  l’expériencequi 
aurait  appris  qu’après  la  section  de  la  cinquième  paire, 
ou  .aprèscelle  du  nerf  moteur  oculaire  commun,  tous  ces 
phénomènes  cessent,  montrant  ainsi  qu’ils,  sont  sous  la 
dépendangede  l’jun  ou  l’autre  de  ces  nerfs.  Depuis  lors 
on  a  généralisé  ce  , fait  eu  admettant  que  toutes  les 
actions  réflexes  se  passent  dans  les  centres  nerveux  cé¬ 
phalo-rachidiens,  et  jamais  exclusivement  dans  lesgan- 
glions  du  grand  sympathique.  On  pense  que  les  mouve- 


MOUVEMENTS  PÉRISTALTIQUES.  359. 

l’intestin,,  qui  est  séparé  de  Uabdomen.  On  ne  peut  pas 
par  conséquent  supposer  que  la  moelle  épinière  inter¬ 
vienne  comme  centre  dans  ces  contractions. .  . 

Il  en  est  de  m^me  d’autres  mouvements  sur  lesquels 
nous  reviendrons  tout  à  l’heure. 

Cependant  il  est -positif  qu’il  existe  des  mouvements 
réflexes  des  intestins  qui  paraissent  avoir  pour  centre  la 
moelle  épinière.  Nous  avons  déjà  cité,  dans  le  deuxième 
volume  de  nos  Leçons,  une  expérience  dans  laquelle 
cette  intervention  de.  la  moelle  comme,  centre  est 
évidente.  Nous  allons  répéter  cette  expérience  devant 

Sur  ce  jeune  dogue  qui  vient  d’être  sacrifié  par  la 
section  du  bulbe  afin  de  faire  cesser  tous  les  mouvements 
volontaires,  nous  ouvrons  la  poitrine  et  nous  galvanisons 
le  ganglion  cervical  supérieur.  Bientôt  on  voit  les  mou¬ 
vements  de  l’intestin  grêle  devenir  très  violents  sans 
qu’il  y  en  ait  dans  les  autres  parties  de  l’intestin.  Lors¬ 
que  nous  galvanisons  les  ganglions  du  plexus  solaire , 
nous  voyons  des  mouvements  péristaltiques  très  actifs 
se.montrer  dans  le  gros  intestin  seulement.  Si  mainte¬ 
nant  nous  voulons  nous  rendre  compte  de  la  manière 
dont,  s’opèrent  ces  mouvements,  nous  ne  pouvons  pas 
admettre  que  l'irritation  portée  sur  le  ganglion  cervical 
supérieur  se  transmette  par  les  filets .  qui  partent,  de 
l’extrémité  inférieure  de  ce  ganglion  et  arrivent  en 
suivant  le  trajet  des  nerfs  grand  et  petit  splanchnique, 
à  faire  contracter  les  muscles  de  l’intestin.  L’expérience 
prouve,  au  contraire ,  que  l’impression  galvanique  passe 
du  ganglion  à  la  moelle  épinière  et  se  transmet  par 


elle  et  par  action  réflexe  jusqu’aux  nerfs  qui  vont  direc¬ 
tement  dans  les  intestins.  - 

En  effet,  si  l’on  coupe  la  réunioD  des  filets  qui  éma¬ 
nent  de  la  partie  inférieure  du  ganglion  premier  thora¬ 
cique,  de  manière  à  avoir  deux  bouts  constitués,  l’un 
supérieur  par  le  ganglion  lui-même,  l’autre  inférieur  par 
les  filets  qui  en  émanent,  et  qui  font  partie  de  la  chaîne 
sympathique;  alors  si  Ton  galvanise  le  bout  inférieur, 
on  n’obtient  aucun  résultat,  tandis  que  la  galvanisation 
du  bout  supérieur  produit  des  contractions  de  l’intestin 
grêle,  exactement  comme  cela  avait  lieu  lorsqu’on  gal¬ 
vanisait  le  ganglion  intact.  Ceci  prouve  évidemment  que 
c’est  par  la  moelle  que  passe  l’influence  nerveuse.  C’est, 
en  effet,  le  seul  conducteur  qui  semble  rester  entré lè 
ganglion  et  les  intestins  grêles. 

Ce  que  nous  venons  de  dire  du  premier  ganglion 
thoracique  s’applique  au  plexus  solaire. 

On  peut  voir  toutefois,  d’après  cette  expérience,  que 
la  contraction  des  intestins  reçoit  son  excitation  de  pari' 
ties  du  système  nerveux  situées  beaucoup  au-dessus  des 
organes  qui  se  contractent.  Mais  si  Ton  admet  mainte¬ 
nant  que  les  fibres  sensitives  qui  produisent  cette  con¬ 
traction  naissent  des  parties  situées  au-dessus  de  celles 
qui  se  contractent,  on  verra  que  les  nerfs  sensitifs  qui 
transmettent  l’impression  excitante  ne  sont  pas  toujours 
dans  les  organes  mêmes  qui  se  meuvent. 

Ainsi ,  par  exemple ,  une  irritation  portée  sur  les  nerfs 
de  l’intestin  grêle  fait  contracter  le  gros  intestin.  Ainsi 
une  irritation  portée  sur  les  nerfs  de  l’estomac  fait  con¬ 
tracter  l’intestin  grêle. 


361 


MOUVEMENTS  PEKISTAETIQUES. 

Il  s’agirait  toutefois  de  savoir  si  lés  nerfs  que  l’on 
galvanise  sont  réellement  des  nerfs  de  sentiment,  ou 
si  l’oit  n’aurait  pas  affaire  à.  des  nerfs  de  mouvement 
appartenant  au  sympathique,  qui  rentreraient  dans 
la  moelle  épinière.  Ce  sont  là  autant  de  questions 
particulières  qui  seraient  à  traiter  dans  l’histoire  spé¬ 
ciale  du  grand  sympathique,  étudié  dans  les  différents 

Nous  signalerons  enfin  certaines  formes  de  mouvement 
qui  existent  dans  les  intestins  ou  dans  d’autres  organes 
splanchniques,  et  qui  sont  évidemment  indépendants  des 
nerfs,  quoique,  dans  certains  cas,  ces  mouvements  pui^ 
sent  être  déterminés  par  l’influence  nerveuse. 

Ainsi  lorsque,  par  exemple,  on  a  un  œsophage  ou 
une  portion  d’intestin  dont  tous  les  nerfs  moteurs  ont  été 
détruits,  soit  par  l’ablation  de  l’organe,  soit  par  l’empoi¬ 
sonnement  à  l’aide  du  curare,  et  lorsqu’on  pique  1’œsô-^ 
pliage  avec  la  pointe  d’un  bistouri  ,  de  manière  à  irriter 
la  fibre  musculaire  dans  un  point  déterminé,  on  voit  le 
resserrement  du  conduit  musculaire  avoir  lieu,  non- 
seulement  dans  le  point  touché,  mais  On  le  voit  se  pro¬ 
pager  ensuite  au-dessous,  jusqu’à  une  distance  très  éloi¬ 
gnée,  qui  est  sa  limite  naturelle. 

11  eu  est  de  même  de  l’Uretère  :  lorsqu’on  le  piqué  avec 
la  pointe  d’un  bistouri  ,  il  se  manifeste  une  contraction 
péristaltique  qui,  débutant  dans  le  point  touché,  des¬ 
cend  par  la  partie  inférieure  jusque  vers  la  vessie,  mais 
jamais  ne  remonte  vers  le  rein. 

Il  y  a  donc  là,  dans  tous  ces  cas,  une  transmission 
de  l’irritation  dans  un  sens  déterminé,  transmission  qui 


362 


paraît  se  propager  entre  les  fibres  musculaires  sans  l’in¬ 
tervention  du  système  nerveux. 

Il  y  a  d’autres  mouvements  qui  semblent  encore  in-, 
dépendants  du  système  nerveux.  Tels  sont,  par  exemple, 
les  mpuvements.de  contraction  rhythmique  qui  se  pas¬ 
sent  dans  les  conduits  biliaires  de  quelques  oiseaux;  tels 
sont  les  mouvements  péristaltiques  continuels  qui  exis¬ 
tent  dans  là  partie  inférieure  de  l’œsophage,  et  qui  ne 
sont  pas  toujours  immédiatement  paralysés  après  lasec- 
tion  des  pneumogastriques.  Tel  est  le  muscle  sphincter 
de  la. vessie,  qui  n’est  pas  paralysé  en  même  temps  que 
les  fibres  de  la  vessie  ,  et  dont  la  contracture  persiste 
encore  longtemps  après  qu’on  a  détruit  les  nerfs. 

Enfin,  pour  indiquer  encore  quelques  particularités 
relatives  aux  mouvements  péristaltiques  des  intestins, 
nous  dirons  que  ces  mouvements  sont  fuit  obscurs  pen¬ 
dant  la  vie,  et  qu’ils  ont  même  été  niés  ;  que  leur  mani¬ 
festation  a  lieu  après  la  .mort ,  particulièrement  quand 
la  circulation  cesse  de  s’effectuer  dans  les  vaisseaux  dé 
l’intestin.  Pendant  la  vie  on  peut  observer  ce  phéno¬ 
mène  chez,  les  lapins,  quand  on  a  piqué  ou  coupé  la 
moelle  épinière  un  peu  au-dessous  des  nerfs  phréniques, 
opération  qui  ralentit  considérablement  la  circulation 
intestinale. 

Le  mouvement  péristaltique  qui  amène  l’expulsion 
des  matières  fécales  se  compose  de  deux  séries  d’actions 
que  j’ai  souvent  eu  l’occasion  d’observer  dans  le  gros 
intestin  des  lapins.  Il  y  a  une  contraction  de  l'intestin, 
qui  se  resserre  derrière  le  bol  fécal  et  le  pousse  vers  la 
partie  inférieure.  Mais  en  même  temps  il  y  a  un  relâ- 


MOUVEMENTS  .PÉRISTALTIQUES..  363 

chement  aussitôt  et  une  sorte  de  dilatation  qui  se  mani¬ 
feste  par  l’élargissement  de  là,  portion  de. l’intestin  qui 
précède  immédiatement  le  bol  fécal  ;  puis,  quand  ie  bol 
fécal  a  franchi  cette  partie  élargie,  elle  se  rétrécit  der¬ 
rière  lui  :  une  autre  s’élargit  au-devant  et  ainsi  de  suite. 
Ces  mouvements  de  dilatation,  qui  sont  ici  très  évidents, 
sont  très  difficiles  à  comprendre  ;  beaucoup  de  physiolo¬ 
gistes  les  nient,  Nous.  aurons  plus  tard  à  chercher  à 
comprendre  leur  mécanisme. 

Toutefois  nous,  devons  encore  ajouter  .que  les  mou¬ 
vements  péristaltiques  n’existent  pas  au  même  degré 
cher  tous  lès  animaux  ,  et  qu’ils  ne  sont  pas  en  rapport 
avec  l'organisation  plus  ou  moins  élevée  de  l’animal, 
car  on  les  voit  difficilement  chez  les  oiseaux  et  chez  les 
reptiles.  C’est  chez  les  mammifères  que  cesjnouvements 
paraissent  surtout développés.  Ces  mouvements  appa¬ 
raissent  surtout  après  la  mort,  chez  les  animaux  qui  sont 
morts  en  digestion.  Lorsque  les  animaux  meurentà  jeun, 
ils  sont  moins  violents  et  peuvent  même  manquer  com¬ 
plètement  si  l'animal  est  mort  après  une .  abstinence 
longtemps  prolongée,  et  alors  les  intestins  prennent  une 
forme  spéciale. 

J’ai  vu,  chez  un  chien  sacrifié  après  une  abstinence 
de  quinze  jours,  les  intestins  privés  à  peu  près  complète- 


des  mouvements  péristaltiques  dans  les  intestins  après 
la  mort,  même  après  qu’ils  avaient  été  enlevés  de  l’ab¬ 
domen.  Il  y  avait  également  la  même  forme  aplatie  des 
intestins  ;  mais  le  lendemain,  en  examinant  cés  intestins 
restés  à  la  température  ordinaire,  ils  avaient  très  lente¬ 
ment  changé  de  forme  et  étaient  devenus  arrondis,  ét 
leur. diamètre  bien  inférieur  à  celui  delà  veille. 

Nous  pourrions  donner  beaucoup  d’autres  exemples 
des  variétés  de  mouvement  qu’on  peut  rencontrer  dans 
les  organes  intérieurs;  mais  ce  que  nous  en  avons  dit 
suffit  pour  prouver  qu’il  y  a  là  des  conditions  particu¬ 
lières  qui  se  rencontrent  dans  les  organes  musculaires 
de  la  vie  intérieure,  et  qui  doivent  rendre  l’étude  des 
mouvements  réflexes  qui  se  produisent  dans  le  grand 
sympathique  beaucoup  plus  difficile.  Aussi  l’étude  de 
ces  mouvements  réflexes  intérieurs  est-elle,  quoi  qu’ci) 
en  ait  dit,  encore  entourée  d’une  grande  obscurité. 


réflexes,  il  y  a  des  cas  dans  lesquels  ils  semblent  avoir 
cette  influence.  Ainsi,  lorsque  l’on  a  coupé  le  filet  cer¬ 
vical  du  grand  sympathique  et  qu’on  irrite  avéé  une 
pince  son  bout  supérieur,  on  produit  des  mouvements 
de  déglutition  par  action  réflexe ,  mouvements  dont  le 
ganglion  cervical  supérieur  paraîtrait  être  le  centre. 

Quand  on  galvanise  les  pneumogastriques ,  le  cœur 
s’arrête,  et  avec  cet  arrêt  du  coeur  coïucide  ordinaire¬ 
ment,  chez  le  chien,' l’apparition  des  mouvements  péris- 


365 


taltiqnes  de  l'intestin.  Cela  tient-il  à  ce  qu’on  a  empêché 
le  sang  d’arriver  dans  les  intestins. 

Quand  on  a  coupé  la  moelle  épinière  au-dessous  des 
nerfs  phréniques,  et'que  ces  mouvements  péristaltiques 
se  manifestent,  se  pourrait-il  qu’on  eût  diminué  con- 
sidérablemenU’impulsion  du  cœur;  de  sorte  que,  dans 
les  deux  cas ,  ce  phénomène  tiendrait  à  la  même  cause. 
Ce  sont  là  quelques  cas  des  nombreuses  observations 
dont  il  nous  reste  à  chercher  l’explication . 


VINGTIÈME  LEÇON. 


SOMMAIRE  :  Solidarité  des  phénomènes  de  sensibilité  et  de  mouvement 


La  question  la  plus  intéressante  serait  maintenant  de 
savoir  si  les  phénomènes  de  sensibilité  et  de  mouvement, 
extérieurs  ou  intérieurs,  sont  complètement  séparés,  et 
si,  malgré  une  communauté  d’origine  anatomique,  les 
nerfs  de  la  vie  organique  diffèrent  physiologiquement 
de  ceux  de  la  vie  de  relation. 

Dans  certaines  circonstances,  notamment  quand  les 
phénomènes  nerveux  sont  exaltés  de  part  ou  d’autre,  il 
y  a  une  confusion  entre  les  réactions  volontaires  et  les 
réactions  réflexes  :  ce  qui  porterait  à  croire  que  la  diffé¬ 
rence  des  aptitudes  fonctionnelles  n’est  pas  complète, 
que  la  séparation  n’en  est  pas  absolue.  Il  arrive  souvent 
que  ces  phénomènes  réagissent  les  uns  sur  les  autres,  et 
que  les  mouvements  réflexes  d’un  organe  splanchnique 
deviennent  le  point  de  départ  de  contractions,  de  convul¬ 
sions  des  muscles  de  la  vie  de  relation.  On  a  indiqué, 
entre  autres  sympathies  de  cette  nature,  les  convulsions 
qui  seraient  produites,  chez  les  enfants,  par  la  présence  de 


vers  dans  le  tube  intestinal,  par  le  développement  des 
dénis,  causes  internes  dé'cûnvülsîôns  extérieures. 

Ces  réactions  peuvent  d’ailleurs  être  produites  artifi¬ 
ciellement  :  si  sur  un  animal  récemment  mort  on  excite 
Son  plexus  solaire,  l’on  voit  bientôt  des  mouvements 
agiter  le  gros  intestin;  mais  tout  ne  s’arrête  pas  là,  et 
souvent  oU  observe  en  même  temps  dés  mouvements 
dans  les  membres  et  le  thorax.  L’excitation  du  plexus 
solaire  peut  donc  être  suivie  d’une  réaction  générale. 

Les  réactions  du  système  de  la  sensibilité  organique 
ne  sont  pas  Constamment  localisées  dans  l’organe  d’où 
est  partie  l’excitation  ;  elles  portent  sur  un  organe  plus 
ou  moins  voisin  de  celui  primitivement  affecté;  quel¬ 
quefois  même  elles  peuvent  être  générales  et  retentir 
sur  toute  l’économie. 

Certaines  susceptibilités  individuelles  qü’on  appelle 
idiosyncrasiques  prouvent  à  là  fois  la  grande  variété  de 
ces  sensibilités  internes  et  des  sympathies  organiques  dont 
lés  manifestations  peuvent  changer  non-seulement  d’un 
orgaüe  à  un  autre  organe,  mais  quelquefois  d’un  individu 
àun  autre  individu  ;  Ne  perdons  pas  cependant  de  vue  qu’à 
l’état  physiologique,  daus  les  conditions  normales,  les 
sensations  de  ces  organes  profonds  ne  sont  pas  perçues, 
et  que  jamUis  la  volonté  né  peut  agir  sur  eux  pour  y 
déterminer  des  mouvements. 

■  Nous  allons  vous  citer  des  expériences  seulement  pour 
établir  la  possibilité  de  produire  des  mouvements  dans 
les  muscles  de  la  vie  de  relation,  en  agissant  sur  le  sys¬ 
tème  du  grand  sympathique  splanchnique.  Nous  citerons 
ensuite  des  exemples  de  l’action  inverse,  c’est-à-dire  dès 


368  MOUVEMENTS  RÉFLEXES  SYMPATHIQUES. 

faits  montrant  la  possibilité  d’agir  sur  les  phénomènes 
de  la  vie  organique,  en  s’adressant  au  système  cérébro- 
spinal. 

Escp.  (4  novembre  1845).  —  Sur  un  chien  bien 
portant  et  à  jeun,  chez  lequel  la  mort  avait  été  déter¬ 
minée  par  la  section  du  bulbe  rachidien,  puis  les  deux 
pneumogastriques  coupés  et  l’abdomen  largement  ou¬ 
vert,  on  continua  la  respiration  artificielle. 

Alors  on  irrita  le  ganglion  semi-lunaire  gauche  du 
plexus  solaire,  ganglion  qui  se  trouve  placé  immédiate¬ 
ment  au-dessous  de  la  capsule  surrénale  correspondante. 

En  irritant  ce  ganglion  avec  une  pince  ou  la  pointe 
d’un  bistouri,  on  vit  aussitôt  se  manifester  des  contrac¬ 
tions  musculaires  dans  les  muscles  pectoraux,  et  jusque 
dans  le  cou  et  la  patte  du  même  côté.  On  observa  aussi 
des  contractions  musculaires  très  sensibles  dans  le  dia¬ 
phragme  et  dans  les  muscles  coupés  de  la  paroi  abdo¬ 
minale.  On  constata  des  mouvements  analogues  quand 
on  déplaçait  le  rein,  ce  qui  amenait  nécessairement  un 
tiraillement  des  plexus  mésentériques.  Au  bout  de  ,dix 
minutes  après  qu’on  eut  cessé  la  respiration  artificielle, 
ces  mouvements  avaient  cessé  de  pouvoir  être  produits. 

Exp.  (20  novembre  1845).  —  Chez  un  chat  vivant, 
dont  l’abdomen  avait  été  ouvert  étant  en  digestion,  on 
irrita  les  ganglions  du  plexus  solaire,  et  l’on  n’obtint 
aucun  mouvement  dans  les  membres  ni  dans  le  tronc. 
Alors  on  coupa  les  deux  nerfs  vagues  dans  la  région  du 
cou,  et  l’on  ouvrit  la  trachée  en  vue  du  cas  où  la  suffo¬ 
cation  aurait  pu  se  produire.  Après  la  section  des 
vagues,  on  irrita  de  nouveau  les  ganglions  du  plexus 


MOUVEMENTS  RÉFLEXES  SYMPATHIQUES.  300 
■solaire,  et  aussitôt-dn "observa,  comme' résultat,  des 
mouvements  convulsifs  violents  dans  les  muscles  du 
trobc  et  dans  les  muscles  des  membres  postérieurs. 

Bæp.  (29  novembre  1845).  —  Sur  un  chien  mouton 
jeune,  on  enleva  les  deux  ganglions  solaires  par  une 
large  plaie  faite  à  la  paroi  abdominale.  Quand  . on  se 
bornait  à  toucher  les’gàhgliôns  SolaireS;  ils  ne  donnaient 

on  irritait  fortement  lés  nerfs  de  Ceplexusde  manière  à 
les  faire  vibrer  comme  dès  cordes  tendues,  il  en  résultait 
■des  mouvements  involontaires,  saccadés,  qui  se  mani¬ 
festaient  dans  tout  le  tronc  ,  et  surtout  dans  les  mem 
bres  postérieurs  ;  mais  il  n’y  avait  aucune  douleur  perçue  ; 
et  ce  n’est  quelorsqu’on  saisissait  fortement  les  ganglions 
avec  des  pinces  et  qu’oii  les  tiraillait  pour  les  arra¬ 
cher,  que  l'animal  éprouvait-  "fié  la  douleur  et  poussait 
des  cris. 

■  Chaque  fois  que  l’oU  contondait  ainëiun  ganglion  du 
plexus  solaire  OU  un  des  gros  nerfs  qui  en  partent,  la 
partie  nerveuse  contuse  restait  noirâtre  et  comme  ecchy- 
înosée,  ce  qui  n’a  pas  lieu  pour  les  nerfs  du  système 
cérébro-spinal. 

A  la  suite  des  tiraillements  qu’on  fit  éprouver  au 
plexus  solaire,  l’animal  fut  pris  immédiatement  d’évâ- 

'  D’après  les  expériences  qui  précèdent ,  on  voit  que 
l’irritation  dés  nerfs  du  grand  sympathique,  et  particu¬ 
lièrement  cèlle  'dés  ganglions  du  plexus  solaire  sur  les-: 
ijaels  on  à.plUsspécîâlèSVciftèxpéririienté:,  est  susceptible 


de  provoquer  des  mouvements  plus  ou  moins  violents 
dans  les  muscles  du  tronc  ou  des  membres  ,  mais  plus 
spécialement  des  membres  postérieurs.;  Nous  voulons 
seulement  ici  constater  le  fait;  Car  plus  tard  il  y  aura  à 
étudier  le  mécanisme  de  leur  production,  et  à  savoir  si 
c’est  par  une  action  réflexe  sur  la  moelle  épinière,  où 
par  une  action  directe,  que  ces  excitations  agissent,. 

Nous  remarquerons  toutefois  qu’il  y  a  là  une  condi¬ 
tion  bien  singulière  :  c’est  qu’il  parait  nécessaire  que  les 
vagues  soient  coupés,  ou  bien  quefanimaltué  par  la  sec¬ 
tion  du  bulbe  rachidien,  toutes  conditions  qui  augmen¬ 
tent  la  sensibilité  réflexe  interne  surtout,  lorsqu’en  même 
temps  on  a  soin  d’entretenir  la  respiration  artificielle, 

Dans  beaucoup  de  cas,  en  agissant  seulement  sur  les 
nerfs,  sans  toucher  aux  ganglions,  on  peut  produire  des 
phénomènes  analogues  :  ainsi  très  souvent  nous  l’avons 
vu,  quand  on  avait  sacrifié  un  animal  par  la  section 
du  bulbe  rachidien,  et  qu’on  venait  à  lui  prendre  la 
veine  porte  pour  en  faire  la  ligature,  dans  le  but  de 
recueillir  le  sang  qui  entre  dans  le  foie  :  aussitôt  que 
l’on  tiraillait  les  nerfs  qui  entourent  la  veine  ou  qu'on 
les  liait,  il  y  avait  des  mouvements  très  violents  dans 
sut  dans  les  membres  posté¬ 


s  jamais  vérifié  si,  dans  ces 

on  portée  directement  sur  la 

ne  partie  quelconque  de  l’in¬ 

testin  aurait  pu  produire  le  même  résultat  :  c'est  une 
chose  à  voir,  car  il  est  probable  que  c’est  sur  la  surface 
intestinale  qu’agissent,  dans  les  cas  pathologiques,  les 


MOUVEMENTS  RÉFLEXES  INTERNES-  371 

excitations  capables  de  produire  des  convulsions  dans 
les  mincies  de  Mvie  dè  relation. 

D  est  un  nerf,  le  pneumogastrique,  considéré  comme 
un  nerf  de  la  vie  organique,  ou  comme  nerf  établissant 
le  passageentféles  nerfs  du  système  cérébro-spinal  et; 
ceux  du  grand  sympathique.  Ce  nerf,  qui  prend  ses 
origines  dans  desorganes  splanchniques,  peut  aussi,  par 
action  réflexe,  donner  lieu  à  des  phénomènes  moteurs 
dans  les  muscles  de  la  vie  de  relation. 

Sans  parler  du.  vomissement ,  qui  peut  être  le  plus, 
généralement  considéré  comme  un  phénomène  réflexe, 
nous  avons  remarqué  depuis  longtemps  que  l’irritation 
du  bout  central  du  pneumogastrique  peut  produire 


plus  ou-moins  loiig;  Nous  avons  déjà  insisté  sur  ce  phé¬ 
nomène  dans  notre  cours  de  1853,  et  ce  fait  se  trouve 
consigné  dans  la  thèse  du  docteur  Bacquias,  un  de  nos 
élèves.  (Thèses  de  Paris,  1853.) 

M.  Budge  a  depuis  constaté  les  mêmes  phénomènes.. 

Il  nous  a  semblé  aussi  dans  quelques  cas  obtenir  des 
convulsions  dans  les  mouvements  respiratoires  de  la  face 
etdes.narines,  par  les  irritations  portées  sur  le  pneu¬ 
mogastrique.. 

Dans  tous  les  cas  précédemment  rappelés,  il.  est  évi¬ 
dent  que  c’est  une  action  réflexe  qui  se  passe  par  l’inter¬ 
médiaire  dès  fibres  sensitives  du  pneumogastrique.  Nous, 
signalerons  encore  que  cette  action  réflexe  peut  se 
produire  sans  qu’il  y  ait  perception  douloureuse.  Le 
pneumogastrique  offre  à  ce  point  de  vue  une  propriété 
singulière,  sur  laquelle  nous  aurons  à  revenir  quand 


372 


nous  ferons  l’histoire  de  cè  nerf  en  particulier  :  c'cst 
d’être  tantôt  sensible,  tantôt  insensible,  lorsqu’on  l’irrite 
mécaniquement  dans  là  région  du.  cou. 

Lorsqu’on  agit  sur  les  fibres  motrices  organiques  dui 
pneumogastrique,  il  rentre  dans  la  condition  de  tous  les 
autres  nerfs,  c’est-à-dire  qu’il  faut  agir  sur  sa  partie 
riphérique.  Dans  cé  cas,  comme  nous  le  savons,  l’irri¬ 
tation  du  bout  périphérique  peiit  déterminer  non-seule¬ 
ment  desmouvementsdansl’estomac,maisaussil’arrêtdu 


coeur;  de  sorte  qu’on  aune  espèce  d’antagonisme  entré 
les  actions  réflexes  du  pneumogastrique  et  ses  actions 


piratoires  ;  l’action  indirecte  ou  réflexe  produit  l’arrêt 
des  mouvements  respiratoires,  sans  influer  aucunement 
sur  les  mouvements  du  cœur,  et  il  est  remarquable,  sous 
ce  rapport,  de  voir  que,  lorsque  toutes  les  excitations 
sensitives  de  la  vie  extérieure  agissent  sur  le  cœur,  les 
excitations  semblables  des  nerfs  de  la  vie  intérieure 
n’agissent  pas  sur  lui. 

Les  deux  pneumogastriques  produisent  à  peu  pres  tes 
mêmes  phénomènes  quand  on  irrite  les  mêmes  bouts  ré¬ 
sultant  de  la  section  de  l’un  ou  de  l’autre.Toutefois  l’ex¬ 


citation  du  bout  central  du  pneumogastrique  gauche  pro¬ 
duit  plus  spécialement  les  phénomènes  de  vomi 
quand  l’animal  est  en  digestion,  et  l’excitation 
bout  périphérique  produit  plus  spécialement  les 
tions  péristaltiques  de  l’estomac,  tandis  que  l’e: 
du  bout  central  du.  pneumogastrique  droit: 
plus  spécialement  l’arrêt  de  la  respiration  et  jü 


MOUVEMENTS  RÉFLEXES  INTERNES.  373 

de  son  bout  périphérique  agit  plus  énergiquement 
pour  produire  l’arrêt  du  cœur. 

Il  semblerait  aussi  que  chaque  pneumogastrique  agit 
plus  spécialement  sur  lès  mouvements  respiratoires  du 
poumon  correspondant.  En  effet,  quand  on  n’a  coupé 
qu’un  seul  pneumogastrique,  il  y  a  un  affaiblissement 
dans  les  mouvements  respiratoires  du  côté  correspon¬ 
dant;  et,  ce  qu’il  y  a  de  particulier,  c’est  qu’on  peut 
constater  que  l’air  est  expulsé  avec  beaucoup  moins  de 
force  par  la  narine  de  ce.  côté  que  du  côté  opposé.' 

H  y  a  de  plus  une  action  chimique  que  l’irritation  du 
bout  central  du  pneumogastrique  peut  exercer  sur  le 
sang  et  sur  la  composition  des  urines.  Nous  reviendrons 
plus  tard  sur  ce  fait. 

Actuellement,  nous  avons  à  nous  occuper  de  l’in¬ 
fluence  que  les:  actions  réflexes  extérieures  peuvent 
avoir  sur  les  phénomènes  de  la  vie  de  nutrition. 

Lorsque  la  moelle  est  coupée  chez  un  animal  et.  que 
les  mouvements  réflexes  sont  exagérés,  on  remarque 
.que,  à  chacun  de  ces  mouvements  réflexes  qui  se  trou¬ 
vent  produits  dans  les  muscles  extérieurs,  il  y  a  un  re¬ 
tentissement  sur  certains  organes  intérieurs,  mais  par¬ 
ticulièrement  sur  le  cœur.  Nous  avons  déjà  traitée  cette 
question  à  propos  de  l’influence  des  nerfs  sensitifs  sur 
la  circulation;  nous  n’y  reviendrons  pas  ici., Nous  nous 
bornerons  seulement  à  dire  que,  lorsqu’on  agit  sur  la 
peau,  on  a  les  mêmes  effets  que  lorsqu’on  agit:  sur  les 
racmes;  de  sorte  que  toutes  les  excitations  portées  sur 
la  peau  réveillent  le  cœur  par  un  trouble  apporté  dans 
le  fonctionnement  de  cet  organe.  Le  froid  et. le  chaud, 


371  MOUVEMENTS  REFLEXES, 

qui  sont,  les  excitants  spéciaux  des  nerfs  de  sentiment, 
agissent  de  même  sur  lé  cœur.  Seulement  il  pourrait  se 
faire  que,  dans  ces  cas,  l’action  pût  se  transmettre  au 
cœur  directement,  par  le  sang  échauffé  ou  refroidi. 
Chez  les  animaux  à'  sang  froid,  les  grenouilles  par 
exemple,  il  paraît  en  être  ainsi,  et  chez  ces  animaux, 
les  excitations  de  la  peau  n’agissent  pas  évidemment 
pour  modifier  les  mouvements  du  cœur.  D  serait  singu¬ 
lier  que  ces  différences  fussent  à  considérer  parmi  les 
conditions  qui  différencient  les  animaux  à  sang  chaud 
des  animaux  à  sang  froid. 

Là  se  présenterait  une  question  intéressante  :  nous 
savons  que  les  nerfs  de  la  vie  extérieure  sont  souvent  le 
siège  de  convulsions  qui  reconnaissent  une  cause,  soit 
'nterné,  soit  externe.  H  s’agirait  de  savoir  si  les  nerfs  du 
grand  sympathique  peuvent  être  aussi  le  siège  de  con¬ 
vulsions  reconnaissant  pour  point  de  départ,  soit  une 
sensation  interne,  soit  une  sensation  externe.  Certaines 
affections  nerveuses  pourraient  recevoir  le  nom  decou- 
vulsiom •  du  grand  sympathique  ;  le  pneumogastrique 
peut  être  le  siège  de  convulsions  évidentes.  Seulement, 
d’après  le  principe  que  nous  avons  déjà  émis,  l’influence 
des  nerfs  moteurs  place  toujours  les  musclés  dans  un  état 
opposé  à  celui  dans  lequel  ils  sont  au  moment  de  l’excita¬ 
tion  ;  or  le  cœur  étant  en  mouvement,  il  se  trouve  arrêté 
par  les  convulsions  du  pneumogastrique,  et  les  morts  su¬ 
bites  arrivant  quelquefois  chez  les  enfants,  à  la  suite  des 
convulsions  dites  internes,  ne  sont  probablement  pas 
autre  chose  que  l’arrêt  du  cœur,  sous  l’influence  de  con¬ 
vulsions  survenues  dans  le  pneumogastrique.  Dans  ces 


-CONVULSIONS. 


375 

cas,  en  effet,  il  n’y  a  pas  de  phénomènes  asphyxiques 
proprement  dits.  On  peut  voir,  d’après  ce  qui  précède , 
quel  intérêt  s’attache  à.  ces  phénomènes  d’actions  ré- 


Nous  avons  vu  comment  il  convenait  de  localiser  la 
transmission  de  la  sensibilité  ;  pins  tard  seulement  nous 
étudierons  la  localisation  des  excitations  motrices.  Je 
vous  rappellerai  aujourd’hui  que  les  faits  observés  con¬ 
duisent  à  voir,  dans  le  système  nerveux,  des  organes 
producteurs  de  l’agent  nerveux  et  des  organes  conduc¬ 
teurs,  propagateurs  chargés  d’en  opérer  la  distribution. 
Outre  le  rôle  que  nous  lui  avons  reconnu  comme  organe 
dispensateur  de  l'agent  nerveux,  la  moelle  prend  part, 
comme  centre ,  à  la  production  de  cet  agent.  C’est  ce 
qui,  je  pense,  ressortira  clairement  des  considérations 
dans  lesquelles  nous  allons  entrer. 


AGENT  NERVEUX.  377 

La  propagation  de  l’agent  nerveux  cesse  toutes  les 
fois  qu’on  en  arrête  la  production.  C’est  ce  qui  a  lieu 
lorsqu’on  empêche  le  sang  d’arriver  à  l’encéphale. 

Les  anciens  j  qui  connaissaient  cette  expérience,  en 
expliquaient  le  résultat  en  concluant  que  les  esprits 
animaux  étaient  fournis  par  le  sang,  d’où  l’encéphale 
nelaisait  que  les  séparer.  Willis,  dont  je  vous  ai  déjà 
rappelé  les  idées,  cite  à  l’appui  l’expérience  qui  consiste 
à  lier- les  artères  qui  se  rendent  au  cerveau,  expérience 
dans  laquelle  on  cause  la  mort  de  l’animal  par  la  sup¬ 
pression  de  tous  les  phénomènes  de  l’innervatioh.  Depuis 
l’explication  a  changé  ;  les  faits  sont  restés  les  mêmes  : 
le sang  arrivapt  au. centre,  il  y  a  production,  puis  dis¬ 
persion  de  l'agent  nerveux.  ■ 

--.Lorsqu’on  vient  à  isoler  lune/partiel de  la  moelle,  en 
respectant  lesvaisseaux  qui  s’y  rendent,  on  peut ,  sans 
empêcher  Ia  formation  de  l’agent  nerveux,  en  empêcher 
lai  distribution  :  d’ou  accumulation.  C’est  ce  qui  arrive 
quand  on  opère  Ja  section  de  la  moelle:  il  y  a  une  sorte 
d’accumulation  de  l’agent  nerveux  dans  la  partie  infé¬ 
rieure,,!  isolée  de.  l’ encéphale  par  la  section. 

On  peut  le  démontrer  en  coupant.  la  moelle  à  une 
grenouille;  tous  savez  :qu’après  cette  opération  les 
parties  Séparées. de  l’encéphale  deviennent  plus  sensi¬ 
bles;  et;  qné, des  mouvements  réflexes  sont  provoqués  par 
des  .excitations  qui,  dans  les  conditions  normales,  n’en 
produisent  pas.  Mais  là  ne  se  bornent  pas  les  effets  de 
la  section  de  la  moelle  :  cette  exaltation  de  la  sensibilité 
est  , accompagnée  ,  d’une  énergie  plus  grande  dans  les 
mouvements-.. 


378  MOELLE  ÉPINIÈRE. 

Le  lendemain  de  l’opération  ,  soitsqu’on  ait  coupé 
toute  là  moelle,  soit  qu’on  en  ait  coupé  seulement  une 
moitié,  les  contractions  musculaires  des  parties  corres¬ 
pondantes  sont  plus  énergiques.  Toutefois,  pour  que  ces 
phénomènes  se  produisent,  il  faut  que  la  partie  delà 
moelle  qui  a  été  séparée  de  l’encéphale  offre  une  étéu- 
due  suffisante.  Peut-être  est-il  nécessaire  qu’elle  rem 
ferme  un  de  cqs  centres  dont  l’observation  des  faits 
conduit  à  admettre  l’existence.  Quoi  qu’il  en  soit  de 
cette  vue,  nous  ne  nous  engagerons  pas  plus  avant  am 
jourd’hui  dans  cette  voie  de  localisation  de  la  production 
de  l’agent  nerveux. 

Nous  avons  vu  que,  quand  on  coupe  la  moelle  sans 
détruire  le  système  vasculaire,  l’accumulation  delà  force 
nerveuse  se  traduit  par  une  suractivité  des  manifes- 


borne  pas  à  ces  manifestations  extérieures  :  les  organes 
intérieurs  sont,  eux  aussi,  le  siégé  de  réactions  qui 
accusent  cette  exaltation  des  phénomènes  de  sensibilité 
et  dé  mouvement. 

C’est  sur  ces  faits,  moins  connus,  que  j’insisterai  air» 
jourd’hui. 

Eæp.  —  Voici  un  lapin  chez  lequel  nous  avons  fait,  à 
l’àided’un  bistouri  àlameétroite,  introduitentre  les  lames 
vertébrales,  la  section  de  la  moelle  dans  la  région  d 
au-dessous  des  nerfs  phréniques,  entre  le  plexus  c 
et  leplexus  brachial.  Les  nerfs  intercostaux  et  ceu 
nant  du  plexus  brachial  ne  sont  plus  en  commun 
avec  l’encéphale  ;  l’animal  ne  respireplus  avec  les  côtes, 
mais  avec  le  diaphragme.  En  pinçant  une  patte,  nous 


Il  U 


jour  ou  deux,  ou  voit  très  bien  sur  son  flanc,  où  l’on  a 
coupé  les  poils,  pour  rendre  le  fait  plus  apparent,  que 
les  intestins  sont  devenus  le  siège  de  mouvements  péri¬ 
staltiques  très  prononcés,  mouvements  qui  dureront 
encore  longtemps.  Sous  l’influence  de  ce  mouvement, 
l’animal  rend  des  excréments  dont  l’expulsion  est  con- 


Pour  obtenir  ce  phénomène  du  côté  de  l’intestin,  il 
m’a  pari]  qu’il  était  nécessaire  de  couper  la  moelle  au- 
dessus  des  filets  qui  émanent  du  premier  ganglion  tho¬ 
racique  du  grand  sympathique. 

YOus  voyez  donc  là  un  fait  remarquable,  qui  pourrait 
être  considéré  comme  fa  conséquence  de  l’accumulation 
de  l’agent  nerveux  dans  la  partie  de  la  moelle  séparée 
de  l’encéphale.  La  section  de  la  moelle  entre  le  plexus 
cervical  et  le  plexus  brachial  ne  produit  pas  simplement 
cette  apparition  des  mouvements  organiques.  On  se 
demande  alors  si  cette  section  de  la  moelle  épinière,  qui 
produit  une  exaltation  des  propriétés,  nerveuses  etmo- 
-triees  dans  les  organes  de  la  vie  animale,  ne  produirait 
pas  l’inverse  sur  les  organes  de  la  vie  de  nutrition.  En 
effet,  on  trouve,  après  cette  opération,  Une  diminution 
dans  la  circulation  abdominale  et  dans  l’énergie  des 
fonctions  des  organes'  abdominaux ,  dont  l’activité  de¬ 
vient  moindre  ;  il  y  a  une  diminution  de  la  pression  du 
sang,  diminution  de  l’urine  et  de  l’activité  des  sécrétions. 


380  .  MOELLE  ÉPINIÈRE, 

Cette  opération  peut  modifier  profondément  cer¬ 
tains  phénomènes  chimiques  et  organiques,  à  tel 
point  que,  lorsque  cet  animal  aura  ainsi  vécu  quelques 
heures,  on  trouvera  son  foie  complètement  vide  de 
sucre,  .-mais  renfermant  cependant  encore  une  matière 
glycogène.  • 

Lorsque,  comme  nous  l’avons  fait  chez  cet  autre  la¬ 
pin ,  on  blesse  la  moelle  un  peu  plus  haut,  on  observe  des 
phénomènes  tout  à  fait  différents.  ;  ;; 

Et  il  est  bon  de  noter  qu’il, fl’est  pas  nécessaire 
d’opérer  la  section  de  toute  la  moelle  :  on  peut  se  con¬ 
tenter  d’en  cbupér  la  moitié,  défia  piquer  un  peu  lar¬ 
gement  :  les  effets  sont  de  niême  nature.- La  lésion  suffit  à 
produire  cet  isolement  de  l’encéphale,  auquel  sont  dus 
les  phénomènes  observés.  Ici,  au  lieu  de  couper  la 
moelle,  ënjre  fie  plexus  brachial  et  le  plexus,  cervical, 
nousfi’avons  blessée  au  niveau  du  quatrième  ventricule, 
au-dessus  (ies  origines  du  pneumogastrique:  Alors  les 
conséquences  de  cette  opération  sont  toutes  différentes  : 
nous  n’avons  -plus  de  mouvements  .péristaltiques;  mais 
exaltation  des  actes  circulatoires  et  activité  plus  grande 
des  sécrétions  abdominales. 

Pour  opérer  la  section  chez  ce  lapin,  nous:  nous 
sommes.servi  de  l’instrument  que  nous  employons  d’or¬ 
dinaire  pour  rendre  ces  animaux  diabétiques.  Un  mou¬ 
vement  qu'a  fait  fi’ànimal  au  moment  de  l’opération  a 
.augmenté  l’étendue  du  délabrement  que  nous  nous 
proposions  de  produire,  et  vous  le  voyez  couché  sur  le 
flanc,  dans  un  état  de  prostration  qui  n’existe  pas  toü- 
•  jours  à  la  suite  de  cette  opération. 


Un  autre  accident  a  été  la  conséquence  de  ce  mon-; 
veinent  :  nous  avons,  du  même  coup,  paralysé  l’ani¬ 
mal  des  deux  nerfs  faciaux.  H  a  conservé  la  sensibilité 
de  la  face,  et  quaud  on  touche  la  cornée,  il  fait  un 
mouvement  pour  se  retirer  ;  mais  il  ne  pèut  pas  fermer 
les  paupières.  Les  narines  sont  immobiles  ;  aussi  éprouve- 
t-il  nnè  grande  difficulté  à  respirer.  Ces  phénomènes 
netiennent  pas  àl’opération  principale,  mais.à  un  acci¬ 
dent;  ils  ne  sont  qu’accessoires. 

La  moelle  peut  donc  agir  comme  centre;  mais  elle 
agit  bien  différemment,  suivant  le  lieu  sur  lequel  porte 
la  section.  En  la  coupant  ou  la  piquant  vers  la  sixième 
vertèbre  cervicale,  on  produit  une  apparition  des  mou^ 
vements  des  intestins  avec  diminution  de  l’activité 
circulatoire,  diminution  des  sécrétions,  diminution  et 
même  cessation  de  l’excrétion  rénale.  Coupant  plus 
haut,  on  excite,  au  contraire ,  les  phénomènes  circula¬ 
toires  et  les  sécrétions.  Nous  n’insisterons,  pour  le  mo¬ 
ment,  que  sur  cette  action  qui  survient  dans  les  organes 
abdominaux  lorsqu’on  a  agi  sur  la  moelle,  au-dessous 
du  plexus  cervical.  Il  y  a  diminution  dans  la  pression 
du  sang,  qui  a  pour  effet  d’entratner  à  sa  suite  une 
diminution  danstla  formation  de  l’urine,  une  apparition 
des  mouvements  péristaltiques,  et,  de  plus,  une-dimi¬ 
nution  de  la  circulation  de  la  veine  porte  dans  le  foie  : 
d'où  résulte  une  diminution  dans  là  transformation  on 
sucre  de  la  matière  qui  lui  préexiste,  comme  nous  en 
expliquerons  plus  tard  le  mécanisme.  Nous  signalerons 
en  même  temps  que  la  température  de  la  cavité  abdo¬ 
minale  s’abâisse  considérablement ,  et  en  même  temps 


382  M0EL1 

:e  épinière, 

le  sang  des  veines  rénali 

îs,  celui  de  la  veine  porte  reste 

rouge  et  ne  peut  plus  êti 

•e  distingué,  par  sa  couleur,  du 

sang  des  artères.  Tous  c 

es  .phénomènes  ont:  déjà  été  si- 

gnalés  en  partie  dans  le 

premier  volume  de  nos  Leçons. 

Nous  allons  aujourd’hui  i 

nsister  plus  spécialement  surfe. 

troubles  que  la  circulât! 

on  éprouve,  soit  dans  les  modi- 

fications  chimiques  que  s 

subit  le  sang,  soit  dans  les  modi- 

ûcations  mécaniques  des 

i  mouvements  de  ce  liquide." 

Je  vous  ai  déjà  signa 

lé  l’action  de  la  douleur  sur  les 

mouvements  du  coeur;  n 

ious  reprendrons  ce  phénomène 

pour  tâcher  d’en  fixer  le 

;s  conditions  et  pour;  établir  de 

quelle  façon  doivent  êti 

re  comprises  les  influences  ijk; 

système  nerveux  sur  les 

contractions  du  cœur.  ; 

Legallois  admettait  qi 

le  le  cœur  tirait:  de;  la  moelle  la 

cause  de  ses  mouvement 

D’après  ses  expérienc 

es,  l’arrêt  du  cœur  aurait  été  la 

conséquence  de  la  destri 

iction.  de  certaines  parties  de  la 

moelle.  Lorsque,  avec  i 

in  stylet  introduit  dans  le  anal 

vertébral,  il  détruisait  1 

a  portion  lombaire,  la  portion 

dorsale,  OU  la  portion  cervicale,  toujours  il  observait  un 

arrêt  plus  ou  moins  com 

iplet  des  mouvements  du  cœur. 

Cet  arrêt  était  d'autant 

:  plus  rapide  et  d’autant  plus 

complet  qu’il  agissait  sur 

■  une  partie  plus  élevée:  Ï1  avait 

toutefois  observé  que, 

chez  les  jéuhes:  lapins,  la  des- 

traction  de  la  moelle  éti 

tit  suivie  d’effets  moins  rapide- 

ment  funestes  que  chez  : 

des  lapins  plus  âgés. 

Les  expériences  de  L 

«gallois  sont  loin  d’être  à  l’abri 

d’objections.  Ainsi  nous 

acquerrons  la  preuve  que  le 

cœur  peut  se  mouvoir  indépendamment  du  système 

nerveux ,  lorsque ,  l’arrachant  de  la  poitrine  chez  un 

animal  Vivant  ,  nous  voyons  que,  placé  sur  une  table,  il 
continue  à  battre.  Nous  savons,  d’autre  part,  que,  chez 
Un  animal  empoisonné  parle  curare,  animal  dont  le 
système  nerveux  moteur  est  par  conséquent  détruit,  les 
mouvements  du  cœur  ne  sont  pas  du  tout  arrêtés.  Ces 
pulsations  du  cceür,  qu’arrête  la  galvanisation  du  pneu¬ 
mogastrique,  sont,  au  contraire,  activées  par  la  section 
de  ce  nerf.  Ces  conclusions,  auxquelles  Legallois  a  été 
conduit,  et  celles  que  nous  tirons  des  expériences  que 
je  vous  rappelle,  sont  donc  contradictoires.  Voyons  d’où 
naît  cetté  contradiction. 

Et  d’abord,  je  crois  que  les  conclusions  de  Legallois 
ne  sont  pas  exactes.  Il  est  certain  que,  lorsqu’on  détruit 
la  moelle,  on  arrête  les  mouvements  du  cœur,  ainsi 
qu’il  l’a  observé.  Mais,  dans  ces  expériences,  la  cessa¬ 
tion  de  lâ  vie  peut  être  la  conséquence  d’une  perturba¬ 
tion  de  la  circulation  causée  par  là  douleur. 

Si  Legallois  avait  expérimenté  sur  des  grenouilles,  il 
aurait  vu  que  les  mouvements  du  cœur  ne  sont  pas 
arrêtés  par  la  destruction  de.  la  moellé.  Il  serait  inté¬ 
ressant  de  savoir  S’il  en  est  de  même  chez  tous  les  ani¬ 
maux  à  sang  froid,  et  si  chez  eux  c’est  là  chaleur  qui 
influe  surtout  sur  lês  mouvements  du  cœur.  Or ,  il 
faut  se  défier  des  phénomènes  spéciaux  à  un  animal , 
bien  qu’on  doive  admettre  que  les  propriétés  d’un 


381  MOELLE  liPWIEBE,'  - 

de  la  douleur  extrême  que  produisait:. l’opération. 

Déjà  Wilson  Philip  avait  attaqué  les;  expériences 
de  Legallois  ;  il  avait  vu  que,  si  au  lieu  de  prendre  un 
lapin  vivace  on  prend  un  même  animal  .étourdi,  anesr 
thésié,  par  un  coup  de  marteau  appliqué  sur  la  tête,  on 
peut,  chez  lui,  détruire  la  moelle  sans  que  le .«Eur  res¬ 
sente  les  troubles  observés  auparavant. .  .  . 

Cette  expérience  est  complètement  d’aççord  avec# 

Il  est  intéressant,  au  point  de  vue  des  applications 
thérapeutiques,  de  voir  qu’un  animal  jouissant  du  libre 
exercice  de  toutes  ses  facultés  ne  peut  pas  supporter 
cette  opération  si  grave  de  la  destruction  de  }a  moelle, 
tandis  qu’il  y  résiste  lorsqu’il  a  été'  étourdi  et  que  laseu- 
sibilité  a  été  émoussée.  i  '".-, 

Nousavonsfait  aussi,  chez  les  lapins,  des  expériences 
sur  la  moelle.  Ils  y  résistent  infiniment  moins  que  les 
chiens  ;  car,  tandis  que  les  derniers  survivent  à  l’opéra¬ 
tion,  les  lapins  meurent  infailliblement  pendant  qu’on 
là  pratique.  11  se  pourrait  qu’ils  meurent  de  douleur;, çar 
si  on  a  la  précaution  de  les  éthériser,  ils.  supportent 
l’opération  sans  périr.  ,, ...  ,!IS| 

Il  y  aurait  d’après  cela  une  indication  formelle,  des 
anesthésiques,  dans  les  opérations  longues  et  doulom 
reuses. 

De  cet  exposé  des  résultats  contradictoires  obtenus, 
et  des  causes  qui  ont  amené  le  désaccord,  il  me  semble 
légitime  de  conclure  que  la  moelle  ne  détruit  pas  les 
mouvements  du  cœur  d’une  manière  nécessaire,,;,  .jfe 
La  pathologie  était  d’ailleurs  en  désaccord  avec  lia 


paraplégiques,  le  cœur  battre  parfaitement  malgré  une, 
désorganisation  de  la  moelle  qui,  il  est  vrai,  se  fait  len¬ 
tement' 

Toutefois,  si  on  agissait,  non  plus  snr  la  portion 
lombaire,  mais  sur  une  partie  qui  exerce  son  influence 
sur  les  mouvements  respiratoires,  les  mouvements  du 
cœur  seraient  atteints.  Dans  ce  cas  ils  ne  le  seraient  pas; 
primitivement  mais  consécutivement,  par  suite  des 
obstacles  mécaniques  apportés  à  la  circulation; 

La  pression  du  sang  chez  un  chien  bien  portant,  est 
encore  de  ÙO  à  150  millimètres.  Si  on  lui  ouvre  sim¬ 
plement  le  canal  vertébral,  sans  toucher  à  la  moelle  , 
nous  savons  que  cette  pression  a  considérablement 
diminué,  parce  que  l’animal  a  été  très  affaibli.  Quand 
on  détruit  la  moelle,  c’est  le  même  effet  qu’on  produit, 
seulement  on  le  produit  avec  une  intensité  bien  plus 
considérable. 

Voici  une  grenouille  dont  nous  détruisons  complète¬ 
ment  la  moelle  à  l’aide  d’un  stylet  introduit  dans  son 
canal  vertébral.  Son  cœur  continue  à  battre,  comme 
vous  l’apercevez  maintenant  qu’il  est  mis  à  nu. 

Vous  pouvez  sur  cette  grenouille  observer  un  fait  re¬ 
marquable  qui  est  spécial  à  ces  animaux.  Ils  ont  à 
l'origine  des  membres,  des  cœurs  supplémentaires, 
cœurs  lymphatiques.  Les  rapports  de  ces  cœurs  lym¬ 
phatiques  avec  le  système  nerveux,  ne  sont  pas  les 
mêmes  que  ceux  du  cœur  central  ou  cœur  sanguin. 

Ici,  sur  une  grenouille  saine,  à  la  partie  inférieure 
du  dos,  des  deux  côtés  du  sacrum,  vous  voyez  deux  pul- 


sations  qui  ne  sont  synchrones  ni  entre  elles  ni  avec  le 
cœur  sanguin.  Lorsque  nous  avons  détruit  la  moelle, le 
cœur  sanguin  continuera  à  battre  ;  les  cœurs  lymphati¬ 
ques  s’arrêteront  complètement.  Il  est  curieux  de  voir 
que  les  mouvements  de  ces  cœurs  sont  sous  l’influence 
de  là  moelle  épinière,  tandis  que  ceux  du  cœur  sanguiu 
sont  jusqu’à  un  certain  point,  indépendants  de  Cette 
influence. 

L’arrêt  du  cœur  lymphatique  de  la  grenouille  que 
nous  venons  de  voir  suivre  la  destruction  de  la  moelle, 
s’observe  aussi  quand  on  empoisonne  un  de  ces  ani¬ 
maux  avec  le  curare. 

■  Voici  une  grenouille  qui  tout  à  l’heure  a  été  empoi¬ 
sonnée  par  l’instillation  sous  la  peau ,  de  quelques 
gouttes  d’une  solution  concentrée  de  curare.  Le  cœur 
central  continue  à  battre;  les  cœurs  lymphatiques  sont 
arrêtés.  Mais  chose  curieuse,  lescœurslymphatiquessont 
turgides  et  pleins  de  sang.  Comment  cela  se  ’fait-ilî 
c’est  ce  qu’il  serait  intéressant  de  rechercher.  Quoi  qu’il 
en  sdit,  nous  constatons- que  les  mouvements  de;  cès 
cœurs  ne  sont  pas  indépendants  de  l’action  du  système 
nerveux  cérébro-spinal. 

Ces  cœurs  supplémentaires  ne  se  rencontrent  pas  seu¬ 
lement  chez  les  grenouilles  :  on  en  rencontre  deux 
annexés  aux  artères  axillaires  de  la  chimère:  On  trouve 
aussi,  dans  là  queue  de  l’ânguille,  un  cœur  veineux  qui, 
comme  le  cœur  sanguin  paraît  indépendant  dé  l’action 
de  la  moelle.  Il  ne  faudrait  donc  pas  généraliser  les 
conclusions  que  nous  venons  de  tirer  du  phénomène 
Observé  chez  les  grenouilles,  et  vouloir  les  étendre  à 


388 

tion  de  ces  centres  produit  un  mouvement  déterminé. 

Je  me  bornerai  à  vous  citer  ici  le  résumé  des  . obser¬ 
vations  de  Mueller,  Engelhart,  Poletti,  sur  ces  divers 
points  de  la  moelle  qui  agissent  comme  centres. 

1"  Lorsqu’on  irrite  sur  une  grenouille  une  partie  com¬ 
prise  entre  la  première  et  la  quatrième  ou  la  cinquième 
vertèbre  cervicale ,  on  produit  des  mouvements  de 
flexion  du  membre  postérieur. 

2"  L’excitation  de  la  moelle,  à  partir  de  la  quatrième 
ou  cinquième  vertèbre  cervicale,  jusqu’à  son  extrémité 
inférieure,  produit  l’extension  des  membres  postérieurs. 

3“  En  irritant  la  partie  comprise  entre  la  deuxième  et 
la  troisième  vertèbre  cervicales,  on  détermine  l’adduc¬ 
tion  des  membres  antérieurs. 

4°  Le  reste  de  la  moelle  donne,  lorsqu’on  l’irrite,  un 
écartemeut  des  membres  antérieurs. 

Il  nous  reste  à  examiner  l’influence  qu'exerce  la 
moelle,  considérée  comme  centre,  sur  les  mouvements 
respiratoires. 

Quand  ici  je  vous  parle  de  la  moelle,  je  veux  vous 
indiquer  son  prolongement  au-delà  du  trou  occipital. 
Le  centre  respiratoire,  en  effet,  se  trouve  au-dessus  d’un 
plan  qui  couperait  la  moelle  entre  l’occipital  et  l’atlas, 
plan  qui,  nous  l’avons  vu,  est  la  limite  que  les  anato¬ 
mistes  assignent  à  la  moelle.  . 

La  moelle  a  cependant  sur  les  actes  respiratoires,  une 
influence  qu’on  ne  doit  pas  méconnaître.  Ainsi,  quand 
On  la  détruit  dans  la  région  lombaire,  la  respiration 
continue  à  s’effectuer,  le  thorax  se  dilate,  le  diaphragme 
fonctionne  fort  bien,  mais  les  parois  abdominales  para- 


lysées  ne  viennent  plus  prendre  part  aux  mouve¬ 
ments  d’expansion  ou  de  resserrement  de  la  cavité  tho¬ 
racique. 

Si  on  fait  une  plaie  à  l’abdomen,  on  voit  que  par 
cette  plaie  les  intestins  ne  s’échappent  plias.  L’air  entre 
daDS  la  plaie,  et  en  sort  ensuite,  aspiré  d’abord  puis  re¬ 
poussé  par  lé  jeu  du  diaphragme. 

Si  On  détruisait  la  partie  dorsale  de  la  moelle,  on 
abolirait  les  mouvements  respiratoires  de  la  même  ma¬ 
nière,  en  paralysant  les  parois  thoraciques,  mais  dans 
ce  cas  encore,  la  moelle  n’agit  pas  comme  centre,  et 
l’animal  qui  auraitsubi  cette  opération,  pourrait  encore 
respirer  par  le  diaphragme,  comme  nous  l’avons  vu 
chez  ce  lapin,  auquel  nous  avions  fait  la  section  de  la 
moelle  entre  le  plexus  brachial  et  le  plexus  cervical. 

La  destruction  de  toute  la  portion  cervicale  de  la 
moelle,  amènerait  unC  abolition  complète  des  mouve¬ 
ments  respiratoires. 

Depuis  longtemps  on  sait  qu’il  est  un  point  de  la 
moelle  allongée  qui  préside  aux  mouvements  respira¬ 
toires.  Galien  en  parle  ;  et  Willis,  qui  signale  ce  point 
comme  celui  où  s’accumulent  les  esprits  animaux, 
ajoute  comme  preuve  de  l’exactitude  de  cette  assertion, 
que  la  mort  est  la  conséquence  nécessaire  de  sa  bles¬ 
sure.  Le  fait  s’est  toujours  montré  le  même  dans  lès 
expériences  de  Legallois,  deM.  Flourens,  etc. 

On  peut  blesser  toutes  les  autres  parties  de  la  moelle 
sans  amener  un  arrêt  immédiat  des  mouvements  respi¬ 
ratoires;  mais  si  l’on  vient,  par  un  instrument  introduit 
entre  l’occipital  et  l’atlas,,  à  produire  une  plaie  de  là 


.partie  située  entre  les  origines  apparentes  des  pneumo¬ 
gastriques.  on  cause,  immédiatement  larport  de  r$nim| 
par  l’arrêt  complet  des  mouvements  respiratoires.  Lors¬ 
qu’on  veut  tuer  rapidement  un  animal,  c’est  le  moyen 
.incontestablement  le  plus  expéditif.  Les  équarrisseurs 
l’emploient  quelquefois  pour  abattre,  les  chevaux  ils 
appellent  cela  les  énerver.  Les  Toréadors  essaient,. pour 
abattre  le  taureau,  de  lui  planter  une  lance  entre  l’occi¬ 
pital  et  l’atlas.  Toutefois  pour  produire  cet  arrêt  des 
.phénomènes  respiratoires,  une  solution;  de  continuité 
quelconque  est  nécessaire;  la  simple  piqûre,  avec  une 
aiguille  fine  ne  suffirait  pas. 

On  a  fait  beaucoup  d’expériences  pour  arriver  a  limi¬ 
ter  exactement  ce  point  dont  la  lésion  anéantit  la  res¬ 
piration  en  laissant  intacts  tous  les.  nerfs,  qui  y  pré- 

_  Lorsqu’on  examine  lamoelleallongée  chezun  animal, 
on  voit,  autour  du  bec  du  calamite  scriptorius, 
tits  amas  de  substance  grise,  au-dessus  desquejs.pais- 
sent  les  pneumogastriques.  Chez  le  lapin,  le  centre  qui 
tient  sous  sa  dépendance  les  mouvements  respiratoires, 
est  limité  de  2  ou  3  millimètres  au-dessus,  à  4  ou  5  mil¬ 
limètres  au-dessous  de  l’origine  des  pneumogastriques,  Çe 
centre  respiratoire  est  d’autant  plus  délicat  et  plus  facile 
détruire,  que  les  animaux  sur  lesquels  on  opère  occupent 
un  rang  plus  élevé  dans  l’échelle  zoologique  et  que  l’abo- 
.lition  de  la  respiration  est  suivie  chez  eux  d’une  mort 
plus,  prompte..  C’est  ainsi  que  la  piqûre  de.  ce  centre, 
appelé,  par  M.  Flourens  le  nœud,  vital, ■  fait  périr  immér 
diatement  un  oiseau,  tandisquechez  les  mammifères  qui 


diate.  De  même,  un  animal  malade  périra  moinsrapi- 
dement  qu’un  animal  bien  portant.  C’est-à-dire,  que 
d’une  façon  générale,  la  piqûre  du  nœud  vital  sera 
rendue  moins  rapidement  mortelle  par  toutes  les  causes 
qui  aident  à  supporter  l’asphyxie. 

Lorsqu’on  tue  les  animaux  par  la  section  du  bulbe, 
on  n’arrive  pas  •  toujours  à  les  tuer  instantanément  et 
sans.qu’ils  fassent  ensuite  aucun  mouvement. 

Si  la  section  a  porté  juste  sur  l’espace  intermédiaire 
aux  origines  des  deux  pneumogastriques,  tout  mouve¬ 
ment  respiratoire  est  immédiatement  aboli.  En  piquant 
un  peu  au-dessus  ou  un  peu  au-dessous,  la  mort  est 
moins  instantanée. 

Lorsqu’on  a  piqué  un  peu  au-dessous,  quelques  mour 
vements  respiratoires  peuvent  encore  se  montrer,  mais 
seulement  dans  la  tète.  Si  l’on  a,  au  contraire,  piqué  un 
peu  plus  haut,  quelques  mouvements  respiratoires  peur 


ALLONGÉE. 


392  MOELLE 


Voici  le  lapin  sur  lequel  nous  avons,  dans  ia  dernière 
leçon,  coupé  d’un  côté  le  filet  cervical  du  grand  sym¬ 
pathique.  Pour  vous  faire  voir  què  l’abolition  des  mou¬ 
vements  respiratoires  dans  la  section  du  bulbe,  n’est 
pas  due  à  la  lésion  dès  pneumogastriques,  ' nous  allons 
chez  ce  lapin,  les  lui  couper  dlabord  ;  et  vous  verrézque 
cette  section  ne  produira  pas  la  mort  bien  qu’elle  amène 
un  peu  de  gène  dans  la  respiration. 

-  Nous  faisons  ensuite,  à  la  partie  supérieure  et  posté¬ 
rieure  du  cou,  une  incision  qui  nous  conduit  sut  unê 
membrane  qui  réunit  l’occipital  à  l’atlas.  La  gêne 
apportée  dans  la  respiration  par  la  section  des  pneumo¬ 
gastriques  fait  que  nous  sommes  gênés  par  une  hémor¬ 
rhagie.  Nous  ouvrons  maintenant  la  membrane;  puis 
nous  piquons  la  moelle  allongée  avec  cette  forte  aiguille 
à  bords  tranchants  ;  immédiatement  les  mouvements 


'  Ainsi,  de  même  que  la  moelle  épinière,  la  moelle 
allongée  sert  non-seulement  dé  conducteur  aux  impres¬ 
sions  sensitives  et  motrices,  mais  elle  agit  encore  comme 
centre,  d’où  partent  les  excitations  respiratoires;  mais 


piratoires. 

Un  peu  plus  haut  que  le  centre  respirateur,  ou  nœud 
vital,  et  tout  près  de  lui  on  en  rencontre  un  autre.  Ce 
nouveau  centre  commence  au-dessus  de  l’origine  du 
pneumogastrique,  au  point  dont  la  piqûre  n’abolit  plus 
les  actes  respiratoires, 'et  s’étend  jusque  un  peu  au-dessus 
de  l’origine  du  nerf  auditif.  H  agit  sur  la  circulation  abdo- 


minale,  c’est  lui  que  nous  piquerons  quand  nous  ren¬ 
drons  les  animaux  diabétiques  dans  la  prochaine  leçon. 

Messieurs,  nous  nous  sommes  déjà  arrêtés  longtemps 
sur  un  fait  singulier  d’augmentation  de  la  sensibilité  par 
suite  de  la  section  d’une  moitié  latérale  de  la  moelle; 
nous  vous  avons  dit  que  cette  augmentation  de  sen¬ 
sibilité  n’intéressait  pas  seulement  la  peau,  mais 
qu’elle  portait  aussi  sur  les  nerfs,  et  que  la  sensibilité 
récurrente  était  augmentée.  Voici  une  expérience  très 
nette  à.  ce  sujet,  expérience  que  je  dois  vous  faire 
connaître,  bien  qü’elle  n’arrive  pas  ici  précisément  en 

Exf.  —  Sur  un  jeune  chien,  on  mit  à  nu  la  moelle 
épinière  dans  toute  la  région  lombaire;  puis  on  passa  les 
fils  au-dessous  des  racines  rachidiennes  pour  les  isoler 
les  unes  des  autres.  Après  cette  opération,  l’animal  était 
très  affaibli  et  dans  l’impossibilité  de  mouvoir  ses  mem¬ 
bres  postérieurs.  Alors  on  coupa  la  moitié  de  la  moelle 
épinière  du  côté  droit.  La  section,  qui  produisit  beau- 
coup.de  douleur,  avait  peut-être  légèrement  dépassé  la 
ligne  moyenne. 

.  Immédiatement  après  cette  section,  l’animal  était  de¬ 
venu  en  apparence  complètement  paralysé  du  train  pos¬ 
térieur,  et  l’insensibilité  était  devenue  complète  dans  le 
membre  correspondant  du  côté  de  la  moelle  coupée, 
tandis  qu’elle  avait  persisté  à  un  certain  degré  dans  le 
côté  opposé.  La  plaie  étant  recousue  et  l’animal  étant 
laissé  en  repos,  la  sensibilité  revint  peu  à  peu  dans  le 
membre  postérieur  droit  (côté  de  la  section).  Cette  sen¬ 
sibilité ,  d’abord  moins  considérable  que  celle  du  côté 


394  MOELLE.  ÉPINIÈRE 

gauche  sain,  augmenta  progressivement  et  dépassa 

bientôt  celle  du  côté  opposé.  .  . 

Alors  on  examina  la  sensibilité  dés  deux  racines 
antérieures  rachidiennes  correspondantes,  l’uue  du 
côté  sain,  l’autre  dii  côté  où  là  moelie  avait  été 
coupée.  . 

Du  côté  où  la  section  de  là  moeile  avait  été  opérée  et 

très  évidente  dans  la  racine  antérieure.  Celle-ci  étant 
coupée,  le  tout  central  était  insensibîè,  et  le  bout  péri¬ 
phérique  restait  sensible.  Du  côté  gauche,  sain,  la  racine 
àntériëüre  correspondante  était  complètement  insen¬ 
sible,  de  sorte  que  la  sensibilité  récurrente  n’existait 
que  du  "côté  ou  là  moelle  avait  été  coupée. 

La  plaie  fut  recousue,  et  plus  tard  ôn  la  découvrit  de 
nouveau,  et  l’on  constata  que  la  plaie  était  plus  chaude 
et  que  la  sensibilité  récurrente  existait  très  nettement 
des  deux  côtés,  sans  qu’il  qu’il  fût  possible,  d’y  recon¬ 
naître. mie  différence  dans  l’intensité,  comme  celé  avait 
lieu  jour  les  membres. 

Alors  on  incisa  la  dure-mère  au-dessous  du  point  où 
elle  avait  été  coupée  transversalement  lors  de  îâ  section 
delà  moelle;  cétte  membrane  paraissait  très  sensible.  B 
s’écoula  du  iiqüide  céphalo-rachidien  mêlé  de  sang.  Ôn 
toucha  alors  les  faisceaux  médullaires  antérieurs,  posté¬ 
rieurs  ët  latéraux,  qu’on  trouva  tous  insensibles  des 
deux  côtés  de  la.moelle,  probablement  à  cause  de  là  dou¬ 
leur  produite  au  moment  de  l'ouverture  de  là  dura 
mère.  En  effet,  au  bout  do  quelques  instants  de  repos,  là 
sensibilité  revint.  Ôn  vit  aussi  qii’ën  '  pinçant  une 


SA  SENSIBILITÉ.  395 

racine  antérieure  sensible  ,  elle  cessa  d’être  sensible,  à 
une  excitation  portée  sur  elle  immédiatement  après; 
maijs  il  suffisait  déjà  laisser  reposer  quelque  temps  pour 
que  cette  sensibilité  revint,  ce  qui  donna  à  penser 
qu’il  y  avait  dans  les  racines  nerveuses  un  épuisement 
tout  à  fait  JqçaL 

Du  côté  ou  lamôelle, épinière  avait  été  coupée,  on  avait 

rieure  correspondante,  qui  était  sensible,  était  immédia¬ 

tement  devenue  insensible. 

Aussitôt  après  lasection  de  la  racine  postérieure,  très 
sensible ,  il  y  avait  eu  diminution  générale  de  la  sensi¬ 
bilité,  d’où  il  résultat  qu’en  pinçant  la  racine  pos¬ 
térieure  située  au-dessus,  elle  parut  insensible  ;  puis 
elle  reprit  sa  sensibilité  après  quelques  instants  de 

Après  toutes  ces  opérations,  on  excita  la  surface 
extérieure  de  la  moelle  du  côté  coupé,  et  l’on  ne  trouva 
nulle  part  de  sensibilité  bien  développée.  En  piquant 
les  faisceaux  médullaires,  le  postérieur  seul  dénotait  de 
la  sensibilité. 

Le  lendemain  l’animal  était  mort,  et  l’autopsie 
montra  que  la  moelle  était  coupée  au  niveau  de  la  pre¬ 
mière  vertèbre  lombaire,  et  que  le  faisceau  postérieur 
du  côté  droit  était  seul  coupé. 

Le  foie  de  l’animal  ne  contenait  pas  de  sucre,  non 
plus  que  son  liquide  céphalo-rachidien,  qui  parut  moins 
alcalin  qu’à  l’ordinaire. 

.  Cette  expérience  est  intéressante  en  ce  qu’elle 
montre  toutes  les  variations  de  cette  sensibilité  nerveuse 


ÉPINIÈRE. 


et  les  conclusions  contradictoires  qu’on  en  pourrait 
tirer  ,  si  l’on  ne  considérait  les  phénomènes  que  dans 
une  de  leurs  périodes.  Je  tiens  essentiellement  à  fixer 
votre  attention  sur  de  pareils  faits,  parce  qu’ils  sont  de 
nature  à  vous  montrer  la  variabilité  et  la  complexité 
des  phénomènes  physiologiques,  et  qu’ils  peuvent  seuls 
nous  donner  la  clef  des  dissidences  qu’on  remarque  si 
souvent  entre  les  physiologistes. 


Dans  la  moelle  allongée,  à  côté  du  centre  respira¬ 
toire,  nous  examinerons  aujourd’hui  une  influence  de  la 
moelle  agissant  comme  centre  d’une  action  qui  est  des 
plus  intéressantes.  Celte  influence  agit  sur  les  organes 
abdominaux  et  particulièrement  sur  leur  circulation  ; 
il  en  résulte  un  phénomène  sur  lequel  nous  avons  déjà 
appelé  l’attention  depuis  longtemps,  le  passage  du  sucre 
dans  les  urines  ou  le  diabète  artificiel. 

J’avais  cru  d’abord, -et  on  l’a  répété  après  moi,  que 
dans  ce  cas,  le  diabète  tenait  à  la  piqûre  du  centre  res¬ 
piratoire,  d’où  suivait,  dans  le  poumon,  une  combus¬ 
tion  incomplète  du  sucre  arrivant  dans  le  sang  vei¬ 
neux.  C’était  là  une  vue  théorique,  qui  m’a  fait  dé¬ 
couvrir  la  présence  du  sucre  dans  l’urine  des  fœtus  ;  mais 
appliqué  au  diabète  artificiel,  j’ai  reconnu  que  cette 
explicationétait  complétementen  désaccord  avecles  faits. 
Les  symptômes  observés  lorsque  le  centre  respiratoire 
est  atteint  n’ont  aucune  ressemblance  avec  ceux  qui 
se  voientlorsque  nous  rendons  un  animal  diabétique.  Les 
phénomènes  sont  bien  tranchés  et  se  présentent  avec  des 
caractères  trop  nets  pour  qu’il  soit  permis  de  voir  dans 


398  PLANCHER  DU  QUATRIÈME  VItmUCULE 

le  cas  qui  nous  occupe  une  simple  diminution  dans 
l’intensité  des  accidents  produits  par  la  piqûre  du  nœud 
vital.  Les  animaux  rendus,  diabétiques  par  la  piqûre  du 
quatrième  ventricule,  détruisent  aussi  bien  le  sucre  que 
ceux  chez  lesquels  on  n’a  pas  produit  cette;  lésion. 
Plaçant,  en  effet,  un  de  ces  animaux  dans  un  milieu 
confiné  en  comparaison  avec  un  animal  sain,  nous 
avons  déjà  vu  que  le  premier  rend  autant  et  même 
un  peu  plus  d’acide  carbonique  que  le  second. 

liés  centrés  mentionnés  plus  haut  ne  sont  pas  lés'séûls 
que  l’on  rencontre  dans  la  moelle  allongée  ;  ét  je  suis 
convaincu  qu’en  les  cherchant  avec  soin  on  y  en  décou¬ 
vrirait  d’autres.  Ainsi,  en  portant  plus  haut  1’àiguiHê,' on 
arrive  encore  quelquefois  à  agir  sur  d’autres  fonctions. 
Cette  variété  de  phénomènes  a  été  souvent  produite 
dans  nos  expériences,  alors  que  n’ayant  pour  nous  guider 
que  les  points  de  repère  fournis  par  les  saillies  osseuscs, 
la  lame  de  l’instrument  s’égarait  parfois  au  delà  des 
parties  que  nous  avions  l’intention  d’atleindrei 

La  piqûre  du  milieu  de  l’espace  compris  entre  l’ori¬ 
gine  des  pneumogastriques  et  celle  des  nerfs  auditifs, 
détermine  en  même  temps  une  augmentation  dé  la 
quantité  de  l’urine,  et  l’apparition  du  sucre  dans  l’urine. 

Piquant  un  peu  plus  haut,  l’urine  est  moins  abon-’ 
dante,  moins  chargée  de  sucre;;  mais  elle  renferme  sou-- 
vent  de  l’albumine. 

L’exagération  de  la  quantité  d’urine,  le  passage  du 
sucre  OU  de  l’albumine  dans  cette  urine,  nous  ontsemblé 
être  des  phénomènes  indépendants  les  uns  des  autres  et 
pouvant  être  produits  séparément.  Ainsi,  en  piquant  la 


Sa  piqube.  399 

moelle  allongée  un  peu  au-dessous  de  l’origine  des  nerfs 
auditifs,  on  a  une  exagération  de  la  quantité  d’urine 
sans  passage  dans  cètte  urine  de  sucre  ni  d’albumine. 

Remontant  plus  haut,  vers  le  pont  de  Yarole,  un  peu 
■  en  arrière  de  l’origine  de  la  5‘  paire,  on  rencontre  un 
j  centre  sécrétoire,  dont  la  piqûre  imprimé  une  grande 
activité  à  la  sécrétion  salivaire.  Il  nous  est  souvent 
arrivé,  en  voulant  rendre  des  animaux  diabétiques,  dè 
déterminer  d’un  seul  côté.  Une  salivation  abondante. 
Dans  ces  expériences,  le.  dernier  centre  que  nous  ver 
sons  de  vous  signaler  avait  ordinairement  été  lésé  du 
même  côté  que  celui  où  se  manifestait  l’hypersécrétion. 
Et  cette  exagération  de  la  sécrétion  salivaire  était  in¬ 
dépendante  delà  sécrétion. du  côté  opposé;  car  cette 
dernière,  restée  intermittente,  pouvait  être  .provoquée 
au;  moyen  des  excitants  ordinaires ,  comme  le  prouve 
l’expérience  suivante. 

Exp.  —  Sur  un  jeune  chien,  bien  portant  et  en 
digestion,  on,  avait  piqué  le  plancher  du  quatrième,  ven¬ 
tricule  pour  produire  le  diabète.  Une  heure  et  demie 
ï  après,  Y  urine  contenait  du  sucre,  et  l’animal  .présentait 
j  ane.salivation  abondante. 

Ôp  mit  à  découvert,  les,  conduits  salivaires  sous^ 
maxillaires  et  parotidiens,  et  l’on  y  introduisit  des 
tubes.  On  remarqua  d’abord  que  l’écoulement  par  la 
glande  sous-maxillaire  était  plus  abondant  que.  par  la 
glande  parotide;  on  observa  ensuite  que  la  glande 
sous-maxillaire  droite  donnait  une  sécrétion  continue 
et  beaucoup  plus  abondante  que  ia  glande  sous-.ujtaxilr 
laire  gaucbe.  Alors  on  coupa  des  deux  côtés  le  nerf 


liOO  PLANCHER  DD  QUATRIÈME  VENTRICULE 

lingual  au-dessous  du  ganglion  sous-maxillaire,  et  l’on 
en .  irrita  successivement  les  bouts  périphériques.,  et 
centraux.  Lorsqu’on  excitait  les  bouts  périphériques,  il 
n’y  avait  augmentation  de  la  sécrétion  sous-maxillaire 
ni  à  droite  ni  à  gauche.  Lorsqu’on  pinçait  les  bouts 
centraux,  il  y  avait  augmentation  de  sécrétion  des  deux 
côtés;  mais  le  pincement  du  bout  central  du  nerf  lin¬ 
gual  droit  provoquait  un  écoulement  de  salivé;  très 
considérable  de.ce  côté,  agissant  faiblement  sur  le  côté 
opposé.  Quand,  au  contraire,  on  pinçait  le  bbnt  central 
du  nerf  lingual  gauche,  on  provoquait  un  écoulement} 
modéré  de  salive  de  ce  côté  et  un  écoulement  très  ôn^’ 
sidérable  du  côté  droit. 

A  l’autopsie  de  la  tête,  on  trouva  que  la  piqûre, 
oblique,  avait  porté  à  droite,  et  que,  commençant  im¬ 
médiatement  au-dessus  de  l’originé  du  pneumogas¬ 
trique,  elle  se  prolongeait  jusque  vers  l’origine  du  facial 
et  de  la  cinquième  paire  de  ce  côté,  ce  qui  est  en  rap¬ 
port  avec  l’hypersécrétion  salivaire  observée  à  droite. 

H  résulterait  de  cette  observation  que  la  glande  sons- 
maxillaire  droite  était  devenue  d’une  sensibilité  exagérée 
pour  la  sécrétion.  En  effet,  dans  l’état  normal,  lorsqu’on 
irrite  le  bout  central  d’un  nerf  lingual,  il  y  a  sécrétion 
par  action  réflexe  plus  intense  sur  la  glande  du  côté 
correspondant  que  sur  celle  du  côté  opposé.  Ici  nous 
voyons  que  la  sécrétion  était  toujours  au  contraire  pliis 
abondante  dans  la  glande  droite,  alors  même  qu’on,  irri¬ 
tait  le  nerf  lingual  gauche. 

Arrivons  maintenant  à  la  piqûre  qui  détermine  le 
diabète  artificiel. 


SA  PIQUEE.  401 

Comme  toutes  ces  actions  sont  des  choses  nouvelle¬ 
ment  connues  et  que  leurs  études  laissent  encore  beau¬ 
coup  de  points  à  élucider,  il  est  important  de  vous 
donner  les  faits  tels  qu’ils  ont  été  observés  afin  qu’ils 
puissent  servir  de  point  de  départ  à  des  recherches  ul¬ 
térieures. 

Quoique  ce  sujet  ait  déjà  été  traité,  dans  un  de  nos 
cours,  au  point  de  vue  du  diabète  artificiel,  cependant 
je  crois  utile  de  revenir  ici  sur  quelques  détails  relatifs 
aux  points  précis  des  centres  nerveux  qui  se  trouvent 
lésés,  et  aussi  sur  certains  phénomènes  ou  troubles  ner¬ 
veux  qui  coïncident  avec  cette  singulière  apparition  du 

Nous  avons  dit  ailleurs  par  quelle  série  de  considéra¬ 
tions  hypothétiques  nous  avions  été  amené  à  faire  la 
piqûre  du  quatrième  ventricule,  dans  le  but  de  produire 
le  diabète- artificiel  (tome  I"  de  nos  leçons);  nous  vous 
indiquerons  ici  d’une  manière  succincte  la  série  des 
procédés  opératoires  par  lesquels  nous  avons  passé. 

On  peut  compter  trois  procédés.  Le  premier  que  nous 
ayons  employé  consiste  à  Ouvrir  la  membrane  oceipito- 
atloïdienne,  et  à  faire  pénétrer  l’instrument  piquant  par 
l'orifice  inférieur  du  quatrième  ventricule.  Ce  procédé, 
qui  exige  la  section  des  muscles  de  la  nuque,  amène  des 
délabrements  qui  ne  permettent  pas  aux  animaux  de 
survivre  longtemps.  On  pourrait  cependant  pénétrer 
par.  le  trou  occipital ,  en  arrière ,  sans  faire  la  section 
des  muscles  de  la  nuque  ;  mais  alors  on  est  forcé  de  tra¬ 
verser  obliquement  presque  toute  l’étendue  de  la  moelle 
allongée. 


PIQURE  DU  PLANCHER 


402 

Le  second  procédé  a  consisté  à  faire  pénétrer  l’instru¬ 
ment  piquant  par  la  partie  antérieure  de  la  moelle 
allongée,  entre  l’occipital  et  l’atlas.  Ce  procédé  offre 
l'avantage  de  conduire  l'instrument  plus  près  du  point 
ou  la  moelle  doit  être  piquée;  de  sorte  qu’il  suffit  de  le 
diriger  un  peu  en  haut  et  en  avant  pour  arriver  sur  ta 
lieu  dont  la  blessure  détermine  le  diabète  artificiel. 

Enfin  le  troisième  procédé,  décrit  ailleurs  (tomel"), 
consiste  à  percer  avec  un  petit  trocart,  ou  avec  l’instru¬ 
ment  même  qui  sert  à  la  piqûre,  l’os  occipital,  et  à  arri¬ 
ver  ainsi  directement,  en  traversant  le  cervelet,  sur  ta 
plancher  du  quatrième  ventricule. 

Quant  aux  instruments  qui  ontservi  à  faire  la  piqûre, 
ils  peuvent  être  de  formes  très  variables.  Sous  avions 
d’abord  employé  un  petit  instrument  en  forme  de  ciseau 
et  très  tranchant  par  son  extrémité;  ensuite,  pour  agir 
sur  les  deux  côtés  de  la  moelle  allongée ,  nous  avions  fait 
un  instrument  en  forme  de  fourche  (fig.  49).  Enfin  nous 
avons  adopté  un  autre  instrument,  muni  d’une  pointe, 
afin  de  ne  pas  couper  toute  l’épaisseur  de  la  moelle 
lorsqu’on  l’attaque  par  sa  partie  supérieure  (fig.  50). 

On  pourrait  encore ,  pour  simplifier  la  fabrication  de 
l’instrument,  tailler  son  extrémité  en  biseau  (A,  fig.  48), 
ou  placer  sur  un  de  ses  côtés  la  pointe  qui  ailleurs  est 
au  milieu  du  tranchant  (voy.  B,  fig.  48),  .tu 

Tous  les  procédés  et  tous  les  instruments  peuvent 
réussir.  Nous  avons  fait  un  certain  nombre  de  piqûres 
par  la  partie  inférieure  de  la  moelle  allongée,  et  ,  en 
général,  aussitôt  après  ces  piqûres,  les  animaux  sont 
aplatis  sur  leurs  membres  antérieurs,  de  telle  façon  que 


leur  thorax  porte  sur  le  sol.  Bientôt  ils  se  relèvent  et 
peuvent  marcher,  en  présentant  des  désordres  variés,  fi 
y  a  souvent  aussi  salivation  très  abondante,  et  quelque¬ 
fois,  lorsque  la  piqûre  ne  porte  pas  exactement  sur  la 
ligne  médiane,  des  troubles  sem¬ 
blables  à  ceux  qu’on  trouve  dans 
les  autres  procédés.  Nous  avons 
vu,  à  ce  propos,  un  lapin  chez  le¬ 
quel  la  moelle  allongée  avait  été 
traversée  obliquement  à  gauche,  ^  E 
depuis  le  trou  occipital  jusqu’à  . 
l’origine  de  la  cinquième  paire. 

L’ànimâl  avait  toujours  de  la  ten-  .  “  ’ 

dance  à  tomber  du  côté  gauche  ; 
et,  comme  il  voulait  se  retenir,  il.  [  T- 
offrait  ce  phénomène  singulier  '  |  . 

d’üne  progression  transversale  de  | 

droite  à  gauche,  sur  les  quatre  •  t 

membres,  sans  avancer  ni  reculer. 

Après  la  piqûre  par  ce  procédé,  le 
sucre  apparaît  dans  l’urine,  en  'ssl 

général,  de  deux  heures  à  deux  f 

heures  et  demie  après  l’opération.  |  ~| 

La  piqûre  de  la  moelle  allon-  (JJ 
gée,  en  pénétrant  par  le  trou  oc-  Fre-iS.  fig.49.  fjg.su. 
cipital  avec  un  instrument  simple  ou  ;  double,  amène 
également  le  diabète,  et  il  nous.a  semblé  que  l’apparition 
du  sucre  était  plus  rapide  lorsqu’on  faisait  usage  de  l’in¬ 
strument  à  deux  pointes  (fig.  49). 

Relativement  à  la  région  précise  qu’il  convient  de 


404  PIQUEE  DU  PLANCHER 

blesser  pour  produire  le  diabète  artificiel,  nous  ne  pou¬ 
vions  la  connaître  à  priori,  et  sa  détermination  n’a  pu 
être  que  le  résultat  de  l’examen  comparatif  de  toutes  les 
piqûres  que  nous  avons  produites  et  des  résultats  auxquels 
elles  ont  donné  lieu.  Cette  indication  ressortira  d’ailleurs 
des  expériences  mêmes  que  nous  allons  citer,  et  qui  sont 
faites  par  divers  procédés.  Nous  ajouterons  enfin  q® 
ces  piqûres  ont  toutes  été  faites  sur  des  animaux  bien 
portants  ;  car,  chez  les  animaux  affaiblis  par  l’abstinence 
ou  la  maladie,  toutes  circonstances  qui  amènent  une 
diminution  de  l'activité  glycogénique  du  oie,  il  n’y  à 
pas  possibilité  de  produire  le  diabète  artificiel ,  quelque 
bien  dirigée  que  soit  la  piqûre. 

Parmi  le  grand  nombre  d’expériences  que  nous  avons 
exécutées,  en  voici  quelques-unes  qui  nous  présenteront 
les  faits  sous  les  aspects  les  plus  variés  que  nous  ayons 
observés  :  une  première  série  d’expériences  montrera 
qu’il  y  a  eu,  avec  des  grandes  variétés  symptomatiques, 
constamment  production  du  sucre  dans  les  urines.  Nous 
verrons  en  même  temps  quelles  sont  les  limites  exactes 
de  la  partie  de  la  moelle  allongée  qu’il  faut-  atteindre 
pour  déterminer  l’apparition  du  sucre  dans  l’urine. 

L’expérience  suivante  montrera  qu’en  blessant  les  déux 
olives  à  droite  et  à  gauche,  on  a  du  sucre  dans  l’uriné. 
On  pourrait  avoir  le  même  résultat  en  n’en  blessant 
qu’une:  seulement  l’animal  aurait  des  mouvements 
convulsifs  qui  ne  se  rencontrent  pas  quand  on  a  neu¬ 
tralisé  l’action  d’un  côté  par  une  lésion  faite  en  même 
temps  sur  le  côté  opposé. 

lixp.  (6  mars  1849).  —  Sur  un  lapin  de  petite  taille, 


DU  QUATRIÈME  VENTRICULE,  405 

nourri  de  carottes  et  de  navets,  ayant  l’urine  claire  et 
nettement  alcaline,  on  a  blessé  par  l’intervalle  occipito-, 
atloïdien,  le  corps  olivaire  à  la  base  du  pédoncule  céré¬ 
belleux  droit;  l’animal  tournait  à  droite.  Alors  je  blessai, 
par  le  même  procédé,  l’olive  et  le  pédoncule  cérébel¬ 
leux  du. côté  opposé,  et  l’animal  alors  tourna  à  gauche. 
Ou  blessa  de  nouveau  le  pédoncule  droit  et  on  amena 
l’animal  à  ne  plus  tourner  ni  d’un  côté  ni  de  l’autre/ 
Alors  l’animal  resta  couché  comme  dans  une  sorte  de 
coma:  les  respirations  d’abord  accélérées  furent  ensuite 
profondes,  stertoreuses  et  enfin  très  faibles.  Une  heure 
après  cette  double  opération,  on  commença  à  examiner 
les  urines,  et  voici  le  résultat  qu’on  obtint  de  cét  examen  : 

t*  Avant  la  piqûre  :  urine  alcaline,  claire,  limpide, 
ne  contenant  ni  sucre,  ni  albumine  ; 

2"  Une  heure  après  :  urine  claire ,  limpide,  abon¬ 
dante,  contenant  du  sucre  très  évidemment  mais  pas 
d’albumine; 

3*  Trois  heures  après  :  urine  toujours  alcaline,  con¬ 
tenant  beaucoup  de  sucre  et  pas  d’albumine  ; 

4"  Cinq  heures  après  :  urines  claires,  toujours  abon¬ 
dantes,  un  peu  moins  alcalines,  contiennent  toujours 
beaucoup  de  sucre-  et  pas  d’albumine  ; 

5*  Six  heures  après  :  urines  abondantes,  claires,  peu 
alcalines,  paraissant  contenir  moins  de  sucre. 

Le  lendemain  matin  l’animal  était  mort.  L’urine 
trouvée  dans  sa  vessie  était  alcaline,  trouble  ;  elle,  était 
albumineuse  et  ne  renfermait  plus  aucune  trace  de  siicre. 

Les  corps  olivaires  et  les  pédoncules  du  cervelet  avaient 
été  atteints  des  deux  côtés  ainsi  que  le  prouva  l’autopsie 


rable,  ce  qui  expliquait 
l’état  comateux. 

Les  poumons  étaient 
sains;  le  foie  était  pâle; 
son  tissu  broyé  donna 
une  décoction  jaune, 
très  claire ,  limpide, 
qui  ne  contenait  pas  de 


'■  Bip-:  ‘(9  mars  1849)1—1 
par  l’espace  occipitô-atloïdié 


La  piqûre  avait  produit  une  lésion  as; 
des  mouvements  de  l’animal.  Le  lapin 


,  se  refroidit  peu  à  peu;  et 
mdit  du  sucre  en  grande 
at  de  l’animal  s’aggrava 
opération,  l’animal  étant 


au  bout  de  quelques  temps 
quantité  dans  ses  urines.  I 
peu  à  peu,  et  six  heures  aprè 
très  refroidi,  respirant  très 


DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  407 

avec  épanchement  sanguin  dans  la  partie  environnante. 
Le  foie  ne  fut  pas  examiné. 

Exp.  (U  mars  1849).  —  Sur  un  lapin  chez  lequel 
on  ouvrit  la  membrane  occipito-atloïdienne  pour  décou¬ 
vrir  le  quatrième  ventricule,  on  fit  une  incision  super¬ 
ficielle,  longitudinale,  sur  la  ligne  médiane  depuis  l’entrée 


du  quatrièmeventricule  jusqu’un  peu  enavant  dubêcdü 
calamus  scriptorius.  L’animal  ne  parut  en  éprouver  au¬ 
cune  douleur.  On  recousit  la  plaie  et  l’animal  garda  ses 
mouvements  libres,  quoiqu’i  fût  sorti  du  liquide  céphalo¬ 
rachidien;  cela  tenait  àl’intégrité  des  muselesdelanuque. 

Les  urines  de  l’animal  qui  furent  examinées  durant 
toute  la  journée  dans  laquelle  l’opération  fut  pratiquée,  ne 
présentèrent  aucune  modification  ni  dans  leur  quantité 
ni  dans  leur  qualité  relativementà  la  présence  du  sucre. 

Sur  un  autre  lapin,  on  pratiqua  la  même  opération 
excepté  que  l’on  fit  pénétrer  l’incision  AB  (fig.  53) 
profondément.  A  mesuré  que  l’instrument- pénétrait , 
l’animal  manifestait  une  douleur  vive  et  ses  yeux  devin- 


rent  clignotants.  L’animal  laissé  libre  tomba  sur  le  flanc 
et  fut  pris  de  mouvements  comme  épileptiformes;  sa 
respiration,  d’abord  accélérée,  devint  ensuite  plus  lente 
à  mesure  que  sa  température  baissait. 

Avant  l’expérience,  les  urines  étaient  alcalines,  et  ne 
contenaient  ni  sucre,  ni  albumine.  Deux  heures  après 
l’opération,  les  urines  rares  étaient  acides  et  contenaient 
énormément  de  sucre. 

Cinq  ou  six  heures  après  l’opération,  l’animal  allait 
toujours  en  s’affaiblissant,  et  les  urines  dans  la  vessie 
étaient  devenues  gluantes,  se  prenaient  en  gelée  parle 
refroidissement,  et  contenaient  beaucoup  de  sucre.  On 
sacrifia  l’animal  en  lui  ouvrant  la  poitrine  et  on  recueillit 
le  sang  qui  s’échappait  du  coeur.  Le  sang  se  coagula 
bien,  et  il  s’en  sépara  un  sérum  opalin  qui  contenait 
beaucoup  de  sucre. 

Eæp.  (18  mars  1849).  —  Sur  un  gros  lapin,  nourri 
avec  des  pommes  de  terre  crues  et  des  carottes,  ayant 
les  urines  troubles  et  alcalines,  sans  sucre  ni  albumine; 
on  divisa  la  membrane  occipito-atloïdienne  et  On  insinua 
l’instrument  par  l’orifice  inférieur  du  quatrième  ven¬ 
tricule,  de  manière  à  aller  piquer  aussi  haut  que  pos¬ 
sible  et  sur  la  ligne  médiane  le  plancher  de  ce  ventricule. 

Aussitôt  après  la  piqûre,  le  lapin  tomba  dans  une 
syncope  réelle  et  resta  sur  le  flanc;  les  mouvements  res¬ 
piratoires  étaient  complètement  arrêtés.  L’animal  revint 
peu  à  peu,  et  les  respirations  se  montrèrent  bientôt  très 
accélérées  et  très  vibrantes.  Il  y  avait  des  tremblements 
dans  la  face,  mais  rien  dans  les  yeux.  Trois  quarts 
d’heure  après  l’opération,  les  urines  étaient  devenues 


QUATRIÈME  VENTRICULE. 


acides  et  transparentes,  et  contenaient  une  grande  quan¬ 
tité  de  sucre,  mais  point  d’albumine. 

Quatre  heures  après,  les  urines  étaient  toujours  abon¬ 
dantes,  le.sucre  y  existait  en  quantité  énorme,  les  yeux 
de  l’animal  étaient  saillants  et  la  respiration  très  ron¬ 
flante,  surtout  quand  on  agitait  ce  lapin.  Il  y  avait  en¬ 
core  des  mouvements  de  défécation  fréquents,  sa  tem¬ 
pérature,  prise  dans  le  rectum,  était  de  37  degrés  cent. 

L’animal,  opéré  à  onze  heures  du  matin,  fut  observé 
jusqu’à  cinq  heures  du  soir. 

Le  lendemain,  vingt-quatre  heures  après  l’opération, 
le  lapin  vivait  encore.  L’urine  prise  dans  la  vessie  était 
claire;  elle  ne  contenait  pas  de  sucre  ni  d’albumine.  La 
température  avait  baissé;  elle  n’était  plus  alors  que  de 
30  degrés  dans  le.rectum.  On  sacrifia  l’animal  et  on  fît 
son  autopsie.  > 

Le  tissu  du  foie  broyé  donna  une  décoction  claire,  /< 
jaune,  qui  ne  contenaitpas 
de  sucre  ou  tout  au  plus 
des  traces  douteuses,  L’au¬ 
topsie  de  la  tête  montra 
que  la  piqûre  P,  assez 
étendue  en  forme  de  sec¬ 
tion,  siégeait  à  la  partie 
supérieure  del’olivedroi  te 
près  de  l’origine  du  nerf 
acoustique  (fig.  5 h). 

Exp.  (23  mars  1849). — On  piqua  dans  le  quatrième 
ventricule  un  lapin  à  jeun  depuis  la  veille,  et  ayant 
déjà,  par  suite  de  l’abstinence,  les  urines  acides. 


MO  PIQURE  DU  PLANCHER 

Aussitôt  après  l’opération,  l’animal  tomba  sur  le  flanc 
et  présenta  les  symptômes  ordinaires.  Eavaitété  opéré  à 
huit  heures  et  demie  du  matin,  puis  on  revint  à  onze 
heures  et  demie.  A  ce  moment,  on  retira  des  urinés 
qui  étaient  claires,  limpides-,  abondantes,  légèrement 
acides  et  contenant  énormément  de  sucre.  Avant  l’opé- 


en  une  espèe 

e  de 

masse 

gélatineuse 

i  par  le  refroidisse- 

ment,  commi 

3  cela 

i  a  lieu 

souvent  cl 

liez  les  herbivores  à 

jeun  ;  elles  n< 

sconi 

tenaien 

t  point  de 

sucre.  i 

Amidietdenii,] 

l’urine 

recueillie  e 

itait  toujours  ata- 

dante  et  très 

faiblement 

acide,  presque  neutre;  elle 

contenait  du 

suci 

•e,  ma 

.is  en  qü 

antité  évidemment 

moindre  que 

les  ui 

ânes  re 

cueillies  ui 

te  heure  avant.  ' 

A  une  heui 

re  et 

demie, 

l’urine  recueillie  était  claire, 

abondante,  m 

eutre 

au  papi 

1er  réactif, 

et  ne  contenait  pins 

de  sucre.  Le  ! 

lapin 

étaitto 

ujôursviva 

ce;  il  avait,  comme 

cela  arrive  soi 

uvent 

dans  o 

es  cas,  des 

défécations  presque 

continuelles. 

On 

sacrifia 

l’animal 

en  lui  ouvrant  les 

veines  jugulai 

ires  e 

itlesar 

tères  carotides  pour  recueillir 

le  Sang.  Avau 

t  de  1 

le  sacril 

fier,  ôn  avi 

ait  pris  sa  tempéra- 

tare  dans  le  i 

zectui 

n  ;  elle 

était  de  3 

8  degrés,  tempéra- 

ture  qui  peul 

t  être 

i  consii 

dérée  corn 

ime  la  température 

normale  des  lapins 

;  lorsqu 

s’ils  sont  à  ; 

jeun. 

Le  sang  rei 

3ueill: 

i  des  vaisseaux  cc 

intenait  à  peine  des 

DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  4U 

On  voit  donc  que  cette  opération  a  été  faite  sur  un 
animal  à  jeun  qui  est  devenu  néanmoins  diabétique; 
mais  le  sucre  a  paru  se  montrer  moins  longtemps  dans 
les  urines,  püisqu’au  bout  de  trois  heures  il  avait  en 
partie  disparu  et  qu’il  n’en  restait  plus  que  des  traces. 

.  Nous  ajouterons  relativement  à  ce  lapin,  qu’en  inci¬ 
sant  la  membrane  occipito-atloïdienne  mise  à.nu,  il  n’y 
eut  qu’une  très  petite  quantité'  de  liquide  céphalo-rachi¬ 
dien  qui  s’échappa.  C’est  ce  qui  arrive  ordinairement 
chez  les  animaux  à  jeun ,  tandis  que  chez  les  animaux  en 
digestion  la  proportion  de  ce  liquide  paraît  beaucoup  plus 
considérable. 

Exp.  (S  avril  1819).  —  Sur  un  chien  nourri  depuis 
deux  jours  avec  delà  viande  et  ayant  servi  aune  expé¬ 
rience  cardiométrique,  on  écarta  les  musclés  de  la  nuque 
étf&ti  piqua  le  plancher  du  quatrième  ventricule.  L’ani¬ 
mal,  qui  était  très  vivace,  tomba  aussitôt  sur  le  flanc, 


fort,  le  globe  oculaire  était  devenu  saillant,  mais  avait 
cependant  conservé  sa  sensibilité.  Les  paupières  étaient 
immobiles  et  la  septième  paire  semblait  paralysée  dans 
ce  eôté  de  la  face. 

L’animal  avait  fait  un  repas  de  viandé  à  huit  heures 
du  matin;  il  fut  opéré  à  trois  heures  du  soir,  et,  à  ce 
même  moment,  on  retira  du  sang  de  la  jugulaire  et  de 
l’urine  de  la  vessie.  L’animal  resta  toujours  couché  sur 
le  flanc  ;  mais  environ  une  demi-heure  après  la  piqûre 
il  fut  pris  d’une  sorte  d’aboiement  continuel. 

Yoici  ce  que  donna  l’examen  des  urines  :  au 


.  moment 


412  PIQURE  DU  PLANCHER 

de  l’opération,  les  urines  étaient  claires,  acides,' d’une 
couleur  ambrée  foncée  et  ne  contenaient  pas  de  sucre. 
Vingt  minutes  après  l’opération,  les  urines  présentaient 
les  mêmes  caractères,  seulement  il  semblait  y  avoir  des 

A  six  heures  du  soir,  l’urine  recueillie  était  claire  (1), 
limpide,  peu  colorée,  acide,  et  contenait  une  grande 
quantité  de  sucre.  A  ce  moment,  on  retira  du  sang  par 
la  même  veine  jugulaire. 

A  neuf  heures  du  soir,  les  urines  de  l’animal  étaient 
toujours  claires,  aqueuses,  acides,  et  contenaient  beau¬ 
coup  de  sucre.  La  température  dans  le  rectum  dé  l’a¬ 
nimal  était  39°, 5.  Quelque  temps  après,  il  fut  pris  d’un 
tremblement  général,  quoique  la  température  fût  tou-. 


DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  413 

jours  dans  le  rectum  de  ô9°,5  ;  température  normale  du 
chien.  On  examina  alors  le  sang  pris  dans  la  veine  jugu¬ 
laire.  Le  sang  recueilli  le  premier  était  bien  coagulé  : 
le  sérum  était  opalin,  alcalin,  et  contenait  seulement 

Le  sang  recueilli  à  six  heures  était  égalëment  bien 
coagulé,  seulement  le  sérum  était  limpide  et  contenait 
beaucoup  de  sucré. 

Le  lendemain  (/ravi  il)4  le  chien  était  à  peu  près  dans 
le  même  état.  On  relira  de  l’urine  de  la  vessie;  elle  était 
jaune,  d’üne  couleur  ambrée,  peu  abondante;  elle  ne 
contenait  pas  de  sucre  mais  beaucoup  d’urée.  - 

On  saigna  alors  de  nouveau  l’animal  par  la  même 
veine  jugulaire  ;  Ce  sang  se  coagula  avec  une  grande 
rapidité,  et  donna  un  sérum  clair  qui  accusait  à  l’examen 
direct  des  traces  évidentes  de  sucre. 

On  ingéra  dans  l’estomac: une  seringue  de  bouillon 
chaud;  mais  bientôt  le  chien  en  vomit  la  plus  grande 
partie.  On  lui  injecta  ensuite  du  bouillon  froid  qu’il  ne 
vomit  pas.  Dans  le  vomissement  l’animal  rendit  des  frag- 
mentsde  tète  de  mouton  qui  étaient.ramollis  et  seulement 
eu  partie  digérés  ;  ce  qui  prouverait  que.  la  digestion 
del’animal  avait  élé  arrêtée  par  l’influence  delà  piqûre. 

Le  mêmejour,  6  avril,  à  trois  heures  du  soir,  on  re^ 
tira  de  l’urine  en  petite  quantité,  elle.était  de  couleur 
ambrée  ét  ne  renfermait  pas  de  sucre. 

■  5  avril.  Le  chien.était  dans:  le  même  état.  On  lui  in¬ 
géra  un  quart  de  litre  de  bouillon  gras.  L’urine  ne  com 
tenait  pas  de  sucre. 

;  7  avril.  Même  état*  le  chien , ne  prit  rien. ... 


414  PIQÛRE  DU  PLANCHER 

8  avril.  Il  était  toujours  dans  un  mauvais  état;  onlui 
ingéra  de  l’eau  dans  l’estomac  ;  les  yeux  étaient  chas¬ 
sieux  et  purulents. 

9  avril.  Il  mourut. 

Autopsie.  Poumons  à  peu  près  sains,  cœur  gorgé  de 
sang,  intestins  et  estomac  n’offrant  rien  d’appréciable. 
Les  reins  paraissaient  liypérémiés,  la  vessie  était  pleine 

On  examina  avec  soin  durant  toute  cétte  expérience 
les  urines  que  l’animal  avait  rendues,  ainsi  que  celles  qui 
étaient  dans  la  vessie  au  moment  de  la  mort.  Voici  le 
résultat  de  l’examen  comparatif  de  toutes  ces  urines  : 

1"  Urine  aussitôt  après  la  piqûre  :  couleur  jaune  am¬ 
brée,  odeur  forte  d’urine  de  chien,  réaction  acide.  ' 

Par  acide  azotique  :  pas  d’albumine,  mais  précipitas 
tion  en  masse  de  nitrate  d’iirée. 

  l’aréomètre,  marquait  5%25;  pas  de  sucre. 

2“  Urine  vingt  minutes  après  la  piqûre  :  couleur  jaune 
ambrée,  odeur  forte,  réaction  acide. 

Par  acide  azotique  ;  pas  d’albumine,  précipite  encore 
en  masse  du  nitrate  d’urée. 

A  l’aréomètre,  marque  5», 5,  traces  de  sucre  avecle 
liquide  cupro-potassique. 

•  3°  Urine  trois  heures  après  la  piqûre  :  couleur  pâle, 
odeur  faible,  réaction  acide. 

Par  l’acide  .azotique  :  pas  d’albumine,  mais  se  pre; 
liant  en  masse  en  nitrate  d’urée,  seulement  lorsqu’on 
les  plaçait  dans  un  mélange  réfrigérant. 

Marquait  à  l’aréomètre  10",5,  donnait  avec  le  réactif 
cupro-potassique  énormément  de  sucre. 


DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  415 

4o  Urine  six  heures  après  la  piqûre  :  plus  colorée  que 
la  précédente,  odeur  un  peu  plus  forte,  réaction  acide. 

Par  l’acide  nitrique  :  pas  d’albumine,  mais  précipité 
direct  en  masse  de  nitrate  d’urée. 

Marquait  à  l’aréomètre  10%25,  le  liquide  cupro- 
potassique  accusait  énormément  de  sucre. 

5°  Urine  du  4  avril,  onze  heures  du  matin  :  couleur 
jaune  ambrée,  odeur  forte. 

Par  l’acide  azotique  :  pas  d’albumine,  prise  en  masse 
du  nitrate  d’urée. 

Pas  de  sucre  par  le  liquide  cupro-potassique. 

6°  Urine  du  II  avril,  quatre  heures  du  soir:  couleur 
jaune  ambrée,  odeur  forte,  réaction  acide. 

Par  l’action  azotique  :  pas  d’albumine,  prise  en  masse 

Par  le  liquide  cupro-potassique,  pas  de  sucre. 

„  Cette  urine  et  la  précédente  ont  été  ajoutées  ensemble 
à  cause  de  leur  petite  quantité;  on  en  prit  la  densité  à 
l’aréomètre;  on  trouva 6,5. 

7°  Urine  du  9  avril  prise  dans  la  vessie  après  la  mort. 

En  grande  quantité — jaune  ambrée,  acide,  contenait 
des  cristaux  qui  se  déposaient  au  fond  du  verre. 

Par  l’acide  nitrique,  pas  d’albumine,  précipitation 
eu  masse  de  nitrate  d’urée  ;  à  l’aréomètre  marquait  5,  5. 

L’urine  essayée  avec  le  liquide  cupro-potassique, 
induisait  énormément  en  gris  ardoisé  par  le  refroidisse- 

,Si  l’on  ajoutait  au  liquide  bleu  un  grand  excès  de  po¬ 
tasse,  la  réduction  se  faisait  plus  facilement  et  le  produit 
de  la  réduction  prenait  une  teinte  rouge. 


Cette  urine,  soumise  à  la  fermentation  avec  de  la 
levûre  de  bière  ordinaire,  donna  quelques  bulles  d’acide 
carbonique  ;  mais  cette  fermentation  fut  très  douteuse. 

Les  cristaux  qui  s’étaient  déposés  au  fond  du  verre 
paraissaient  être  des  cristaux  d’acide  urique. 

Il  s’agirait  maintenant  de  savoir  si  la  réduction  qù’on 
a  observée  dans  l’urine,  après  la  mort,  de  même  que  la 
fermentation  douteuse  qui  s’y  est  développée,  sont  des 
caractères  suffisants  pour  faire  admettre  la  présence  du 
sucre?— Je  ne  le  pense  pas,  et  voici  pour  quelle  raison. 

D’abord  la  réduction  n’avait  lieu  qu’après  avoir  fait 
fortement  bouillir  le  liquide  et  au  moment  dü  refroidis¬ 
sement,  à  moins  qu’on  n’y  ajoutât  un  grand  excès  dé  po¬ 
tasse.  L’urine  dans  laquelle  il  se  faisait  ainsi  un  précipité 
abondant  qui  indiquerait  la  présence  d’une  grande 
quantité  de  sucré,  ne  donne  que  5,5  à  l’aréomètre, 
c’est-à-dire  aune  densité  qui  n’était  pas  plus  grande  que 
celle  de  l’urine  normale  du  chien,  tandis  que  nous  avons 
vu  cette  densité  augmenter  jusqu’à  10  et  10,25  lors¬ 
que,  sous  l’influence  de  la  piqûre,  il  y  avait  du  sucre. 
Enfin,  cette  urine  ayant  été  précipitée  par  l’acétate  de 
plomb  continuait  toujours  à  donner  la  même  réduction 
au  liquide  cupro-potassique;  mais  examinée  à  l’appareil 
de  Soleil,  elle  ne  déviait  aucunement  la  lumière  pola¬ 
risée,  tandis  que  l’urine  sucrée,  recueillie  3  et  6  heures 
après  l’opération,  la  déviait  très  manifestement.  ' 
Ce  qu’il  y  a  de  remarquable,  c’est  que  la  décoction  du 
foie  donnait  exactement. les  mêmes  réactions  que  l’urine 
après  la  mort.  Il  est  difficile  de  décider  à  quelle  substance 
on  avait  affaire,  soit  dans  la  décoction  du  foie,  soit  dans 


417 


DD  quatrième  ventricule. 
l’urine  prise  dans  la  vessie  après  la  mort.  On  a  pu  seu¬ 
lement  établir  que,  ce  n’était  ni  de  l’acide  urique  ni  du 
glyeose. 

En  résumé,  nous  avons  vu  par  cette  expérience,  que  la 
piqûre  du  quatrième  ventricule  avait  produit  chez  ce 
chien  l’apparition  du  sucre  dans  les  urines;  mais  cette  ap¬ 
parition  n’a  été  que  momentanée  et  elle  n’a  pu  se  repro¬ 
duire,  malgré  qu’on  ait  essayé  de  nourrir  l’animal  avec 
du  bouillon,  ce  qui  tient  sans  doute  à  l’état  de  maladie 
dans  lequel  s’est  trouvé  le  chien  par  suite  de  la  piqûre. 

Exp.  (18-  avril  1849).  —  Sur  un  gros  lapin  nourri 
d’herbes,  on  piqua  le  plancher,  du  quatrième  ventricule 
en  traversant  le  cervelet  et  en  perçant  directement  la 
partie  supérieure  de  l’occipital,  par  le  procédé  déjà 
décrit.  La  lésion  du  cervelet  n’a  ici  aucune  importance 
relativement  à  la  production  du  sucre  comme  nous 
bavons  vu  en  obtenant  le  même  résultat  lorsqu’on  pénètre 
par  l’intervalleoccipito-atloïdien  antérieur  ou  postérieur. 

Au  moment  de  la  piqûre,  l’animal  ne  parut  pas  éprou¬ 
ver  une  grande  douleur,  mais  l’instrument  ayant  été  in¬ 
cliné  un  peu  à  droite  l’animal  éprouva  des  désordres' 
graves  et  resta  couché  sur  le  flanc;  la  respiration  était 
devenue  plus  accélérée. 

;  jOn  examina  successivement  les  urinés  rendues  après 
l’opération,  qui  fut  faite  à  dix  heures  du  matin  : 

1"  Urine  avant  l'opération  :  Trouble,  blanchâtre,  alca¬ 
line,  contenant  des  carbonates,  mais  ne  paraissant  pas 
renfermer  de  phosphates  ; 

2"  Urine  une  heure  après  l’opération  :  claire,  alcaline, 
pas  d’albumine  ni  de  sucre  ; 


418  PIQÛRE  DI!  PLANCHER 

3°  Urine  une  heure  el  demie  après  ^opération  :  claire, 
limpide,  réaction  acide,  contenait  beaucoup  de  sucre. 

On  recueillit  pendant  deux  heures  l’urine  qui  offrit 
toujours  les  mêmes  caractères.  Cette  urine,  examinée 
au  polàrimètre,  par  JM.  Biot,  offrait  une  déviation  très- 
manifeste  à  droite,  c’est-à-dire  dans  le  sensdel’urinedes 
diabétiques.  On  mit  cette  urine  fermenter  avec  de  fc 
levûre  de  bière,  et  il  y  eut  une  production  rapide  d’acide 
carbonique  par  suite  de  la  fermentation; 

4”  Six  heures  après  l’opération,  l’urine  était  toujons 
très  sucrée  :  elle  était  claire,  limpide  et  acide;  elle  con¬ 
tenait  des  phosphates,  ce  qui  semblerait  prouver  que  la 
piqûre  du  cervelet  a  pu  agir  sur  la  constitution  chimique 
des  mines,  quoiqu’on  ne  doive  évidemment  établir  au¬ 
cune  relation  necessaire  entre  la  présence  du  sucre  et 
celle  des  phosphates. 

Les  urines  de  ce  lapin  furent  très  abondantes  depuis 
l’opération  jusqu’à  huit  heures  après,  où  elles  commen¬ 
cent  à  diminuer  ; 

5°  Alors  (huit  heures  après  l’ opération),  j’injectai  dans 
l’estomac  de  1,’eàu  avec  une  seringue; 

6“  Dix  heures  après  l'opération,  les  urines  étaient  abon¬ 
dantes,  limpides,  acides  et  ne  contenaient  plus  de  sucre.. 

Le  lendemain-  (19  ayril),  on  examina  les  urines  dé  la. 
veille,  et  voici  les  observations  qu’on  fit  à  ce  sujet  : 

A.  Les  urines,  de  la  période  sucrée;  depuis  midi  jus¬ 
qu’à  cinq  heures  du  soir,  furent  mélangées  et  exaWnées 
au-  polàrimètre  de  Soleil  ;  elles  donnaient  une  indication 
correspondant  à  57  de  sucre  pour  1000.  Elles  mar¬ 
quaient  5  à  l’aréomètre.  ‘  ■ 


DD  QUATRIÈME  VENTRICULE.  419 

B.  Les  urines,  depuis  huit  heures  du  soir,  époque  à 
laquelle  a  cessé  de  se  montrer  le  sucre,  jusqu’au  lende¬ 
main,  marquaient  1  à  l’aréomètre.  (On  n’avait  pas  pesé 
l’urine  avant  la  piqûre.) 

En  comparant  ces  résultats  à  ceux  observés  chez  le 
chien,  nous  voyons  que  l’urine  non  sucrée  marquait  chez 
lui  5,  tandis  qu’elle  ne  marquait  que  1  chez  le  lapin. 
Cette  différence  tient  sans  doute  à  ce  qu’il  y  avait  chez  le 
chien  une  très  grande  proportion  d’urée.  Du  reste,  le 
sucre  a  produit  dans  les  deux  cas  une  augmentation 
sensiblement  égale  de  la  densité. 

7“Lel9avril,  le  lapin  était  toujours  dans  le  même  état, 
resté  couché  sur  le  flanc,  s’agitant  de  temps  en  temps, 
tournant  la  tête  à  gauche.  Les  deux  yeux  étaient  sen¬ 
sibles,  mais  l’œil  gauche  était  rouge,  injecté  et  lar¬ 
moyant.  La  cornée  n’était  pas  altérée. 

Les  urines  recueillies  le  matin  étaient  claires,  lim¬ 
pides,  acides,  ne  renfermant  pas  de  sucre,  mais  conte¬ 
naient  des  phosphates. 

On  voit  ainsi  que  si  les  phosphates  semblaient  être 
apparus  avec  le  sucre,  ils  ne  disparurent  pas  avec  lui. 
En  effet,  c’est  à  l’acidité  de  l’urine  produite  par  la 
piqûre  que  se  trouve  liée  en  général  la  présence  des 
phosphates.  On  ingéra  dans  l’estomac  du  lapin,  à  neuf 
heures  du  matin,  une  seringue  pleine  d’empois  d’amidon 
dans  le  but  de  lui  faire  pisser  du  sucre.  Après  cette  in¬ 
gestion  d’amidon,  j’examinai  les  urines  durant  toute  la 
journée,  et  elles  ne  changèrent  pas  de  caractère,  c’est- 
à-dire  qu’elles  restèrent  claires,  limpides,  contenant  des 
phosphates,  mais  ne  renfermant  ni  sucre  ni  albumine. 


Le  20  avril,  le  lapin  était  toujours  dans  le  même  état, 
couché  sur  le  flanc  ;  on  examina  les  urines  à  dix  heures 
du  matin.  Elles  étaient  toujours  acides,  claires,  sanssucre 
ni  albumine.  Alors  je  repiquai  le  lapin  par  le  même  trou 
et  dans  le  même  endroit,  ce  qui  produisit  chez  cet  animal 
une  vive  douleur  en.  même  temps  que  des  mouvements 
convulsifs  ;  cela  semblerait  indiquer  que  la  substance 
cérébrale  avait  acquis  une  vive  sensibilité  par  suite  de 
la  dernière  piqûre. 

Les  urines  recueillies  une  heure  après  étaient  jau¬ 
nâtres,  acides,  copieuses,  gluantes,  se  prenant  en  gelée 
par  le  refroidissement,  et  ne  contenaient  pas  de  sucre. 
Deux  heures  après,.elles.offraient  lès  mêmes  caractères 
physiques,  mais  renfermaient,  des  traces  de  sucre. 

Les  urines  recueillies,  quatre  heures  après  la  seconde 
piqûre,  étaient  acides,  jaunâtres, -ambrées,  peu  abon¬ 
dantes  et  contenaient  beaucoup  de  sucre.  Alors  on 
ingéra  dans  l'estomac  du  lapin  de  l’eau  tiède  pour  ven¬ 
dre  les  urines  plus  abondantes. 

.  Une  heure  après  (à  trois  heures),  on  fit  de  nouveau 
pisser  le  lapin  ;  il  rendit  des  urines  de  même  aspect  que 
es  précédentes,  très  jaunes, -contenant  beaucoup  de 
sucre.  On  découvrit  alors  l’artère  carotide  qui  était  petite, 
àmoitié  pleine  d'un  sang  noir,  peu  différent  par  sa  cou¬ 
leur,  du  saug  veineux.  Les  respirations  étaient-au  moins 
aussi  fréquentes  que  chez  un  lapin  à  l’état  normal. 

.  Le  défaut  de  plénitude  dè-' l'artère  peut  s’expliquer 
par  l’abstinence  prolongée  de  l’animal  ;  niais  la  couleur 
noire  ne  s’explique  pas  par  l’asphyxie,  puisque  le  lapin 
respiraitbien  et  fréquemment.  Il  rendait  de  l’acide  car- 


421 


DU  QUATRIÈME  VENTRICULE. 

tonique,  car  en  lui  introduisant  le  nez  dans  un  verre 
qui  contenait  au  fond  de  l’eau  de  chaux,  celle-ci  se. 
troubla  aussi  rapidement  et  aussi  évidemment  qu’elle  le 
fit  sous  l’influence  de  la  respiration  d’un  autre  lapin 
bien  portant  et  dont  le  sang  artériel  était  rutilant. 

Ou  retira  du  sang  en  ouvrant  l’artère  carotide, .  ce 
qui  tua  très  rapidement  l’animal.  Aussitôt  après  la  mort, 
la  température  était  de  28'1  dans  le  rectunq. 

Autopsie  :  Le  sang  retiré  de  l’artère  était  resté,  dans 
le  verre,  plus  noir  que  le  sang  artériel  reti  ré  comparative¬ 
ment  d’un  lapin  sain.  Au  bout  de  plusieurs  jours,  il  s’é¬ 
tait  séparé  de  ce  sang  un  sérum  limpide  qui  contenait 
beaucoup  de  sucre. 

Les  poumons  étaient  sains,  excepté  dans  quelques 
points  très  limités.  L’examen  du  foie  n’a  malheureuse-, 
ment  pas  été  fait. 

Le  cerveau  fut  examiné,  il  présentait  les  traces  de 
deux  piqûres.  La  piqûre  P 
à  son  aspect  nous  parut 
être  très  probablement  la 
plus  ancienne ,  et  la  pi¬ 
qûre  P'  la  plus  nouvelle 
(fig.  55). 

Exp.  (18.  avril  1849). 

—  Sur  un,  gros  lapin 
nourri. d’herbes,  on  piqua 
par  le  procédé  ordinaire 
le  quatrième  ventricule,  et  on  enfonça  l’instrument  jus¬ 
qu’à  l’os  basilaire  sans  que  l’animal  éprouva  une  douleur 
très  évidente,  ni  aucun  désordre  dans  les  mouvements: 


PIQDRE  DD  PLANCHER 


422 

Aussitôt  après,  le  lapin  marchait  et  se  promenait  comme 
auparavant. 

Les  urines,  retirées  de  la  vessie,  offrirent  les  carac¬ 
tères  suivants  : 

1“  Avant  l’opération,  elles  étaient  troubles,  blauchâ- 
tres,  alcalines,  ne  renfermant  pas  de  phosphates;  elles 
ne  contenaient  ni  albumine  ni  sucre  ; 

2°  Deux  heures  après  la  piqûre,  elles  étaient  lim¬ 
pides,  abondantes,  alcalines,  contenaient  des  phosphates, 
mais  pas  de  sucre  ni  d’albumine.  Elles  faisaient  effer¬ 
vescence  avec  l’acide  azotique  sans  offrir  de  coagulation  ; 

3“  Pendant  le  reste  de  la  journée,  les  urines  présen¬ 
tèrent  les  mêmes  caractères. 

Le  soir  on  donna  à  manger  à  l’animal  et  ses  urines 
étaient  redevenues  le  lendemain  troubles,  alcalines,  sans 
sucre  ni  albumine  comme  avant  l’opération,  et  elles  ne 
contenaient  plus  de  phosphates. 

Le  19  avril,  l’animal  étant  revenu  à  son  état  primi¬ 
tif,  je  lepiquai  de  nouveau  parle  même  procédé,  seule¬ 
ment  en  dirigeant  l’instrument  plus  en  arrière  dans  la 
pensée  que  la  première  fois  l’instrument  avait  été  trop 
en  avant.  On  enfonça  encore  l’instrument  jusqu’à  l’os, 
et,  dans  cette  piqûre,  au  moment  où  l’on  traversa  la 
moelle  allongée,  l’animal  en  ressentit  une  douleur  vive 
et  en  même  temps  sa  respiration  devint  profonde  et 
rapide.  L’instrument  fut  maintenu  autant  que  possible 


DD  QUATRIÈME  VENTRICULE.  423 

fois  il  retombait;  sa  respiration  était  rapide.  Peu  à  peu, 
cependant,  ce  lapin  se  remit.  Au  bout  de  dix  minutes  ou 
un  quart  d’heure,  il  commença  à  marcher  et  à  se  soute¬ 
nir.  Il  marchait  d’abord  doueementavec  une  allure  vacil¬ 
lante  et  présentait  une  grande  faiblesse,  surtout  dansles 
membres  antérieurs.  Au  bout  de  vingt  minutes,  la  dé¬ 
marche  fut  plus  assurée,  la  respiration  moins  rapide;  le 
lapin  marchait  pas  à  pas,  se  tenant  assez  bien  en  équilibre 
sur  ses  quatre  pattes.  Toutefois  ses  mouvements  étaient 
lents  et  quand  on  le  poussait  pour  aller  plus  vite,  il  tom¬ 
bait  sur  le  côté,  s’agitait  avec  ses  quatre  pattes  et  ne 
pouvait  se  relever  que  très  difficilement.  L’animal  tenait 
la  tête  droite;  les  deux  yeux  étaient  sensibles;  le  facial 
et  la  cinquième  paire  ne  paraissaient  lésés  pi  d’un  côté 
ni  de  l’autre. 

L’opération  fut  faite  à  neuf  heures  et  demiedu  matin. 

Yoici  ce  que  donna  l’examen  des  urines  : 

Les  urines  recueillies  une  demi-heure  après  l’opéra¬ 
tion  étaient  claires,  très  abondantes,  alcalines,  Don  albu¬ 
mineuses,  faisant  effervescence  avec  l’acide  azotique. 
Traitées  par  le  liquide  bleu,  elles  offraient  des  traces  de 
sucre;  elles  contenaient  des  phosphates. 

A  ce  moment  l’animal  était  à  peu  près  dans  le  même 
état,  fl  marchait  lentement,  dressé  sur  ses  quatre  pattes, 
ne  paraissant  pas  malade  et.  mangeant  ce  qu’il  rencon¬ 
trait;  trois  quarts  d’heure  après  l’opération,  le  lapin 
rendit  spontanément  une  grande  quantité  d’urine.  Cette 
urine  était  alcaline,  claire  et  contenait  beaucoup  de 
sucre.  Le  lapin  était  toujours  à  peu  près  dans  le  même 
état;  cependant  l’oreille  droite  semblait  être  le  siège  de 


quelques  mouvements  convulsifs,  et  les  yeux  étaient 
largement  ouverts.  Parfois,  l’animal  paraissait  inquiet  et 
comme  poussé  à  se  mouvoir  continuellement;  les  m⬠
choires  étaient  le  siège  de  quelques  mouvements  convul¬ 
sifs  et  quelquefois  l’animal  s’arrêtait  immobile,  dressé 
sur  ses  quatre  pattes. 

Une  heure  après  l’opération,  les  urines  étaient  claires, 
limpides,,  alcalines  ;  l’émission  spontanée  en  était  fré¬ 
quente;  elles  contenaient  beaucoup  de  sucre.  On  donna 
de  l’herbe  à  manger  au  lapin,  il  essaya  de  la  manger, 
mais  l’état  nerveux  dans  lequel  il  se  trouvait  lui  rendait 
la  préhension  très  difficile  et  il  n’y  parvenait  pas. 

Trois  heures  après  l’opération  seulement,  l’anima! 
commença  à  se  calmer  et  l’espèce  d’irritation  nerveuse 
dans  laquelle  il  était  tendait  à  cesser. 

A  ce  moment  on  lui  fit  rendre  de  l’urine  qui  était 
trouble,  blanchâtre  et  ne  contenait  que  des  traces  très 
faibles  de  sucre. 

Pendantle  reste  de  la  journée,  l’animal  alla  de  mieusen 
mieux  ;  il  perdit  peu  à  peu  cet  état  d’excitation  nerveuse 
dans  lequel  il  se  trouvait  pendant  qu’il  était  diabétique. 
Du  reste,  il  marchait  encore  avec  une  sorte  dè  précaution, 
se  tenant  dressé  sur  ses  pattes.  Il  mangea  très  bien  les 
carottes  qu’on  lui  donna,  n’ouvrait  plus  autant  les  yeux 
etn’avaitplus  l’àir,  comme  auparavant,  étonné  et  irri-- 
table  au  moindre  bruit.  On  recueillit  les  urines  pendant 
le  reste  de  la  journée  ;  elles  étaient  troublés,  abondantes, 
alcalines ,  ne  contenant  plus  ni  sucre,  ni  albumine,  ni 
phosphates. 

Voici  maintenant  l’examen  comparatif  de  toutes  les 


DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  425 

urines  renduespar  l’animal.  Ces  urines  furent  exami¬ 
nées  le  jour  même. 

1”  Urines  rendues  un  quart  d’heure  .après  :  marquant 
à  l’aréomètre  1. 

2"  Urines  recueillies  trois  quarts  d’heure  après  :  mar¬ 
quant  à  l’aréomètre  1,5;  au  polarimètre  donnant  3, 
c’est-à-dire  une  déviation  répondant  à  7  gr.  143 
pour  1000. 

3°  Urines  sucrées  recueillies  de  une  heure  à  trois 
heures  après  :  pesait  à  l’aréomètre,  2,5,  donnait  au  po¬ 
larimètre,  12,  c’est-à-dire  une  déviation  répondant 
à  28  gr.  571  pour  1000. 

Le  20  avril,  l’animal  étant  toujours  bien  portant,  on 
constata  que  ses  urines  étaient  troubles ,  alcalines,  ne 
contenant  ni  sucre  ni  albumine.  Alors  on  lepiqua-de 
nouveau  dans  le  même  point  que  la  veille.  Il  y  eut 
aussitôt  une  douleur  très  vive  qui  semblait  indiquer  que 
la  sensibilité  delà  substance  cerébelleuseavailaugmenté. 

Le  lapin  tomba  aussitôt  sur  le  flanc,  s’agita,  saliva 
beaucoup.  La  respiration  était  redevenue  aussitôt  sacca¬ 
dée,  accélérée. 

Trois  quarts  d’heure  après,  il  s’agitait,  surtout  avec 
ses  pattes  antérieures.  On  recueillit  les  urines  un  quart 
d’heure  plus  tard  :  elles  étaient  abondantes ,  .  claires, 
acides,  ne  contenant  pas  d’albumine,  et  renfermant 
peut-être  des  traces  douteuses  de  sucre. 

Une  heure  et  demie,  et  trois  heures  après,  les  urines 
présentaient  les  mêmes  caractères  sans  qu’on  pût  y 
constater  les  moindres  traces  de  sucre.  Les  urines  ren¬ 
fermaient  des  phosphates. 


DD  QUATRIÈME  VENTRICULE.  427 

Avant  l’expérience,  les  urines  étaient  troubles,  jau¬ 
nâtres,  alcalines,  ne  contenant  pas  de  sucre. 

Trois  quarts  d’heure  après,  les  urines  encore  troubles 
et  alcalines,  et  en  petite  quantité,  renfermaient  déjà  très 
nettement  du  sucre. 

Trois  heures  après,  les  urines  étaientdevenues  claires, 
faiblement  acides,  toujours  en  petite  quantité  et  con¬ 
tenant  énormément  de  sucre. 

Quatre  heures  après  :  urines  claires,  très  acides,  tou¬ 
jours  en  petite  quantité,  contenant  un  .peu  moins  de 
sucre  que  les  précédentes.  Du  reste,  à  ce  moment  le 
lapin  allait  mieux,  il  ne  tremblait  plus,  se  tenait  bien 
sur  ses  pattes  et  n’offrait  plus  l’ensemble  des  désordres 
de  mouvement  qu’il  présentait  lorsque  les  urines  étaient 
très  chargées  de  sucre. 

Sept  heures  après  l’opération,  le  lapin  allait  tout  à  fait 
bien;  il  n’y  avait  plus  du  tout  de  sucre  dans  les  urines  ; 
il  mangea  avec  avidité  de  Therbe  qu’on  lui  donna. 

En  résumé,  on  voit  d’après  cette  expérience,  que  la 
piqûre  a  produit  un  diabète  momentané,  mais  que  l’Urine 
quoique  très  sucrée,  était  toujours  restée  peu  abondante  ; 
de  sorte  qu’il  y  a  eu  les  phénomènes  du  diabète,  sans 
ceux  de  la  polydipsie.  On  voit  également  que  l’appari- 
tiou  du  sucre  dans  les  urines  a  coïncidé  avec  une  irrita- 

ne  s’est  plus  montré.  Le  lendemain  ce  lapin  était  revenu 
à  son  état  normal. 

Après  l’avoir  sacrifié  pour  une  autre  expérience,  on  a 
constaté  que  la  piqûre  avait  porté  en  P  comme  cela  est 
indiquée  dans  la  figure  suivante  (fig.  57). 


428  PIQURE 

Exp.  (février  1850). 
gestion  de 


Sur  un  jeune  lapin  en  di- 
piqua  le  plancher  du  quatrième 
ventricule;  aussitôt  rani¬ 
mai  tomba  sur  le  flanc 
ayant  les.  yeux  fermés 
quoique  sensibles.  Il  était 
d’abord  dans  un  état 
d’agitation,  puis  tomba. 


qui  ne  contenaient  pa 
Alors,  supposant  que  la  piqûre  avait  été  faite  trop  eü- 
avant.P  première  piqûre,  on  repiqua  de  nouveau  le 
plancher  du  quatrième  ventricule  plus  en  arrière, 
P'  deuxième  piqûre  (fîg.  58)'. 

Trois  quarts  d’heure  après  cettè  seconde  piqûre,  le 
lapin  étant  toujours  dans  le  même  état,  ses  urines  con¬ 
tenaient  très  manifestement  du  sucre. 

Avant  toute  opération,  les  urines  étaient  troubles,  aie 
câlines  et  blanchâtres  comme  chez  les  lapins  en  diges¬ 
tion.  Après  la  première  piqûre,  les  urines  n’avaient  pas 
changé  de  caractère.  Après  la  seconde  piqûre,  elles  de¬ 
vinrent  moins  troubles,  plus  abondantes,  en  même 
temps  qu’elles  contenaient  du  su 
On  fit  pisser  le  lapin  environ 
les  urines  recueillies  deux  heures  après  la  seconde.pi- 
qûre  étaient  toujours  sucrées. 

Le  lapin  pendant  tout  ce  temps  était  resté  dans  un 


coma  profond,  presque  mourant;  il  s’étaitrefroidi,  avait 
un  tremblement  général,  avec  de  l’agitation  et  de  la 
tendance  à  tourner  sur  son  axe. 

L’animal  étant  dans  cet  état  et  presque  mourant,  on 
oüvritle  ventre  et  l’on  vit  que  le  foie  était  gorgé  de  sang, 
la  veine  porte  était  gonflée  par  le  sang,  de  même  que  la 
veine  . cave  inférieure  au  niveau  des  veines  rénales.  On 
recueillit  le. sang  de  la  veine  porte,  du  cœur  et  de  la 
veine  cave  inférieure;  puis,  lorsque  le  sang  fut  coagulé, 
on  examina  le  sérum  qui  en  était  séparé.  Le  sérum  de  la 
veine  cave  inférieure  était  alcalin,  légèrement  opalin  et 
donnait  une  réduction  très  prononcée  avec  le  liquide  cu- 
pro-potassique.  Le  sang  de  la  veine  porte  ne  se  coagula 
pas:  il  était. très  alcalin  et 
il.  réduisait  très  faible¬ 
ment:  le-  liquide  cupro- 
potassique.Dans  le  cœur, 
le  sérum  réduisait  égale¬ 
ment  le  liquide  eupro- 
potassique  mois  moins 
que  . le  sang  de  la  veine 
cave  inférieure.  Le  tissu 
du  foie ,  :  broyé .  dans .  un 
mortier,  donna  une  décoction  très  opaline' qui  réduisit 
abondamment  le  liquide  cupro-potassique. 

Exp.  (8  février  1850),  —  Sur  un  autre  lapin,  nourri 
également  avec  des  carottes,  se  trouvant  daiis  les  mêmes 
conditions  que  le  précédent,  ayant  aussi  les  urines  trou¬ 
bles  ,et  alcalines,  on  fit  üDe  première  piqûre  P  (fig,-58) 
qui  deux  heures  après  n’avait  pas  encoredonné  de.sucre. 


PIQÛRE  DU  PLANCHER 


430 

Toutefois  cette  piqûre  n’avait  que  peu  affecté  l’animal, 
au  moment  même,  il  était  tombé  sur  le  flanc,  s’étaitagité, 
mais  deux  ou  trois  minutes  après,  il  s’était  relevé,  con¬ 
servant  seulement  un  peu  de  faiblesse  dans  les  membres 
antérieurs. 

Alors  on  piqua  de  nouveau  l’animal  plus  en  arrière  P’ 
(fig.  59),  aussitôt  il  tomba  sur  le  flanc  et  ne  se  releva 
pas:  ses  poils  se  hérissèrent  et  il  fut  pris  d’un  tremble¬ 
ment  général.  Trois  quarts  d’heure  après  la  seconde 
piqûre,  les  urines  contenaient  beaucoup  de  sucre. 

Avant  la  seconde  piqûre,  les  urines  étaient  rares,  trou¬ 
bles  et  alcalines.  Après,  elles  restèrent  alcalines,  devin¬ 
rent  moins  troubles  et  beaucoup  plus  abondantes. 

Le  sang  contenait  du  sucre  dans  le  cœur  droit  et  dans 
le  cœur  gauche  ;  mais 

apparence  dans  le  cœur 

Le  lapin  mourut  pen¬ 
dant  la  nuit. 

Le  lendemain,  on  fit 
la  décoction  du  foie  qui 
était  opaline  et  conte¬ 
nait  beaucoup  de  sucre. 
Toutes  les  urines  du  lapin  qui  avaient  été  recueillies 
furent  mélangées;  puis  on  dosa  la  quantité  de  sucre 
qu’elles  contenaient  et  on  la  trouva  égale  à  l'r,012 
pour  100. 

Exp.  (12  février  1850).  —  Sur  un  lapin  maigre  et 


DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  131 

chétif,  on  fît  une  piqûre  ;  ou  pensa  que  cette  piqûre 
était  sur  la  ligne  médiane,  car  l’animal  ne  chancela 
ni  d’un  côté  ni  de  l’autre.  Dans  le  premier  moment  qui 
suivit  la  piqûre,  il  resta  d’abord  immobile,  puis,  ensuite, 
les  membres  postérieurs  s’agitèrent  violemment  tandis 
que  les  antérieurs  furent  très  faibles  et  restèrent  écartés 
sans  pouvoir  supporter  le  corps.  L’animal  avait  de  la 
tendance  à  aller  en  avi  mt  ;  il  poussait  son  corps  dans 
cette  direction  à  l’aide  de  ses  membres  postérieurs.  Une 
demi-heure  environ  après  la  piqûre,  l’animal  paraissait  . 
malade;  il  avait  le  frisson  et  les  poils  hérissés.  _ 

L’urine  examinée  avant  l’opération  était  peu  abon¬ 
dante,  trouble,  alcaline,  et  ne  contenait  pas  de  sucre. 
Trois  heures  après  la  piqûre,  l’animal  étant  toujours 
dans  le  même  état,  on  recueillit  son  urine  qui  était 
trouble,  alcaline  et  contenait  beaucoup  de  sucre. 

On  abandonna  ensuite  l’animal  à  lui-même. 

Le  lendemain  on  trouva  le  lapin  se  promenant,  gai, 
et  dans  un  parfait  état  de  santé.  L’urine  examinée  ne 
contenait  plus  du  tout  de  sucre.  Ce  symptôme  du  diabète 
avait  cessé  ainsi  que  tous  les  autres  :  frissons  et  tremble¬ 
ments  musculaires  qui  accompagnent  généralement  le 
diabète  artificiel. 

Le  H  février,  le  lapin  se  portait  toujours  bien;  on  le 
piqua  de  nouveau;  mais  à  la  suite  de  cette  nouvelle 
piqûre,  il  resta  sur  le  flanc,  s’agita  et  était  grelottant  avec 
les  poils  hérissés.  Après  trois  heures,  l’animal  étant  tou¬ 
jours  dans  le  même  état,  on  recueillit  l’urine  qui,  de 
même  qu’avant  l'opération,  était  trouble  et  alcaline,  mais 
de  plus  elle  contenait  très  nettement  du  sucre. 


432  PIQÛRE  DU  PLANCHER  . 

Le  15  au  matin,  l’animal  était  mort. 

;  Voici  l’autopsie  de  sa  tête  :  P,  première  piqûre; 

P',  deuxième  piqûre. 

Exp.  (14  avril  1850). 

- —  Sur  une  chatte  qui, 
quelques  jours  aupara- 

expérience  sur  les  nerfs 
spinaux,  on  piqua  direc¬ 
tement  le  plancher  du 
quatrième  ventricule. 
Aussitôt  après  la  pi¬ 
qûre  ,  la  respiration  fut  très  acérée  ;  puis  peu  à  peu: 
apparurent  les  symptômes  qui  suivent  la  piqûre  et  l’hor- 
ripilation  caractéristique.  On  ne  put  ni  faire  pisser  la 
chatte,  ni  la  sonder.  Alors  on  tira  du  sang  de  la  veine  ju- 
gulaire  et  on  constata  qu’il  renfermait  beaucoup  de  suerez 
Le  lendemain  matin,  la  chatte  était  toujours  très  vi¬ 
vante;  elle  fut  tuée  par  hémorrhagie,  et  son  sang  alors, 
ne  contenait  plus  sensiblement  de  sucre. 

On  retirade  la  vessie  de  l’urine  acide  qui  contenait 
beaucoup  de  sucre  ;  le  dosage  indiqua  4  pour  100. 

Le  foie  ne  fut  pas  examiné.  Cette  chatte  avait  cinq 
petits  dans  les  cornes  de  la  matrice,  et  l’on  constata  que 
le  liquide  renfermé  dans  le  périchorium  et  l’allantoïde 
renfermait  du  sucre  d’üné  manière  très  évidente.  Toute¬ 
fois,  ce  sucre  n’était  pas  le  résultatde  la  piqûre,  puisque1 
nous  avons  montré  ailleurs  que  ce  phénomène  se,  ren¬ 
contre  normalement  ;  cela  prouve  seulement  que  la 
piqûre  n’avait  pas  fait  disparaître  ce  sucre  fœtal. 


DD  QUATRIÈME  VENTRICULE.  433 

Toutefois,  le  sucre  avait  disparu  du  sang  le  lende¬ 
main  de  l’opération,  parce  que  l’animal  était  devenu 
malade,  ce  qui  arrivé  très  facilement  chez  les  lapins;  or 
il  faut  toujours,  pour  que  le  diabète  se  produise,  ainsi 
que  nous  l’avons  dit,  qu’il  y  ait  intégrité  des  phénomènes 
de  la  nutrition.  • 

Exp.  (30  juin  1850).  —  Sur  un  jeune  lapin  vif,  bien 
portant,  on  piqua  le  plancher  du  quatrième  ventricule. 
Au  bout  de  deux  heures;  les  urines  contenaient  du  sucre 
d’une  manière  évidente  ;  mais  le  diabète  ne  dura  pas 
longtemps,  parce  que  la  piqûre  était  peu  profonde. 

Le  3  juillet,  l’animal 
étant  très  bien  portant, 
parfaitement  rétabli  de  sa 
première  piqûre,  otrpiqua 
de  nouveau  le  plancher  du 
quatrième  ventricule.  Au 
bout  d’une  heure  et  demie 
il  y  avait  du  sucre  dans 
les  urines;  on  sacrifia 
l’animal  et  on  fit  f  au¬ 
topsie  pour  constater  la  place  des  piqûres.  P,  première 
piqûre  ;  P'  deuxième  piqûre. 

Exp.  (26  novembre  1851).  —  Sur  une  grosse  lapine 
très  bien  nourrie,  très  vigoureuse  et  en  pleine  digestion, 
on  piqua  directement  le  plancher  du  quatrième  ventri¬ 
cule.  Aussitôt  après  la  piqûre,  l’animal  affaissé  sur  ses 
pattes  marchait  comme  en  ram  pant,  sans  toutefois  dévier 
ni  d’un  côté  ni  de  l’autre.  Bientôt  l’animal  fut  complète¬ 
ment  remis,  seulement  sa  respiration  était  très  accélérée. 


jours  très  bien  portant,  et  ne  paraissant  avoir  subi  aucune 
opératiop ,  rendait  des  urines  fortement  sucrées  ;  toutefois, 
bientôt  après,  le  sucre  cessa  de  paraître  dans  les  urines. 

Cet  animal  eut  à  peine,  au  moment  où  il  fendait  du 
sucre,  un  peu  de  tristesse,  Enfin,  cette  expérience  est 
une  des  mieux  réussies,  parce  que  la  glycosurie  aétéle 
seul  symptôme  très  saillant,  l’animal  ayant  d’ailleurs  à 
peu  près  conservé  ses  allures  normales.  De  plus,  il  faut 
ajouter  que  la  piqûre,  bien  placée  n’intéressait  que  les 
deux  tiers  de  la  moelle, 
de  sorte  que  -la  :  partie 
antérieure  tfavait.pas  été 
blessée;  ce  qui  explique 
l’absence  de  troubles  du 
mouvement,  bien  que  la 
piqûre  P  (fig.  62),  ne  fut 
pas  située  exactement  sur 
la  ligne  médiane,  Cette 
Fig.  ,62.  seule  expérience  suffirait 

pour  montrer  que  le  pissement  du  sucre  est  complète¬ 
ment  indépendant  des  troubles  de  mouvement  qui  sui¬ 


vent  la  piqûre. 

Nous  allons  abréger  les  expériences  qui  suivent: 
Eœp.  (30  avril  1851).  —  Lapin  .vigoureux.  On  le 


MJ  QUATRIÈME  VENTRlÇpLE. 

dans  l’urine  dont  la.  quanti^ ...était,  aqgpientée  ;  elle 
fieyipt  transparente.  On  sacrifia  l’animal  an  bout  d’une 
demi-heure.  A  l’autopsie,  on  jrçuv'a.que  les  piqûres 
paient  obliques;  l’une  (a)  entrait  par  le  corps  resti- 
forme  et  allait  obliquement  en  haut  jusqu’à  l’origine  de 
la  cinquième  paire  ;  l’autre  (a')  entrait  par  la  ligne  mé¬ 
diane  (fig  63).  Le  foie  contenait  du  sucre  et  donna  une 
décoction  opaline. 

avril  1851).  —  Lapin  adulte.  Piqûre  avec  l’in-, 
slrument  à  double  pointe  en  perforant  l’occipital,  desorte 
que  lespiqûres  étaient  directes  et  non  obliques  ;  affaisse¬ 
ment  de  l’animal  qui  tomba  sqr.jle  côté  droit;  saliva¬ 
tion,  apparition  du  sucre  dans  l’urine  au  bout  d’une  heure 
environ.  Les  urines,  toujours  troubles  et  alcalines, 
n’avaient  pas  du  tppt  augmenté  de  quantité.  A  l’autopsie, 
la  double  piqûre  portait  au  niveau  des  tubercules  de 
Wenzel,  au-dessus  des  olives  (e,  c,  fig.  63);le  foie  con¬ 
tenait  beaucoup  de  sucre.  "... 

(S  mai  1851) .  — Surpn  lapin,  on  ouvrit  la  membrane 
pççipito-atloïdienne,  on  donna  issue  au  liquide  céphalo¬ 
rachidien  et  ou  piqua  la  moelle  allongée  avec  l’in¬ 
strument  à  deux  pointes,  obliquement  et  en  remontant 
vers  les  olives.  L’animal  fut  anéanti;  la  respiration 
lente,  profonde  et  saccadée;  il  y  eut  augmentation  lé¬ 
gère  de  là  quantité, d’urine,  puis  apparition  du  sucre 
dans  l’urine  trois;quarts  d’heure  après  la  piqûre.  L’ani¬ 
mal  mourut  au  bout  de  trois  heures,  ayant  toujours  du 
sucre  dans  l’urine.  Le  foie  donna  une  déçoctiqp.sucrde,  et 
très  opaline,  A  l’autopsie,  les  deux  piqûres  étaient  situées  : 
la  droite,  fd),  sur  l’olive;  et  lagauche(d')j  un  peu  plus  en 


436  PIQUEE  DU  PLANCHER 

dedans  (fig.  63).  On  trouva,  en  outre,  une  hémorrhagie 
qui  avait  occasionné  l’introduction  du  sang  dans  le  canal 
central  de  la  moelle  où  il  formait  un  caillot  filiforme. 

'  (10  mai  1851).  — Gros  lapin  vigoureux.  Piqûre  à  la 
partie  supérieure  de  la  moelle  allongée  avec  l’instm- 
ment  à  double  pointe  enfoncé  en  perçant  l’occipital.  : 

On  traversa  avec  l’instrument  tout  le  cervelet,  sans 
causer  de  douleur  comme  cela  a  lieu  ordinairement.  La 
douleur  se  manifesta  lorsqu’on  atteignit  la  moelle  allon¬ 
gée;  mais  il  n’y  eut  pas  de  convulsion  produite  parce 
que'n’étânt  pas  allé  jusqu’à  la  surface  de  l’os  basilaire, 
on  û’avait  pas  blessé  les  faisceaux  antérieurs'.  11  convien¬ 
drait  même  d’agir  toujours  ainsi,  si  l’on  pouvait  être  sût 
d’avoir  pénétré  assez  profondément.  Après  l’opération, 
le  lapin  sé  soutenait  très  bien  sur  ses  pattes  ;  il  marchait 
en  équilibre;  seulementses  mouvements  étaient  raides  et 
comme  convulsifs.  Le  lapin,  qui  paraissait  du  reste  très 
bien  portant,  mangea  des  feuilles  de  chou  ipi’oh  lhi 
présenta.  Toutefois  l’animal  semblait  un  peu  triste  et 
avait  de  la  tendance  au  repos.  Deux  heures  et  demie 
après,  on  retira  de  la  vessie  des  urines  qui  étaient  un  peu 
plus  blanchâtres  et  contenaient  énormément  de  sucre; 
elles  n’avaient  pas  augmenté  de  quantité. 

Huit  ou  neuf  heures  après,  les  urines  qui  n’avaiént 
pas  pendant  tout  ce  temps  augmenté  de  quantité  con¬ 
tenaient,  toujours  du  sucre,  mais  moins  abondamment. 

Le  lendemain,  vingt-quatre  heures  après  l’opération, 
'es  urines  ne  renfermaient  plus  de  sucre,  l’animal  pa¬ 
raissait  bien  portant  quoiqu’il  eût  peu  mangé:  on  le 
sacrifia.  Son  foie  domia  une  décoction  non  opaline,  par- 


DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  437 


faitement  transparente  etcependant  sucrée.  A  l’ autopsie 
de  la  tête,  on  trouva  que  les  piqûres,  qui  étaient  verti¬ 
cales,  avaient  porté  très  haut,  entre  les  tubercules  de 
Wenzel  etles  tubercules  quadrijumeaux  (f,  f,  fîg.  63).  En 
examinant  la  profondeur  des  piqûres,  on  yit  qu’elles 
étaient  très  verticalement  dirigées,  et  que  leur  extrémité 
inférieure  correspondait  un  peu  en  arrière  du  niveau 
du  pont  de  Varole.  Les  pyramides  antérieures  n’avaient 
pas  du  tout  été  atteintes  par  l’instrument  qui  n’avait  tra¬ 
versé  que  le  faisceau  intermédiaire,  ou  innominé  de  la 
-  moelle  allongée. 

„  (19  mai  1851).  —  Sur  un  gros  lapin,  bien  portant,  on 
piqua  la  moelle  allongée 
.  avec  l’instrument  à  deux 
pointes,  en  perforant  la 
partie  supérieurede 
cipital.  L’animal 


pas  sensiblement  augmenté.  Le  lapin  mangea  des  feuilles 
de  chou  qu’on  lui  donna.  Trois  heures  après  la  piqûre,  les 
urines  avaient  toujours  beaucoup  de  sucre. 


438  PIQURE  DU  PLANCHER  ' 

Lé  lendemain ,  20  mai,  lë lapin  allâittoüjôursbièn,  mais 
ses  urines  ne  renfermaient  plus  de  sucre,  À  l’aiitopsié; 
on  trouva  les  deux  piqûres  symétriques  (6,  4,  %.  63) 
n’intéressant  qùè  deux  tiers  de  l’épaisseur  de  la  moelle 
allongée.  Les  pyramides  antérieures  n’avaient  pas  été 
atteintes. 

(30  juin  1850).  — Sur  un  jeune  lapin  vif,  bien  por¬ 
tant,  en  digestion,  on  fit  une  piqûre  simple  en  perforant 
l’ôccipîtai.  Au  bout  de  deux  heures  les  urines  étaient 
très  sucréçsjle  diabète  avait  duré  peu  de  temps! 

(3  juillet  1850).  —  Sur  le  même  lapin;  trèsbien  ré¬ 
tabli  de  la  première  piqûre,  ûn  repiqua  p4r  lemêmepro- 
cédé.  Le  lapin  avait  de  la  tendance  à  tomber  du  côté 

Au  bout  d’une  heure  et  demie  les  urines  étaient  très 
sucrées.  A  l’autopsie,  ou  retrouva  les  deux  piqûres  (la 
première  a  et  la  seconde  a',  fig;  6&)i-  sm  : 

(2  juillet  1850).  —  Jeune  lapin,  vigoureux,  bien  par¬ 
tant,  en  digestion.  Piqué  par  la  partie  supérieure  de 
l’occipital,  un  peu  du  côté  droit.  Tend  à  rouler  à  droite, 
grelotte  comme  nous  l’avons  vu  dans  la  plupart  des  cas. 
Une  heure  et  demi  après  les  urinés  étaient  sucrées:  On 
obtint  14  centimètres  cubes  d’urine,  qui,  étant  dosés, 
donnèrent  0«r,35  de  sucre,  soit  2cr-50;  .p:  100.  Le  foie 
pesait  31^,  sa  décoction  était  laiteuse  et  le  sucre  qu’il 
contenait,  étant  dosé,  donna  0*rj44  pour  tout  le  foiéi 
soit  l«r,41  p.  100. 

-  "j[Ajüilletl850).  —  Surungroslapindnpiqiialamoelle 
allongée  en  pénétrant  par  l’occipital.  Un  mouvement  de 
l’animal  causa  des  lésions  graves  et  par  suite  le  coma. 


DD  QUATRIÈME  VENTRICULE.  439 

Après  une  heure,  et  demie  il  y  avait  du  sucre  dans 
l’urine.  Alors  on  tua  ce  lapin.  Le  foie  pesait  52  grammes, 
donna  une  décoction  laiteuse  et  contenait  2,15  p.  100  de 

■  La  piqûre  portait  au-dessus  du  tubercule  de  Wenzel 
(4,.fig.  64);  elle  était  étendue  et  irrégulière 
■g  (25  novembre  1851).  —Lapin  jeune  auquel  on  avait 
trois  ou  quatre  jours  auparavant  coupélefilet  sympathique 
au  cou;  il  est  piqué  en  pénétrant  directement  par  le 
trou  occipital,  sans  mettre  à  nu  préalablement  la  mem¬ 
brane  occipito-àtloïdienne.  Aussitôt  l’animal  tomba 
comme  mort  ;  la  respiration  fut  suspendue,  puis  elle  re¬ 
prit  bientôt,  :  d’abord  ronflante  et  saccadée.  Le  lapin 
resta  couché  sur  le  côté  droit ,  tomba  dans  le  coma,  de^ 
vint  grelottant,  etc.  Les  respirations,  avant  l’opération, 
étaientdesoixante  par  minute;  aussitôt  après,  de  quatre- 
vingts;  plus  tard,  elles  tombèrent  à  cinquante-deux.  Au 
bout  d’une  heure  et  demie,  les  urines,  devenues  abon¬ 
dantes,  contenaient  du  sucre;  le  sang  était  très  rutilant 
dans  les  artères  quoique  l’animal  fut  dans  le  coma.  A 
l’autopsie  on  trouva  que  la  piqûre  était  placée  très  bas 
(c,  fig.  64)  ;  majs,  en  la  suivant,  on  la  voyait  remonter 
dans  l’épaisseur  de  la  moelle  allongée  jusqu’au-dessus 
de.l’orginerln  vague  correspondant.  On  voit  par  là  qu’il 
ne  faut  pas  s’en  tenir  à  l’examen  du  point  d’entrée  de 
l’instrument.  Dans  ce  cas,  par  exemple,  une  piqûre  di¬ 
recte  .sur  le  point  e  n’eût  pas  donné  de  sucre. 

:  (26  novembre  1851).  —  Grosse  lapine  en  pleinediges- 
lion,  bien  portante.  On.  piqua  la  moelle  allongée  par  la 
partie  supérieure  de  l’occipital.  Aussitôt  après  la  piqûre 


442  PIQUEE  DU  PLANCHES  : 

moelle  épinière.  Lé  foie  contenait  du  sucre  en  petite 
quantité,  et  sâ  décoction  était  transparente  ;  il  n’y  avait 
par  conséquent  pas  de  matière  glycogène.  Le  densi- 
mètre  donna  t  degré. 

L’aütôpsie  montra  que  la  moelle  était  incomplètement 
coupée  et  seulement  cdntüsè  entre  lés  deuxième  et  hui¬ 
tième  vertèbres  dorsâlés,  âü  bas  de  la  régioü  CiliO-Spiüfle. 
L’ürihe  qu’on  trouva  dans  14  vessie  était  acide  èt  non 
sucrée.  •  ' 

En  comparant  cette  expenence  aux  section!  Sûtes 
plus  haut,  dans  la  région  cfervïéàle,  il  semblerait  que 
c’êSt  le  renflement  brachial  qui  exerce  surfont  son  in¬ 
fluence  sur  les  fonctions  du  foie.  Il  faudrait  également 
savoir  si  cës  résultats  auraient  lieu  quand  la  moelle  est 
détruite  plùVou  moins  complètement. 

2»  Sur  un  lapin  adulte  et  bien  portant,  on  piqualè  plan¬ 
cher  du  quatrième  ventricule  par  le  procédé  ordinaire. 
Après  une  heure  et  demie,  l’urine  dit  lapin  contenait 
beaucoup  de  sucre  sans  que  là  quantité  de  l’urine  fut  aug¬ 
mentée;  le  sang  de  la  veine  jugulaire  était  sucré. 

Alors  On  fît  la  section  de  la  moelle  épinière  à  fit  par¬ 
tie  inférieure  de  la  région  cervicale,  après  quoi  l’animal 
fut  paralysé  des  parties  situées  au-dessous  de  la  section. 
La  respiration  ne  se  faisait  plus  que  par  ie  diaphragme. 

Après  cette  opération ,  la  formation  de  l’uritte  fut 
complètement  arrêtée,  et  il  ne  fut  plus  possible  d'en 
retirer  de  la  vessie. 

Deux  heures  après  la  section  de  là  moelle,  on  sacri¬ 
fia  l’animal  :  son  sang  contenait  encore  du  sucre,  mais 
en  moindre  quantité .  Lé  foie  eu  renfermait  excessivement 


DD  QUATRIÈME  VENTRICULE:  443 

peu;  . niais  il  donnait  line  décoction  très  'opaline,  indice 
d’une  grande  quantité  de  matière  glycogène. 

“  L'autopsie  de  là  tête  montrà  ijue  la  piqûre  était  faite 
très  haut ,  au-dessus  des  tubercules  de  Wenzel,  ce  qui 
était  en  rapport  avec  la  ûon-aügmentatîon  de  l’urine. 

■  Cette  expérience  montre  donc  que  là  sëçjiôb  de  la 
moelle;  dans  là  région  indiquée,  a  arrêté  la  production 
de  l’urine  ;  qUe  le  Sucré  Semble  diminuer  dans  lë  foie , 
mais  que  la  matière  glycogène  y  existe  abondamment  : 
cè  qui  n’est  pas  le  cas  dés  lapins  qui  ont  été  rendus,  dia¬ 
bétiques  par  la  piqûre  de  la  moelle  allongée. 

IlseraitintéressâUtdëSàvoirsi,  dànscetteèircénstaneè; 
ilû’ya  pas  eu  formation  de  mâtièréglycogène  düeà  lasefe- 
tion  de  la  moelle.  Cela  nê  pourrait  se  juger  qtfën  faisant 
là  section  de  la  moelle  le  lendemain;  par  exemple, •  alors 
que  lé  diabète  a  disparu  et  que  la  matière  glycogène  se 
trouve  ordinairement  absente: 

3°  Stir  un  lapin  bien  portant,  on  coupa  la  moelle  épi¬ 
nière  à  la  partie  inférieure  dé  la  région  cervicale.  Après 
quoi;  on  retira  du  sang  dé  la  veine  jugulaire  ;  puis  on 
piqua  le  plancher  du  quatrième  ventricule.  L'animal 
étant  paralysé,  on  vida  la  vessie  de  l’ùrine  qu’éllè  con¬ 
tenait  et  on  laissa  l’animal  en  repos. 

Une  heure  et  demie  après;  on  saigna  de  nouveau  l’a¬ 
nimal  par  la  même  veine  ;  car  on  constata  qü’il  nê  s’était 
pas  formé  d’urine  dans  la  vessie  depuis  la  section  de  la 
moelle. 

En  examinant  les  deux  saignées,  on  trouva  du  sucre 
-dans  toutes  deux,  sans  qu’il  fut  possible  de  dire  qu’il  y 
en  eût  plus  dans  l’une  que  dans  l’antre: 


M  .  .  PIQURE  DU  PLANCHER 

Trois  heures  et  demie  après  la  section  de  la  moelle, 
l’animal  étant  toujours  dans  le  même  état,  on  retirade 
nouveau  du  sang  de  là  veine  jugulaire,  .et  l’on  constata 
qu’il  était  complètement  dépourvu  de  sucre.  '  j 

Dans  ce  moment,  la  température  de  l’animal  avait 
considérablement  baissé;  elle  était  de  23  degrés  dans 
le  rectum,  tandis  qu’avant  elle  était  de  38  degrés.,  Alors 
on  sacrifia  ce  lapin  par  hémorrhagie,  et  on  constata  de 
nouveau  dans  la  massedu  sang  qu’il  n’y  avait  pasdesucre. 
Le  foie  donna  une  décoction  très  opaline  qui  était  com¬ 
plètement  dépourvue  de  sucre.  On  constata,. en  outre, 
que  la  piqûre  avait  été  faite  dans  un  point  qui  devait 
donner  du  sucre  dans  l’urine,  et  que  la  moelle  épinière 
avait  été  bien  coupée. 

.  Il  résulterait  donc  de  cette  expérience,  que  la  sec¬ 
tion  de  la  moelle  arrête  l’effet  de  la  piqûre,  et  que, 
non-seulement  l’animal  ne  devient  pas  diabétique,  mais 
que  le  sucre  disparaît  de  son  sang.  Ce  qui  différencie,  cé 
cas  delà  disparition  du  sucre  par  suite  d’un  état  maladif, 
c’est  qu’ici  la  matière  glycogène  se  rencontre  dans  le 
foie  en  grande  quantité.  Cet  effet  est  d’autant  plus  re- 
marquableque  cette  matière  glycogène  peut  être  changée 
en  sucre  après lamortdel’animal.Ilsembleraitdoncque 
pendant  la  vie  l’action  de  la  moelle  empêche  lé  contact 
entre  cette  matière  et  le  ferment  qui  doit  la  transformer. 

h°  Sur  une  lapine  pleine,  on  fit  la  section  de  là  moelle 
immédiatement  au-dessus  du  renflement  brachial  L’ani¬ 
mal  paralysé  présenta  des  mouvements  réflexes  très 
violents  dans  le  train  postérieur,  sans  en  présenter  dans 
les  membres  antérieurs. 


DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  445 

Sept  heures  après  la  section  de  la  moelle,  l’animal 
était  refroidi ,  rendait  une  grande  quantité  d’excréments, 
et  remuait  continuellement  la  queue.  A  ce  moment  on  le 
sacrifia,  et  on  observa  ce  fait  que  le  cœur  battit  très  long¬ 
temps  après  la  mort.  Le  foie  donna  une  décoction  lai¬ 
teuse,  il  contenait  une  grande  quantité  de  matière  glyco¬ 
gène,  et  pas  sensiblement  de  sücte.  Cette  décoction 
donna  5  degrés  au  densimètre.  Le  lendemain,  on  fit  une 
décoction  avec  une  même  quantité  du  foie  abandonné  à 
lui-mème  :  cette  ,  nouvelle  décoction  était  à  peu  près 
transparente  et  la  quantité  du  Sucre  y  était  très  con¬ 
sidérable.  Toutefois  l’indication  du  densimètre  n’avait 
pas  sensiblement  varié. 

On  observa  un  autre  fait  assez  singulier  :  c’est  que 
la  première  décoction  du  foie,  celle  qui  ne  contenait 
pas  de  sucre,  mais  seulement  la  matière  glycogène, 
était  très  alcaline ,  tandis  qu’elle  devenait  acide  quand 
la  matière  se  changeait  en  sucre. 

Les  résultats  précédents  montrent  que  la  section  de 
la  moelle  amènè  des  modifications  profondesdans  les  phé¬ 
nomènes  chimiques  qui  s’accomplissent  dans  le  foie. 

5”  Sur  un  lapin,  on  coupa  la  moelle  épinière  tout  à  fait 
à  la  partie  inférieure  de  la  région  cervicale,  immédiate¬ 
ment  au-dessus  de  la  vertèbre  proéminente.  Les  oreilles 
s’échauffèrent  beaucoup.  Il  y  eut  des  mouvements  Té- 
flexes  très  forts  dans  le  train  postérieur,  et  l’animal 
exécutait  des  mouvements  avec  les  membres  antérieurs. 

Quatre  heures  après  l’opération,  on  tua  l’animal  par 
la  section  du  bulbe  rachidien,  et  On  observa  qu’au  mo¬ 
ment  de  la  mort  il  ÿ  avait  des  mouvements  violents  dans 


PIQURE  DU  PLANCHER 


m 

Je.trajn  postérieur  paralysé;  c'est  un  phénomène  qui 
s’observe  aussi  lorsqu’on  asphyxie  des  animaux  dont  la 
moelle  épinière  a  été  coupée  au  dos. 

Le  foie  .donna  une  décoction  excessivement  laiteuse, 
mais  contenant  encore  du  sucre. 

-  6°  Sur  un  cochoü  d’Inde  bien  portant,  la  moelle  épi¬ 
nière  fut  coupée  à  la  partie  inférieure  delà  région  cer¬ 
vicale.  Les  membres  antérieurs  étaient  encore  doués,  de 
mouvement;  tout  le  train  postérieur  était  paralysé.  Le 
lendemain,  ranimai  qui  était  vivace  courait  à  l’aide  de 
ses  membres,  antérieurs.  Il  avait  très  peu  mangé  depuis 
l’opératipn  et  fut  sacrifié  par  hémorrhagie..  v 

Le  foie  examiné  donna  une  décoction  laiteuse  alcaline, 
ne  contenant  pas  de  sucre.  Une  autre  portion  du  foie, 
crue,  abandonnée  à  elleTinême  jusqu’au  .lendemaiB; 
donna  une  décoction  moins  opaline,  acide  et  accusant 
la  présence  d’une  grande  quantité  de  sucre.-  c  Éjb 

7°Unautrecochond’Inde,  dont  la  moelle  épimèreayait 
été  coupée  vers  le  tiers  inférieur  de  la  région  cervicale, 
fut  paralysé, de  ses  quatre  membres.  L’animal,  aban¬ 
donné  à  lui-même,,  fut  trouvé  mort  le  leudemaiu.  U 
décoction  du  foie  était  limpide  et.très  sucrée.  Il  y  ayait 
donc  absence  de  matière  glycogène;  ce  qui  tenait  sans 
doute  à  ce.  qulelle  ;  avait  ,  été  changée  en  sucre,  après  la 
morille  l'animal.,  ; 

8‘  Un  autre  cochon  d’Inde  eut  la  .moelle  coupée 
au  niveau  d,e  la  deuxième  vertèbre  dorsale.  L’animal, 
paralysé  du  .train  postérieur,  marchait  avec  les  membres 
antérieurs.  Il  resta  vif  et  mangea  comme  à  l’ordinaire, 
Le  lendemain,  on.  le  tua  par  hémorrhagie  et  l’onesa- 


DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  447 

mina  son  foie  dont  la  décoction  alcaline  ne  contenait  pas 
de  sucre.  On  conserva  une  partie  du  foie  jusqu’au  len¬ 
demain  pour  savoir  si  le  sucre  .y  apparaîtrait,  et  on  con¬ 
stata  qu’il  n’y  en  avait  pas  plus  que  la' veillé. 

H  est  bien  intéressant,  si  ces  expériences  se  con¬ 
firment  ,  que  la  section  de  la  moelle  dans  la  région 
dorsale  arrête  la  production  de  sucre  dans  le  foie  alors 
même  que  l’animal  continue  à  manger.  Toutefois,  lors¬ 
qu’on  divise  la  moelle  épinière  à  là  partie  inférieure  de 
la  région  dorsale,  la  digestion  parait  pouvoir  se  faire, 
ainsi  que  nous  l’avons  vu  sur  un  chien  qui  continuait  à 
manger,  et  chez  lequel  la  séprétion  du  sucre  persistq.. 

9*  Sur  un  lapin  en  digestion,  bien  portant,  ayautseule- 
ment  subi,  quinze  jours  auparavant,  l’extirpation  d’un 
ganglion  Cervical  supérieur,  on  Coupa  la  moelle  éph- 
nière  vers  lè  niveau  de  la  première  vertèbre  lombaire, 
te  lapin  fut  paralysé  aussitôt  du .  train  postérieur.  On 
îüqûa’eUsuite  la  moelle  allongée.  Trois  heures  après  la 
piqûre,  le  lapin,  qui  était  resté  couché  sur  le  flanc,  donna 
de  l’urine  sucrée.  Quatre  heures  après,  cette  urine  était 
encore  plus  fortement  sucrée;  l’animâl  grelottant  était 
couché  sur  le  flanc;  il  donna  beaucoup  d’urine. 

Le  lendemain  12  novembre,  l’animal  fut  trouvé  mou¬ 
rant.  Cependant  son  sang  artériel  était  toujours  ru  Ut 
lant,  et  le  sang  veineux  dans  la  jugulaire  était  noir: 
L’urine  était  en  grande  quantité  dans  la  vessie  et  elle 
était  toujours  sucrée. 


Nous  continuons  aujourd’hui  le  sujet  qui  nous  a  occupés 
dans  la  leçon  précédente.  Il  nous  reste  à  vous  montrer 
que  toutes  les  lésions  de  la  moelle  allongée  ne  sont  pas 
toutes  également  susceptibles  de  produire  le  diabète;  que 
non-seulement  il  est  nécessaire  que  la  lésion  porte  sur 
un  certain  point,  mais  que  sa  nature  même  n’est  pas  in¬ 
différente,  que  les  cautérisations,  par  exemple,  ne  don¬ 
nent  pas  les  mêmes  effets. 

Exp.  (11  mars  1819).  —  Sur  un  lapin  de  taille 

en  écartant  simplement  les  muscles  de  la  nuque  sans  les 
couper  eu  travers.  On  perça  la  membrane.  :  il  sortit  du 
liquide  céphalo-rachidien  comme  à  l’ordinaire,  Alois 
on  porta  à  l’entrée  du  quatrième  ventricule,  avec  une 
pince  fine,  un  fragment  de  nitrate  d’argent  fondu,  gros 
comme  la  tète  d’une  épingle.  Aussitôt  le  lapin  s’agita, 
tourna  la  tête,  tomba  sur  le  flanc,  exécuta  quelques 
mouvements  convulsifs  et  mourut  environ  cinq  minutes 
après. 


A  l’autopsie,  ou  trouva  que  les  organes  abdominaux 
paraissaient  plus  congestionnés,  et  les  uretères  plus  rem¬ 
plis  d’urine.  L’examen  de  la  tête  montra  l’entrée  du 
quatrième  ventricule  profondément  cautérisée  ainsi  que 
la  partie  interne  des  pédoncules  cérébelleux. 

admettant  même  que  l’effet  habituel- des  lésions  du  plan¬ 
cher  du  quatrième  ventricule  eût  été  produit,  le  sucre 
n’aurait  pas  eu  le  temps  de  passer  dans  l’urine. 

Bxp.  (12  mars  1849).  —  Sur  un  lapin ,  on  mit  à  dé¬ 
couvert  l’entrée  du  quatrième  ventricule  et,  avec  un  fil 
de  fer  rougi  au  feu,  on  cautérisa  exactement  le  milieu 
de  la  face  inférieure  du  ventricule. 

D’abord,  tant  que  la  cautérisation  fut  superficielle, 
l’animal  ne  sentit  aucune  douleur,  mais,  en  approchant 
de  là  partie  inférieure  vers  le  bec  du  calamus  scriplo- 
rius,  il  y  eut  des  manifestations  de  douleur  très  évi¬ 
dentes.  L’animal,  après  cette  opération,  paraissait  para¬ 
lysé  de  tout  le  train  postérieur  ;  toutefois,  peu  à  peu,  il 
se  remit  sur  ses  pattes  et  marcha  en  tendant  toujours  à 
s’incliner  un  peu  du  côté  droit.  Les  yeux  étaient  cligno¬ 
tants,  les  pupilles  dilatées  ;  l’urine  était  acide  (parce  que 
l’animal  était  nourri  d’avoine)  et  ne  contenait  pas  de 
sucre  après  l’opération, 

Le  lendemain,  l’animal  était  toujours  vivant  et  ses 
urines  ne  contenaient  pas  de  sucre. 

Bxp.  (15  mars  1849). —  Sur  .un  lapin  nourri  d’herbes, 
ayant  les  urinesclaires  et  alcalines,  on  découvrit  l’entrée 
du.quatrième  -ventricule,  près  de  l’origine  des  pneumo¬ 
gastriques.  On  fit  autant  que  possible  la  cautérisation 


celte  cautérisation,  il  y  éut  une  paralysie  de  la  cin¬ 
quième  paire  du  côté  droit.  Après  cette  opération,  l’ani¬ 
mal  resta  sur  le  flanc.  Il  était  pris  parfois  de  tournoie¬ 
ment  ;  ou  put  obtenir  à  peiné  dë  l’urine  dont  l’excrétion 
paraissait  suspendue;  elle  ne  contenait  pas  de  sucré. 

Cinq  ou  six  heures  après,  l’animai  se  refroidit,  il 
tournait  de  temps  en  temps  et  salivait  beaucoup.  " 

Le  lendemain,  dix-huit  heures  après  l’opération,  l'a¬ 
nimal  fut  trouvé  mort  et  froid.  11  y  avait  un  épanche¬ 
ment  séro-sanguinolent  dans  les  ventricules  latéraux; 
ôn  constata  que  la  partie  cautérisée  était  située  un  peu 
au-dessous  de  l’origine  des  pneumo-gàstriques,  et  que  fi 
cautérisation  avait  atteint  en  même  temps  le  pédoncule 
cérébelleux  droit.  Les  poumons  étaient  engoués  êt  mar¬ 
brés  en  noir  par  du  sang.  Le'foiè  était  friable,  son  tissu 
broyé  donna  une  décoction  claire  qui  ne  renfermait  au¬ 
cune  trace  de  sucre. 

Sur  un  autre  lapin,  ori  découvrit  également  l’entrée 
du  quatrième  ventricule  èt'Ob  cautérisa  avec  un'fil'de 
fer  rougi  au  feu,  appliqué  sur  le  plancher  du  ventricule, 
et  autant  que  possible  sur  la  ligné  ittédranè.  ’ 

Après  l’opération,  l’animal  tomba  sur  le  flanc  et  de¬ 
meura  anéanti.  La  cinquième  paire  n’était  paralysée  ni 
d’un  côté  ni  de  l’autre. 

L’urine,  claire  et  alcaline  avant  l’opération,  ne  con¬ 
tenait  pas  de  sucre.  Après  l’opération,  l’excrétion Uri¬ 
naire  parut  suspendue,  et  on  put  à  peine  retirer  quel¬ 
ques  gouttes  d’urine  qui  n’était  pas  modifiée  dansa 
composition  et  ne  renfermait  pas  de  sucre. 


QUATRE 


IÈME  VENTRICULE.  451 

Cinq  ou  six  heures  après  la  cautérisation ,  l’animal 
s’affaissa  de  pius  en  plus  et  sa  température  baissa;  le 
lendemain  on  le  trouva  mort  et  raide. 

On  vit,  à  l’autopsie,  que  le  point  cautérisé  répondait 
exactement  à-  la  partie  moyenne  du  quatrième  ventri- 
cttlè,  au  niveaümême  de  l’origine  des  vagues  et  descen¬ 
dait  un  peu  au-dessous. 

La  décoction  du  foie  broyé  était  à  peu  près  claire  et 
ne  donnait  que  des  traces  de  sucre.  On  trouva  dans  l’es¬ 
tomac  des  pommes  de  terre  et  énormément  de  glycose, 
qui  peut-être  était  la  cause  de  la  présence  du  sucre  dans 
lé  tissu  du  foie.  En  effet,  lorsque  le  foie  ne  fait  plus  dé 
sucre,  sa  décoction  est  généralement  claire,  ët. le  sucre' 
qü’il  contient  provient  ou  de  la  transformation  de  la  ma¬ 
tière  glycogène  préexistante,  ou  bien,  comme  ici,  de 
l’imbibition  ou  de  l’absorption  du  sucre  contenu  dans 
l’estomac  ou  dans  les  voies  digestives.  Le  cœuravait  toutes 
ses  cavités  pleines  d’un  sang  noir,  mal  eailleboté,  qui  se 
coagula  ensuite  plus  complètement  dans  un  verre. 

La  vessie  était  absolument  vide. 

Ëxp.  (14  mars  1849).  —Sur  un  lapin,  dont  l’entrée 
duqüatrième  ventricule  avait  été  mise  à  découvert  par 
la  section  de  la  membrane  oecipito-atloïdienne ,  on 
divisa,  avec  la  pointe  dè  ciseaux  très  fins,  lès  deux  corps 
restiformes  près  du  calamus  scriptorius. 

Aussitôt  après  l’opération,  l’animal  ne  parut  pas  s’en 
apercevoir;  il  marchait  bien,  sans  chanceler.  Mais  envi¬ 
ron  dix  minutes  après,  l’animal  tomba  dans  un  col- 
lapsus  complet;  il  était  affaissé,  mou,  ne  pouvait  plus 
marcher,  respirait  lentement  et  avecbeaucoup  de  peine. 


452  LÉSIONS  DO  PLANCHER 

La  sensibilité  des  membres  postérieurs  persistait  encore, 

ment  de  sensibilité  réflexe.  L’animal  refroidi  resta 
dans  ce  collapsus  complet ,  jusqu’à  la  mort.  Il  çe 
rendit  pas  d’urine;  l’excrétion  urinaire  parut  arrêtée 
pendant  les  six  ou  sept  heures  que  l’animal  vécut. 
On  obtint  seulement,  deux  ou  trois  heures  après  l’opéra-  - 
tion,  quelques  gouttes  d’urine  qui  ne  contenaient  pas  de 

A  l’autopsie,  l’appareil  digestif  offrait  seulement  à 
noter  un  fait  déjà  observé  sur  d’autres  lapins  :  c’est  que. 
le  suc  intestinal  devenait  visqueux  par  la  potasse.  On - 
retira  du  ventricule  droit  du  sang  noir  et  mal  coagulé. 
La  vessie  était  vide;  quelques  gouttes  d’urine  en  furent 
extraites  et  ne  réduisirent  pas  le  liquide  cupro-potassique.; 

L’examen  de  la  tète  montra^  un  peu  d’épanchement 
séro-sanguinolent  dans  les  ventricules;  La  lésion  avait 
porté  près  du  calamus  scriptorius  des  deux  côtés,  en  com¬ 
prenant  les  deux  espèces  de  bandelettes  nerveuses  qui 
le  bordent.  Elle  siégeait  par  conséquent  assez  loin,  de 
l’origine  des  pneumogastriques,  origine'qui  se  trouve  à 
peu  près  au  niveau  du  bord  inférieur  du  vernis. 

Le  foie  avait  sa  couleur  ordinaire;  il  était  friable, 
et  sa  décoction,  très  opaline,  contenait  énormément  de 

En  résumé ,  chez  ce  lapin ,  la  lésion  des  corps  resti- 
formes  n’a  pas  donné  lieu  au  diabète;  il  semble,  au 
contraire,  y  avoir  eu  suspension  de  l’excrétion  urinaire. 
Cette  lésion  a  produit,  du  reste,  un  affaiblissement  con¬ 
sidérable  et  une  mort  assez  rapide. 


DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  453 

Messieurs,  il  était  naturel,  après  avoir  constaté  que  la 
blessure  du  plancher  du  quatrième  ventricule  produisait 
le  diabète,  de  rechercher  le  mécanisme  par  lequel  il 
s’opère.  Nous  avions  pensé,  dans  nos  premières  expé¬ 
riences  (èt  cette  idée  nous  avait  même  conduit  à  les 
pratiquer),  que  l’irritation  produite  à  l’origine  des 
vagues  était-  conduite  par  le  pneumo-gastrique  jusqu’au 
foie;  mais,  en  cherchant  à  vérifier  cette  supposition  par 
l’expérience,  vous  savez  qu’il  nous  a  été  facile  de  voir 
qu’il  n’en  était  pas  ainsi,  et  que  c’était  par  la  moelle 
épinière  que  devait  se  transmettre  l’action  de  la  partie 
irritée  sur  l’organe  excité.  Nous  allons  vous  fournir  ici 
de  nouvelles  preuves  de  ce  fait  important. 

-  Exj>.  (12  mai!  849):— Un  lapin,  nourri  à  la  luzerne, 
fut  piqué  au  plancher  du  quatrième  ventricule,  en  tra¬ 
versant  le  cervelet.  Il  y  eût  d’abord  désordre  des  mouve¬ 
ments  :  les  pattes  antérieures  étant  écartées,  lë  poitrail 
de  l’animal  portant  sur  le  sol  et  son  train  postérieur  res¬ 
tant  élevé. 

Avant  l’expérience,  les  urines  étaient  troubles,  blan¬ 
châtres  et  alcalines,  et  elles  conservèrent  ces  caractères 
pendant  trois  heures  que  dura  la  glycosurie  d’une 
façon  prononcée.  Six  heures  après,  l’animal  était  réta¬ 
bli;  il  mangeait  comme  à  l’ordinaire,  et  ses  urines  ne 
contenaient  plus  de  shcre. 

Quatre  jours  après ,  l’animal  étant  bien  portant ,  je 
réséquai  les  deux  vagues  dans  la  région  ducou,  en  ména¬ 
geant  les  filets  cervicaux  du  grand  sympathique;  puis 
je  piquai  l’animal  au  plancher  du  quatrième  ventri¬ 
cule.  Cette  piqûre  produisit  d’abord  un  peu  d’affaiblisse- 


454 


ment  passager  dans  les  mouvements  des  membres  anté- 

Trois  heures  après  la  piqûre,  on  trouva  seulement  des 
traces  de  sucre  dans  l’urine. 

Le  lendemain  l’animal  était  mort  ,  présentant  les 
phénomènes  ordinaires  de  la  section  des  vagues;  ses 
poumons  étaient  ecchymosés;  son  foie,  nè  contenait  pas 
de  sucre. 

A  l’autopsie  de  la  tête,  on  trouvâtes  deux  piqûres: 
la  première  piqûre,  qui  avait  donné  beaucoup  desucre, 
était  cependant  située  au-dessous  de  l’origine  des 
vagues,  mais  probablement  oblique  en  haut. 

Eœp.  (14  mai  1849).  —  Sur  un  lapin  de  taille 
moyenne,  mangeant  de  la  luzerne,  ayant  des  urines 
troubles,  blanchâtres  et  alcalines,  on  fit  une  piqûre  du 
plancher  du  quatrième  ventricule,  après  avoir  coupé  les 
deux  vagues  et  les  filets  sympathiques.  Après  l’opé¬ 
ration,  les  urines  restèrent  troubles  et  alcalines,  et  le 
lapin  pissa  du  sucre.  Néanmoins  il  sembla  en  rendre 
une  moins  grande  quantité  qu’un  autre  lapin,  chez 
lequel  les  nerfs  vagues  n’avaient  pas  été  coupés. 

Le  lendemain,  l’animal  était  mort.  Son  foie  conte¬ 
nait  beaucoup  de  sucre ,  et  donnait  une  décoction 

Un  autre  lapin,  dans  les  mêmes  conditions,  eut 
préalablement  les  deux  filets  cervicaux  du  grand  sym¬ 
pathique  coupés,  et  les  vagues  divisées,  Le  lapin  piqué, 
après  cette  section  des  nerfs,  a  pissé  beaucoup  de  Sucre, 
les  urinés  restant  troubles  et  alcalines, 


AVEC  PIQURE  DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  455 

ainsi  qu’on  l’a  constaté  pendantque  l’animal  rendait  du 

H  reste  prouvé,  d’après  les  expériences,  que  la  sec¬ 
tion  des  nerfs  vague  et  grand  sympathique  n’empêchent 
pas  la  glycosurie  après  la  piqûre  du  plancher  du  qua¬ 
trième  ventricule,  .  - 

Ecop.  (8  avril  1850)..—  Sur  un  lapin  adulte,  vigou¬ 
reux,  on  piqua,  par  l’occipital  le  plancher  du  quatrième 
ventricule,  et  l’animal  fit  un  mouvement  qui  donna  à 
la  plaie  plus  d’étendue.  Aussitôt  après,  l’animal  tomba 
comme  en  syncope;  puis  il  revint  peu  à  peu ,  et  resta 
couché  sur  le  flanc  avec  la  narine  paralysée  d’un  côté.  . 

Avant  l’opération,  les  urines,  troubles  et  alcalines, 
ne.  contenaient  pas  de  sucre.  Deux  heures  et  demie 
après,  elles  en  renfermaient  beaucoup.  Les  urines 
étaient  devenues  limpides,  mais  elles  étaient  restées  alca¬ 
lines.  Le  lapin  était  toujours  resté  sur  le  flanc,  grelottant,  - 
le  poil  hérissé,  comme  cela  arrive  le  plus  souvent. 

L’urine  dosée  renfermait  5  pour  100  de  sucre. 

La  température,  dans  le  rectum,  était  de  36". 

A  ce  moment,  on.  coupa  les  deux  vagues  au  lapin 
dans  la  région  du  cou.  Les  respirations,  déjà  ralenties, 
ne  le  furent  pas  beaucoup  par  i’opération  ;  seulement 
l’animal  fit  entendre  le  rhonchus  caractéristique  à  la 
suite  de  la  section  des  nerfs. 

Une  heure  après  Ja  section  des  vagues,  l’urine,  claire 
et  alcaline,  contenait  toujours  beaucoup  de  sucre.  Dosée, 
on  trouva  qu’elle  en.  renfermait  6  pour  100. 

Trois  heures  environ  après  l’opération ,  l’urine  con¬ 
tenait  toujours  diï  sucre. 


La  température,  dans  le  rectum,  était  de  3S-. 

Alors  on  tua  l’animal  par  hémorrhagie,  et  on  lit 
l’autopsie. 

Le  foie  pesait  66  grammes.  Le  lapin  pesait  lt,550sr. 
Le  tissu  du  foie,  broyé  et  épuisé  par  J’ê'au  à  chaud, , 
donna  112  centimètres  cubes  d’un  liquide  qui  donna 
0B',95  de  sucre  pour  le  contenu  du  foie,  ce  qui  fait 
1,44  pour  100. 

Exp.  (9  avril  1850).  —  Un  lapin,  nourri  de  choux, 
fut  piqué  par  le  procédé  ordinaire.  Aussitôt  l’anima 
devint  flasque  dans  tous  ses  membres  et  tomba  en 
syncope.  Peu  à  peu  il  revint,  se  releva;  la  respiration 
était  accélérée,  mais  il  se  tenait  bien  sur  ses  quatre  pattes, 
seulement  avec  une  propension  à  aller  toujours,  en 
avant.  Au  bout  d’environ  deux  heures  seulement,  le 
lapin  fut  pris  de  frisson,  resta  dans  un  coin ,  les  poils 
hérissés,  et  à  ce  moment  son  urine  contenait  beaucoup 
de  sucre.  Mais  plus  tard,  après  une  heure  ou  deux,  le 

plus  de  sucre. 

Exp.  (dp  avril  1650).  —  Sur  un  gros  lapin,  on 
coupa  les  deux  pneumo-gastriques  dans  la  région 
moyenne  du  cou,  et  l’on  piqua  directement  le  plancher 
du  quatrième  ventricule.  Au  mcpent  de  la  piqûre, 
l’animal  fît  un  mouvement  brusque  qui  fit  dévier  l’in¬ 
strument.  Le  facial  semblait  paralysé  du  côté  gauche, 
à  la  suite  de  cette  piqûre.  L’animal  resta  sur  lé  flanc. 

L’urine  était  trouble,  alcaline,  avant  l’opération.  Trois 
quarts  d’heure  après  la  piqûre,  elle  contenait  des  traces 


AVEC  PIQUEE  DD  QUATRIÈME  VENTRICULE.  457 
heures,  quatre  heures  après,  elle  renfermait  beaucoup 
de  sucré.  Le  lapin  était  toujours  dans  le  même  état , 
couché  sur  le  flanc  et  faisant  entendre  un  rhonchus  con¬ 
sidérable.  La  respiration  paraissait  difficile  ;  elle  était 
profonde,  quoique  assez  rapide. 

J  Cinq  heures  après  la  piqûre,  l’animal  fut  tué  par 
hémorrhagie.  Son  sang,  qui  se  coagula  rapidement, 
donna  un  sérum  très  sucré.  Le  foie  fut  examiné  le  len¬ 
demain  de  la  mort  ;  il  pesait  74  grammes,  lelapin  pesant 
2‘,050. 

Le  foie,  broyé  et  cuit,  donna  une  décoction  très  opa¬ 
line,  contenant  beaucoup  de  sucre  ;  le  dosage  en  indi¬ 
qua  3,1  pour  100. 

L’autopsie  de  la  tête  montra  que  la  piqûre  était  bien 

Eœp.  (11  avril  1850).  —  Sur  un  lapin  fort  et  vigou¬ 
reux,  on  piqua  le  cervelet.  L’animal  n’ayant  pas  remué, 
la  piqûre  fut  très  nette.  Après  l’opération,  le  lapin  né 
chancela  pas  du  tout  et  n’eut  pas  de  lésion  apparente  des 
mouvements;  cependant,  quelque  temps  après, l’animal 
se  blottit  dans  un  coin.  H  prit  une  espèce  de  frisson; 
ses  poils  se  hérissèrent,  et  une  heure  après  l’urine  con¬ 
tenait  très  évidemment  dn  sucré,  quoiqu’en  petite  quan¬ 
tité.  Le  lapin  reprit  bientôt  sés  allures,  et  le  sucre 
disparut  de  ses  Urines;  dè  sorte  que  le  diabète  a  été, 
dans  ce  cas,  excessivement  fugace,  fl  a  duré  une  demi- 
heure  environ,  sans  doute  parce  que  la  piqûre  avait  été 
légère. 

Le  lendemain  12  avril,  sur  le  même  lapin,  très  bien 
revenu  de  son  opération  de  la  veille,  je  coupai  la  moelle 


épinière  à  la  partie  inférieure  de  la  région  cervicale.  Il 
y  eut  aussitôt  paralysie  de  tout  le  train  postérieur;  les 
respirations  ne  se  firent  plus  que  par  le  diaphragme. 

Alors  on  piqua  le  plancher  du  quatrième  ventricule 
par  le  procédé  ordinaire.  Auparavant,  l’ufine  ne  conte, 
naît  pas  de  sucre  ;  une  heure  après  la  piqûre,  l’urjne 
recueillie  ne  contenait  pas  de  sucre  non  plus.  On  essaya 
ensuite,  à  différentes  reprises,  de.  faire  uriner  le  lapin, 
et  il  fut  impossible  d’avoir,  aucune,  trace  d’urine.  Le 
lapin  présentait  tous  les  caractères  qui  accompagnent  la 
piqûre;  il  était  tremblotant,  couché  sur  le  flanc.  Lors¬ 
qu’on  essayait  de  le  faire  pisser,  la  compression  de  la 
vessie  produisait  des  mouvements  réflexes  très  violents 
dans  les  membres  postérieurs.  Le  lendemain  l’animal 
était  mort. 

Son  foie  donna  une  décoction  opaline,  qui  contenait 
beaucoup  de  sucre  :  le  dosage  en  indiqua  une  propor¬ 
tion  de  3  pour  100  environ. 

En  résumé,  on  n’a  pu,  dans  cette  expérience,  savoir 
si  l’urine  contenait  du  sucre;  il  a  été  impossible  d’en 
extraire,  de  sorte  que  la  section  de  le  moelle  semblerait 
arrêter  la  formation  de  l’urine. 

Eæp.  (28  mars  1849).  —  Ün  gros  lapin  fut  piqué  sur 
le  plancher  du  quatrième  ventricule  à  travers  la  menb 
hrane  occipito-atloïdienne,  mise  à  nu.  La  piqûre  s’égara 
trop  en  avant,  par  suite  d’un  mouvement  de  l’aniniaL. 
Aussitôt  le  lapin  se  raidit,  tomba  sur  le  flancyles  yeux 
firent  saillie  hors  de  l’orbite,  et  l’animal  parut  aveuglé,: 
Les  mouvements  respiratoires  furent  d’abord  très  accé¬ 
lérés.  L’animal  était  en  digestion  de  carottes;  ses  urines 


AVEC  PIQUEE  DU  QUATRIÈME  VENTRICULE.  159 

étaient  troubles  et'ajcalines.  La  piqûre  fut  faite  à  huit 
heures  et  demie  ;  on  revint  à  onze  heures  et  demie  :  le 
lapin  venait  d’expirer.'  La  vessie  contenait  une  grande 
quantité  d’urine  acide,  ne  renfermant  pas  de  sucre. 

A  l’autopsie,-  <3n  trouva  dans  la  tête  que  la  piqûreavait 
porté  au  milieu  des  tubercules  quadrijumeaux. 

Le  foie  présentait  une  coloration  noirâtre,  et  son  tissu, 
bouilli  avec  de  l’eau,  donnait  une  décoction  claire  qui 
ne  contenait  pas  de  sucre.  Les  poumons  étaient  sains:  le 
.coeur  était  rempli  d’un  sang  noir  dans  toutes  ses  cavités. 

Sur  plusieurs  lapins,  après  avoir  fait  la  section  du 
pédoncule  cérébelleux,  de  façon  à  produire  la  rotation 
qui  en  est  la  conséquence,  j’ai  observé  qu’il  survenait  au 
bout  de  quelque  temps  (deux,  trois  ,  quatre,  ou  cinq 
heures  après)  une  modification  telle  dans  l’urine ,  que 
celle-ci  étant  avant  l’opération  trouble,  alcaline,  dépour¬ 
vue  de  sucre  et  d’albumine,  devenait  par  suite  claire, 
neutre,  puis  acide  avec  présence  de  sucre  et  d’albumine. 

J’ai  voulu  faire  des  expériences  pour  vérifier  de  nou¬ 
veau  ces  faits. 

Exp.  (3  mars  1849).  —  On  piqua  en  arrière  le  pé¬ 
doncule  cérébelleux  chez  un  lapin  de  taille  moyenne.  On 
ne  put  pas  avant  l’opération  lui  prendre  d’urine  ;  mais  un 
autre  lapin ,  nourri  de  même,  avait  les  urines  alcalines. 
Ce  qui  fait  penser  qu’elles  devaient  être  alcalines  chez 
le  lapin  en  expérience. 

Aussitôt  après  la  piqûre  l’animal  se  mit  à  tourner  sur 
son  axe  du  même  côté.  Une  heure  après  l’opération , 
on  retira  facilement  de  l’urine  de  la  vessie  (les  piqûres 
produisent  un  relâchement  qui  rend  toujours  l’émission 


460  LÉSIONS  DU  PLANCHES 

de  l’urine  plus  facile).  Cette  urine  étaij  acide,  limpide  et 
dé  couleur  ambrée  ;  elle  ne  donna  pas  de  trace  de  sucre 
par  le  tartrate  cupro-pôtassiqùé.  Deux  heures  après, 
mêmes  caractères  et  traces  de  sucre.  Cinq  heures  après 
la  piqûre  du  pédoncule,  l’urine  retirée  de  la  vessie  était 
claire,  limpide,  acide,  et  donnait  des  quantités  consi¬ 
dérables  de  sucre;  par  l’acide  azotique,  il  n’y  avait  pas 
de  précipité  dans  l’urine.  Par  la  chaleur,  il  y  avait  un 
peu  d’opalescence  qui  disparaissait  avec  légère  efferves¬ 
cence  par  l’addition  d’un  peu  d’acide  azotique.  La  res¬ 
piration  de  l’animal  était  saccadée,  et  sa  température 
avait  évidemment  baissé. 

Le  lendemain  l’animal  était  mort,  on  fit  son  autopsie. 
On  ne  rencontra  rien  de  particulier  dans  ses  organes. 
La  bile  était  rougeâtre  et  contenait  évidemment  du 
sucre.  L’estomac,  rempli  de  carottes  et  d’herbes,  Offrait 
une  réaction  acide,  tandis  que  l’intestin  grêle  présentait 
une  réaction  alcaline. 

On  retira  de  la  vessie  de  l’urine  qui  était  opaline,  jau¬ 
nâtre  et  très  nettement  alcaline.  Par  l’acide  nitrique, 
de  même  que  par  la  chaleur,  elle  donnait  lieu  à  une  coa^ 
gulation  évidente  qui  paraissait  être  de  l’albumine:  EUe 
réduisait  considérablement  lé  liquidecuproipotassiqué, 
et  fermentait  très  activement  avec  lalevûrede  bièfe.Le 
tissu  du  foie  cuit  donna  une  décoction  très  opaline  qui 
contenait  beaucoup  de  sucre.  Les  vésicules  séminales 
étaient  remplies  d’un  liquide  limpide  très  alcalin,  rédui¬ 
sant  abondamment  le  liquide  cupro-potassique.  ■  ' 


461 


l’eau  ,  la  décoction  contenait  évidemment  du  sucre. 

L’autopsie  de  la  tête  de  l’animal  montra  que  la  bles¬ 
sure  avait  été  faite  un  peu  en  arrière  du  pédoncule 
cérébelleux. 

Exp.  (octobre  1849).  —  J’ai  piqué  sur  le  cervelet  au- 
dessus  du  vague,  comme  pour  les  mammifères,  chez  un 
pigeon  encore  jeune  et  ne  mangeant  passeul.  Le  pigeon 
manifesta  d’abord  quelques  désordres  dans  les  mouve¬ 
ments.  Chose  curieuse,  la  digestion  s’arrêta  compléte- 

A  l’autopsie,  le  foie  contenait  du  sucre  et  donnait  une 
décoction  à  peine  louche. 

Sur  un  second  pigeon ,  à  la  suite  de  la  même  piqûre, 
il  ne  se  manifesta  pas  de  sucre  dans  les  excréments, 
mais  la  digestion  fut  encore,  complètement  arrêtée  en 
ce  sens  que  le  jabot  qui  était  plein  de  graines  resta  dans 
le  même  état  jusqu’à  la  mort,  qui  eut  lieu  quatre  jours 
après. 


A  l’autopsie,  on  trouva  que  les  graines  contenues 
dans  le  jabot  étaient  excessivement  sèches.  Les  intestins 


chez  les  .mammifères ,  mais  qu’il  existe  un  phénomène 


singulier  qui  consiste  dans  l’arrêt  de  la  digestion. 

Exp.  (13  février  1850).  —  Sur  un  jeune  lapin  on  fit 
une  piqûre  aussi  exactement  que  possible  sur  la  ligne 
médiane,  et  on  maintint  quelques  secondes  l’instrument 
dans  la  plaie.  A  l’instant  même  le  lapin  fut  comme 


462  PIQURE  DE  LA  MOELLE  ALLONGÉE. 

anéanti  ;  il  était  fiasque,  immobile,  ne  respirait  plus  ;  la 
conjonctive  était  insensible;  cependant  là  cornée  n’avait 
pas  la  teinte  terne  qu’elle  prend  après  la  mort.  On  fit 
alors  quelques  insufflations  pulmonaires.  Auboutd’üne 
demi-minute  environ  de  cet  anéantissement,  les  muscles 
du  lapin  se  raidirent,  et  ces  sortes  de  convulsions  du¬ 
rèrent  pendant  une  minute  environ  :  elles  n’existaient 
que  dans  les  membres  postérieurs,  tandis  que  les  membres 
antérieurs  étaient  immobiles,  écartés,  et  ne  pouvant  pas 
supporter  l’animal.  Peu  à  peu  le  lapin  se  releva,  d’abord 
en  chancelant,  puis  ensuite  plus  solidement  :  il  se  mit 
dans  un  coin ,  resta  calme,  le  poil  hérissé,  comme  sont 
les  animaux  piqués  pendant  la  période  diabétique.  Au 
bout  d’une  demi-heure  au  plus  de  cet  état,  l’animal 
reprit  le  poil  luisant,  redevint  parfaitement  gai ,  et  se 
mit  à  manger. 

Cette  expérience  prouve  que  lorsqu’on  blesse  des 
parties  très  importantes  à  la  vie,  comme  la  moelle  al¬ 
longée,  par  exemple,  on  peut  apporter  dans  la  partie 
un  trouble  qui  cause  la  mort,  indépendamment  de  la 
lésion  anatomique  qui  a  été  produite.  Ici,  en  effet,  le 
lapin  était  mort  et  ne  serait  pas  revenu  sans  la  respiration 
artificielle  ;  mais  une  fois  les  fonctions  rétablies,  l’animal 
s’est  comporté  absolument  comme  s’il  n’avait  pas  eu  de 
piqûre,  ce  qui  prouve  que  celle-ci,  en  tant  que  lésion 
n’était  pas  susceptible  de  gêner  beaucoup 
3t  dé  produire  la  mort  par  elle-même. 


VINGT-QUATRIÈME  LEÇON. 


Les  phénomènes  que  nous  ayons  vu  précédemment 
se  produire  chez  des  lapins  peuvent  aussi  s’observer 
chez  les  grenouilles.  Nous  avons  étendu  ces  obser¬ 
vations  à  des  phénomènes  moteurs  ou  sensitifs  de 
la  vie  extérieure.  Nous  allons  aujourd’hui  continuer 
à  appeler  surtout  votre  attention  sur  ce  qui  se  passe  dans 
les  organes  intérieurs  et  spécialement  sur  la  fonction 
glycogénique.  Une  Semblable  étude  peut  aussi  se  faire 
sur  dés  grenouilles,  car,  récemment  Schifif  a  fait  ces 
expériences,  qui  sont  faciles.  On  arrivé  immédiatement 
sur  la  moelle  allongée  :  on  la  pique,  et  la  grenouille  de¬ 
vient  diabétique  comme  les  lapins.  L’excrétion  Urinaire 
est  plus  abondante,  mais  ii  faut  néanmoins  poùr  obtenir 
une  quantité  d’urine  suffisante  pour  les  essais,  opérer 
sur  plusieurs  grenouilles.  Après  la  piqûre  les  lapins  de- 

cessent  alors  chez  eux  ainsi  que  nous  l’avons  vu.  Chez 


464  DIABÈTE  CHEZ  LES  GBENOOUXES. 

les  grenouilles,  qui  sont  bien  moins  affectées  par  cette 
lésion  que  les  animaux  à  sang  chaud,  on  peut  analyser 
■plus  exactement  les  différentes  parties  de  l’observation 
du  phénomène. 

On  a  par  exemple  piqué  douze  grenouilles.  Chez  six 
d’entre  elles,  les  vaisseaux  du  foie  avaient  été  liés.  Chez 
les  six  autres  dont  les  vaisseaux  n’avaient  pas  été  liés  on 
trouva  au  bout  de  deux  ou  trois  heures  du  sucre  dans 
les  urines  ;  on  n’en  rencontrait  pas  chez  les  autres.  On 
défît  alors  les  ligatures,  et,  au  bout  de  deux  ou  trois 
heures,  on  trouva  que  ces  grenouilles  étaient  aussi  de¬ 
venues  diabétiques,  ce  qui  prouve  évidemment  que  l’on 
avait  empêché  la  production  du  diabète  en  arrêtant  la 
circulation  dans  le  foie  et  que,  en  rétablissant  ensuite  le 
passage  du  sang,  les  symptômes  du  diabète  s’étaient 
montrés. 

Ces  observations  m’amènent  à  vous  parler  de  la  ma¬ 
nière  dont  on  doit  comprendre  l’action  des  nerfs,  lors¬ 
qu’elle  intervient  daus  les  phénomènes  chimiques  de 
la  vie,  et  par  exemple,  dans  la  production  du  diabète. 

On  ne  saurait  admettre  que  les  nerfs  exercent  sur  les 
phénomènes  chimiques  de  l’organisme  une  action  dh 
recte  ;  ilsne  les  modifient  qu’indireetement,  en  vertu  de 
leur  influence  sur  les  agents  mécaniques  de  l’organe  sé¬ 
créteur,  ou  des  organes  circulatoires  qui  s’y  distribuent. 

Ët  ici  j’insiste  sur  ce  point,  parce  que  le  mécanisme 
des  sécrétions  est  généralement  mal  compris,  et  qu’à  cet 
égard,  il  règne  dans  la  science  les  opinions  les plus.pqn- 
traires  à  la  saine  intelligence  de  ces  phénomènes  impor- 


Les  chimistes  voient  généralement  dans  la  sécrétion 
un  dédoublement  direct  du  sang,  une  séparation  des 
éléments  immédiats  de  ce  liquide,  tel  qu’on  pourrait  se  le 
représenter  par  une  équation  entre  le  saog  qui  pénètre 
dans  la  glande  d’nne  part,  et  le  sang  qui  en  sort,  ajouté 
au  produit  de  sécrétion,  d’autre  part.  Toutes  les  théories 
qui  ont  été  proposées  pour  expliquer  la  formation  du 
sucre  dans  l’organisme  animal  sont  toutes  conçues 
dans  le  même  esprit  :  Schmidt  voit  dans  la  produc¬ 
tion  du  sucre  un  dédoublement  de  la  matière  grasse 


du  sang,  un  acide  gras  et  un  radical  sucré  analogue 
à  la  glycérine.  Frerichs  admet  que  le  sang  de  la  veine 
porté  se  dédouble,  que  l’un  des  produits  de  ce  dédou¬ 
blement  est  le  sucre  ;  quant  à  l’autre,  il  pense  que  c’est 
l’urée,  afin  d’utiliser  l’azote.  Lehmann,  qui  a  constaté 
dans  le  foie  une  diminution  de  la  fibrine  et  de  l’albu¬ 
mine,  admet  que  le  sucre  naît  du  dédoublement  de  ces 
substances,  dont  l’azote  serait  employé  dans  la  formation 
de  la  bile.  Toutes  ces  théories,  ainsi  que  vous  le  voyez, 
font  servir  directement  le  sang  à  la  composition  du 
produit  de  sécrétion. 

Berzélius,  qui  comprenait  la  différence  qui  peut 
exister  entre  les  phénomènes  chimiques  et  les  phéno¬ 
mènes  physiologiques,  disait  que  les  considérations  hypo¬ 
thétiques  n’appartenaient  qu’à  une  physiologie  de  pro¬ 
babilités  ,  ce  qui  veut  dire  que,  de  ce  qu’une  chose 
pourrait  se  passer  d’une  certaine  manière,  il  ne  s’ensuit 
pas  qu’elle  se  passe  réellementainsi,  et  que  quelque  pro¬ 
bable  que  soit  une  hypothèse,  il  faut  toujours  en  cher¬ 
cher  la  vérification  expérimentale. 


166  'PRÉEXISTENCE  d’üNE  MATIÈRE 

Les  idées  théoriques  sur  les  sécrétions  rappelées  plus 
haut,  sont  celles  avec  lesquelles  j’entrepris  mes  pre¬ 
mières  recherches  sur  la  sécrétion  sucrée  du  foie.  Mais 
bientôt  je  dus  reconnaître  qu’elles  n’étaient  point  en 
rapport  avec  les  faits  . 

J’ai  trouvé,  en  effet,  que  si  on  enlève  le  foie  chez  un 
animal,  etsi  onl’examine,  il  contient  du  sucre.  Si  vingt- 
quatre  heures,  après  on  l’analyse  de  nouveau,  il  en 
contient  bien  davantage.  Nous  savons  aussi  qu’en  cou¬ 
pant  la  moelle  à  un  lapin  à  une  certaine  hauteur,  le 
sucre  disparait  de  son  foie,  mais  qu’il  y  reste  une  ma¬ 
tière  qui  peut  se  changer.en  sucre. 

Ces  faits  montrent  jusqu’à  l’évidence  que  le  sucre  qui 
se  produit  dans  le  foie  n’y  est  pas  abandonné  immédia¬ 
tement  parle  sang  qui  traverse  l’organe.  D’autres  ex¬ 
périences,  enfin,  qiij  ont  été  rapportées  ici,  m'offraient 
des  résultats  incompréhensibles  par  un  dédoublement 
du  sang.  La  théorie  ancienne  devait  donc  être  aban- 

Je  vous  ferai  grâce  de  tous  les  tâtonnements  par  les¬ 
quels  il  m’a  fallu  passer  pour  arriver  à  la  solution  de  la 
question.  Des  essais  nombreux  et  variés  me  conduisirent 
à  penser  que  Information  du  sucre  dans  le  foie  (et  toutes 
les  autres  sécrétions  sont  dans  ce  cas)  n’était  pas  un  phé¬ 
nomène  direct.  La  production  du.  sucre  n’était  que  le 
résultat  d’une  série  de  transmutations  organiques,  et  la 
sécrétion.-devait  nécessairement  donner  autre  chose  que 
du  sucre,  c’est-à-dire  une  matière  qui  se  changeait.  en 
sucre.  Je  fus  ainsi  amené  à  voir  dans  toute  sécrétion  des 
phénomènes  de  deux  ordres ,  les  uns  vitaux,  les  autres 


chimiques  :  un  phénomène  vital  cessant  avec  la  vie,  un 
phénomène  chimique  pouvant  continuer  après  la  mort. 
JU  vie  produit  dans  le  foie  la  matière  qu’une  transfor¬ 
mation  change  ensuite  en  sucre  ;  cette  transformation 
peut  se  continuer  après  là  mort  de  l’animal  dans  un 
foie  lavé  de  son  sang,  mais  non  débarrassé  de  la  matière 
glycogène. 

Cette  matière  qui  se  change  en  sucre,  la  voici  isolée. 
Clest  une  substance  blanche  offrant  les  caractères  d’une 
matière  amylacée. 

Sur  un  animal  qui  mange  de  la  viande,  pas  plus  que 
chez  les  végétaux,  il  ne  se  fait  donc  desécrétion  directe 
de  sucre  :  chez  les  animaux  comme  chez  les  végétaux  le 
sucre  est  le  produit  de  l’action  d’un  ferment  sur  l’amidon. 
Voici  dans  ce  flacon  la  matière  glycogène  ou  amidon 
animal  :  nous  allons  vous  indiquer  les  moyens  de  l’ob- 

On  pourrait  sans  aucun  doute  imaginer ,  pour 
extraire  la  matière  glycogène  du  foie,  une  foule  de 
moyens  qui  offriraient  des  avantages  variés.  Je  me  bor¬ 
nerai  à  indiquer  le  procédé  auquel  je  me  suis  arrêté. 

On  prend  le  foie  encore  chaud  et  saignant  chez 
l’animal  bien  nourri  et  bien  portant,  aussitôt  après  qu’il 
a. été  sacrifié.  On  peut  employer  le  foie  d’un,  animal 
quelconque,  soumis  aux  alimentations  les  plus  diverses. 
Mais,  pour  simplifier  la  question  sur  ce  point,  je  dirai 
qu’il  ne  s’agit  ici  que  d’expériences  faites  avec  des  foies 
de  chiens  nourris  exclusivement  avec  delà  viande.  On 
divise  le  tissu  du  .foie  en  lanières  très  minces  qu’on  jette 


PRÉPARATION 


lante,  afin  que  le  tissu  de.  l'organe  soit  subitement  coa¬ 
gulé  et  que  la  matière  glycogène  qui  se  trouve  en  con¬ 
tact  avec  son  ferment  n’ait  pas  le  temps  de  se  changer 
en  sucre,  sous  l'influence  d’une  température  qui  s’élè¬ 
verait  trop  lentement.  On  broie  ensuite  les  morceaux  de 
foie  coagulé  dans  un  mortier;  puis  on  laisse  cette  espèce 
de  bouillie  hépatique  cuire  pendant  environ  un  quart 
d’beure  ou  même  moins,  dans  une  quantité  d’eausuffi- 
sante  seulement  pour  baigner  le  tissu,  afin  d’obtenir  de 
cette  façon  dans  la  décoction  concentrée  une  plus  grande 
quantité  de  la  matière  susceptible  de  se  changer  en 
sucre.  On  exprime  ensuite  dans  un  linge  ou  sous  une 
presse  le  tissu  du  foie  cuit,  on  y  ajouté  un  peu  de  noir, 
animal  qui  précipite  une  partie  des  matières  organiques, 
et  . aussi  une  petite  quantité  dè  matière  glycogène,  et  l’on 
jette  sur  un  filtre  le  liquide  de  décoction  qui  passe  avec  Une 
teinte  opaline.  Ce  liquide  est  aussitôt  additionné  de  quatre 
ou  einq  fois  son  volume  d’alcool  à  38  ou  40  degrés,  et  on 
voit  se  "former  sous  son  influence  un  précipité  abondant 
floconneux,  d’un  blanc  jaunâtreou  laiteux,  qui  est  consti¬ 
tué  par  la  matière  glycogène  elle-même,  retenant  encore 
du  sucre,  de  la  bile  et  d’autres  produits  azotés  indétermi¬ 
nés.  Tout  le  précipité,  recueilli  sur  un  filtre,  est  alors  lavé 
plusieurs  fois  à  l’alcool,  de  manière  à  le  dépouiller  le 
pluspossible  du  sucre  et  des  matériaux  biliaires  solubles. 
A  cet  état.  Ce  précipité  desséché  revêt  l’apparence  d’une 
substance  grisâtre,  quelquefois  comme  gommeuse,  à  la: 
quelle  on  pourrait  donner  le  nom  de  matière  glycogène 
brute.  Elle  possède  la  propriété  de  se  redissoudre  dans 
l’eau,  à  laquelle  elle  communique  toujours  une  teinte 


DE  LA  MATIÈRE  GLYCOGÈNE.  469 

fortement  opaline'  et  d’où  elle  est  entièrement  précipita¬ 
ble  par  l’alcool  (1)  concentré; 

Pour  purifier  cette  matière  glycogène  et  la  débarras¬ 
ser  des  matières  azotées,  ainsi  que  des  moindres  tracés 
de  glycosé  qu’elle  aurait  pu  encore  retenir,  on  la  fait 
bouillir  dans  une  dissolution  de  potasse  caustique  très 
concentrée  .pendant  un  quart  d’heure  ou  une  demi- 
heure, opération  qui  ne  l’altère  pas,1  et  n’en  change  pas 
les  propriétés  fondamentales,  puis  on  filtre  en  ajoutant 
un  peu  d’eau,  et  toute  la  dissolulion  est  précipitée  de 
nouveau  par  l’addition  de  quatre  on  cinq  fois  son  volume 
d’alcool  à  38  ou  40  degrés.  Agitant  alors  avec  une  ba¬ 
guette  de  verre,  la  matière  précipitée  se  divise,  ayant 
d’abord  une  grande  tendance  à  adhérer  aux  vases.  Par 
des  lavages  répétés  avec  de  grandes  quantités  d’alcool, 
on  enlève  autant  que  possible  la  potasse,  la  matière  gly¬ 
cogène  se  présente  alors  sous  une  forme  d’une  substance 
comme  grenue,  presque  pulvérulente.  Toutefois  cette 
matière  ainsi  préparée  retient  toujours  avec  efie  une 
certaine  quantité  de  carbonate  de  potasse  :  qu’on  ne 
peut  pas  enléver  par  les  simples  lavagès  à  l’alcool;  il 
faut  pour  cela  redissoüdre  la  matière  dans  l’eàu,  satu¬ 
rer  le  carbonate  de  potasse  par  l’acide  acétique  et  trai  - 
ter  de  nouveau  par  l’alcool  qui  précipité  la  matière  et 


m 


la  sépare  de  l’acétate  de  potasse  qui  reste  soluble  dans  la 
liqueur.  La  matière  glycogène  perd  alors  sa  forme 
nue  pour  revêtir  l’aspect  d’une  substance  blanche 
finement  tomenteuse  lorsqu’elle  est  en  suspension 
Mcool,  pulvérulente  et  comme  farineuse,  quand  el 

-  Ainsi  préparée,  cette  matière  hépatique  glycogène 
possède  un  ensemble  de  caractères  qui  la  rendent  tout  à 
fait  analogue  à  de  l’amidon  hydraté  ayant  déjà  subi  un 
commencement  d’altération.  C’est  une  matière  neutre, 
sans  odeur,  sans  saveur,  donnant  sur  la  langue  la  sen¬ 
sation  de  l’amidon.  Elle  se  dissout,  ou  peut-être  plus 
exactement,  se  met  en  suspension  dans  l’eau  à  laquelle 
elle  communique  une  teinte  fortement  opaline.  L’exa¬ 
men  microscopique  n’y  montre  rien  de  caractéristique. 
L’iode  y  développe  une  coloration  qui  peut  varier  en 
intensité,  depuis  le  bleu  violet  foncé  jusqu’au  rouge  mar¬ 
ron  clair  ;  rarement  la  coloration  est  nettement  bleue. 
Quand  on  chauffe  jusqu’au  rouge  avec  de  la  chaux  sodée, 
cette  matière  hépatique,  ne  dégage  pas  d’ammoniaque, 
ce  qui  indique  qu'elle  ne  renferme  pas  d’azote  (1).  (La 
matière  glycogène  brute  traitée  de  la  même  manière 
dégage  très  nettement  des  vapeurs  ammoniacales.)  Elle 


Ïfll 


[bit  pas  la  fermentation  alcoolique  sous  l’influence 
i  Ievûre.-de  bière,  est  entièrement  insoluble  dans 
ôl  fort  et  précipitable  de  sa  solution  aqueuse  par  la 
acétate  de  plomb,  le  charbon  animal  enexcès,  etc. 
iis  la  propriété  de  la  matière  hépatique  qui  nous 
ssse  le  plus  est  celle  qui  est  relative  à  son  change- 
en  sucre.  C’est  là  que  les  analogies  physiologiques 
itte  substance  avec  l’amidon  hydraté  se  montrent 


dans  tout  leur  jour.  On  voit,  en  effet,  que  toutes  les 
influences,  sans  en  excepter  une,  qui  transforment 
l’amidon  végétal  en  dextrine  et  en  glycôse,  peuvent  éga¬ 
lement  changer  la  matière  glycocène  du  foie  en  sucre, 
en  passant  par  un  intermédiaire  analogue  à  celui  de  la 
dextrine.  C’est  ainsi  que  l’ébullition  prolongée  avec  les 
acides  minéraux  étendus  d’eau,  l’action  de  la  diastase 
végétale  et  celle  de  tous  les  ferments  animaux  analogues, 
tels  que  le  suc  ou'  le'  tissu  pancréatique,  la  salive,  le 
sang,  etc. ,  transforment  très  facilement  la  matière  gly¬ 
cogène  en  sucre.  Àu  moment  où  cette  transformation 
graduelle  s’opère,  la  dissolution  de  la  matière  glygo- 
gène,  d’opaline  qu’elle  était,  devient  peu  à  peu  trans¬ 
parente  et  perd  en  même  temps  la  faculté  d’être  colorée 
par  l’iode.  Mais  bientôt  après,  et  seulement  quand  le 


PROPRIÉTÉS 


472 

changement  définitif  en  sucre  à  été  effectué,  la  dissolu¬ 
tion  acquiert  les  propriétés  de'  réduire  les  sels  de  cuivre 
dissous  dans  la  potasse,  de  fermenter  sous  l’influence  de 
la  levûre  de  bière  en  donnant  de  1’alcool  et  de  l’acide 
arbonique.  J’ajouterai  que  l’action  des  ferments  diasta¬ 
siques  opère  cette  transformation  en  sucre  en  quelques 
minutes  quand  on  a  le  soin  de  maintenir  les  liquides  à 
une  température  voisine  de  celle  du  corps,  entre  35  et 
45  degrés.  La  dissolution  aqueuse  de  la  matière  glyco¬ 
gène  hépatique  ne  se  change  pas  spontanément  en  sucre  ; 
elle  ne  s’altèreque  très  difficilement  quand  elle  est 
abandonnée  à  elle-même  et  résiste  en  partie  à  la  putré¬ 
faction  du  tissu  du  foie  cuit. 

La  torréfaction,  l’action  limitée  des  ferments  et  des 
acides  minéraux  changent da  matière  glycogène  en  un 
corps  qui  offre  des  caractères  tout  à  fait  semblables  à 
ceux  de  la  dextrine. 

Cette  substance  est  insoluble  dans  l’alcool  concentré, 
se  dissout  dans  l’eau  en  donnant  une  dissolution  trans¬ 
parente  ;  elle  ne  se  colore  plus  sensiblement  par  l’iode, 
ne  réduit  pas  les  sels  de  cuivre  dissous  dans  la  potasse, 
ne  fermente  pas  avec  la  levûre  de  bière  et  dévie  à  droite 
le  plan  de  polarisation. 

Sur  une  dissolution  aqueuse  très  peu  chargée  de 
cette  matière  examinée  à  l’appareil  de  M.  Biot,  au  Col- , 
lége  de  France,  dans  un  tube  de  320  milKmètres,  on 
a  constaté  un  pouvoir  rotatoire  très  bien  caractérisé 
vers  la  droite,  avec  des  développements  de  teintes  très 
marqués  autour  du  minimum  d’intensité  dé  l’image 
extraordinaire. 


DE  LA  MATIÈRE  GLYCOGÈNE.  473 

D’après  toutes  les  expériences  qui  ont  été  précédem¬ 
ment  rapportées,  il  reste  donc  parfaitement  établi 
que  le  foie  des  chiens  nourris  exclusivement  avec  de  la 
viande  possède  la  propriété  spéciale,  et  exclusive  à  tout 
autre  organe  du  corps,  de  créer  une  matière  glycogène 
tout  à  fait  analogue  à  l’amidon  végétal  et  pouvant  comme 
lui  se  changer  ùltérièuremènt  eh  sucre,  en  passant  par 
un  état  intermédiaire  à  celui  de  la  dextrine. 

Sans  aucun  doute,  l’étude  de  la  matière  glycogène 
du  foie  ne  devra  pas  se  borner  là:  Il  faudra  connaître 
exactement  sa  composition  élémentaire  et  sa  constitu¬ 
tion  ;  savoir  si  cette  matière  se  change  totalement  en 
sucre  et  si,  dans  cette  transformation,  il  n’y  a  pas  d’au¬ 
tres  produits  qui  prennent  naissance,  et  soumettre  en 
immotàune  étude  plus  approfondie  le  parallélisme  si 
apparent  qu’offre  la  transformation  en  sucre  dé  cette 
matière  glycogène  du  foie  avec  la  transformation  eu 
sucre  de  l’amidon  végétal.  Les  soins  de  cettè  étude  ap¬ 
partiennent  aux-chimistes.  Il  me  suffit,  quant  à  présent, 
d’avoir  prouvél’existencé  de  cette  substance  spéciale  qui 
précède  toujours  l’apparition  du  sucre  dans  le  foie,  pour 
avoir  établi  un  fait  qui  est  susceptible  d’éclairer  puis¬ 
samment  le  mécanisme  physiologique  dé  la  formation 
du  sucre  dans  les  animaux,  et  de  fournir  en  même  temps 
des  conclusions  qui  intéressent  aii  plus  haut  degré  la 
physiologie  générale. 

Relativement  à  la  formation  physiologique  du  sucre 
chez  les  animaux,  elle  doit  être  nécessairement  envisa¬ 
gée,  ainsique  je  le  disais,  non  comme  un  phénomène  de 
dédoublement  chimique  direct  des  éléments  sanguins  au 


klk  MÉCANISME  CHIMIQUE 

moment  du  passage  du  sang  dansle-foie,  maiscomme 
une  fonction  constituée  par  la  succession  etl’enchatne- 
ment  de  deux  actes  essentiellement  distincts. 

Le  premier  acte  entièrement  vital,  ainsi  appelé  parce 
que  son  accomplissement  n’a  pas  lieu  en  dehors  de  l’iife 
fluence  de  la  vie,  consiste  dans  la  création  de  làmatière 
glycogène  dans  le  tissu  hépatique  vivant. 

Le  second  acte,  entièrement  chimique  et  pouvant 
s’accomplir  en  dehors  del’influence  vitale,  consiste  dans 
la  transformation  de  la  matière  glycogène  en  sucre  à 
l’aide  d’un  ferment. 

Pour  que  le  sucre  apparaisse  dans  -le  foie,  il  faut 
donc  la  réunion  de  ces  deux  ordres  de  conditions.  Il  faut 
que  la  matière  glycogène  puisse  être  créée  par  l’activité 
vitale  de  l’organe  ;  il  faut  ensuite  que  cette  matière  soit 
amenée  au  contact  du  ferment  qui  doit  la  transformer 

La  matière  glycogène  se  forme,  comme  tous  les 
produits  de  création  organique,  par  suite  des  phéno¬ 
mènes  de  circulation  lente  qui  accompagnent  les  actes 
de  nutrition.  Quant  à  décider  si,  parmi  les  nombreux 
vaisseaux  sanguins  dont  est  pourvu  le  foie,  il  en  est  qui 
sont  plus  spécialement  chargés  de  cette  circulation 
nutritive,  tandis  que  d’autres  seraient  plus  spécialement 
en  rapport  avec  les  phénomènes  de  transformation  chi¬ 
mique  de  la  matière  glycogène,  c’est  une  question  phy¬ 
siologique  que  nous  n’avons  pas  à  aborder  ici  pour  le 
moment,  fl  nous  suffira  d’indiquer  d’une  manière  géné¬ 
rale  comment  le  contact  entre  la  matière  glycogène  et 
son  ferment  peut  s’opérer  chez  l’animal  vivant. 


475 


J’avais  d’abord  pensé  que  le  ferment  était  spécial 
au  foie,  comme  la  matière  glycogène  elle-même  ;  j’étais 
même  parvenu  ùrobtenir  à  l’état  d’isolement.  Mais, 
voyant  ensuite  quele  Iiquidepossède  la  propriété  de  trans¬ 
former  cette  matière  glycogène  en  sucre  avec  une  très 
grande  énergie,  il  devintimpossible  desonger  aune  loca¬ 
lisation  du  ferment,  celui  qu’on  peut  extraire  du  foie  ve¬ 
nant  très  probablement  du  sang  lui-même.  De  sorte  que  si 
en  dehors  de  l’organisme  nous  avons  plusieurs  ferments 
pour  opérer  la  transformation  de  là  matière  glycogène 
en  sucre,  chez  l’animal  vivant  il  suffit  d’en  admettre  tin 
représenté  par  le  sang,  qui  du  reste  possède  aussi  la  pro¬ 
priété  de  bhanger  rapidement  l’amidon  végétal  hydraté 
en  dextrine  et  en  sucre.  Sans  entrer  dans  le  mécanisme 
intime  de  ce  contact  et  dans  l’explication  des  causes 
physiologiques  qui  en  font  varier  l’intensité,:  ce  qui  nous 
entraînerait  dans  des  descriptions  d’anatomie  microsco¬ 
pique  et  de  phénomènes  de  circulation  capillaire  qui  trou- 
verontailleurs  leur  développement,  nous  nous  bornerons 
à  dire  que  l’observation  des  phénomènes  physiologiques 
apprend  quedansle  foie,  parailèlementàcette  circulation 
lente  et  nutritive,  il  faut  encore  en  considérer  une  autre, 
intermittente,  variable  et  dont  la  suractivité  coïncide 
avec  l’apparition  d’une  plus  grande  quantité  de  sucre 
dans  le  tissu  de  l’organe. 

Chez  les  animaux  en  digestion,  la  circulation  dans 
la  veine  porte  est  surexcitée,  et  alors  la  transformation 
de  la  substance  glycogène  est  beaucoup  plus  active, 
quoique  la  formation  de  cette  matière  ne  paraisse  pas 
correspondre  à  ce  moment-là.  Cette  suractivité  circula- 


476  MÉCANISME  PHYSIOLOGIQUE 

toirepeùt  aussi  être  réveillée  en  dehors  de  la  digestion; 
et  alors  le  même  phénomène  de  transformation  de  la 
matière  et  de  l’apparition  du  sucre  a  également  lieu. 
Chez  les  animaux  hibernants-  ou  engourdis,  comme  les 
grenouilles  par  exemple,  le  ralentissement  dé  la  circula¬ 
tion,  quiestliéàl’abaissement  de  la  température,  amène 
une  diminution  et  quelquefois  une  disparition  à  peu  près 
complète  du  sucre  dans  le  foie,  Mais  la  matière  glyeo^ 
gène  y  est  toujours,  ainsi  qu’on  le  prouve  en  l’extrayant, 
n  suffit  alors  de  mettre  les  grenouilles  engourdies  à  la 
chaleur  pour  activer  leur  circulation  et  voir  bientôt  le 
sucre  apparaître  dans  leur  foie.  En  pladant-de  nouveau 
les  animaux  dans  une  basse  température,  on  voitlë  su¬ 
cre  diminuer  ou  disparaître  pour  se  montrer  de  nou¬ 
veau  quand  on  remet  les  grenouilles  dans  un  milieu  où 
la  température  est  plus  élevée.  J’ajoute  qu’on  peut  re¬ 
produire  plusieurs  fois  ces  singulières  alternatives  d’ap¬ 
parition  du  sucre,  sans  que  l’animal  prenne  aucun  ali¬ 
ment  et  en  agissant  seulement  sur  les  phénomènes  dé  la 
circulation  par  l’intermédiaire  de  la  température. 

Chez  les  animaux  à  sang  ehaud,  on  peut  agir  aussi, 
au  moyen  du  système  nerveux,  sur  les  phénomènes,  de 
la  circulation  abdominale  et  secondairement  ensuite  sur 
la  transformation  de  la  matière  glycogène  dans  le  foie. 
J’ai  montré  que  quand  on  coupe  ou  qu’on  blesse  la 
moelle  épinière  dans  la  région  du  cou,  au-dessous  de  l’ori¬ 
gine  des  nerfs  phréniques,  On  diminue  considérable¬ 
ment  l’activité  de  la  circulation  hépatique,  au  point 
qu’après  quatre  ou  cinq  heures,  il  n’y  a  plus  de  traces  de 
sucre  dans  le  foie  de  l’animal,  dont  le  tissu  reste  cépen- 


477 


DE  LA  FORMATION  DD  SÜCRE. 

dant  encore  chargé  de  matière  glycogène.  D  est  à  remar¬ 
quer  qu’à  la  suite  de  cette  opération  la  température  des 
organes  abdominaux  s’abaisse  beaucoup,  en  même  temps 
qu’il  y  a  d’autres  troublas  sur  lesquels  je  n’ai  pas  à 
m’arrêter  ici. 

J’ai  prouvé  également  qu’en  blessant  l’axe  cérébro- 
spinal  dans  la  région  du  quatrième  ventricule,  on  pro¬ 
duit  des  phénomènes  exactement  opposés  ;  la  circulation 
abdominale  est  très  accélérée  et  conséquemment  le  re¬ 
nouvellement  du  contact  delà  matière  glycogène  avec 
son  ferment  considérablement  étendu.  Aussi  la  trans¬ 
formation  de  la  matière  glycogène  devient-elle  si  active 
et  là  quantité  du  sucre  emportée  par  le  sang  si  considé¬ 
rable,  que  l’animal,  comme  on  le  sait,  devient  diabé¬ 
tique  dans  ce  cas,  c  est-a-dire  que  l’excès  de  sucre 
versé  dans  le  sang  par  le  foie  surexcité  passe  dans  ses 

Dans  les  deux  cas  précités,  le  système  nerveux  agit 
évidemment  sur  la  manifestation  purement  chimique 
d’un  phénomène  physiologique.  Mais  quand  on  analyse  - 
son  mode  d’action,  on  reconnaît  que  ses  effets  n’ont  été 
que  mécaniques  et  ont  porté  primitivement  sur  les  orga¬ 
nes  moteurs  de  la  circulation  capillaire,  qui  ont  eu  pour 
effet  tantôt  d’amoindrir  ou  d’empêcher,  tantôt  d’éten¬ 
dre  ou  d’augmenter  le  contact  de  deux  substances  ca¬ 
pables  par  leurs  propriétés  de  réagir  l’une  sur  l’autre; 
elles  donnent  ainsi  naissance  à  un  phénomène  chimi¬ 
que  que  le  système  nerveux  règle  indirectement,  mais 
sur  lequel  il  n’a  pas  d’action  directe  et  primitive.  Cette 
vue  n’est  pas  spéciale  pour  le  foie,  et  je  prouverai  plus 


478  ANALOGIE 

tard  que  les  influences  chimiques  que  lion  reconnaît  au 
système  nerveux  en  général  sont  le  plus  ordinairement 
de  cet  ordre  purement  mécanique. 

Quant  aux  conclusions  que  nous  pouvons  actuelle¬ 
ment  déduire,  au  point  de  vue  de  la  physiologie  géné¬ 
rale,  du  mécanisme  que  nous  avons  indiqué  pour  la  for¬ 
mation  du  sucre  dans  le  foie,  il  est  impossible  de  ne  pas 
être  frappé  de  la  similitude  qui  existe  sous  ce  rapport 
entre  la  fonction  glycogénique  du  foie  et  la  production 
du  sucre  dans  certains  cas  de  l’organisme  végétal;  Dans 
une  graine,  par  exemple,  qui  produit  du  sucre  pen- 
dantlagermination,  nous  avons  à  considérer  également 
deux  séries  de  phénomènes  bien  distincts  :  l’un  primitif, 
entièrement  vital ,  est  constitué  par  la  formation  de 
l’amidon  sous  l’influence  de  la  vie  du  végétal  ;  l’autre 
consécutif,  entièrement  chimique,  .pouvant  se  passer  en 
dehors  de  l’influence  vitale  du  végétal,  est  la  transfor¬ 
mation  de  l’amidon  en  dextrine  et  en  sucre  par  l’action 
dé  la  diastase.  Lorsqu’un  foie  séparé  de  l’animal  vivant 
continue  encore  un  certain  temps  à  produire  du  sucre, 
il  est  de  toute  évidence  que  le  phénomène  vital  de  créa¬ 
tion  ou  de  sécrétion  de  la  matière  glycogène  a  cessé; 
mais  le  phénomène  chimique  continue  à  se  produire  si 
les  conditions  d’humidité  et  la  chaleur  nécessaire  à  son 
accomplissement  se  trouvent  réalisées.  De  même,  dans  la 
graine  séparée  de  la  plante,  le  phénomène  vital  de  la 
sécrétion  de  l’amidon  a  cessé  avec  la  vie  végétale  ;  mais, 
sous  l’influence  des  conditions  physico-chimiques  favo¬ 
rables,  son  changement  en  dextrine  et  sucre,  à  l’aide  de 
la  diastase,  peut  s’opérer.  Enfin  il  est  facile  de  voir,  par 


ENTEE  LA  GLYCOGÈNE  ANIMALE  ET  VÉGÉTALE.  179 

ces  observations  parallèles,  que  la  formation:  du  sucre 
dans  le  foie  des  animaux  passe  par  trois  séries  de  trans¬ 
formations  successives  tout  à  fait  analogues  à  l’appari¬ 
tion  de  l’amidon,  de  la  dextrine  et  du  sucre  dans  la 
graine  des  végétaux. 

En  résumé,  d’après  tous  les  faits  que  nous  venons  de 
rappeler,  nous  pouvons  conclure  que  la  question  delapro- 
duction  du  sucre  dans  les  animaux  a  réalisé  un  progrès 
important,  par  suite  de  l’isolement  de  la  matière  glyco-  - 
gène  qui  préexiste  constamment  au  sucre  dans  le  tissu 
du  foie. 

Mais  il  reste  encore  à  déterminer  la  forme  organi¬ 
que  de  cette  matière  glycogène,  ainsi  que  les  conditions 
anatomiques  et  physiologiques  exactes  de  sa  formation 
dans  ses  rapports  avec  les  phénomènes  de  développe¬ 
ment  et  les  divers  états  physiologiques  du  foie.  Des 
expériences  que  j’ai  déjàentreprises  à  ce  sujet  me  per¬ 
mettent  d’espérer  qu’il  sera  possible  d’aller  plus  avant 
dans  la  question  glycogénique  et  délocaliser laformation 
de  la  matière  glycogène  dans  des  éléments  spéciaux  de 
l’organe  hépatique. 

Chezles  animaux  arrivés  au  terme  de  leur  développe¬ 
ment,  le  système  nerveux  de  la  vie  organique  n’inter¬ 
vient  donc  que  pour  régulariser,  par  une  influence  toute 
mécanique,  des  actes  chimiques  qui  en  sont  indépen¬ 
dants  dans  leur  essence;  ces  actes  chimiques  de  l’orga¬ 
nisme  adulte  sont  en  effet  analogues  aux  phénomènes  de 
développement  qui,  à  une  époque  antérieure,  s’accom¬ 
plissaient  de  la  même  façon,  alors  que  le  système  ner- 
veux  n’existait  pas  encore. 


Quant  aux  expériences  comparatives  dont  l’apprécia¬ 
tion  nous  a  conduit  à  cette  digression,  on  voit  i 
établissent  bien  nettement,  qu’outre  son  rôle  d 
conducteur  de  l’agent  nerveux,  la  moelle  agit 
comme  centre,  soit  pour  déprimer,  soit  pour 
certaines  manifestations  organiques. 


iîii; 


VINGT-CINQUIÈME  LEÇON. 


Les  expériences  dont  vous  avez. été  témoins  dans 
les  leçons  précédentes,  montrent  que  dans  les  phéno¬ 
mènes  relatifs  à  l’action  de  la  moelle  sur  les  manifesta¬ 
tions  organiques,  il  y  a  différentes  parties  de  la  moelle 
agissant  spécialement  sur  certains  points  des  organes 
splanchniques. 

A  l’appui  de  cette  proposition,  nous  vous  avons  cité 
deux  expériences  principales.  Dans  l’une,  la  moelle 
avait  été  coupée  au-dessous  des  nerfs  phréniques;  dans 
l’autre,  une  piqûre  avait  été  faite  au  niveau  du  qua-  • 
trième  ventricule ,  délabrement  moins  étendu ,  afin  de 
ne  pas  faire  succomber  immédiatement  l’animai. 

U  semble  qu’après  cettè  solution  de  continuité  de  la 
totalité  où  d’une  partie  restreinte  de  la  moelle,  l’agent 
nerveux  s’accumule  dans  la  partie  située  au-dessous,  et 
que  tous  les  organes  correspondants  en  tirent  une 
activité  plus  considérable. 


H82  INFLUENCE  DES  LÉSIONS  DE  Li  MOELLE 

Avant  de  chercher  à  expliquer  comment  ces  phéno¬ 
mènes  peuvent' se  produire  avec  des  caractères  aussi 
différents,  je  dois  vous  indiquer  quelle  aété  la  suite  des 
expériences  commencées  ici  dans  la  dernière  séance, 
et  terminées  au  laboratoire  par  l’autopsie  des  deuxlapins, 
autopsie  qui  a  confirmé  tous  les  résultats  qui  vous  avaient 
été  annoncés. 

Chez  le  lapin  qui,  ayant  eu  la  moelle  coupée  au- 
dessus  du  plexus  brachial,  et  qui  nous  avait  offert  des 
mouvements  péristaltiques  semblables  à  ceux  qui  se  pro¬ 
duisent  chez  l’animal  après  la  mort,  nous  avions  pâïté 
votre  attention  vers  les  modifications  fonctionnelles  du 
foie  qui,  au  bout  de  trois  ou  quatre  heures,  ne  devait 
plus  contenir  de  sucre. 

Chez  l’autre  lapin,  les  phénomènes  étaient  tout  diffé¬ 
rents;  on  n’avait  pas  vu  de  mouvements  péristalîiqüæ 
mais  il  y  avait  une  telle  augmentation  de  sucre  que 
l’animal  était  devenu  diabétique. 

Or,  au  bout  de  trois  heures,  quand  ces  animaux  furent 
sacrifiés,  on  trouva  que  le  foie  du  lapin  qui  avait  eu  la 
moelle  coupée  au-dessus  de  la  région  dorsale  était  ex¬ 
sangue  et  jaunâtre.  D  y  avait  stase  sanguine  dans  les 
vaisseaux  abdominaux.  Le  sang  de  la  veine  porté  ainsi 
que  celui  des  organes  splanchniques  était  rougè  comme 
celui  des  veines  rénales. 

La  température  prise  dans  le  rectum  s’était  abaissée 
de  88  degrés,  température  normale,  à  23  degrés. 

Nous  avons  alors  examiné  le  foie  dont  la  décoction 
ne  renfermait  pas  de  sucre;  mais  nous  y  avons  cherché  et 
trouvé  en  grande  quantité  la  matière  qui  se  transforme 


Le  foie  du  premier  lapin  était  exsangue.  Chez  lui, 
la  circulation  abdominale  était  extraordinairement'  ra¬ 
lentie  puisque  la  température  prise  dans  le  rectum  a  pu 
s’abaisser  à  23  degrés.Cet  affaiblissement  de  là  circulation 
avait  probablement  rendu  le  contact  du  sang  avec  la  ma¬ 
tière  glycogène  insuffisant  pour  que  cette  dernière  fût 
transformée  en  sucre.  La  matière  transformable  existait, 
car  vous  voyez  dans  cette  éprouvette  que  nous  en  avons 
obtenu  une  grande  quantité.  La  première  condition  du 
phénomène,  la  production  vitale,  se  trouvait  donc  encore 
remplie.  Si  la  seconde,  la  transformation  chimique,  ne 
s’est  pas  trouvée  effectuée  aussi,  c’est  que  le  trouble 
de  la  circulation  abdominale  a  empêché  ce  contact  de  là 
matière  fermentescible  et  du  ferment,  apportant  ainsi 
un  obstacle  physique  à  la  manifestation  de  la  réaction 
chimique  entre  les  deux  substances. 

Chez  l’autre  lapin,  les  choses  sê  sont  passées  tout  au¬ 
trement.  La  circulation  a  été  activée  :  une  grande  quan¬ 
tité  de  sang  traversait  lë  foie  ;  le  contact  de  la  matière 
glycogène  avec  le  ferment  était  fréquemment  renou¬ 
velé;  le  sucre  produit  par  ce  contact  était  rapidement 
entraîné  hors  du  foie,  dans  lequel  sa  production  s’est 
trouvée  ainsi  assez'aetivée  pour  que  l’animal  devint  dia¬ 
bétique.  Le  sang  contenait  ainsi  un  excès  de  sucre  par 


suite  d’une  influence  nerveuse  agissant  simplement  sur 
les  phénomènes  mécaniques  de  la  circulation. 

Relativement  à  cette  action  s’exerçant  dans  le  foie 
lui-même,  je  vous  rappellerai  que  nous  avons  signalé  des 
fibres  musculaires  .dans  les  veines  hépatiques  et  dans 
la  portion  de  la  veine  cave  qui  traverse  le  foie.  Ces 
fibres  musculaires  agissent  de  façon  à  comprimer  le  foie 
qui  se  vide  alors  comme  le  ferait  une  éponge  que  l’on 

D  nous  resteraità  expliquer  les  mouvements  péristal¬ 
tiques  qui,  après  la  section  de  la  moelle  entre  le  plexus 
cervical  et  le  plexus  brachial ,  apparaissent  dans  lés. 
intestins  de  notre  premier  lapin. 

H  faut  voir  là  encore  une  action  sur  la  circulation, 
action  qui  ne  se  manifeste  pas  quand  on  pique  la  moelle 
plus  haut. 

Quand  on  tue  un  animal  par  la  section  du  bulbe 
et  qu’ ensuite  on. lui  ouvre  l’abdomen,  on  observe  des 
mouvements  péristaltiques  qui  cessent  dès  que,  par 
la  respiration  artificielle,  on  rétablit  le  cours  du 
sang,  et  reparaissent  aussitôt  qu’on  cesse  les  insuffla- 

Si  l’on  remonte  à  la  cause  de  ces  troubles  circulatoires 
et  qu’on  veuille  en  étudier  le  mécanisme,  on  se  trouve 
arrêté  par  des  difficultéstrès  sérieuses.  Toutefois  l’action 
du  système  nerveux  sur  le  système  vasculaire  est  pure¬ 
ment  motrice.  S’il  y  a  dans  ces  actions  desmanifestations 
locales,  des  désordres  delà  circulation  circonscrits,  il  faut 
les  expliquer  par  l’action  circonscrite  des  nerfs.  On  ne 


SUR  1RS  PHÉNOMÈNES  CIRCULATOIRES*  185 

l’appareil  circulatoire  peut  être  modifiée  sans  que  les 
autres  le  soient. 

Si  au  lieu  d’agir  sur  la  moelle  on  agit  sur  le  grand 
sympathique,  sur  le  premier  ganglion  dorsal  parexemple 
qui  reçoit  de  la  moelle  une  racine  motrice,  on  obtient 
exactement' lés  mêmes  effets. 

Lorsque  d’un  côté  seulement  on  détruit  le  filet  qui  de 
de  ce  ganglion  remonte  vers  la  tête,  on  a,  comme  je 
l’ai  montré,  une  accélération  de  la  circulation  dans  toute 
la  moitié  correspondante  de  la  tête.  Nous  avons  donc 
encore  là  On  exemple  de  modification  locale.  Jusqu’ici 
ces  phénomènes  sont  encore  complètement  inexpliqués 
dans  leur  nature. 

Nous  avons  coupé  sur  des  chevaux  le  filet  du  grand 
sympathique  et  nous  avons  également  noté  d’abord 
l’activité  plus  grande  des  phénomènes  circulatoires,  puis 
nous  avons  alors  regardé  quelle  était  la  pression  avant 
et  après  l’opération  ;  cette  pression  dans  les  vaisseaux 
était  plus  considérable  après  l’opération. 

L’appréciation  de  cette  pression  doit  être  faite  avec 
certaines  précautions,  et  avec  l’instrument  spécial 
hémomètre  différentiel  que  nous  avons  décrit  ailleurs 
(15*  leçon,  p.  282). 

Messieurs,  de  la  moelle  épinière  à  laquelle  nous  nous 
étions  arrêté  d’abord  nous  avons  passé  à  la  moelle  allon¬ 
gée.  Continuant  maintenant  à  monter  nous  verrons  qu’il 
existe  dans  l’encéphale  des  parties  sur  lesquelles  des 
expériences  ont  été  faites.  Nous  verrons  qu’elles  in¬ 
diquent  que  des  rôles  très  importants  leur  sont  assignés. 

Nous  vous  avons  déjà  signalé  dans  le  pont  dé  Varole, 


186  BLESSURE  DU  PÉDONCULE  CÉRÉBELLEUX. 

près  de  l’origine  de  la  cinquième  paire,  un  point  dont 
la  piqûre  active  la  sécrétion  salivaire. 

On  a  vu  encore  qu’il  existe  dans  le  pont  de  Varole  et 
dans  les  prolongements  qui  l’unissent  au  cervelet,  des 
parties  dont  la  lésion  amène  des  désordres  de  mouve¬ 
ments  constants. 

Magendie  a  observé  en  1822,  que  la  blessure  du  pé¬ 
doncule  inférieur  du  cervelet  est  suivie  chez  l’animal 
sur  lequel  ou  la  pratique,  de  mouvements  de  rotation 
suivant  l’axe  du  corps,  mouvements  irrésistibles  et  se 
produisant  toujours  dans  un  sens  déterminé.  L’animal 
tourne  sur  lui-même  jusqu’à  ce  qu’il  se  trouve  arrêté 
par  un  obstacle  ou  jusqu’à  ce  que  ses  forces  soient  épui¬ 
sées.  Dans  ce  dernier  cas,  les  mouvements  se  reprodui¬ 
sent  après  quelques  instants  de  repos. 

Des  mouvements  combinés  d’une  assez  grande  com¬ 
plication  s’exécutent  donc  sous  l’influence  de  cette  pi¬ 
qûre.  Depuis  Magendie  on  a  étudié  ces  mouvements  sans 
avoir  rien  ajouté  d’essentiel  à  ce  qu’il  avait  observé.  D’ail- 
leurs'la  simple  observation  du  phénomène  offrait  déjà 
quelques  difficultés;  les  tentatives  que  l’on  a  faites  pour 
l’expliquer  sont  restées  tout  à  fait  stériles. 

Magendie  avait  vu  qu’en  blessant  le  pédoncule  céré¬ 
belleux  inférieur,  le  tournoiement  se  faisait  du  côté 
correspondant  au  pédoncule  lésé.  Ce  fait,  il  ne  l’avait  pas 
mis  en  avant  pour  justifier  une  théorie  ;  c’est  en  essayant 
,4e  couper  la  cinquième  paire  dans  le  crâne,  en  introdui¬ 
sant  l’iustrument  en  arrière  dans  la  fosse  occipitale 
qu’il  avait  produit  les  symptômes  que  je  viens  de  vous 
rappeler  et  constaté  à  l’autopsie  la  lésion  du  pédoncule 


dation  de  faits  examinés  sans  idée  préconçue.  Plus 
tard ,  des  expérimentateurs  ont  répété  ces  expériences 
avec  les  mêmes  résultats.  D’autres  ont  vu-qué  l’animal 
tournait  du  côté  opposé  à  la  lésion  et  sont,  partis  de 
là  pour  attaquer  la  réalité  des  faits  rapportés  par  Ma¬ 
gendie  :  c’était  l’àcçuser  de  n’avoir  pas  su  distinguer  la 
droite  de  la  gauche.  Et  ici,  messieurs,  je  vous  rappelle¬ 
rai  une  règle  qui  devrait  toujours  être  observée  dans  les 
discussions  scientifiques  :  on  ne  doit  pas  venir  opposer 
une  dénégation  à  un  fait  et  avancer  légèrement  qu’un 
observateur  s’est  trompé;  le  débat  n’y  gagne  rien  en 

gagner  avoir  poser  des  contradictions  mais  seulement 
à  les  éclaircir.  B  faut  reconnaître  que  si  l’on  voit  autre 
chose  que  ses  prédécesseurs  c’est  que  les,eonditions  dans 
lesquelles  on  s’est  placé  ne  sont  plus  les  mêmes,  et  l’étude 
de  ces  conditions  peut  seule  conduire  à  des  appréciations 
utiles  à  la  vérité. 

Il  fallait  donc  ici  chercher  à  savoir  pourquoi,  dans  la 
blessure  du  pédoncule  inférieur  du  cervelet,  dans  certains 
Cas  l’animal  tourne  à  droite^  pourquoi  dans  d’autres  il 
tourne  à  gauche.  En  agissant  ainsi  on  aurait  vu,  comme 
je  l’ai  montré,  que  cela  dépend  de  la  partie  du  pédon¬ 
cule  qui  a  été  coupée. 

La  portion  de  ce  pédoncule  qui  se  trouve  en  avant  de 
l’origine  de  la  cinquième  paire,  et  celle  qui  se  touve  en 
arrière  de  cette  Origine,  donnent,  lorsqu’on  lés  blesse, 
des  effets  opposés. 


La  partie  postérieure,  qu’avait  blessée  Magendie  en 
introduisant  son  instrument  par  l’occipital,  lui  donna 
la  rotation  du  même  côté.  La  partie  antérieure  qu’oil 
blessa  lorsqu’on  arriva  en  avant  en  perforant  le 
temporal,  donna  la  rotation  du  côté  opposé  noté  par 
MM,  Lafargue  et  Longet. 

J’ai  essayé  ici  sur  un  lapin  de  savoir  ce  qui  arriverait 
si  l’on  coupait  tout  le  pédoncule,  mais  je  n’ai  pas  réussi. 
L’animal  n’a  pas  tourné,  et  il  est,  comme  vous  le  voyez, 
complétementparalysé.Quoiquelesdélabrementsfussent 
considérables,  l’autopsie  que  nous  faisons  montre.quela 
section  était  incomplète;  c’est  donc  une  expérience  à 
tenter  de  nouveau  avec  les  précautions  nécessaires, 

M.  Schiff,  de  Berne,  a  obtenu  les  mêmes  résultats 
que  nous,  relativement  à  la  partie  du  pédoncule  qu’il 
faut  blesser  pour  obtenir  une  rotation  du  corps  dans  un 
sens  déterminé. 

On  avoulu  ensuite  expliquer  le  mécanisme  par  lequel 
se  produit  ce  mouvement  de  rotation.  L’explication  de. 
Lafargue  ne  saurait  être  acceptée  :  il  pensait  qu’on  pro¬ 
duit  une  paralysie  de  tout  un  côté  du  corps,  hémiplégie 
croisée  telle  que  l’animal,  tombant  sur  le  côté  paralysé, 
tournerait  en.  raison  des  efforts  que  fait  le  côté  qui  a  con¬ 
servé  le  mouvement  pour  lutter  contre  cette  chuté.  Cette 
explication  n’a  aucune  valeur,  les  choses  se  passent  tout 
autrement  dans  cette  rotation  rapide  de  l’animal.  Quant 
à  l’hémiplégie  invoquée,  je  ne  l’ai  jamais  rencontrée 
chez  les  animaux,  et  je  ne  sache  pas  que  personne  l’ait 
jamais  vue.  J’ai  consulté  à  cet  égard  plusieurs  vétéri¬ 
naires  éminents  ;  tous  avaient  observé  fréquemment  des 


plégie  réelle. 

Si  l’on  tenait  absolument  à  se  faire  une  idée  de  la 
nature  de  ce  phénomène,  je  pense  qu’on  devrait  se  bor¬ 
ner  à  le  considérer  comme  étant  dû  à  la  rupture  d’un 
équilibre  physiologique.  Ce  défaut  d’équilibre  tiendrait- 
il  à  une  diminution  de  la  force  motrice  d’un  côté  ou  bien 
ê  une  exagération  de  la  force  motrice  de  l’autre  côté  ?  — 
Il  nous  semble  probable  qu’il  y  a  plutôt  exagération,  car 
nous  avons  vu  des  lésions  de  la  moelle  amener'  une  aug¬ 
mentation  absolue  de  la  sensibilité  qui  pouvait  être  net¬ 
tement  constatée  au  moyen  des  procédés  indiqués  par 
M.  L.  Türek. 

On  sait  aussi  que,  lorsqu’on  a  coupé  complètement  la 
moelle,  la  sensibilité  se  trouve  augmentée  ;  alors  en  effet 
la  strychnine,  qui  porte  son  action  spécialement  sur  la 
sensibilité,  agit  plus  rapidement  sur  les  parties  hyper- 
■  eslhésiées  que  sur  les  autres. 

Enfin,  un  autre  fait  très  intéressant  a  été  ajouté  par 
M.Brown-Sequard  à  cette  série  de  résultats  que  nous  de¬ 
vons  pour  le  moment  enregistrer  soigneusement,  en 
attendant  le  jour  où,  ils  seront  assez  nombreux  pour 
qü’on  puisse  leur  assigner  une  signification  physiologique. 

Lorsque,  sur  un  cochon  d’Inde,  on  coupe  dans  la  ré¬ 
gion  dorsale  une  moitié  latérale  de  la  moelle,  l’animal 
unefoisguéri,  la  cicatrisation  étant  terminée,  on  produit, 
en  pinçant  certaines  parties  de  la  face,  et  du  cou,  des 
mouvements  convulsifs,  épileptiformes.  L’irritation  du 
rameau  sous-orbitaire  de  la  cinquième  paire  les  produit 
le  plus  sûrement. 


C’est  là  un  fait  que,  dans  l’état  actuel  de  nos  connais¬ 
sances,  op  doit  encore  renoncer  à  expliquer  d’une  ma¬ 
nière  satisfaisante.  Je  crois  néanmoins  qu’il  faut  to'ujouis 
voir  dans  ces  phénomènes  dés  exagérations  de  l’activité 
nerveuse. 

Nous  possédons  encore  quelques  autres  faits  relatif 
aux  suites  de  la  blessure  de  différentes  parties  de  l’encé¬ 
phale.  A  la  suite  de  la  lésion  des  pédoncules  cérébraux, 
on  observe  des  mouvements  de  manège,  mouvements# 
course  circulaire  dirigée  tantôt  de  droite  à  gauche,  tan¬ 
tôt  de  gauche  à  droite,  selon  que  le  pédoncule  droit  ou 
le  gauche  a  été  blessé.  Quelquefois  ce  mouvement  se 
réduit  à  une  simple  rotation  du  train  antérieur  mobile 
autour  du  train  postérieur  fixe. 

Dans,  les  nombreuses  expériences  qu’ils  ont  faites  au¬ 
trefois  sur  les  propriétés  des  diverses  portions  de  l’èn- 
céphale,  Magendie  et  M.  Flourens  (1)  ont  encore  olp- 
servé  des  mouvements  de  progression  soit  en  avant  soit 
en  arrière. 

Le  recul  serait  déterminé  par  la  blessure  du  pédon¬ 
cule  postérieur  du  cervelet  :  il  est  toutefois  difficile  à 

D’après  Magendie,  la  blessure  des  corps  striés  déter¬ 
minerait  des  mouvements  de  progression  en  avant. 

Nous  avons  vu  arriver  ces  mouvements  de  progres¬ 
sions  irrésistibles  en  avant,  quand  on  asphyxie  un  ani¬ 
mal,  en  lui  liant  la  trachée ,  par  exemple  ,  et  en  lui 
laissant  la  liberté  des  mouvements. 

(5)  Recherches  expérimentales  sur  les  propriétés  et  les  fonctions 


Des  cas  pathologiques  ont  été  signalés,  dans  lesquels 
ces  mouvements,  observés  plus  haut ,  se  sont  retrouvés. 

M.  Serres  a  le  premier  remarqué  des  malades  atteints 
de  mouvements  de  rotation  suivant  l’axe  de  leur  corps; 
ces  malades,  dans  leur  lit,  tournaient  de  façon  à  s’en¬ 
rouler  de  leurs  draps.  Nous  avons  vu  quelque  chose 
d’analogue  chez  des  animaux  qui  survivaient  à  la  piqûre 
du  pédoncule  cérébelleux  ;  ils  se  roulaient  dans  la  paille 
de  manière  à  paraître  avoir  été  empaquetés. 

On  a  également  noté  chez  des  malades  les  mouve¬ 
ments  de  recul  ou  de  propulsion  en  avant. 

Magendie  a  cité  le  cas  d’un  de  ses  malades,  qui  malgré 
lui  marchait  en  avant  ;  quand  il  voulait  s’arrêter,  il  était 
obligé  de  fixer  devant  lui  sa  canne  terminée  par  une 
pointe  de  fer.  Pour  se  retourner,  il  était  donc  obligé  de 
s’arrêter  et  de  changer  ainsi  sa  direction,  après  quoi  il 
marchait  dé  nouveau  devant  lui. 

On  peut  vivre  quelquefois  longtemps  avec  des  lésions 
de  ce  genre,  et  je  ne  sache  pas  qu’on  ait  jamais  été  à 
même  de  faire  d’autopsies  dans  ces  cas.  Mais  il  est  très 
probable  qu’elles  montreraient  des  lésions  anatomiques 
qui  confirmeraient  les  faits  physiologiques  dont  nous 
avons  parlé. 

Messieurs,  nous  avons  dû  nous  borner  à  la  simple 
énumération  des  faits  dont  je  vous  ai  dernièrement  en¬ 
tretenus,  car  leur  signification  nous  échappe.  Peut-être, 
dans  la  deuxième  partie  du  cours,  aurons-nous  quelque 
occasion  d’y  revenir  et  de  vous  présenter  à  ce  sujet  des 
vues  nouvelles  et  plus  complètes- 

Pour  vous  montrer  de  quelle  nature  sont  les  mouve- 


192 


ABLATION 

ments  de  rotation  quejevousai-signalés  aujourd’hui, 
et  afin  que  vous  voyez  combien  il  est  impossible  de  lés 
expliquer  par  une  hémiplégie  simple,  nous  allons 
essayer  de  piquer  sur  ce  lapin  le  pédoncule  cérébelleux. 

L’opération  est  assez  difficile  parce  qu’on  n’a  plusj 
comme  pour  la  section  de  la  cinquième  paire,  la  ressource 
de  diriger  l’instrumentsur  une  surface  osseuse.  Lesp'oints 
de  repère  manquent  ici.  Nous  voici  entre  l’occipital  et 
l’atlas,  ét  nous  poussons  l’instrument  dans  la  direction 
que  nous  présumons  être  celle  qui  convient.  L’animal, 
après  cette  blessure,  tombe  dù  côté  lésé,  mais  il  ne 
tourne  pas  encore  très  vivement  ;  nous  allons  réintro¬ 
duire  l’instrument  et  faire  une  blessure  plus  élévée 
pour  amener  une  rotation  plus  complète. 

L’expérience  est  nette  maintenant  :  l’animal  tourne 
bien,  mais  quand  il  est  affaibli  et  fatigué,  il  ne  recom¬ 
mence,  à  tourner  qu’autant  qu’on  l’excite  en  le  pinçant. 

Nous  devons  citér  encore  ici  une  déviation  des  yeux 
qui  sont  dirigés  dans  le  sens  où  se  fait  la  rotation.  !  1 

L’opération  qne  nous  venons  de  vouç  montrer  est 
généralement  plus  facile  à  produire  chez  les  jeunes  la- 

Avant  de  terminer  ces  considérations  sur  les  pro¬ 
priétés  des  différentes  parties  des  centres  nerveux,  nous 
devons  vous  indiquer  que  les  expérimentateurs  qui  en 
ont  étudié  les  propriétés  ne  se  sont  pas  bornés  à  des  pi¬ 
qûres  ou  à  des  solutions  de  continuité  de  peu  d’étendue. 
On  a  fait  aussi  des  ablations,  et  vu  que  certaines  parties 
peuvent  manquer  sans  que  la  vie  soit  immédiatement 
détruite,  tandis  qu’il  n’en  est  pas  de  même  pour  d’autres. 


DES  HÉMISPHÈRES  CÉRÉBRAUX.  493 

La  moelle  allongée  ne  peut  être  enlevée  chez  un 
animal  élevé  sans  que  l’animal  périsse  aussitôt  :  c’est 
l’organe  le  plus  important  du  centre  nerveux,  celui  dont 
le  rôle  est  le  plus  nécessaire  à  la  vie.  Quant  à  la  moelle 
et  au  cerveau,  on  a  pu  en  enlever  des  portions  assez 
considérables  sans  produire  une  mort  rapide.  On  a  re¬ 
connu,  par  exemple,  en  enlevant  les  hémisphères  céré¬ 
braux,  que  ces  organes  ne  sont  pas  nécessaires  à  la  viè 
organique,  mais  qu’ils  sont  indispensables  aux  manifes¬ 
tations  de  la  vie  animale. 

M.  Flourens,  qui  a  fait  surtout  ses  expériences  sur 
des  oiseaux,  a  pu,  sans  les  tuer,  enlever  les  lobes  céré¬ 
braux.  Chez  ces  animaux,  le  sang  est  doué  d’une  grande 
force  plastique,  il  se  coagule  facilement,  ce  qui  empêche 
l’hémorrhagie  de  les  tuer.  Les  jeunes  mammifères  sont 
encore  dans  ce  cas.  Ainsi,  voici  de  petits  chats  qu’on  a  ap¬ 
portés  dans  mon  laboratoire,  ils  sont  malades  et  n’ont  pas 
teté  depuis  longtemps;  néanmoins  nous  allons  vous 
montrer  qu’ils  peuvent  survivre  à  l’ablation  du  cerveau. 

Une  incision  médiane  de  la  peau  nous  amène  sur  la 
calotte  crânienne  que  nous  détachons  avec  des  ciseaux; 
puis,  avec  le  dos  d’un  bistouri,  nous  détachons  le  cerveau, 
respectant  la  moelle  allongée  et  aussi  le  cervelet ,  à 
causede  l’intimité  de  ses  rapports  avec  le  pontde  Varole. 

Ce  petit  chat  ne  meurt  pas  immédiatement,  il  res¬ 
pire  librement,  ses  cris  se  font  entendre,  il  pourrait  téter. 
Toutefois  ses  mouvements  ne  sont  pas  volontaires  et 
doivent  être  attribués  à  une  réaction  inconsciente  pro¬ 
voquée  par  diverses  excitations  extérieures,  ou  par  la 
secousse  de  l’opération-. 


494  ABLATION  DÉS  HÉMISPHÈRES  CÉRÉBRAUX. 

M.  Flourensa  pu  voir  sur  des  poules  qui  ont  survécu  plu¬ 
sieurs  mois  à  l’ablatiou  des  hémisphères  cérébraux  que 
ces  animaux  complètement  immobiles,  privées  de  là  vue, 
trituraient  néanmoins,  avalaient  et  digéraient  les  graines 
qu’on  leur  mettait  dans  le  bec;  jetées  en  l’air  elles  vo¬ 
laient,  mais  leurs  mouvements  avaient  perdu  toute  Spon¬ 
tanéité.  Il  Semblait  qu’on  leur  avait  simplement  enlevé 
la  volonté.  Si  notre  petit  chat  avait  sa  mère,  il  pourrait 
teter  et  vivre  encore  quelques  jours,  assez  pour  périr, 
non  de  l’opération  immédiate,  mais  dé  sès  suites. 


VINGT-SIXIÈME  LEÇON. 


SOMMAIRE  :  Du  liquide  céphalo-rachidien.  -  Son  siège.  -  Ses  pro¬ 
priétés  physiques  et  chimiques.  —  Phénomènes  consécutif  à  son  abla- 


Messiedrs  , 


Une  question  importante  nous  reste  à  examiner  :  celle 
relative  au  liquide  céphalo-rachidien  qui  entoure  les 
centres  nerveux  dans  les  trois  premières  classes  des  ver¬ 
tébrés,  et  qui  est  remplacé  chez  les  poissons  par  une 
matière  d’aspect  graisseux  plus  consistante. 

L’histoire  anatomique  et  physiologique  du  liquide 
céphalo-rachidien  se  trouve  tout  entière  dans  les  tra¬ 
vaux  de  Magendie.  Contrairement  à  l’idée  de  Bichât 
qui  le  plaçait  entre  les  deux  feuillets  de  l’arachnoïde, 
le  liquide  céphalo-rachidien  est  placé  au-dessous  du 
feuillet  viscéral  de  cette  séreuse.  J’ai  autrefois,  étant 
interne  de  Magendie ,  eu  souvent  à  le  montrer  sur 
l’homme;  voici  comment  je  procédais  : 

Le  cadavre  étant  incliné,  la  tête  haute,  le  bassin  plus 
bas,  j’ouvrais  le  canal  vertébral  dans  sa  partie  inférieure, 
et  j’enlevais  la  calotte  osseuse  du  crâne  sans  intéresser  la 
dure-mère;  cette  dernière  opération  permettait  à  l’air 
extérieur  d’exercer  sa  pression.  Le  liquide  s’accumulait 


496 


à  la  partie  inférieure  du  canal  rachidien  où  on  le  voyait 
très  facilement.  Alors,  soulevant  la  dure-mère  avec 
des  pinces,  j’incisais  avec  des  ciseaux  la  lame  soulevée, 
et  avec  elle  le  feuillet  pariétal  de  l’arachnoïde  dont  elle 
est  tapissée.  On  trouve  alors  le  liquide  dans  la  cavité  de 
l’arachnoïde  ;  aucun  écoulement  de  liquide  n’a  lieu  :  cè 
n’est  qu’en  incisant  le  feuillet  profond  que  l’on  donne 
issue  au  liquide  céphalo-rachidien  accumulé  derrière  lui. 
Depuis  longtemps  déjà,  tout  le  monde  reconnaît  que  le 
liquide  céphalo-rachidien  est  extérieur  à  l’arachnoïde;  il 
n’y  a  plus  aujourd’hui  de  doute  à  cet  égard. 

A  quoi  sert  ce  liquide? 

Magendie  avait  pensé  d’abord  que  la  régularité  des 
mouvements  était  liée  à  sa  présence.  Il  l’avait  enlevépar 
une  solution  de  continuité  de  la  membrane  occipito- 
atloiaienne,  et  avait  vu  son  ablation  être  suivie  d’une 
titubation  rappelant  assez  bien  celle  de  l’ivresse. 

Magendie  racontait,  dans  ses  cours  que  plus  tard  il 
lui  arriva,  faisant  l’expérience  sur  des  cochons  d’Inde, 
d’être  dérangé  au  moment  où,  après  avoir  coupé  trans¬ 
versalement  les  muscles  de  la  nuque,  il  se  disposait  à 
ponctionner  la  membrane  occipito-atloïdienne  mise 
à  nu.  Lorsque,  quelque  temps  après,  il  revenait  pour 
terminer  son  opération,  il  était  bien  surpris  en  trou¬ 
vant  chez  l’animal  cettë  titubation  qu’il  avait  d’abord 
attribuée  à  la  soustraction  du  liquide  céphalo-rachidien. 
D  reconnut  aussitôt  son  erreur.  Plus  tard,  M.  Longet 
répéta  ces  expériences ,  et  vit  également  que  la  section 
des  muscles  seuls  de  la  nuque  amène  la  titubation. 

Chez  les  oiseaux  il  n’y  a  pas  de  titubation  produite 


par  la  section  des  muscles  de  la  nuque,  mais  ces  animaux 
ne  peuvent  plus  voler.  C’est  ce  qui  semblerait  résulter 
de  l'expérience  suivante. 

J’ai  coupé  les  muscles  de  la  nuque  sur  un  pinson.  Après 
l’opération,  l’animal  marchait  très  bien,  sautait  sans  ti¬ 
tuber,  maisil  ne  pouvait  plus  voler. 

Lorsqu’on  le  mettait  sur  la  table  et  qu’il'arrivait  au 
bord,  il  tombait  à  terre  comme  une  masse  inerte  sans 
chercher  à  voler. 

On  a  ouvert  ensuite  la  membrane  ocèfpito-atloïdienne 
et  l’animal  est  mort  aussitôt;  peut-ètrè  avait-on  touché 
le  bulbe  rachidien  ?  . 

je  n’ai  pas  eu  l’occasion  de  répéter  cette  expérience 
chez  d’autres  oiseaux;  il  serait  intéressant  cependant  de 
voir  si  chez  tous  les  oiseaux  on  détruirait  ainsi  la  faculté 
du  Vol  par  la  section  des  muscles  de  la  nuque. 

J’ai  fait  quelques  expériences  sur  la  soustraction  du 
liquide  céphalo-rachidien  ;  elles  m’ont  conduit  à  rècdn- 
naître  qu’il  est  possible  d’enlever  ce  liquide  sans  couper 
les  muscles  de  la  nuque,  de  telle  façon  que  l’animal  ne 
soit  pris  d’aucun  accident  immédiatement  apparent. 

Eour  enlever  le  liquide,,  je  fais  l’incision  en  arrière 
sur  la  ligne  médiane,  dans  le  raphé  qui  sépare  les 
masses  musculaires  de  la  nuque;  ensuite  je  perce  la 
membrane  oCcipito-atloïdienne.  L'animal  n’éprouve 
aucun  effet  bien  sensible.  Le  liquide  s’écoule  cependant, 
car  nous  verrons  plustard  qu’il  est  soumis  dans  lé  canal 
rachidién  à  une  pression  qui  n’est  pas  aussi  considé¬ 
rable  que  celle  du  sang.  Alors  donc  que  l’air  peut  entrer 
librement  par  la  plaie,  l’écoulement  du  liquide  céphalo¬ 
rachidien  ne  produit  pas  immédiatement  d’accidents; 


498 


CÉPHALO-ÉACHIDIEN. 


mais  cette  soustraction  peut  avoir  des  suites  très  graves 
lorsqu’on  empêche  l’accès  de  l’air  en  même  temps  qu’on 
aspire  le  liquide.  C’est  ce  qui  se  produit,  lorsqu’au  lieu 
d’inciser  la  membrane  on  la  ponctionne  obliquement 
avec  un  trocart  fin,  et  qu’on  retire  le  liquide  par  l’aspi¬ 
ration  d’une  seringue  adaptée  au  trocart. 

L’aspiration  du  liquide  n’est  d’abord  suivie  d’aucun 
phénomène  marqué,  mais  bientôt,  quand  la  quantité 
enlevée  devient  un  peu  considérable,  l’animal  s’affaiblit 
d’abord,  puis  il  tombe  quelquefois  comme  frappé  d’une 
paralysie  générale. 

A  l’autopsie,  j’ai  trouvé  que  dans  la  moelle  de  ces  ani¬ 
maux  (qui,  bien  entendu,  n’avait  pas  été  blessée  par  le 
trocart)  étaient  disséminés  une  infinité  de  petits  points 
apoplectiques.  La  moelle  était  comme  tuméfiée.  Son 
canal  central,  assez  difficile  à  apercevoir  pour  qu’on  en 
ait  nié  l’existence  à  une  certaine  époque,  peut  parfois 
dans  ces  cas  recevoir  dans  sa  cavité  :un  stylet:  ordinaire. 

Dans  un  cas  où,  en  faisant  cette  expérience,  nous 
avions  blessé  les  sinus  veineux  de  la  moelle  et.  produit 
une  petite  hémorrhagie,  ce  canal  central  delà  moelle 
était  rempli  par  un  caillot  qui  en  occupait  toute  la  lon¬ 
gueur  et  Je  rendait  très  visible  par  cette  sorte:  d’injection  . 

Les  lésions  que  nous  venons  de  signaler,  ne  peuvent 
s’expliquer  parle  défaut  dépréssion  sur  les  centres  ner¬ 
veux  résultant  de  l’ablation  du  liquide  céphalo-rachidien . 
Nous  verrons  en  effet,  comment,  par  un  mouvement  ée 
flux  et  de  reflux ,  ce  liquide  régularise  la  circulation  dans 
la  moelle  en  exerçant  sur  les  vaisseaux  une  pression  qui 
fait  équilibre  à  celle  du  sang  qu’ils  renferment.  Cette 
contre-pression  venant  à  manque^  les  hémorrhagies  se 


'DE  SA  SOUSTRACTION. 


produiseut  dans  la  substance  nerveuse  comme  se  pro¬ 
duisent  les  ecchymoses  dans  un  membre  qu’on  placerait 
dans  le  vide,  comme  se  produisent  encore  dans  un  air 
raréfie,  les  hémorrhagies  pulmonaires  ou  nasales. 

Magendie  a  le  premier  précisé  la  situation  du  li¬ 
quide  céphalo-rachidien  et  attiré  l’attention  sur  ses  pro¬ 
priétés;  il  a  montre  que  ce  fluide  diffère  essentiellement 
de  Iasérôsiié.  Malgré  cela  vous  verrez  tous  les  jours 
noter,  dans  des  relations^  d’autopsie,-  qu’on  a  trouvé  de 
Udsérosité  dans  les  ventricules,  et  attribuer  à  cette  séro¬ 
sité-une  origine  pathologique.  Or  ce  liquide  qü’on 
trouve  dans  les  ventricules  n’est  pas  de  la  sérosité  : 
c’est  du  liquide  céphalo-rachidien,  produit  physiolo¬ 
gique  que  l’on  prend  à  tort  pour  un  produit  d’origine 
pathologique. 

Placé  dans  la  cavité  sous-arachnoïdienne,  séparé  dés 
centres  nerveux  seulement  par  leur  membrane  vascu¬ 
laire,  la  pie-mère,  le  liquide  céphalo-rachidien  remplit 
tout  le  vide  qui  existe  entre  la  moelle  et  le  canal  verté¬ 
bral.  11  ne  faut  donc  pas  s’en  rapporter  à  certaines 
planches  d’anatomie,  dont  beaucoup,  même  assez  ré¬ 
centes,  montrent  le  canal  vertébral  rempli  par  la 
moelle.  On  espace  assez  considérable  la  sépare  des  parois 
du  canal,  espacé  d’autant  plus  grand  que.  l’on  considère 
-une  partie  de  la  colonne  vertébrale  jouissant  de  mouve¬ 
ments  plus  étendus. 

Au  niveau  du  quatrième  ventricule,  le  liquide  céphalo- 
‘râchidieh  pénètre  d’abord  dans  ■  ce  ventricule  et  se 
répand  successivement  dans  les  autres.  L’aqueduc  de 
Sylvius  lui  donne  passage  du  .quatrième  dans  le  troi¬ 
sième;  il  passe  de  là,  par  les  trous  de  Monro.,  dans 


500  LIQUIDE  CÉPHALO-RACHIDIEN. 

les  ventricules  latéraux,  d’où  il  s’étend  jusque  dans  les 
ventricules  olfactifs  chez  les  animaux  qui  en  ont,  chez 
les  chiens,  par  exemple.  On  peut  avoir  une  preuve  de 
la  réalité  des  communications  que  je  viens  de  vous  indi¬ 
quer  en  appliquant  une  couronne  de  trépan  au  niveau 
du  ventricule  olfactif  d’un  chien,  et  en  versant  dans  ce 
ventricule  un  peu  d’un  liquide  coloré,  dont  la  teinte 
s’étendra  de  proche  en  proche  au  liquide,  situé  d’abord 
dans  les  ventricules,  puis  autour  de  la  moelle.  Souvent 
j’ai  vu  que,  dans  ce  cas,  le  liquide  injecté  par  les 
ventricules  olfactifs  passait  dans  le  troisième  et  dans  le 
quatrième  ventricule  et  daus  l’espace  sous-arachnoïdien,' 
sans  pénétrer  dans  les  ventricules  latéraux. 

Magendie  avait  comparé  les  centres  nerveux  protégés 
par  le  liquide  qui  les  baigne  à  l’extérieur  et  à  l'inté¬ 
rieur,  au  fœtus  dans  l’amnios,  comparaison  qui  donne 
une  idée  exacte  du  rôle  protecteur  du  liquide  céphalo¬ 
rachidien,  et  montre  de  quelle  nature  sont  ses  rapports 
anatomiques  avec  les  centres.  Mais  là  ne  se  bornent  pas 
ses  usages  :  constamment  en  mouvement,  il  agite  con¬ 
tinuellement  les  organes  nerveux  centraux.  Le  liquide 
céphalo-rachidien  est,  en  effet,  soumis  à  des  oscillations 
qui  répondent  aux  mouvements  respiratoires,  et  dont 
nous  allons  établir  le  rapport  avec  ces  mouvements. 

Le  centre  nerveux  est,  nous  le  savons,  entouré  par 
un  réseau  de  vaisseaux  artériels  et  veineux  qui  se  ra¬ 
mifient  dans  la  pie-mère;  outre  cela,  il  possède  un  sys¬ 
tème  vasculaire  veineux  particulier,  le  système  des 
sinus.  Ce  sont  eux  qui,  se  remplissant  et  se  vidant 
alternativement,  produisent  les  mouvements  du  liquide 
céphalo-rachidien. 


SES  MOUVEMENTS;  501 

Au  moment  de  l’inspiration,  il  y  a  appel  de  sang  dans 
les  poumons,  les  veines  se  vident;  mais  bientôt,  pen¬ 
dant  que  se  prolonge  l’expiration,  le  sang  est  chassé 
du  poumon  et  la  circulation  s’y  ralentit,  alors  le  sang 
stagne  et  s’accumule  dans  les  veines  qu’il  distend. 

Toutefois,  il  ne  faudrait  pas  croire  que  l’aspira¬ 
tion  du  poumon  amène  une  vacuité  relative  de  tout  le 
système  veineux  ;  elle  ne  i  fait  sentir  ses  effets  que 
dans  les  vaisseaux  veineux  les  plus  rapprochés  du 
thorax.  M.  Poiseuille  a  fait,  pour  reconnaître  jusqu’où 
cette  aspiration  pouvait  faire  sentir  ses  effets,  des  ex¬ 
périences  qui,  d’accord  avec  les  observations  d’en¬ 
trée  accidentelle  d’air  dans  les  veines,  montrent  que 
cette  action  aspirante  ne  s’étend  pas  loin  dans  les 
membres. 

Mais  cet  appel  du  sang  veineux  dans  le  poumon,  par 
les  mouvements  d’inspiration,  n’est  pas  la  seule  cause 
de  sa  progression  dans  les  veines.  A  une  distance  plus 
grande  du  poumon,  les  petites  veines  sont  vidées  dans 
le  sens  de  la  circulation  par  la  compression  que  leur  font 
éprouver  les  mouvements  des  parties  dans  lesquelles  elles 
sont  situées. 

Si  la  circulation  veineuse  générale  est  aidée  par  ces 
deux  ordres  de  causes,  il  n’en  est  plus  dé  même  pour 
la  circulation  de  la  moelle.  Ici  les  mouvements  muscu¬ 
laires  sont  nuis  pour  comprimer  les  tissus.  Des  deux 
causes  de  progression  du  sang  que  nous  venons  d?exa- 
miner,  une  seule  agit  donc  :  l’aspiration  du  poumon. 
Or,  la  disposition  des  sinus,  système  de  veines  toujours 
béantes,  permet  à  cette  aspiration  d’agir  fort  loin,  et 
de  suppléer  ainsiau  dëfautdes  mouvements.  C’est  donc  la 


502  LIQUIDE  CÉPHALO-RACHIDIEN. 

respiration  qui  règle  ici  là  circulation  veineuse  des  centres 
nerveux.  Lorsqu’on  a  étudié,  l’influence  dès  mouvements 
respiratoires  sur  la  circulation  veineuse;  on  n’a  pas  songé 
à  étudier  quelle  modification  elle  éprouvait  par  la  dis¬ 
position  des  sinus.  Ces  modifications,  que  j’ai  signalées, 
sont  l’extension  à  tout  le 'systèmëde  l’aspiration  pulmo¬ 
naire,  extension  nécessaire  en  raison  de  l'insuffisance 
des  autres  agents  de  propulsion  du  sangudans  le  système 

Le  gonflement  des  sinus  vertébraux  pendant  l’expira¬ 
tion  chasse  én  haut,  autour  des  hémisphères  et  dans  les* 
ventricules,  le  liquide  céphalo-rachidien.  Leur  vacuité 
au  moment  de  l’inspiration  lui  permet  de  redescendre. 
Le  mouvement  de  bas  en  haut  correspond  doriteà.l’ex-: 
piration,  celui  de  haut  en  bas,  à  l'inspiration.  .  .  hn-uu 

Dans  les  plaies  de  tète,  il  y  a  souvent  issue  du  liquide 
céphalo-rachidien.  M.  Laugier,  qui  ema  signalé  plu¬ 
sieurs  observations,  Ja  vu  qu’il  s’échappait  en  suivant  les 
mouvements  de  l’expiration. 

On  comprend  parce  rôle  du  liquide  céphalo-rachir 
dien.  destine  a  combler  les  vides  que  laisse  le  sang  dans 
ses  oscillations,  comment,  dans  une  expiration  prolon¬ 
gée,  l’accumulation  du  sang  dans  le  système  des  sinus, 
peut,  augmentant  la  pression  du  liquide  céphalo-rachit. 
dien,  déterminer  sur  l’encéphale  des  phénomènes  même 
de  compression  ,  qui  ne  sont  pas  toujours  sansinconvë- 

Lorsque  la  colonne  vertébrale  perd  ses  mouvements 
dans  les  ëspèces  où  elle  est  un  axe  rigide,  chez  laplupart' 
des  .poissons ,  l’intervention  protectrice  du  liquide  cé-' 
phalo-râchidien  est  moins  nécessaire;  aussi  disparaît— il 


plus  ou  moins  complètement  pour  être  remplacé  par 
une  matière  particulière  plus  consistante. 

Les  expériences  physiologiques  et  les-  cas  patholo¬ 
giques  offrent  encore  à  notre  observation  un  fait  cu¬ 
rieux,  relatif  à  la  facilité  avec  laquelle  ce  liquide  se 
reproduit. 

à  la  suite  des  fractures  du  rocher,  il  peut  y  avoir  un 
écoulement  considérable  du  liquide  céphalo-rachidien. 
J’ai  vu  à  l’Hôtel-Dieu  Un  malade  en  perdre  plusieurs  litres 
en  vingt-quatre  heures.  Il  était  impossible  d’admettre 
que  cet  écoulement  fût  séreux,  qu’il  représentât  le  sérum 
provenant  d’une  hémorrhagie.  Les  caractères  chimi¬ 
ques  du  liquide  écoulé  le  différenciaient  d’ailleurs  du 
sérum  ,  et  le  rapprochaient  du  liquide  céphalo-rachi¬ 
dien  ;  il  ne  coagulait  pas  par  la  chaleur,  ne  contenait  par 
conséquentpas  d’albumine. 

La  quantité  du  liquide  céphalo-rachidien  est  va¬ 
riable:  elle  m’a  semblé  être  moindre  pendant  l’absti¬ 
nence.  Sa  détermination  dans  les  cas  particuliers  est 
sans  intérêt;  il  faudrait,  pour  que  cette  estimation  eût 
quelque  valeur,  pouvoir  en  fixer  les  limites  extrêmes  et 
reconnaître  comment,  elles  varient  suivant  la  taille  et 
l’espèce  des  sujets. 

Je  désire  vous  montrer  aujourd’hui  ce  liquide,  afin 
que  vous  ne  puissiez  plus  le  confondre  avec  la  sérosité. 

Pour  cela,  nous  avons  pris  ce  chien,  mis  à  nu  la 
membrane  occipito-aüoïdienne,  en  écartant  simplement 
les  muscles.  Maintenant  la  dure-mère  est  à  nu,  ët  l’on 
peut  lavoir  soulevée  de  temps  en  temps  par  les  oscilla¬ 
tions  du  liquide  céphalo-rachidien.  En  piquant  la  duré: 
mère  avec  un  tube  effilé  et  aspirant,  nous  en  avons  une 


50i  LIQUIDE  CÉPHALO-RACHIDIEN. 

petite  quantité  ;  mais  il  est  mélangé  de  sang,  et  se  .trouve- 
ainsi  privé  de  son  caractère  le  plus  remarquable  :  celui 
d’être  un  liquide  non  albumineux.  e,  '■>■  l 

On  va  préparer  un  lapin  sur  lequel  nous  essayerons 
d’en  obtenir  dans  de  meilleures  conditions. 

Voici  un  lapin  sur  lequel  nous  allons  recueillir  du; 
liquide  céphalo-rachidien.  Notre  .but  étant  simplement 
d’avoir  ce  liquide,  nous  allons.. couper  transversale¬ 
ment  les  muscles  du  cou  pour  avoir  une  plaie  plus  large, 
plus  facile  à  observer.  Notre  seule  précaution  est  main¬ 
tenant  d’éviter  la  blessure  des  sinus  veineux,  qui  ferait 
périr  l’animal  par  introduction  de  l’air  dans  le  système 

Ce  petit  tube  effilé,  engagé  sous  la  dure-mère,  nous 
a  permis  de  recueillir  une  certaine  quantité  de  liquide 
céphalo-rachidien  qu’on  va  vous  faire  passer ,  et  que 
vous  verrez  parfaitement  limpide.  Nous  en  recueillons 
encore  ici  une  autre  petite  quantité,  toujours  sans  as¬ 
pirer,  afin  d’éviter  d’amasser  du  sang.  Le  tube  étant  en 
place,  vous  voyez,  à  chaque  expiration  de  l’animal,  le 
niveau  du  liquide  s’y  élever  un  peu. 

Ce  liquide,  chauffé,  ne  coagule  pas;  il  s!est  seulement 
un  peu  desséché,  abandonnant  sur  les  parois  du  tube 
une  partie  des  sels  qu’il  tenait  en  dissolution. 

Quant  au  liquide  mêlé  de  sang  que  nous  avons  tout  à 
l’heure  recueilli  sur  le  chien,  vous  voyez  qu’en  le 
chauffant  il  nous  donne  un  coagulum  albumineux  qui, 
bien  évidemment,  appartient  au  sang  avec  lequel  il  a  été 
mélangé.  Le  liquide  céphalo-rachidien  renferme  égale¬ 
ment  du  sucre,  mais  nous  nous  sommes  occupé  ailleurs 
de  cette  question  (tome  I"dc  nos  Leçons  de  physiologie.) 


VINGT-SEPTIÈME  LEÇON. 


Après  avoir  établi  les  distinctions  qu’il  convient  de 
faire  entre  les  propriétés  et  les  fonctions  du  système 
nerveux;  après  avoir  poussé  plus  loin  la  séparation,  et 
vous  avoir  montré  que  des  caractères  bien  tranchés  de¬ 
vaient  faire  admettre  des  divisions  dans  les  fonctions, 
il  est  utile  de  voir  si  les  faits  constatés  chez  les  vertébrés 
peuvent  être  étendus  aux  animaux  des  classes  infé^ 
rieures,  et  considérés  ainsi  comme  tout  à  fait  généraux. 

-  :  L’induction  ne  saurait  ici  suffire  :  en  effet,  quelque 
démontrée  que  soit  une  proposition,  l’induction  et  l’ana¬ 
logie  ne  doivent  jamais  être  considérées  comme  des 
raisons  suffisantes  pour  la  généraliser;  la  conclusion 
ne  saurait  venir  qu’après  une  vérification  expéri- 
mentale. 

Récemment  des  études .  directes  ont  été  entreprises 
sur  les  animaux  invertébrés.  On  a  répété  sur  eux  quel¬ 
ques-unes  des  expériences  qui  avaient  été  faites  sur  les 


svstème  nerveux,  et  voyant  les  troubles  que  ces  des. 
tractions  amènent  dans  le  jeu  des  fonctions, -M.  le  doc* 
teur  Ernest  Faivre  (1)  est  arrivé  à  des  résultats  pleins 
d’intérêt,  résultats  dont  je  veux  aujourd’hui  vous  entre¬ 
tenir,  et  que  j’aurai  à  comparer  à  ceux  qui  s’obtiennent 
lorsqu’on  opère  sur  des  animaux  supérieurs.  Vous  verrez 
par  là  que  quelle  que  soit  l’analogie,  que  quelque  légi¬ 
times  que  puissent  paraître,  au  premier  abord,  les 
vues  de  l’induction,  on  trouve  toujours  de  l'imprévu 
dans  les  résultats  de  l’expérience,  <  «Mute 
Et  d’abord ,  comparons  la  constitution  dii  système 
nerveux  chez  les  animaux  inférieurs  à  cèllë-qu’il  nous  a. 
présentée  chez  les  animaux  supérieurs.  .  aMfj 
Examinant  les  éléments  nerveux  pour  chercher  l’exé: 
pression  morphologique  la  plus  simple  .de  ce:  système,, 
on  trouve  déjà:  les  éléments  plus  simples  jchèz  les  in¬ 
vertébrés  que  chez  les  vertébrés. 

La  première  expression  que  l’on  observe  est  une  réu¬ 
nion  de  quelques,  cellules  bipolaires  avéc  leurs  prolon¬ 
gements,  constituant  à  elle  seule  toutMe  système  ner¬ 
veux.  Chez  certains  rotateurs ,  F.  Leydig  a  vu  tout  le 
système  nerveux  être  constitué  par  trois  ou  quatre  de  ces 
cellules  indépendantes  les  unes  des  autres.  À  un  degré 
de  perfectionnement  un  peu  plus  avancé  ,  ces  cellules 
sont  réunies  dans  une  enveloppe  commune  ;  on  a  alors 
un  ganglion.  En  remontant  la  série ,  on  trouve  ensuite 
que  ces  ganglions,  qui  ont  d’abord  augmenté  en  nombre, 


double  chaîne,  de  laquelle  émanent  des  filets  latéraux. 
Chez  ces  animaux,  deux  .chaînes  longitudinales  et  parat 

latérales.  A  mesure  que  l’organisation  s’élève,  les  deux 
ganglions.latéraux  correspondants  se  rapprochent  et  se 
confondent.  En  s’élevant  encore  davantage,  on  trouve 
un  cerveau  rudimentaire  dans  un  ganglion  supérieur, 
placé  au-dessus  de  l’œsophage.  Ce  ganglion  supérieur 
est  relié  à  uu  ganglion  sous-œsophagien,  cerveau  infé¬ 
rieur, idont  nous  aurons  bientôt  occasion  d’examiner  le 
rôle.  Ce  système  de  ganglions,  que  nous  voyons  se  for¬ 
mer,  s’étendre,  se  perfectionner  à  mesure  què;  nous 
remontonsdans  la  sérié  animale ,  sont  les  analogues  du 
système’central  cérébro-spinal  des  animaux.élevés.  Le 
perfectiônnèment  de  ce  système  semble  résulter  d’une 
double  tendance  de  rapprochement  latéral  entre  les  par¬ 
ties  correspondantes  des  deux  chaînes  antéro-posté¬ 
rieures  ,  et  de  rapprochement  antéro-postérieur  entre 
lespàrties  constituantes  de  ces  chaînes  latérales.  Voyons 
confinent  en  sont  constituées  les  différentes  parties. 

Chez  le  lombric  et  chez  la  sangsue ,  toute  la  'face 
inférieure  de  la  chaîne  ganglionnaire  est'  celluleuse.-' 
toute  la  face  supérieure  est  fibreuse.  Le  cerveau  offre 
une  texture  analogue.  Dans  les  ganglions  de  ce  systèpre, 
ces  cellules  de  la  face  inférieure  sont  toutes  ïpbïàires 
ou  unipolaires.  De  ces  ganglions  partent  des  filets  lon¬ 
gitudinaux  destinés  à  les  relier  entre  eux  eta  en  former 
une  chaîne,  et  des  filets  transversaux  qui- vont  se  ré¬ 
pandre  dans  les  organes  et  fournissent  la  commissure 


t  deux  ganglions  correspondants.  Chez  la  sang- 
ouve  une  cellule  /'entre  les  deux  filets  de  chacun 
)ncs  latéraux  (fig.  65) .  s  ü 


DES  ANIMAUX  INVERTÉBRÉS.  509 

plusieurs  formes.  Dans  la  sangsue,  la  fibre  primitive 
ressemble  à  un  tube.  Elle  renferme  une  substance  uni¬ 
formément  granuleuse;  il  est.impossible  d’y  distinguer 
deux  éléments,  d’y  voir  un  cylindre  d’axe  et  une  moelle. 
Toutefois,  cette  matière  granuleuse  peut  représenter  lè 
mélange  de  deux  substances  de  nature  différente,  et  le 
nerf  de  la  saDgsue  s’offrir  ainsi  dans  les  mêmes  condi¬ 
tions  que  la  fibre  primitive  des  vertébrés.  On  trouve,  en 
effet,  que  le  contenu  des  tubes  primitifs  de  la  sangsue 
est  formé  d’une  matière  azotée  analogue  à  Celle  qui 
constitue  le  cylindre  d’axe,  et  d’une  matière  grasse  qui 
représente  ici  l’élément  médullaire. 

Chez  d’autres  espèces,  le  lombric,  par  exemple,  les 
tubes  primitifs  sont  formés  par  une  série  de  renflements 
fusiformes  reliés  entre  eux  par  des  parties  plus  effilées. 

Chez  les  insectes  et  les  crustacés,  on  ne  distingue  plus 
de  tubes  primitifs  isolés,  mais  une  seule  gainé  renfer¬ 
mant  une  matière  granuleuse  et  des  noyaux. 

Avant  de  passer  à  l’examen  des  propriétés  de  ces 
tubes  nerveux ,  je  désire  vous  montrer  quelques  expé¬ 
riences  sur  les  masses  cérébrales  et  ganglionnaires  de 
ces  animaux,  afin  de  vous  faire  mieux  sentir  que  s’il  y 
a  des  analogies  avec  ce  que  nous  avons  vu  chez  les  ani¬ 
maux  supérieurs,  il  existe  aussi  des  différences  assez 
remarquables. 

Chez  les  dytiques,  le  cerveau  est  représenté  par  deux 
renflements  ganglionnaires  :  un  supérieur,  sus-oesopha¬ 
gien,  formé  de  deux  lobes,  constitue  le  cerveau  supé¬ 
rieur;  un  autre,  médian  et  sous-œsophagien,  est  le 
cerveau  inférieur. 


Lorsqu’on  enlève  un  lobe  du  cerveau  supérieur,  la 
direction  des  mouvements  se  trouvé  troublée  :  ainsi 
l’ablation  de  l’hémisphère  droit  amène  la  rotation  à 
gauche,  et  réciproquement.  Et  ici  d’on  ne  peut  pas  voir, 
dans  cette  tendance  à  la  rotation,  le  résultat  de  l’affai¬ 
blissement  d’un  côté  du  corps  :  la  rotation  est  le  résultat 
dé  mouvements  d’ensemble,  parfaitement  coordonnés, 
etn’accuse  pas-du  tout  la  prédominance  d’une  moitié 
du  corps,  ayàntconservé  son  énergie,  sur  l’autre  moitié 
qui  serait  paralysée. 

Lorsqu’on  a  enlevé  un  des  ganglions  cérébraux 
supérieurs,  et  qu’ensuite  on  en  coupe  un  des  connectifs 
entre  le  mésothorax  et  le  métathorax,  on  observe  tou¬ 
jours  la  rotation  du  côté  opposé  à  celui  où  on  a  enlevé 
le  ganglion;  mais  cette  rotation  se  produit  par  un  inë 
canisme  différent;  selon  que  le  connectif  coupé  ensuite 
l’a  été  d’un  côté  ou  de  l’autre. 

Voici  deux  dytiques.  Sur  le  premier,  on  a  Coupe  lé 
connectif  droit;  le  lobe  droit  du  cerveau  était  enlève. 
L’animal  tourne  à  gauche  en  se  servant  des  pattes 
gauches,  qui  l’attirent  dans  le  sens  de  la  rotation  ^'ef¬ 
fectuer. 

Chez  cet  autre  dytique,  dont  le  lobe  droit  a  été  enlevé, 
et  qui  par  conséquent  doit  tourner  à  gauche,  on  coupé 
le  connectif  gauche,  Eh  bien!  l’animal  tourne  toujours' 
à  gauche;  seulement,  comme  les  pattes  droites  sont 
les  seules  dont  l’usage  lui  reste ,  il  s’en  sert  pour  se 
pousser. 

Dans  un  cas,  le  dytique  tourne  en  s’attirant  avec  les 
membres  du  côté  où  se  fait  la  rotation  ;  dans  l’antre, 


INVERTÉBRÉS. 


il  tourne  en  se  poussant  avec  les  membres  du  côté 
opposé.:  • 

Le  cerveau  supérieur  des  insectes  agit  donc  sur  la 
direction  des  mouvements.  Des  phénomènes  analogues, 
déterminés  chez  les  animaux  supérieurs  par  l’ablation 
des  lobes  cérébraux,  nousnnt  montré  qu’il  en  était  ainsi 
chez  les  vertébrés. 

M.  Faivre  a  enlevé  chez  cet  autre  dytique  le  ganglion 
cérébral  inférieur.  L’animal  reste  complètement  immo¬ 
bile;  il  a  perdu  toute  spontanéité  et  n’offre  plus  que  des 
mouvements  réflexes,  qui  apparaissent  lorsqu’on  vient 
à  l’exciter.  Nous  trouvons  encore  là  quelque  analogie 
avec  ce  qui  se  passe  chez  les  animaux  élevés,  lorsqu’on 
a  détruit  chez  eux  le  bulbe  rachidien. 

-irt Si  des  organes  centraux  nous  passons  aux  organes 
périphériques,:  nous  voyons  des  différences  apparaître: 
l’expérimentation  nous  oblige  actuellement  à  ne  pas 
pousser  plus  loin  les  analogies  entre  les  propriétés  du 
système  nerveux  chez  les  vertébrés  et  chez  les  inver¬ 
tébrés. 

De  chacun  des  ganglions  latéraux,  partent  sur  les 
organes  périphériques  deux  filets  dans  lesquels  l’analo¬ 
gie  porterait  à  voir  des  nerfs  purement  moteurs  et  pu^ 
rement  sensitifs,  Or,  des  expériences  multipliées  ont 
conduit  M.  Faivre  à  penser  que  cette  distinction  ne 
saurait  être  admise,  que  les  mêmes  nerfs  servent- à  la 


nerfs  coupés.  Chez  les  dytiques,  M.  Faivre  s’èst  assuré, 
en  coupant  les  nerfs  crâniens  dès  leur  origine,  que  cha¬ 
cun  des  organes  auxquels  se  distribuent  ces  nerfs,  est 
paralysé  à  la  fois  du  mouvement  et  du  sentiment. 

Ces  expériences  porteraient  donc  à  admettre  que  chéz 
les  animaux  supérieurs  et  chez  les  animaux  inférieurs; 
les  propriétés  centrales  du  système  nerveux  sont '.les 
mêmes,  tandis  que  la-partie  périphérique  dècèisystême 
présenterait  dans  les  manifestations  fonctionnelles  des 
différences  tenant  à  la, fusion,  chez  les  invertébrés,  des 
éléments  sensitif  et  moteur. 

Toutefois,  la  distinction  qui  peut  être  ,  faite  chez  des 
animaux  supérieurs  entre  les  propriétés  motrices  et  sen-  , 
sitives,  ne  résulte  que  d’un  perfectionnement  anatomi¬ 
que  de  la  fibre  nerveuse;  et  la  fusion  entre  les  fibres  que 
l’expérience  conduirait  à  admettre  chez.lès  invertébrés, 
n’est  pas  une  raisonqui  doive  faire  admettre  une  confu¬ 
sion  dans  les  propriétés.  Des  anastomoses  multipliées 
ont  lieu  entre  les  fibres  primitives  de  la  sangsue.  On 
trouve  dans  le  connectif  un  réseau  duquel  il  est  impos¬ 
sible  d’isoler  l’élément  anatomique.  Une  apparente  corn 
fusion  physiologique  est  nécessairement  la  conséquence 
de  cette  fusion  anatomique. 

Nous  avons  fait  autrefois  sur  des  sangsues,  des  expé¬ 
riences  qui  montrent  bien  clairement  qu’une  distinction 
doit  être  faite  chez  les  animaux  entre  les  propriétés  mo¬ 
trices  et  sensitives.  L’empoisonnement  par  le  curare 
montre,  en  effet,  deux  propriétés  bien  distinctes  lit  où 
l’analyse  anatomique  tendrait  à  n’en  faire  admettre 


DES  ANIMAUX  INVERTÉBRÉS.  513 

qu’une.  Mais  il  n’y  a  pas  dans  ces  faits  incompatibilité; 
rien  n’empêche  de  concevoir  que  chez  les  sangsues,  il 
existe  dans  un  même  tube  les  substances  conductrices 
de  deux  propriétés  distinctes  :  il  faut  bien  admettre  qu’il 
en  est  ainsi  dans  les  cas  oùle  système  nerveux  se  trouve 
réduit  à  quelques  cellules  bipolaires. 

Je  dois  insister  ici  sur  un  autre  fait,  qui  se  rattachéaux 
mouvements  réflexes  qu’on  a  voulu  expliquer  ch ez  les 
animaux  élevés  par  les  rapports  que  les  fibres  nerveuses 
contractent  avec  les  cellules  nerveuses.  Sans  doute  on 
doit  chercher  à  saisir  les  rapporté  anatomiques,  et  voir 
.  s’ils  peuvent  servir  à  rendre  compte  des  phénomènes 
observés;  mais  il  ne  faut  pas  s’attacher  à  l’ explication 
qui  pourrait  en  résulter,  dès  qu’elle  est  insuffisante  à 
rendre  compte  des  faits.  Si  chez  le  dytique  ou  chez  la 
sangsue,  on  veut  expliquer  les  mouvementsréflexespar 
des  rapports  de  continuité,  on  ne  le  peut  plus  ;  leganglion 
est  constitué  par  des  cellules  d’où  partent  des  fibres 
qui  s’entrecroisent  ;  mais  ces  cellules  sont  unipolaires 
et  ne  permettent  pas  d’admettre  la  continuité  avec  des 
fibres  de  plusieurs  ordres.  Le  phénomène  physiologique 
est  ici  le  même,  bien  que  la  disposition  anatomique  dif¬ 
fère;  nous  ne  saurions  donc  logiquement  expliquer, 
par  la  disposition  anatomique  qui  s’observe  chez  les 
animaux  supérieurs,  des  actes  qui  s’accomplissent  chez 
d’autres  sans  cette  disposition. 

Nous  terminerons  ces  faits  par  des  considérations  qui 
motiveront  l’examen  auquel  nous  venons  de  nous  livrer 
des  propriétés  nerveuses  chez  les  êtres  inférieurs.  Il  ne 
faudrait  pas  croire  que  ces  particularités  de  structure  ne 


5iit  PROPRIÉTÉS  DD  SYSTÈME  NERVEUX 

puissent  être  d’aucune  utilité  dans  l’étude  des  animaux 

Èn  effet;  les  différentes  formes  que  noiis  vénoiis  dè 
passer  en  revue,  fortes  permanentes  Chez  les  invërtë- 
brës,  s’observent  aussi  chez  les  vertébrés,  où  elles  sont 
temporaires,  et  s’observent  dans  la  période  embryon¬ 
naire.  Je  crois  néanmoins  qii’il  ne  faut  pas  penser  qüè  si, 
à  une  période  plus  avancée  du  développement,  les  fibres 
sé  sont  spécialisées  chez  les  vertébrés,  leurs  propriétés 
Soient  devenues  différentes  quand  la  forme  à  Changé. 
Les  tissus  ont  chezïembryon  les  propriétés  qu’ils  auront 
pliistard.  Chez  lui,  en  èffet;  ofl  troüve  partout  des  Cel¬ 
lules  ;  mais,  à  ce  moment  déjà,  Chacune  dé  cès  Cellules 
à  des  propriétés  particulières;  bien  que  la  forme  hfe 
permette  pas  de  les  distinguer. 

Les  cellules  qui  plus  tard  seront  le  eœür  se  conirà&É 
tant  déjà  chez  l’embryon  du  poulet ,  la  forme  qu’èlB 
prendront  plus  tard  ne  changera  que  le  mode  physique 
de  la  contraction  ;  le  faitorganique  fondamental  reStérà 
le  même.  C’est  ainsi  qüe  s’il  doit  plus  tard  y  avoir  des 
fibres  motrices  et  sensitives  distinctes,  elles  existent  pri¬ 
mitivement;  peut-être  confoüdiiës  anatomiquement; 
mais  destinées  à  ne  se  séparer  que  plus  tard. 

NCtOns  enfin  Çuë  l’état  embryonnaire  n’ést  pas  là 
Seule  condition  dans  laquelle  il  nous  soit  donné  dé  ren¬ 
contrer  chez  les  vertébrés  uOe  fusion  âppàfëntg  dé  là 
sensibilité  et  du  mouvement.  Cêrtâihes  parties  du  Sys¬ 
tème  nerveux  Offrent  dès  exemples  de  la  perâstàncé  de 
l’état  qui  s’observe  chez  les  animaux  inférieurs:  C’est 
ainsi  que,  dans  le  grand  sympathique,  on  trouve  lès 


formes  nerveuses  tout  à  fait  analogues  à  celles  qui, 
transitoires  chez  les  vertébrés,  sont  le  typé  normal  dé¬ 
finitif  des  nerfs  des  invertébrés.  C’est  en  étudiant  en 
détail  le  grand  sympathique  que  nous  aurons  à  insister 
davantage  sur  cés  .çonsid,érptipns.  I 
Ici,  messieurs,  se  terminent  lés  considérations  géné¬ 
rales  que  nous  voulions  vous  présenter  sur  le  système 
nerveux.  C’est  dans  la  seconde  partie  de  ce  cours  que 
trouveront  place,  à  propos  de  l’histoire  de  chaque  nerf, 
les  qjtsef  vatiops  qiii  rattachent  l’bistpirp  pâtjjplpgjqjie  du 
système  nerveux  à  son  histoire  physiologique. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


DD  TOME  PREMIER.